Archive | octobre, 2010

Les impromptus de Marie-José Roig…

27 Oct

LE COUTEAU DANS L’OS, une chronique d’Antonio Sanz

En ce jour où l’on enterre le regretté (!) Georges Frêche, grand mégalomane devant l’Eternel, voici qu’il nous revient ce qui peuple notre bonne presse locale depuis quelques mois, à savoir les incontournables coups d’éclats médiatiques de la Grand Maire du Grand Avignon (127 000 habitants tout mouillés). Après l’Opéra-Sydney avorté, le Tramway irréaliste, le Parc des sports calamiteux et son infatigable ACAA, la « requalification » des Halles… voici un hypothétique Port de Plaisance dans les cartons de notre édile décidément très en forme. Un port Rolex sous le prétexte duquel d’ailleurs on chasse sans vergogne les quelques mariniers installés sur nos rives…

Madame Roig fait de la poésie comme Mr. Jourdain de la prose : sans le savoir. Sauf que ces délires de grandeur auront -ont déjà- de forcément fâcheuses répercussions sur les finances d’une ville lilliputienne, si on la compare à ce qu’est devenue Montpellier. Certes, Frêche en quelques décennies a multiplié sa population par deux et a fait de sa bourgade provinciale une vraie capitale de Région (la 8e ville de France). Mais suivre son exemple, surtout en quasi-fin de mandat, n’est peut-être pas le meilleur moyen d’inscrire le nom de Marie-Jo au panthéon des grands maires d’Avignon…

Mais que se passe t-il donc dans la tête de notre première magistrate ? A t-elle besoin réellement de chambouler toute sa ville pour exister, au détriment de la plus élémentaire des prudences économiques ? Compte t-elle vraiment sur la nouvelle taxe qu’elle vient de décider à l’endroit des snacks et autres vendeurs de kébabs pour financer ses rêves les plus fous ?

Toujours est-il qu’il nous faut lui reconnaître un talent certain pour avitailler les colonnes de la PQR, ainsi qu’un sens particulier de l’à-propos : après tout, en ces temps de crise économique, il est toujours bon de faire rêver le peuple de la « France qui souffre ». Marie-Jo – Jean-Pierre Pernaut, même combat !

Antonio Sanz

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LE MOT DE TAÏEB : petites coïncidences entre amis

27 Oct

Coïncidence. Ce joli vocable de la langue française fait sa réapparition, ces jours-ci plutôt tumultueux où il ne fait pas très bon de co-incider avec un flashball ou un tir à bout-portant de lacrymo. Et pourtant, c’est fou ce que l’on coïncide, en ce moment, c’est dingue comment l’actualité se télescope sur la toile médiatique… Tiens, pour ne parler que d’aujourd’hui, voici deux ou trois « coïncidences » plutôt révélatrices du climat général :

Ce matin, nous apprenions que nous allions vivre -heureux enfants et petits enfants des « trente glorieuses »- jusqu’à cent ans ! Oui, oui, 200 000 centenaires sont attendus à l’horizon des années 60 (2060…), rien que cela ! Ce chiffre, curieusement livré en pâture aux médias ce 27 octobre -jour solennel s’il en est, du « vote » définitif de la réforme des retraites- provient d’un organisme très sérieux, dont l’intégrité n’est plus à contester : je veux parler de l’INSEE, glorieux organisme de la statistique et du recensement né dans ces très regrettées « 30 glorieuses », justement… Un organisme étatique, comme son nom l’indique, et qui, visiblement, a choisi son jour d’heureuse coïncidence pour nous aligner ses pronostics imparables : on va vivre très très vieux, vive la retraite à 67 ans !

Autre « coincïdence » : où il est question d’un certain frère de président, autrement nommé Guillaume, dont le métier consiste à Présider-Diriger-Généralissemement le principal organisme de retraite privée, soit un Fond de Pension à la Française, amené à « s’occuper » des retraites de nos concitoyens. Lesquels ne sont plus guère enclins à faire confiance en l’efficience de la Caisse Nationale, système dit de « répartition », dorénavant jugé peu concurrentiel, et surtout mis en pièces avec acharnement par le cher grand Frère… voilà une autre curieuse « coïncidence », non ?

Enfin, et en bref pour ne pas alourdir mon propos, voici ce que l’on apprend ce matin encore en matière de « coïncidences » : vendredi dernier (et on ne le sait que 5 jours après !), un journaliste du « Point » constatait le vol de son ordinateur dans les bureaux du journal, rejoignant en cela la mésaventure arrivée quelques jours plus tôt à son confrère du « Monde ». Coïncidence encore, il s’avère que ces deux journalistes d’investigation travaillent sur l’affaire Bettencourt, du nom de cette rentière prompte à recapitaliser l’UMP et ses diverses campagnes électorales…

Décidément, la coïncidence est à la mode. Voilà un terme qui ne chôme pas, lui, et est promis à un bel avenir : un mot que le couperet de la retraite a peu de chance d’effleurer. Même pas mal.

Taïeb El Baradeï

POUBELLE LA VIE : la Marseille de Gaudin aux petits oignons…

25 Oct

LE BILLET D’ANGELINA

Et oui ! Marseille ne fait pas honte à sa réputation : rebelle, bordélique, toujours à l’avant-poste de la contestation. Sauf que l’on se demande comment elle a pu reconduire sans faillir depuis 1995 une « figure » de la bourgeoisie marseillaise, dans ce qu’elle a de plus détestable : ce Gaudin catho de bénitier, rétrogradre et réactionnaire, amateur de « santonneries » et autres incongruités marseillaises.

Gaudin a toujours rêve de « prendre » Marseille. Ce « fils » spirituel de Gaston Deferre (et oui !) qui l’a initié et fait entrer au conseil municipal de la ville n’a toujours eu que cet objectif. Il y est parvenu, il faut le reconnaitre, même s’il a usé pour cela de toute une batterie de procédés pour le moins… marseillais. Ce médiocre prof d’histoire-géo d’un lycée catholique est arrivé à se faire aimer des Marseillais, au fil d’une « carrière » toute entière dévouée à son grand jour : devenir le maître incontesté (?) d’une ville ingouvernable et qui revendique son indépendance.

Le mystère Gaudin est insondable : comment ce petit prof de province, catholique dévot, toujours fourré dans les jupes d’une mère adulée et qu’il trimballait jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans tous les événements catho de sa ville (Navettes, Noël, Paques etc.), comment cet homme si dénué de charisme et d’une intelligence politique plus qu’élémentaire a t-il séduit ses concitoyens, plutôt frondeurs et fouteurs de merde ? Etonnant, non ?

N’empèche. Notre Gaudin pagnolesque n’arrête plus depuis 15 jours de rouler ses pagnolades et autres pitreries avé l’assent, désemparé qu’il est devant la fronde hénaurme de tous ses administrés : port, monoprix, RTM, territoriaux, poubelles, rien ne lui est épargné de la contestation locale estampillée CGT et FO. Il a beau s’agiter dans ces guignoleries d’élu provincial, surfer sur ses digressions de Marius Escartefigues de village qui font bien rire les vieilles cagoles marseillaises abonnées au Cercle des Nageurs, rien n’y fait. Sa ville est en bordel intégral, les poubelles débordent, et c’est pas le bon score d’Audimat de « Plus belle la vie » qui lui remontera le moral.

Il faut dire qu’à Marseille, on n’est pas impunément sénateur godillot et vice-président de l’UMP, sans que ça rejaillisse sur votre bien-être quotidien. Gaudin pourra toujours agiter son épouvantail anti-gauche primaire, se déverser dans les medias locaux complaisants en incantations anti-CGT et autres fanfaronades, rien ne saura le soulager de cette « chienlit » marseillaise qui sait toujours donner l’exemple.

Angelina Vivaldi

Autour du feu : la cuisine du brasero

25 Oct

LA CUISINE GITANE de Gatonegro

En cette saison où le froid gagne peu à peu, où les longues journées de pluie rafraîchissent les vieux os, rien de tel qu’un repas simple pris entre amis autour d’un feu. Voici donc quelques recettes basiques, faciles à réaliser, qui vont te permettre de régaler tes invités sans te prendre la tête.

Au menu : Chorizos au feu, Paquets de vigne, Pan y tomat, Poires à la braise

Pour 6 personnes, il te faut 6 chorizos bien frais, un gros pain de campagne au levain, 1/2 kg de lentilles vertes, trois ou quatre tomates bien mûres, de type pendelote, des câpres, deux trois gousses d’ail, huile d’olive, sel et poivre, de la menthe fraîche, deux ou trois beaux citrons, 6 poires juteuses, du miel, de la canelle, une brassée de feuilles de vigne encore fraîches, même un peu rouges, c’est pas grave pourvu qu’elles soient souples (tu dois pouvoir en trouver encore), du papier alu, de la ficelle de cuisine.

Chorizos au feu : choisis 6 beaux chorizos artisanaux et surtout très frais. Ne les pique pas, et pose les directement sur la grille au-dessus des braises. A côté, pose 6 belles tranches de pain de campagne, que tu feras dorer une minute ou deux tourne-retourne. Quand tes chorizos commencent à siffler un peu, retire-les du feu, ouvre les d’une entaille tout du long, et chacun se tartinera le sien sur le pain chaud : un régal.

Paquets de vigne : c’est un des deux accompagnements du chrorizo grillé. Tu auras fait cuire auparavant un demi-paquet de lentilles vertes (40 minutes environ à ébullition). Goûte-les avant de les passer : elles doivent être bien molles, faciles à écraser. Dans un saladier, réduis-les en purée à la fourchette, avec deux cuillères d’huile, le jus de deux citrons, sale et poivre. Cisèle 5 ou 6 beaux brins de menthe fraîche et rajoute-les à ta préparation. Ajoute également une poignée de câpres. Mélange bien : ta purée doit former une pâte facile à travailler. Fais-en des pâtés ou des boulettes que tu roules dans une grande feuille de vigne, en ficelant. Pose tes paquets ainsi formés sur la grille un peu loin des braises et laisse cuire 5 minutes de chaque côté. Sers les paquets dans une assiette où chacun piochera, en dépiautant ce qui reste des feuilles de vigne.

Pan y tomat : C’est l’autre accompagnement. Dans un saladier, écrase la chair de tes tomates que tu auras pelées avec deux gousses d’ail haché finement, deux cuillères d’huile d’olive, des câpres et le jus d’un beau citron. Mélange, sâle et poivre. Il ne te reste plus qu’à tartiner et laisser imbiber 6 belles tranches de pain de ce mélange.

Poires à la braise : C’est le dessert. Tu te seras choisi 6 belles poires juteuses, que tu ouvres en deux, et dont tu ôtes le centre dur et les pépins en creusant avec une cuillère. Remplis les cavités de bon miel de châtaignier et saupoudre de cannelle. Referme-les et enveloppe-les dans de l’alu et plonge-les dans la braise en recouvrant. Elles devraient être prêtes au bout d’un petit quart d’heure. Sers-les telles quelles à tes invités.

Pour ce repas tout simple et convivial, tu choisiras en accompagnement un bon Sablet ou un Vacqueyras de bonne famille.

Gatonegro

Retrouve les recettes de la cuisine Flamenca sur le site de Gatonegro.

ALGESIRAS : Croque-mort Sans Frontières

25 Oct


LA BELLE HISTOIRE

FRANÇOIS MUSSEAU Envoyé spécial à Algésiras et à Casablanca / Liberation.fr / 23 octobre

En Espagne, un croque-mort retrouve et rapatrie bénévolement au Maroc les victimes de l’immigration clandestine, et permet ainsi aux familles d’enterrer leurs proches.

«La nuit s’en est allée. Où cela ? Où elle était. Il est évident que tous les êtres reviennent chez eux», chantait le grand poète soufi Rûmi. Le jeune Bouchaîb est revenu chez lui, mais ce fut loin d’être évident. Son cadavre repose en bordure du cimetière hérissé d’herbes folles, en face du vieux mausolée. Une tombe semblable aux autres, un monticule de terre rudimentaire, sans nom ni date, à proximité du douar, le village de L’Hahyamna. Perdu dans la campagne rase et brûlée, à deux heures de Casablanca, c’est un groupe de maisons de terre séchée où vivent 200 familles, «unies comme les doigts de la main», selon les habitants. Tous ont été bouleversés par la mort de Bouchaîb, et surtout par son retour. «Il a été intrépide, il a été tué, c’était la volonté d’Allah, dit sa mère. Et dans ce drame, je me dis chanceuse. Son corps nous est revenu, comme par miracle. Je me sens en paix.» Des nombreux jeunes de la région portés disparus en Europe, son fils est le seul «revenu».

Bouchaîb, 20 ans, n’avait aucune chance de reposer un jour chez les siens. Comme les centaines de Marocains qui périssent en tentant de rejoindre l’Europe via le détroit de Gibraltar, ses restes devaient, au mieux, être inhumés à la va-vite, dans l’anonymat. Dans une des misérables sépultures barrées d’une inscription, «naufragio» ou «desaparecido», semées un peu partout en Espagne.

En février dernier, Bouchaîb, fils aîné de sept enfants, quitte le douar, prétextant rejoindre des amis à Casablanca. En fait, il a décidé de passer en Espagne, coûte que coûte. Ce rêve l’habite depuis toujours. En 2007, à 17 ans, il avait réussi son coup en clandestin, à bord d’une patera, une grosse barque de pêcheurs. Trois ans plus tard, la garde civile l’avait expulsé vers le Maroc. De retour au douar, il n’avait plus qu’une idée en tête, repartir. Mais la deuxième tentative sera une tragédie. A Tanger, comme des milliers d’autres adolescents avant lui, il passe la frontière au nez et à la barbe des douaniers espagnols, accroché sous un camion. Au premier arrêt d’autoroute après Algésiras, le routier découvre son corps carbonisé, arc-bouté à la tête du moteur. Une jambe et un bras ont été sectionnés.

Carte d’identité en lambeaux

C’est là qu’entre en scène Martín Zamora. Croque-mort à Algésiras, tout au sud de l’Espagne, il s’est donné pour mission de rapatrier les cadavres des sans-papiers marocains. Peu après la mort de Bouchaîb, Martín examine le cadavre dans les locaux de la PJ d’Algésiras. Dans une poche, les policiers ont trouvé une carte d’identité en lambeaux. Bouchaîb Choubiani est né en 1990 à L’Hahyamna, province de Sidi Smail, Maroc. Martín contacte les parents, avec l’aide de la gendarmerie marocaine.

En juillet, une fois les nombreuses autorisations obtenues, le convoi funèbre part vers le Sud. «Un voyage particulièrement pénible», se souvient Martín qui n’a pu oublier l’attente au ferry, les ennuis de mécanique, la chaleur, la poussière… Au total, vingt heures sans dormir, en compagnie d’une interprète et du chauffeur du corbillard. Martín veut arriver dans la matinée : il sait que, selon le rite musulman, le cadavre doit être inhumé au plus vite. Dès leur arrivée à L’Hahyamna, les femmes entonnent leur chant de pleurs. La mère, Fatna, exige l’ouverture du cercueil recouvert de zinc, pour un ultime adieu. Bouchaîb n’est plus qu’un buste calciné, explique Martín, c’est impossible. Le douar entier accompagne le cercueil, porté à l’épaule à la mosquée, puis au cimetière.

Dans le village, nul n’a su qui était le rondouillard au bouc châtain qui pilotait le convoi mortuaire. Martín, il est vrai, a à peine ouvert la bouche et est parti dès la cérémonie terminée. Il ne parle pas l’arabe et n’a pas cherché à communiquer. Au village, on l’a pris pour un ambulancier, le membre d’une ONG, ou un simple chauffeur. Un «homme discret et bon», qui n’a pas demandé un dirham à la famille Bouchaîb.

A Algésiras, Martín a une tout autre réputation : «Ce bonhomme est plus près de la mort que de la vie», glisse une de ses connaissances. Il vit et travaille à Los Barrios, dans la périphérie d’Algésiras, cité dortoir banale de la Costa del Sol. A tout juste 50 ans, il parle d’une voix basse et monocorde, il fume des Marlboro à la chaîne. Le regard insaisissable derrière des lunettes de comptable, la démarche lourde, il porte une chemise en jean qui laisse deviner sa bedaine. En apparence, ce n’est pas le bon samaritain auquel on s’attendait. L’impression se confirme dès ses premières déclarations, abruptes. Martín se présente comme un businessman de la mort, sans dieu ni idéal, qui tient les pompes funèbres de Los Barrios depuis douze ans. Père de 7 enfants, qu’il a eu avec trois femmes, il dit «ne pas aimer les gamins».

Remuer ciel et terre

Il y a quelques années, afin d’agrandir son affaire, il a trouvé le filon marocain, son véritable fonds de commerce aujourd’hui. Sa clientèle officielle est faite des centaines de milliers de Marocains installés en Espagne en toute légalité, qui veulent être enterrés au «pays». Il en aurait rapatrié 3 000 en moins de dix ans. Sur le créneau des «légaux», Sefuba, son entreprise, est imbattable, offrant un service impeccable pour 4 000 euros, la moitié de ce que demande la concurrence. Martín travaille sur la route, contrairement à ses confrères, qui glissent les cercueils dans les soutes des avions sans les accompagner. Lui, il arrive qu’il monte jusqu’à La Corogne, au nord-ouest de l’Espagne, et redescende jusqu’à Marrakech. Soit 2 200 kilomètres au compteur, en un temps record : «Je connais le Maroc comme ma poche, les routes goudronnées comme les pistes en terre, et je n’ai pas peur de conduire deux jours d’affilée», explique-il.

A l’entrée de sa funeraria, un grand bâtiment dans les hauteurs de Los Barrios, Martín a fait construire une mosquée blanche. Sans changer son nom chrétien, ce «mécréant», comme il se définit, s’est converti à l’islam «par solidarité avec mes clients», devenant même le chef de la communauté islamique de sa bourgade. Sur ce sujet, il ne paraît pas à son aise : «Heureusement, mon lumbago me donne une excuse pour ne pas m’agenouiller pendant la prière du vendredi, se justifie-t-il. Et mon diabète m’évite d’avoir à faire le ramadan !»

Dans la vaste salle d’attente de sa funeraria, il explique : «Nous faisons les choses sérieusement. Chaque mort marocain est lavé rituellement par l’imam, puis drapé dans un linceul. C’est pour cela que les musulmans me préfèrent. Le bouche à oreille a marché à fond !»

Et les clandestins noyés dans les remous de Gibraltar ou carbonisés sous un camion, comme Bouchaîb ? C’est une autre part de sa vie, qu’il laisse le plus souvent dans l’ombre. Tout a commencé en 1999, sur une plage proche d’Algésiras, où 16 corps de naufragés marocains venaient d’échouer. Depuis, des centaines d’autres ont péri en mer – jusqu’à 3 000 selon des sources humanitaires. Ce jour-là, Martín accourt sur les lieux du drame : «J’ai vu une bonne affaire, 4 000 euros par tête. Le problème était juste de retrouver les familles», raconte-t-il de sa voix éraillée par les Marlboro.

Au volant d’une fourgonnette, il part dans la région de Beni Mellal (centre du Maroc) d’où, pense-t-il, viennent les naufragés. Il fait les marchés, expose les vêtements, montres, et papiers retrouvés sur les corps. Une première famille se présente, puis d’autres. «Là, ce fut un choc ! Je pensais faire du fric mais ces gens étaient misérables, avec à peine de quoi manger jusqu’au lendemain. Finalement, j’ai mis 30 000 dirhams [3 000 euros] de ma poche !» Depuis, Martín s’est fixé une ligne de conduite : lorsqu’il rapatrie un clandestin mort, il demande le strict minimum aux parents : «Je facture au prix coûtant. Ou bien, si c’est vraiment la dèche, je ne fais rien payer du tout.» Il assure avoir ainsi «livré» des centaines de morts, en majorité des jeunes. Il peut remuer ciel et terre, activer ses mille contacts (policiers, ambulanciers, juges, consuls…) pour disposer du corps dès que possible, le conserver dans une chambre froide, identifier la famille et le rapatrier dans les meilleurs délais. «Cela exige de la ténacité, jusqu’à six mois d’attente. Sans test ADN, par exemple, les juges retiennent le corps.»

L’arrivée du convoi funéraire au village est toujours une épreuve. Souvent, les mères n’ont pas revu leur fils depuis des années. Elles pleurent, s’arrachent les cheveux, se fouettent jusqu’au sang. «C’est violent, mais au moins le deuil se fait. Ce qui est impossible si leur fils est porté disparu», dit le croque-mort.

A observer ce coriace en affaire, au volant de sa Mercedes, on se demande ce qui le fait courir bénévolement jusqu’au fin fond du Maroc. A Los Barrios, il est perçu comme un potentat avide et sans scrupule, qui exerce un monopole avec sa funeraria, et contraint ses «clients» potentiels à signer des contrats d’assurances-vie. D’où lui vient la mission qu’il s’est donnée ? La réponse est dans son passé. Plusieurs fois, Martín s’est retrouvé au bord du gouffre, sans domicile ni argent. Une nuit pluvieuse de l’hiver 1997-1998, il a débarqué de Murcie, sur la côte est, avec 100 pesetas en poche, un cocker et un berger allemand.

Au bord du gouffre

Sa funeraria avait périclité, sa mère venait de mourir et sa femme l’avait quitté. Le croque-mort s’est accroché au premier venu, un impresario belge installé à Algésiras, qui l’héberge et finance son projet de pompes funèbres. «Je ne sais trop s’il y a un dieu, mais je crois en une main amie qui se tend, un ange gardien, lorsqu’on est au fond du précipice, dit Martín. Quand je vois un naufragé ou un type en danger, je me vois à sa place. Il faut que je l’aide, c’est plus fort que moi.»

Depuis la crise économique, les candidats à l’émigration se font rares et de nombreux résidents marocains sont déjà repartis au pays. Son chiffre d’affaire a chuté de 70 %. Encore une fois sur un siège éjectable, il a un nouveau projet en tête : vendre sa funeraria, émigrer au Brésil et y monter une nouvelle affaire de pompes funèbres. «Mais avant de partir, je veux réaliser un vieux projet : obtenir que les 300 ou 400 cadavres de clandestins qui gisent, anonymes, dans des cimetières espagnols, soient rapatriés, avec le financement de l’Etat marocain.» Après seulement, Martín Zamora quittera Algésiras, l’isthme de la mort

ROMS : UN PEU D’HISTOIRE… Des faits, pas des fantasmes.

24 Oct

LE COUTEAU DANS L’OS / Lydie Fournier / Scienceshumaines.com

Roms, Tsiganes, Gitans, « gens du voyage »…De qui parle-t-on ?

Ceux que l’on appelait autrefois les « Bohémiens » ou les « Romanichels » sont aujourd’hui définis par les termes génériques de « Tsiganes » ou de « Roms ». Dans le langage commun comme scientifique, ces nouvelles appellations désignent l’ensemble des populations présentes en Europe et originaires du Nord de l’Inde, qu’elles ont quitté vers le Xe siècle pour migrer lentement vers l’Europe occidentale. Leur présence est attestée pour la première fois dans l’Hexagone en 1419. Par des emprunts linguistiques, culturels et religieux dans les pays d’installation, ces populations sont définies en différents groupes : Roms, Manouches, Yéniches, Gitans et Sintis. En 1971, des membres de ces différents groupes ont choisi le terme générique de Roms pour s’autodéfinir comme mouvement politique au sein de l’Union internationale romani. Le choix du terme « Rom » s’explique par la référence à leur langue, le romani, dérivé du sanskrit, et par le rejet de la connotation péjorative du terme « tsigane ». Au sens sociologique cependant, les Roms ne représentent qu’un « sous-groupe » des Tsiganes – le plus important certes – et présent essentiellement en Europe centrale et orientale. C’est ce sens sociologique que nous retiendrons ici pour le terme « Rom ». Parmi les autres Tsiganes, les Gitans se sont durablement installés dans la péninsule ibérique, puis dans les villes du Sud de la France. Originaires des pays germaniques, les Manouches, Yéniches et Sintis sont, à l’instar des Roms, plus présents dans l’Est de la France et en région parisienne. L’ensemble de ces appartenances ethniques ne doit pas être confondu avec l’expression « gens du voyage », laquelle ne constitue qu’une catégorisation administrative. D’origines ethniques diverses, les « gens du voyage » sont souvent semi-sédentaires, leurs déplacements s’effectuant surtout pour des raisons professionnelles et des fêtes familiales et religieuses. Beaucoup sont des forains ou des commerçants ambulants, qui utilisent les aires d’accueil dont chaque commune de plus de 5 000 habitants a obligation de disposer depuis la loi Besson de juillet 2000. Une très large majorité a la nationalité française et parle français. En 2002, on recensait 156 000 « gens du voyage » de plus de 16 ans. Une catégorie qui inclut une part non négligeable de Tsiganes, mais aussi tout autre citoyen dont le mode de vie consiste à loger en caravane. Le langage courant assimile fréquemment ces « gens du voyage » aux « Roms ». Ces derniers sont pourtant très majoritairement sédentaires, mais ont été poussés à la migration par des conditions de vie difficiles dans leur pays d’origine. Les Roms se sont sédentarisés en France par vagues successives d’immigration entre les années 1920 et 1990, sans jamais poser de problèmes. Mais ceux arrivés à partir des années 1990 connaissent des problèmes d’intégration sur le territoire national plus importants. Il s’agit de quelque 15 000 Roms, de nationalité essentiellement roumaine et bulgare, mais venus aussi de l’ex-Yougoslavie et de Hongrie, qui peuplent – parfois depuis plus de quinze ans – les squats et bidonvilles des friches des villes françaises. Ils sont aujourd’hui identifiés comme le problème politique numéro un par l’actuel gouvernement français, et devenus la cible d’un important dispositif de démantèlement de leurs camps et de reconduites à la frontière. La circulaire du 5 août 2010 émanant du ministère de l’Intérieur, adressée aux préfets, stipulait que « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms ».

Les Tsiganes : première minorité ethnique en Europe ?

Environ dix millions de Tsiganes estimés en Europe, dont la moitié n’aurait pas 20 ans. Sur le million et demi présent en Europe occidentale, 400 000 personnes se trouvent en France et 720 000 en Espagne. Les populations tsiganes vivent donc principalement dans les pays d’Europe centrale et orientale : la Roumanie et la Turquie en comptent chacune près de deux millions, la Bulgarie et l’ex-Yougoslavie chacune près d’un million, et la Hongrie 700 000. Les Tsiganes constituent dès lors la minorité ethnoculturelle la plus nombreuse d’Europe. Mais face à la diversité culturelle qu’elle recouvre, peut-on vraiment parler d’une « communauté rom » ou « tsigane » ? Prenons pour exemple la composition de la population tsigane de Seine-Saint-Denis. Qu’ont en commun les migrants roms des pays de l’Est, errant au rythme des démantèlements de leurs habitats de fortune, avec les Gitans et Manouches venus respectivement du Sud et de l’Est de l’Europe il y a plus d’un siècle ? Mais la distance est également importante entre ces migrants roumains et bulgares, d’une part, et les Roms arrivés des pays de l’Est dans les années 1920-1930, puis 1960-1970 et fuyant l’ex-Yougoslavie. À l’instar des Tsiganes arrivés avant les années 1990 en France, ces derniers ont généralement la nationalité française, parlent le français, et résident fréquemment en habitat « standard » (appartement ou maison).

Source : Dossier d’actualité de la Veille scientifique et technologique, n° 30, octobre 2007

L.F

Chronologie
Fin XIIIe-début XIVe siècle : Les premiers Tsiganes arrivent en Europe depuis Byzance.
1419 – Arrivée en France des premières familles de « Bohémiens ». Une appellation due au fait qu’ils étaient porteurs de lettres de recommandation du roi de Bohème, leur région d’origine.
1749 – Rafle des Gitans en Espagne : 10 000 à 12 000 Gitans sont internés au simple motif de leur tsiganité.
1850 – Après cinq siècles d’esclavage, les Roms de Moldavie et de Valachie commencent à être affranchis.
1895 - Premier recensement des « Bohémiens et nomades » en France. 25 000 Bohémiens et 400 000 nomades sont dénombrés.
1907 – Vote d’un ordre du jour sur l’interdiction du pays aux Romanichels par la Chambre des députés français.
1912 – Adoption du carnet anthropométrique pour les professions ambulantes et les nomades à partir de 13 ans révolus. Conçu sur la méthode de fichage des criminels, il recense la composition de la famille, les empreintes digitales, les caractéristiques anthropomorphiques, des photos de face et de profil. Il devait être validé à chaque déplacement. Supprimé en 1969, il a été remplacé par un « titre de circulation » 1939-1945 – Au moins 300 000 Tsiganes périssent au cours du génocide nazi.
1940-1946 – Le 6 avril 1940, les Tsiganes, soupçonnés d’espionnage, sont assignés à résidence. Puis sont internés dans près de 30 camps en France, dont celui de Montreuil-Bellay, le plus important.
1958 – Tous les États du bloc communiste interdisent le nomadisme et promulguent des lois antitsiganes.
1971 – Organisation du Premier Congrès international romani.
2000 – Adoption de la loi Besson relative à l’accueil des « gens du voyage ». 42 000 places sont jugées nécessaires sur les aires d’accueil des communes de plus de 5 000 habitants. En 2008, moins de la moitié d’entre elles ont été aménagées. 2010 – L’Église catholique, l’Onu et le Parlement européen condamnent la politique française de reconduite aux frontières des Roms. Entre janvier et septembre 2010, plus de 8 000 Roms sont concernés par ces procédures.

Avignon sans mariniers est-elle encore Avignon ?

23 Oct

LA LANGUE DANS LA PLAIE, une chronique d’Angelina Vivaldi

Depuis le XIe siècle au moins, Avignon a toujours été un port fluvial. Et un bon. L’aurait-on oublié ? Effectivement ces dernières décennies ont joué contre la péniche, ses mariniers, et la vie qui, au bord du Rhône, allait avec. Les pénichiers professionnels, ceux qui charriaient leur fret de charbon, d’huile ou de ciment, ont été peu à peu remplacés par des pénichiers de résidence. N’empêche. Quel plus joli bord de fleuve que celui paysagé par ces longs bateaux de bois ou de fer ? Une ville fluviale sans ses bateaux devenus peu ou prou habitations signe son arrêt de mort.

Vous allez me dire, il y a longtemps déjà que cette ville a tourné le dos au Rhône. Les vieux Avignonnais se souviennent sans doute que dans les années 60, les remparts côté Porte de la Ligne, étaient occupés par ces bistrots à mariniers, et que les berges du fleuve étaient peuplées de ces bateaux industrieux qui en faisaient la vie. Puis on a tout détruit, tranféré les péniches sur d’autres rives, et le port est mort. Définitivement. Où sont ses guinguettes et sa « mauvaise vie », qu’est devenue cette ambiance populaire qui irriguait Avignon de sa drôle de présence, accomodant l’eau au flux laborieux et joyeux de tout un peuple « d’en bas » ?

Avignon, décidément, ne sait pas exploiter ses richesses. Elle possède un fleuve, un des plus grands d’Europe, et ne sait pas le voir. Pire, elle ne le donne pas à voir : en lieu et place de rives habitées, ce n’est qu’un long ruban d’asphalte bruyant et polluant qui en interdit définitivement toute approche…

Et voilà que maintenant, notre bonne maire d’Avignon se met en tête d’en déloger les quelques rescapés, au profit d’un hypothétique et faramineux « port de plaisance », qui ne saura plaire qu’à une poignée étique d’heureux propriétaires de 13 mètres et de dangereux scooters des mers. Une horreur, doublée d’une imbécilité économique sans nom.

Donc, dernier avatar d’une municipalité qui ne comprend rien à rien, on a coupé l’eau potable aux quelques malheureux résidents de la berge, afin de les faire fuir, en toute illégalité d’ailleurs. Ceux-là manifestaient à juste titre lors du dernier Conseil municipal, et l’on aurait tort de ne pas les soutenir.

Car enfin, plutôt que de claquer, un fois de plus, des millions pour un projet signé Roig, complètement irréaliste et générateur de dettes abyssales (tout comme le tramway, le stade ou autres fariboles), la ville ne ferait-elle pas mieux de « requalifier » (ce mot à la mode) ses berges, et attirer ainsi toute une population nouvelle qui saura revivifier la vitrine fluviale d’Avignon ?

Angelina Vivaldi

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