Tag Archives: la vie culturelle

EXIT(s) : Une seule chose à faire : Trisha Brown aux Hivernales !

25 fév


La chronique des sorties de La Mie de l’Art

Ce week-end à Avignon, ne cherchez pas : le truc à ne pas rater, même si c’est un peu cher (48 euros en tarif normal !), c’est la Trisha Brown compagnie, samedi 26 à l’Opéra-Théâtre. Dans le cadre de l’excellent festival Les Hivernales, bien sûr…

Parmi les 3 pièces que la compagnie propose, assurément celle à déguster est Set & Reset, une oeuvre de 1983, avec sept danseurs évoluant parmi les objets du célébrissime Robert Rauschenberg, sur une partition de la new-yorkaise Laurie Anderson, performeuse et musicienne magique.

Un bel exemple de ce que la contemporanéité, cette « distance sans délai » comme la définit de fort bellle manière l’artiste Arte Povera Michelangelo Pistoletto, produit de plus juste. La Danse de Trisha Brown, tellement contemporaine, en empathie totale avec le monde qui la meut, nous irradie d’une force vitale élémentaire. Nous avons besoin de cette justesse là.

On y va ! :)

La Mie de l’Art

Trisha Brown Dance Company 1h45 / samedi 26 février 20h30 / Opéra-Théâtre d’Avignon

TRISHA BROWN, Accumulation (NYC 1971)

23 fév


Elle arrive ! Aux Hivernales, la Trisha Brown compagnie live le samedi 26 février à l’Opéra-Théâtre d’Avignon, qui pour une fois, n’accueille pas que de la daube… Ici, sa première performance dansée en 1971 à New York, « Accumulation ».

FLAMENCO : Antonio Mejias, la jubilation et le duende

22 fév

Multi-lauréat des plus fameux concours de l’art -La Unión, San Fernando, et maintenant Cordoba- Antonio Mejias, grand gagnant du prestigieux concours de Cordoue en 2010, était samedi à Nîmes pour un récital sans faute. Invité par l’association O Flamenco dans la petite mais chaleureuse salle du centre Andalou, le cantaor nous a ébloui par la très grande tenue de son répertoire Jondo et la profondeur de son chant, parfaitement maîtrisé, d’une beauté solaire.

Son maître Fosforito pourrait être fier de lui. Antonio Mejias possède ce placement de voix sûr et fécond, qui fonde la saveur inimitable de chaque palo qu’il aborde. Media granaina, solea, siguiriyia, le grand cante où il excelle l’habite. Même s’il ne dédaigne pas quelques chants plus festifs, por tango ou por buleria, qui révèlent la belle tessiture du cantaor, et sur lesquels il vibre intensément d’une joie communicative. C’est que le Cordouan pose les pieds dans les justes traces de ses prédécesseurs, en ayant appris toutes les subtilités et compris toute l’émotion.

Mais l’on vient écouter en priorité ce grand connaisseur du Jondo, et cette voix puissante et chaude qui l’autorise à parcourir tout le spectre du cante puro avec une égale virtuosité. Chez Mejias, on sent bien que jamais son cante n’est gratuit, tant la rigueur et la concentration sont extrêmes. Son approche du chant est réfléchie, intense. Il aborde la tradition avec un respect évident et une profonde humanité qui ne trompe pas. Sa manière, c’est de tout donner, sans retenue, mais sans vice ou fioriture. Bravo, comme on le dit du toro qui ne recule devant rien. Et ici à Nîmes, dans cette petite salle conviviale, chacun dans le public mesure combien le cantaor est investi, combien il vit littéralement ce qu’il nous offre. Une voix techniquement irréprochable, bien charpentée et très chaude, très gitane, qui ne cherche jamais à verser dans la virtuosité pour le seul plaisir de l’épate. Même si sa grande technique et un souffle de buffle l’autorisent à étirer son chant indéfiniment -jusqu’à l’apnée- ce qu’il vise est le vertige absolu de la suspension. L’étincelle noire qui va faire basculer le cantaor et son public dans une communion absolue.

Emotion, oui, que d’écouter ce jeune mais déjà ô combien affuté maestro, qui jamais ne donne dans la facilité ou l’excès. Chez lui, la dramaturgie est évidente, et se passe de tout artifice. Son cante jamais n’est facile. Nul effet, nulle coquetterie. Mejias est entier et le public le sait bien qui suspend son souffle au duende du cantaor. Et l’on voit bien ce qu’il cherche, Antonio : cette magie, ce moment d’acmé où le temps s’arrête. Vertige du cante lorsque, comme ici, il est dispensé avec grand art et une humanité de tous les instants.

Accompagné de l’excellent guitariste Francisco Pinto, tout jeune lui aussi mais au talent accompli, dont les falsetas nous ont réjoui l’âme, Antonio Mejias nous a prouvé combien il fallait désormais le ranger parmi les très grands de l’Art, à l’instar de son maître Fosforito, ou de ces cantaores de race, diamants noirs parmi les hommes, que sont Agujetas ou Terremoto.

Marc Roudier

Antonio Mejias a donné son récital le 19 février dernier à Nîmes.

François-Michel PESENTI en der de der avec « A SEC »

17 fév


THEATRE

Avec « A sec », François-Michel Pesenti, de retour sur un plateau marseillais après 7 ans d’exportations, propose « de ne pas tuer les autres tout de suite, mais de patienter encore un peu »…

« François-Michel Pesenti, un artiste sans concession dont la démarche pourtant essentielle est trop peu vue à Marseille, bien qu’il soit implanté dans cette ville depuis 1984. » C’est ainsi que les équipes associées de la Friche Belle de Mai et du Merlan-scène nationale annoncent le « come-back » du patron du théâtre du Point aveugle plus d’un septennat après son controversé Jardin des délices, « décommandé » par le Festival de Marseille et présenté finalement dans le cadre du Festival Mimi, déjà à la Friche.

Pendant ce temps, Pesenti n’a pourtant pas chômé : une Phèdre de Racine en version trilingue (slovène, arabe et japonais pour des créations à Ljubjana, Zagreb, Damas ou Tokyo), un texte de Kleist et des variations autour de textes de Shakespeare, Tchékhov, Sophocle, Euripide ou Eschyle (Knock on heaven’s door, Sympathy for the devil…), toujours vers ces contrées orientales, ont semble-t-il rempli son agenda et comblé ses désirs théâtraux.

FM, pas en grandes ondes
« J’aurais aimé venir en France avec ces spectacles conçus à l’étranger, mais, conçus souvent avec des comédiens de troupes permanentes, parfois jusqu’à une vingtaine, c’était difficile, très coûteux », explique le metteur en scène. « Mon absence, au-delà des relations un peu « tendues » avec les institutions théâtrales de cette ville, s’explique surtout par des difficultés économiques de la compagnie, une accumulation de dettes qui mettait en danger le futur de l’équipe, d’autant que mes spectacles ne peuvent être montés que dans le cadre de coproductions, parce qu’ils ne sont pas facilement « distribuables ». »

Entendez : « FM » Pensenti n’est pas franchement prêt à se caler sur grandes ondes dans sa démarche artistique effectivement « sans concession » : « Ne vous méprenez pas : je suis plutôt un artiste qui fonctionne bien quand il s’agit de répondre à une « commande » ; en Slovénie, un de mes spectacles a raflé 5 prix à l’équivalent de nos Molières. La seule chose, c’est je ne veux pas passer tout mon temps à négocier, à parler de cofinancement ; je ne suis pas un vendeur de produit. » On pousse la logique : et si demain la Comédie Française vous demande de monter un Marivaux, c’est oui ? « J’ai fait une Fausse suivante pour le Deutsches theater de Berlin en 2001… Pas sûr que la Comédie Française m’appelle, mais si c’est le cas nous verrons », affiche-t-il dans un sourire mesuré.

Une chose est sûre : ce n’est pas avec A sec, opus qui sera créé demain à la Friche Belle de Mai (avant de nouvelles extraditions, en particulier au Japon, pour un Hamlet), que Pesenti deviendra mainstream. Et si le nom de Tchékhov apparaît encore sur le dossier de presse, « on a tellement caviardé dedans qu’il doit rester quelques « quelle heure est-il ? », tout au plus », coupe-t-il avec malice. Didier Da Silva est également mentionné, « avec deux beaux monologues, « Paradise lost », construits sur un concassage de paroles de chansons rock, et que l’on n’avait pas utilisé sur la précédente pièce. Je trouvais ça dommage… » Mais, même à la veille de la première, rien n’est figé concernant cette pièce placée sous l’égide de Deleuze et de sa notion d’« épuisement des possibles » développée au sujet de Beckett : « Je me suis réveillé ce matin avec la conviction qu’il fallait tout changer dans la deuxième partie… »

« La séduction, je m’en fous »
« Le principe, c’est d’être imprévisible ; le désir de travailler avec ces acteurs que je connais depuis longtemps -pour certains plus de 20 ans- n’implique pas qu’il y ait des « traces » des précédents spectacles. Je voulais simplement que ce soit la dernière fois, et que l’on interroge, à partir de ce « point final décidé », cette question du « jamais plus », de la disparition, de ce qui vient quand on sait qu’on ne sera plus ensemble. Le reste, le texte, les personnages, la durée, les lumières, le « spectaculaire », la séduction, je m’en fous ; même la musique -au départ, je voulais qu’on entende les Stones-, j’ai laissé tomber. Ici les lois sont intérieures, elles convoquent des valeurs de défaillances, des corps peu glorieux, des histoires pas toujours propres, des fragilités avouées. A l’opposé du chœur antique, ceux qui sont là se foutent de tout. La loi, c’est qu’ils soient là, et en soi c’est déjà du théâtre. Peu importent les systèmes relationnels ou les « figures ». »

Face à ce qu’il affiche lui-même comme « un objet mal identifié », Pesenti risque, une fois de plus, d’énerver le spectateur : « La provocation que les spectateurs croient que je leur adresse est inexistante ; mais effectivement, j’essaye de perturber ce qu’il se passe dans la salle, de placer le public face à ce qu’il croit être venu chercher, face à ce qu’il n’accepte pas, face à ses déceptions. Bien sûr, être poussé comme ça à « témoigner d’eux-mêmes », ce n’est pas très confortable… » Parés pour l’inconfort ?

PROPOS RECUEILLIS PAR DENIS BONNEVILLE / La Marseillaise

« A sec », de François-Michel Pesenti,avec des extraits de textes de Tchekhov et de Didier Da Silva, avec Marcelle Basso, Eric Feldman, Marianne Houspie, Boris Lemant, Henriette Palazzi, Pierre Palmi et Emmanuèle Stochl, du 17 au 20 et du 22 au 24/2 à 20h30 à la Cartonnerie, Friche Belle de Mai, 41, rue Jobin, Marseille 3e. Infos 04.95.04.95.04 et lafriche.org Réservations auprès du Merlan-scène nationale, 04.91.11.19.20 et merlan.org
photo Francis Blaise

EXIT(s) : A sec

11 fév

LES SORTIES CULTURELLES DE LA MIE DE L’ART

A sec, comme le titre de la dernière création de François-Michel Pesenti, co-produite par Le Merlan Scène nationale et Système Friche Théâtre. Un travail n’en doutons pas indispensable, comme tout ce que fait Pesenti depuis plus de 20 ans déjà. A suivre donc du 17 au 24 février prochains à la Cartonnerie de la Friche Belle-de-mai à Marseille, à 20.30h :

“L’histoire du théâtre légitime toutes les raisons, bonnes souvent, que nous avons de tuer les autres. Ce spectacle nous propose, une fois n’est pas coutume, de patienter encore un peu. Les guerres qui se préparent nous économiseront quelques gestes malgré tout fatigants. Ceux que j’ai rassemblés sur cette scène se tiennent maintenant à l’opposé du chœur antique. Ils se foutent de tout. Par la fenêtre ils ne voient plus rien. Pas même « les cendres » de Beckett. Que donnent à voir ceux qui n’ont plus rien, pas même la force de faire semblant ? Est-il possible que ce soit encore du théâtre ?” (F-M Pesenti)

Sinon, pas grand chose d’excitant à se mettre sous les yeux ou les oreilles ce week-end, à l’exception de :

Danse : Les Lundis au soleil, la programmation du lundi au Studio des Hivernales, dont le festival commencera le 24 février prochain, avec, entre autres, Trisha Brown.

Musiques : demain soir samedi 12 au Cargo à Arles, Tony Joe White, véritable légende du rock crade des bayous, style Creedence Clearwater. Allez-y.

Sorry, that’s all folks.

La Mie de l’Art
Photo : extrait de « Noeuds de neige », de F.M Pesenti

FOCUS : Trisha Brown

11 fév


Bientôt chez vous : la TRISHA BROWN compagnie à Avignon pour le festival danse LES HIVERNALES (à partir du 24 février)

« SEULS » : Wajdi Mouawad, retour d’origine

9 fév

THEATRE : Wajdi Mouawad / Scène Nationale de Cavaillon

En cette fin d’hiver, long et froid, Wajdi Mouawad revient près d’Avignon avec «Seuls», spectacle intimiste dans lequel l’auteur se met en scène et déjà présenté au Festival 2008.

Jeune metteur en scène né au Liban, Wajdi Mouawad, après avoir passé son adolescence en France, s’installe au Québec où il obtient un diplôme d’interprétation de l’Ecole nationale de théâtre du Canada à Montréal. Très vite il dirige ses recherches vers l’écriture et la mise en scène. Les Avignonnais le découvrent plus précisément lors de l’édition 2009 du Festival pour lequel il est nommé Artiste associé. Il présentera alors son quatuor «Le Sang des Promesses» avec «Littoral, Incendies, Forêts et Ciels».

Harwan, jeune homme d’origine libanaise, étudiant d’une université du Québec, termine l’écriture de sa thèse sur un célèbre auteur de théâtre contemporain et ne parvient pas à trouver de conclusion. De coups de pinceaux, toujours légers, teintés d’humour, en situations plus dramatiques, tiraillé par sa soif de liberté et par l’Amour d’un père trop présent, victime d’un coma profond, Harwan se retrouvera bien malgré lui à Saint-Pétersbourg face au tableau de Rembrandt « Le retour du fils prodigue » …

Après nous avoir éblouis par le quatuor présenté au Festival, épopée à la fois sombre, drôle et poétique, ou tout simplement humaine, Wajdi Mouawad revient avec une pièce d’apparence plus intimiste mais qui fait néanmoins vibrer les mêmes cordes, celles de l’origine, de sa recherche, du rapport à la descendance, familiale ou culturelle, à l’oubli des mots, du langage, à la recherche du moi perdu.

Nul besoin de proposer un pitch trop linéaire. L’intrigue de cette pièce, qui est vue par certains comme une performance tant l’auteur/acteur est proche du rôle, est bien plus profonde, Wajdi Mouawad étant sans cesse à la recherche d’une enfance libanaise idéalisée. Liban terre de guerre mais surtout terre de couleurs, de familles, de rires, de chants retrouvés dans un Québec immaculé et froid, où seuls semblent se rencontrer les flocons de neige dans des rues désertes dépourvues des couleurs chaudes de l’enfance. Notions élémentaires et fondamentales si proches de l’œuvre de Rembrandt.

D’apparence moins poétique dans l’écriture que le Quatuor, «Seuls» met en scène de simples moments intimistes entre un père, bien sûr toujours trop présent, et un fils en quête d’indépendance, une sœur, presque mère, une thèse en devenir, géniale, entêtante, monument mort-né, un mentor, une idole virevoltante, inaccessible se jouant d’Harwan, de son rêve ou de son cauchemar.

Ce chemin sinueux nous mènera vers nos propres fantasmes de joies et plaisirs d’enfance retrouvée, oscillant entre le désir de mort ou à une renaissance, celle d’une Homme, Harwan ou Wajdi, peut être enfin apaisé. Nous en doutons. La « soi-disant » performance offerte aux spectateurs par l’acteur, un peu longue pour certains, simplement intense selon nous, n’a pas pour seul but dans sa durée de vider jusqu’à la lie les pots de peintures. Elle nous permet aussi de nous immerger dans ses flots de couleurs, chaudes, puissantes. Nous avons nous aussi envie d’être baignés par la chaleur des pigments, de caresser le chien, pieds nus dans l’herbe, de compter les étoiles d’une soirée d’été libanaise, de sentir simplement le regard bienveillant d’une mère, d’un père. Mais ne sont-ils pas aussi tous là, juste à coté de nous, ceux imaginés ou rêvés ? Simplement là, bien réels, tout aussi aimants, tout aussi représentants de nos origines complexes et souvent oubliées.

Pierre Salles

« Seuls » de, par, avec Wajdi Mouawad s’est joué Scène Nationale de Cavaillon les 2,3 et 4 février 2011

%d blogueurs aiment cette page :