Archive | novembre, 2010

UN CONTE DE NOËL : la fabuleuse histoire de Mansour, roi de l’arnaque

30 Nov

LE BILLET D’ANGELINA

Voici un joli conte de Noël, comme l’actu sait nous en concocter. Une histoire édifiante en forme de parabole, telle que se doit d’être un vrai conte de Noël. Vous connaissez Mansour ? Non, pas notre hélas fameux Mansour de la place de l’Horloge, mais bien ce mollah afghan, taliban pur jus et accessoirement second dans la hiérarchie Benladeniste de la nébuleuse terroriste, chargé entre autres du… financement de l’organisation. Figurez-vous qu’un zèbre anonyme -qui selon certains n’est qu’un petit épicier d’Islamabab, plus vraissemblablement un agent pakistanais du renseignement- n’a trouvé rien de mieux qu’usurper l’identité du terrible mollah pour arnaquer les services secrets de la planète entière ainsi que les très sérieux experts de l’Otan. Ce type « ordinaire » et débonnaire, aux faux airs de bon père de famille, a soutiré aux « spécialistes » beaucoup de pognon pendant de longs mois, au motif d’un hypothétique rapprochement avec l’organisation terroriste… Le tout avec la bénédiction du président afghan lui-même. Bref un énorme coup de bluff qui a permis à ce joyeux drille de se prévaloir d’une « autorité » incontestable pour accroître ses propres richesses. La suite, croustillante, est à lire dans l’article de RFI.

Voilà une histoire qui ne manque pas de sel. Certes le rapprochement entre cet expert du coup de bluff d’avec notre mollahson avignonnais n’est que pur jeu rhétorique et plaisir de circonstance. N’empêche : entre le pseudo-épicier pakistanais et notre « brasseur » avignonnais, n’existe t-il vraiment qu’une homonymie de circonstance ? Les dupes, eux, sont toujours pareils : ceux-là mêmes qui se pensent en toutes circonstances à l’abri de telles indélicatesses, et qui plebiscitent sans sourciller le premier venu qui les fera rêver.

Angelina Vivaldi

GRANDES OREILLES : Wikileaks l’emmerdeur de la planète web

29 Nov

LE MOT DE TAÏEB

Vous connaissez Wikileaks ? Ces délurés de la transparence du net organisent depuis quelques temps le plus gros déballage de la toile : ou comment réactualiser la séculaire histoire de l’arroseur arrosé. En gros, ces joyeux lurons ont saisi un créneau jusqu’alors occupé par les sinistres officines d’espionnage en vogue dans tous les « grands » états de la planète. Big brother retourné contre les envoyeurs, en quelque sorte. Wikileaks espionne et récupère pour le compte des citoyens de la planète les perles du flux courriétal de nos chers puissants : dépèches diplomatiques, rapports secret-défense, bref tout y passe. Cette moulinette web soutire le meilleur de la confidentialité et du secret des états-nations. Chine et USA sont évidemment les mieux servis : Qui d’autres parmi les puissants actionnent-ils le mieux tout l’arsenal de l’espionnite généralisée de leurs citoyens et « concurrents » ?

Wikileaks est malin : forts de contrats d’exclusivité avec les plus grands titres de la planète -Le Monde, New York Times…- nos déglingueurs de la toile dézinguent à tout va et nous offrent le meilleur de leurs « écoutes » sensibles, immédiatement relayées par le gratin de la presse mondiale. Un beau coup de bluff qui inquiète gravement nos chers puissants.

Jolie parabole que cet accouchement dissident de la face obscure de la planète, retourné contre ceux qui font credo et profession de foi d’espionnite généralisée, à l’heure cyber de la mondialisation des échanges. Un contre-pouvoir à surveiller de près, tant les contre-pouvoirs ont cette adaptabilité facile à rapidement muter en de redoutables pouvoirs tout court.

Taïeb El Baradeï

UN EXEMPLE A SUIVRE : «Taxez-nous plus!», le cri de millionnaires américains

29 Nov

Ils sont riches, très riches, et veulent être soumis à un impôt plus fort: des millionnaires américains demandent à l’administration Obama de les taxer plus dans l’espoir d’aider à résorber l’abyssal fossé qui les sépare de leurs compatriotes moins bien lotis.

Quarante-cinq millionnaires ont lancé une pétition à cet effet. Au nom de la «santé fiscale de notre nation et du bien-être de nos concitoyens», ils demandent l’abandon d’allègements fiscaux accordés depuis 2001 aux contribuables dont les revenus annuels excèdent le million de dollars.

Le moment n’a pas été choisi au hasard: ces allégements fiscaux, approuvés sous George W. Bush, arrivent à expiration à la fin de l’année. Et les démocrates, sortis affaiblis des législatives au début du mois, souhaitent contre l’avis des républicains réserver à l’avenir ce dispositif aux familles gagnant moins de 250.000 dollars par an.
Parmi les signataires on trouve Ben Cohen, fondateur des crèmes glacées Ben & Jerry’s, le directeur de fonds spéculatifs Michael Steinhardt ou encore un avocat de Californie à la retraite Guy Saperstein.

«Nos taux d’imposition sont parmi les plus bas des pays industrialisés»

Ce dernier a expliqué avoir été envahi par un sentiment de «frustration» lorsque le président Barack Obama a récemment évoqué la possibilité d’une extension provisoire des allègements pour les plus riches en échange d’une pérennisation des allègements pour les autres.
«Je pense que notre pays va mal», dit Guy Saperstein. «Lorsque les temps sont durs, les plus riches doivent se serrer un peu la ceinture. Et ce n’est pas un gros sacrifice. Nos taux d’imposition sont parmi les plus bas des pays industrialisés», lance-t-il.

Selon Guy Saperstein, 1.500 personnes ont apporté leur soutien à la pétition dont il est à l’origine avec d’autres. Philippe Villers, un homme d’affaires d’origine française, fondateur de Computervision et dirigeant de Grain Pro, compte parmi eux. La raison en est simple: «je ne pense pas que (proroger les allègements fiscaux pour les plus riches, ndlr) soit juste ou que cela permette de fortifier l’économie», explique-t-il.

Autre initiative lancée par Wealth for Common Good (la fortune pour le bien commun), une association rassemblant des foyers aisés et de hommes d’affaires: 410 Américains aux revenus très confortables ont signé une pétition , qui appelle Washington à cesser ses cadeaux fiscaux à leurs concitoyens gagnant plus de 250.000 dollars par an.

Demande d’une répartition plus juste de l’imposition

«J’ai gagné pas mal d’argent ces dernières années. Il est évident que d’autres que moi méritent désormais d’en profiter un peu», explique Jeffrey Hayes, président de l’entreprise de conseils Stratalys. Et même le milliardaire Warren Buffett y est allé de son couplet.
«Je pense que les gens qui se situent en haut de la pyramide – les gens comme moi – devraient payer beaucoup plus d’impôts. Nous nous portons mieux que jamais», a-t-il récemment assuré lors d’un entretien accordé à la chaîne ABC News.

Mike Lapham de l’association «Pour une économie plus juste» a lui réussi à réunir 700 Américains aux revenus élevés prêts à revendiquer une répartition plus juste de l’imposition. Il se dit «ravi d’en entendre certains clamer: « taxez-moi plus! »», car «nombreux sont ceux qui pensent que le gouvernement fédéral aurait dû en faire plus pour La Nouvelle-Orléans (après le passage de l’ouragan Katrina en 2005, ndlr) ou lors de la marée noire dans le golfe du Mexique. Mais à la vérité, le gouvernement a dû réduire de très nombreux postes de dépenses».

(Source AFP) Liberation.fr / Monde / 29/11/2010 à 11h11

Ciels – Wajdi Mouawad

29 Nov


Magic Purée : un extrait du Ciels de Wajdi Mouawad, en attendant le retour à Avignon du passeur d’Incendie…

Flamenco !

28 Nov

LA CUISINE GITANE : Anguilles à la cendre et son ragoût d’olives

27 Nov

Voici une recette ultra-simple, mais que tu ne peux faire qu’au feu de bois. Commence donc par te procurer une jolie brassée de sarments qui te serviront pour tes anguilles. Les anguilles, tu peux les commander à ton poissonnier, sachant que tu compteras une belle anguille pour 5/6 personnes environ. Demande-lui de te les vider et tronçonner, mais ne les épluche pas.

Pour 6 personnes donc, il te faudra : 1 belle anguille tronçonnée et vidée, 1/2 kg d’olives noires dénoyautées, 1/4 d’olives vertes cassées au fenouil dénoyautées (si t’as la patience), 1 belle tête d’ail frais, 2 beaux poivrons rouges mûrs. Huile d’olive, 1 verre de vin blanc sec, romarin en branches, une branche de fenouil sec, 4 feuilles de laurier, gros sel et poivre du moulin. En ustensiles : une grille pour ton feu, une cocotte en terre, torchon, couteau à détailler.

Commence à faire ton feu : lorsqu’il a bien pris, pose la cocotte sur la grille très près du feu, verse deux bonnes cuillères d’huile, jette tes olives et ton ail frais en gousses chemisées. Ne sale pas. Laisse cuire à feu moyen en couvrant au torchon pendant un bon quart d’heure, puis ajoute ton verre de blanc, un brin de fenouil séché, ton romarin et tes feuilles de laurier, poivre et couvre. Laisse cuire un peu loin du feu.

Lorsque tu vois que les braises sont bien formées, jettes-y tes poivrons entiers, en les recouvrant de braise. Au bout d’un petit quart d’heure, tu pourras les retirer, les éplucher puis les détailler et les réserver.

Lorsqu’enfin ta braise est en train de mourir, jette dans la cendre tes morceaux d’anguille avec leur peau en les recouvrant bien. Laisse cuire doucement vingt bonnes minutes. Pendant ce temps, tu auras versé tes poivrons dans la cocotte et goûté : si il faut rajoute quelques grains de gros sel. Une fois ton anguille cuite, pose tes morceaux sur le haut de la cocotte et sers. Tes invités rajouteront un peu d’huile crue et de gros sel sur leur anguille si ils veulent. Régalez-vous.

Pour accompagner ce plat chaleureux, choisis un bon rouge bien charpenté : un beau Corbières devrait faire l’affaire.

GATONEGRO

LA BELLE VIE : Une semaine dans la peau d’un Rom

27 Nov



Comment vivent les Roms en Roumanie, le pays où ils sont le plus nombreux ? Pour le savoir, un journaliste d’Adevărul s’est fait passer pour l’un d’entre eux. Il n’a pas ressenti de discrimination, mais une sorte de mépris généralisé.

Jamais les Tsiganes n’ont été aussi présents dans le débat public. Quelque 8 000 Tsiganes roumains ont été expulsés de France cette année, mais la moitié y sont déjà retournés. Quelles chances ont les Tsiganes d’être acceptés en Roumanie ? Je l’ai compris en revêtant pour une semaine l’habit de Tsigane: chapeau, chemise bigarrée, veste en cuir et pantalon de velours. Je me suis laissé pousser la moustache ; la peau basanée je la tiens du bon Dieu.

J’ai commencé Place de l’Université [à Bucarest]. Il y avait des étudiants ivres qui se sont moqués de moi et m’ont braillé ces mots archi-connus de la langue tsigane: « mucles » (ta gueule !), « bahtalo » (bonne chance !), « sokeres » (comment ça va ?). Un grand blond m’a pris en photo, puis a photographié les bouteilles posées sur le trottoir, les chiens et les mendiants. Sur son ordinateur, en Scandinavie, ma photo sera probablement classée dans le répertoire « Bucharest garbage ».

Des regards qui font plus mal que Nicolas Sarkozy

Plus tard dans la soirée, je suis allé voir une pièce au Théâtre National. Les gens autour de moi n’étaient pas enchantés de ma présence, mais ils n’ont rien dit. J’ai entendu à nouveau les mêmes rires de quelques jeunes. Il semblerait que ce soient eux les plus méchants et les plus perfides envers les Tsiganes. Et ils rient toujours dans le dos.

Peut-être même que leurs regards font plus mal que le mauvais oeil de Nicolas Sarkozy, le président français. Nous avons des campagnes pour l’intégration et l’alphabétisation des Tsiganes, mais pas de campagne pour empêcher les gens de rire lorsqu’ils voient un Tsigane bossu dans la rue.

Et pourtant, on peut appeler tout cela comme on veut, sauf discrimination. Personne ne m’a jeté hors d’un café ou d’un restaurant. Tant qu’ils encaissaient mon argent, ils m’accueillaient à bras ouverts. Ce ne sont pas les Tsiganes qui sont victimes de discrimination en Roumanie, ce sont plutôt les pauvres.

Nous voulons que les Tsiganes sentent bon, qu’ils aiment l’art, mais aucun employeur ne veut avoir un Tsigane près de lui. Et sans argent, soit le Tsigane plonge dans la misère, soit il cherche des moyens non conventionnels de gagner de l’argent.

J’ai essayé le conventionnel, j’ai cherché à me faire embaucher. J’ai cherché des annonces dans les journaux pour être ouvrier non qualifié, laveur de voitures, ou démembrer des voitures pour les pièces détachées. Au téléphone, on m’a dit qu’il restait des places.

Arrivé devant les employeurs, certains m’ont chassé honnêtement – « Va-t-en, Tsigane ! », d’autres par des insultes – « Ben voilà, pour l’instant on n’embauche plus ! ».

Même les éboueurs m’ont rejeté. La fille du personnel m’a regardé par-dessous ses lunettes et m’a dit: « On n’embauche pas. On ne l’a jamais fait ». Ce qui signifie sans doute que les éboueurs qui tournoyaient dans la cour héritent de la profession de père en fils.

S’ils restent seuls, les Tsiganes meurent

Je pensais qu’il existait une solidarité, sinon entre les gens, du moins entre les automobilistes. Dans la périphérie de Bucarest, j’ai crevé un pneu, plus ou moins intentionnellement. J’ai passé plus de trois heures au bord de la route, faisant des signes de la main aux voitures qui passaient.

Pour certains je pouvais lire les injures sur leurs lèvres, d’autres me klaxonnaient en souriant, un a fait mine de me rouler dessus. J’étais complètement seul; des centaines de personnes sont passées à côté de moi sans vouloir m’aider. Là, j’ai compris pourquoi les Tsiganes se déplaçaient en tribu. S’ils restent seuls, ils meurent !

Et enfin, une vieille Skoda Octavia est apparue, d’où est descendu un malheureux, la cinquantaine, à la salopette sale. Dans les deux minutes nécessaires pour le changement de roue, il m’a ouvert son cœur : « Je t’ai vu quand tu me faisais signe, il y a deux heures. Je t’ai regardé dans le rétroviseur et j’ai regretté de ne pas m’être arrêté. Et je me suis dit que si tu étais encore là à mon retour, je m’arrêterais. Alors, j’ai fait une bonne action ou pas ? ». Je lui ai répondu la tête baissée : « Oui, monsieur ».

En repartant pour Bucarest, je me suis arrêté pour prendre de l’essence. Une employée de la station service est sortie un peu paniquée et m’a demandé : « Tu t’es servi à la pompe 5 ? » Non, j’avais pris de l’essence à la pompe 4. A la pompe 5, ce sont des Tsiganes dans une voiture à plaques jaunes [plaques temporaires pour les voitures achetées en Allemagne, difficiles voire impossibles à tracer] qui avaient pris de l’essence. J’ai appris qu’ils avaient fait le plein et oublié de payer. J’ai préféré me dire que, peut-être, eux aussi étaient en train de faire une expérience journalistique inédite.

Presque circulaire, l’article finit à quelques pas de l’endroit où il a commencé, Place de l’Université. Je pense n’avoir rien accompli, ni apporté de solution au problème des Roms. Qu’est-ce que la société veut qu’il advienne d’eux ?

Après avoir été traité comme un Tsigane pendant sept jour, j’ose dire que la réponse est affichée sur une vieille maison où un fanatique religieux a écrit un verset de la Bible: Jean 3:7 – « Jésus a dit : Il faut que vous naissiez de nouveau ». Et là, il n’y a aucune métaphore

Cristian Delcea / 10 novembre 2010 / Adevărul Bucarest

%d blogueurs aiment cette page :