De quoi Marie-José Roig a t-elle peur ?

13 Oct

(dans une favela de Rio)

LE MOT DE TAÏEB

La Peur. Ce sentiment qui remonte à la nuit de l’humanité, qui en a souvent bougé les lignes, a construit ou défait des civilisations, fait avancer, malgré tout, l’histoire ou sauvé des cultures entières, la peur peut revêtir toutes les formes, habiter tous les esprits, même les plus trempés. Il est des grandes peurs, comme celle très en vogue d’une prophétique « guerre des civilisations », un truc motivé par d’inavouables calculs politiques et relayé par les obscurantistes de tout poil. Ceux-là d’ailleurs se réclamant d’une aberration résiduelle de nos préhistoires, cette peur primordiale que le ciel nous tombe sur la tête : autrement dit les religions, toutes pourvoyeuses de peurs et de haines, incongruïtés de nos sociétés « avancées » et modernes….

Mais il est des peurs infimes, minuscules, de petites peurs mesquines qui motivent toute les lâchetés, tous les calculs. Celles-ci sont insidieuses, elles nous pourrissent le quotidien, rongent chaque instant de notre vie. Chacun a les siennes, et elles ne sont pas toujours belles à voir. Marie-José Roig, visiblement, a peur de ses quartiers. Vous savez, ces zones de « non-droit », comme disent les tribuns de la droite, où l’insécurité serait à son maximum, où, rendez-vous compte, même la police ne pourrait intervenir sans risquer un caillassage en règle ! Il est vrai que TF1, cette chaîne « délinquante » comme le dit à juste titre Montebourg, ne perd jamais une occasion d’attiser ces peurs-là, son démagogue-en-chef Pernaud s’en donnant à coeur-joie pour en rajouter une couche chaque fois qu’il en a l’occasion.

Donc notre première magistrate a peur de ces no man’s land avignonnais, aux populations abandonnées par l’élite politique et économique de notre ville… Marie-José Roig ne devrait pas regarder aussi souvent TF1. Ni écouter ses amis de l’UMP, ces « ténors » du parti dont les discours invariablement jouent sur ce registre explosif, tellement dangereux à manipuler qu’il peut facilement se retourner contre vous et vous péter à la gueule sans crier garde.

En déplaçant le poste de police de la rue de la République (La Provence du 13 octobre), au prétexte d’abonder du personnel policier dans les-dits quartiers à « délinquance », notre mairesse avoue sa peur irrépressible du débordement de la banlieue vers son beau centre-ville, bien propre et débarrassé de traces trop ostensibles de ces populations qu’il faut maintenir dans leur « milieu naturel ». Arabes, Gitans, Jeunes à casquettes, tous ceux-là n’ont qu’à rester dans leur périphérie, et bien s’y tenir. La police de Madame Roig y veillera. Et ainsi Madame Roig aura t-elle un peu moins peur désormais.

Taïeb El Baradeî

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