BARCELONE : La culture, un rempart contre la crise

19 Sep

Les ventes de livres de poche et la fréquentation des bibliothèques et des théâtres connaissent un essor étonnant dans un pays durement frappé par la récession. Tour d’horizon à Barcelone.

05.03.2009 | Josep Massot | La Vanguardia republié par Courrier International

De quoi sommes-nous prêts à nous passer en temps de crise ? Pas d’une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”, disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu’en Espagne aussi la culture n’est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.
Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation, l’adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même “franchement bien”, reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions DeBolsillo au sein du groupe Random House Mondadori. “En janvier, les ventes de livres de poche ont augmenté de 17 % en Espagne”, souligne-t-elle. L’éditrice est à la tête d’une collection qui représente 40 % du marché espagnol du livre de poche. DeBolsillo ne change rien à son programme : 280 titres par an, des prix oscillant entre 5,95 et 9,95 euros, des tirages de l’ordre de 50 000 à 100 000 exemplaires et un catalogue mêlant best-sellers, ouvrages de développement personnel et littérature de qualité.

Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste attend qu’il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n’ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d’avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. “Le livre ne connaît pas de grandes oscillations”, assure Antonio María Avila, directeur de l’Association professionnelle des éditeurs. “Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22 % à 37 %.”

Plus la situation s’aggrave, plus les gens lisent

De fait, certaines librairies s’en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d’établissement qui se porte bien. “On craignait le pire”, commente Antonio Ramírez, son directeur. “En novembre, il ne venait presque personne, mais, à la mi-décembre, tout a changé et les ventes ont augmenté de 7 %. Nous avons terminé l’année sur une hausse de 4 % à 5 %. Et, en janvier, nous avons progressé de 1 %.”

“Si le livre résiste bien à la crise, poursuit-il, c’est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s’en veulent d’avoir gaspillé, d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants.” Quant au prix, il revêt aujourd’hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d’art ont chuté de 15 %. “Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramírez, et je crains qu’il n’y ait un appauvrissement en termes de qualité.” Le secret de La Central ? “Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu’ici il ne trouvera que du bon.” Un pronostic ? “Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus.” Des chan­gements d’orientation du fait de la crise ? “Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu’aux nouveautés.”

Autre conséquence directe de la crise : les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11 % en 2008, pour atteindre 5,7 millions d’usagers, et les prêts de livres de 12 %.

De quoi sommes-nous prêts à nous passer en temps de crise ? Pas d’une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”, disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu’en Espagne aussi la culture n’est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.

Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation, l’adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même “franchement bien”, reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions DeBolsillo au sein du groupe Random House Mondadori. “En janvier, les ventes de livres de poche ont augmenté de 17 % en Espagne”, souligne-t-elle. L’éditrice est à la tête d’une collection qui représente 40 % du marché espagnol du livre de poche. DeBolsillo ne change rien à son programme : 280 titres par an, des prix oscillant entre 5,95 et 9,95 euros, des tirages de l’ordre de 50 000 à 100 000 exemplaires et un catalogue mêlant best-sellers, ouvrages de développement personnel et littérature de qualité.

Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste attend qu’il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n’ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d’avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. “Le livre ne connaît pas de grandes oscillations”, assure Antonio María Avila, directeur de l’Association professionnelle des éditeurs. “Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22 % à 37 %.”
Plus la situation s’aggrave, plus les gens lisent

De fait, certaines librairies s’en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d’établissement qui se porte bien. “On craignait le pire”, commente Antonio Ramírez, son directeur. “En novembre, il ne venait presque personne, mais, à la mi-décembre, tout a changé et les ventes ont augmenté de 7 %. Nous avons terminé l’année sur une hausse de 4 % à 5 %. Et, en janvier, nous avons progressé de 1 %.”

“Si le livre résiste bien à la crise, poursuit-il, c’est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s’en veulent d’avoir gaspillé, d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants.” Quant au prix, il revêt aujourd’hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d’art ont chuté de 15 %. “Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramírez, et je crains qu’il n’y ait un appauvrissement en termes de qualité.” Le secret de La Central ? “Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu’ici il ne trouvera que du bon.” Un pronostic ? “Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus.” Des chan­gements d’orientation du fait de la crise ? “Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu’aux nouveautés.”

Autre conséquence directe de la crise : les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11 % en 2008, pour atteindre 5,7 millions d’usagers, et les prêts de livres de 12 %.

Le secteur le plus dynamique est le théâtre. Daniel Martínez, directeur du groupe Focus, déborde d’enthousiasme. “L’année dernière, se réjouit-il, la fréquentation théâtrale a augmenté de 20 %, grâce aux comédies musicales, et le public des salles alternatives de 30 %.” En 2008, plus de 2,6 millions de spectateurs se sont rendus dans les salles conventionnelles, soit 400 000 de plus qu’en 2007. Focus compte 212 salariés et emploie au total 400 personnes en comptant les emplois temporaires. “Contrairement au cinéma ou à la mu­sique, rappelle-t-il, le théâtre est une représentation unique et irremplaçable. Loin de souffrir des innovations technologiques, il en bénéficie.” Les 35-55 ans constituent 70 % du public. Pour l’instant, les prix n’ont pas baissé et l’amateur de théâtre semble épargné par le chômage.

Les musées connaissent une nouvelle jeunesse

En ce qui concerne l’art, le musée d’Art contemporain de Barcelone (Macba) est parmi ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Il a terminé l’année 2008 avec une hausse de la fréquentation de 15 %, alors que d’autres musées pâtissaient de la nette diminution du tourisme. Bartomeu Marí, son directeur, attribue cette hausse au succès des programmes éducatifs et constate que “le public s’est habitué à visiter le musée”. Pour cette année 2009, il s’attend encore à une croissance en hausse. Sa recette ? Entre autres, “fidéliser le public par des expositions plus attrayantes et des visites guidées”.

Le cinéma, en revanche, est avec la musique le secteur en proie aux plus grandes difficultés financières, en raison de la concurrence des DVD et du déséquilibre entre le cinéma américain et le cinéma européen. En temps de crise, les producteurs sont moins enclins à prendre des risques. Parmi les différents festivals de films qu’orga­nise le Centre de culture contempo­raine de Barcelone (CCCB), l’Alternativa est celui qui rencontre le plus de succès. Il en est à sa quinzième édition et attire un public qui déserte les salles moins exigeantes. Le secret de son succès, selon sa directrice, Margarita Maguregui, tient à ses critères de sélection : sur 2 400 films proposés, seuls 79 sont retenus.

Jordi Martí, responsable de l’Institut culturel de Barcelone (ICUB), qui dépend de la municipalité, souligne que son budget a été revu à la hausse en 2009 (+ 11 %) pour tenir compte des dotations destinées à des projets qui vont souffrir de la crise ou de la désertion des mécènes privés. “La consommation culturelle augmente, affirme-t-il, parce que la culture est devenue indispensable à beaucoup de gens.”

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Une Réponse to “BARCELONE : La culture, un rempart contre la crise”

  1. Michel Benoit 19 septembre 2010 à 8:08 #

    Barcelone, ailleurs ???
    http://avignon.midiblogs.com/archive/2010/08/05/cap-entrada-45.html

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