Sous les pattes : que fait la ville de ses Roms ?

9 Sep


(le danseur Israël Galvan)

Elle les parque. Et pas n’importe où, s’il vous plait : à deux doigts du centre-ville (mais pas dans, nuance), avec vue superbe sur le fleuve, proximité de la gare tgv et des voies rapides, environnement olfactif de premier choix… La ville d’Avignon sait soigner ses invités. Rien que de très ordinaire, hélas, Marie-José Roig ne se différenciant guère de la majorité de ses confrères, toutes tendances confondues. Le Rom fait peur, le Tsigane fait désordre. Voleur de poule, délinquant forcément présumé, mendiant éhonté ou profiteur de caf et rmi, les Gens du voyage comme partout ailleurs subissent les mêmes stygmatisations. Alors depuis que le Président en personne s’y est mis aussi, hein, pourquoi se gêner ? Etonnant même qu’on leur laisse occuper ces charmantes maisonnettes de béton nu que l’on leur a construites tout exprès en pleine Courtine, à côté du dépôt d’ordures. Après tout, ces gens là sont bien mieux dans leurs caravanes tractées par de superbes bolides Mercédes, non ?

En 1942, pas très loin d’ici, en pleine Camargue (à Salliers exactement), les autorités Françaises leur érigeaient déjà un magnifique camp de « transit » en rase campagne, au milieu des marais. On y entassa quelques milliers d’entre eux, avant de les expédier via les petits trains de la chanson de Catherine Ringer, dans la campagne charmante d’Auschwitz. Une plaque commémore l’endroit où était installée cette villégiature, seul vestige de cette déjà fièvre anti-Roms, si prompte à resurgir dans l’histoire de France.

Aujourd’hui, les Tsiganes (ou Gitans ou Roms ou Manouches, selon leur installation d’origine) sont chez nous dans l’immense majorité sédentarisés, souvent contraints de l’être d’ailleurs. La vie économique moderne, mais aussi les pressions des « honnêtes gens » les a conduits à rompre avec leur nomadisme insolent et souvent, avec leur sens de la tribu. Subsistent quelques poches de résistance. En Paca, c’est à Martigues, Port de Bouc ou Miramas que l’on retrouve ces Gitans d’Andalousie ou d’Algérie qui se consacrent à leur art Flamenco : musiciens, danseurs, ceux-là perpétuent la grande tradition gitane de la communion et du partage, par le truchement de leur art. Mieux tolérés parce qu’artistes et « folkloriques », ils subissent néanmoins les mêmes a-priori que leurs cousins Roms ou Manouches. Ainsi va le monde…

A Avignon, pendant que l’on parque honteusement les Gitans de Courtine dans leurs boites de béton sous les effluves de la déchetterie, le Festival invite leurs cousins dans les lieux prestigieux de la manifestation. Ainsi du grand danseur Israël Galvan, un immense artiste qui insuffle au Flamenco un sang neuf et une invention inégalée sur toutes les scènes du monde, de New York à Séville, de Sydney à Tokyo. Paradoxe avignonnais, ou simple coïncidence sociologique ? Allez savoir, l’inconscient collectif et nos sociétés modernes, volontiers oublieuses de l’Histoire et hermétiques à la souffrance du monde, produisent souvent de telles aberrations, parfois même à leur coeur défendant… Ainsi va le monde…

Antonio Sanz.

Publicités

2 Réponses to “Sous les pattes : que fait la ville de ses Roms ?”

  1. Michel Benoit 19 septembre 2010 à 8:12 #

    La photo a-t-elle été prise à Avignon ?

    • lespritdavignon 20 septembre 2010 à 9:37 #

      oui, oui… belle perspective, non ?

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :