IL N’Y A PAS DE POLICE POLITIQUE EN FRANCE : Sarkozy accusé d’espionner des journalistes

4 Nov


Avec l’ami Vladimir, ex patron du KGB

«Affaire d’Etat»? Alors que le Canard enchaîné accuse Nicolas Sarkozy de superviser en personne l’espionnage de journalistes enquêtant sur des affaires sensibles, le syndicat national des journalistes (SNJ) et la gauche, vent debout, réclament des comptes.

Les démentis apportés par l’Elysée – qui a qualifié ces informations de «farfelues» – et plusieurs responsables de la majorité – Jean-François Copé balayant des «allégations» et Xavier Bertrand un «grand n’importe quoi» – n’ont pas suffi à éteindre la polémique.

Le directeur de l’hebdomadaire satirique, Claude Angeli, n’a d’ailleurs rien retiré des informations parues dans l’édition de mercredi: «l’Elysée peut dire ce qu’il veut, les sources du Canard sont bonnes et on ne se lance pas avec un titre comme ça sans biscuit», a-t-il confirmé à l’AFP. «Il est normal que Nicolas Sarkozy soit en colère, il est normal qu’il ait envie de savoir, mais de là à mettre le contre-espionnage pour connaître les responsables des rumeurs visant son couple ou pour rechercher qui s’intéresse un peu trop aux rétro-commissions du Pakistan, à l’affaire Woerth-Bettencourt», enfonce-t-il sur RTL.

Le SNJ, majoritaire chez les journalistes, de son coté, s’inquiète: «Est-il exact que la DCRI (Direction centrale des renseignements intérieurs) est amenée à s’intéresser à tout journaliste qui « se livre à une enquête gênante » pour le président de la République ou les siens?» Autre question: «Est-il exact que l’Elysée, courant juillet, aurait demandé à la DGPN (Direction générale de la Police nationale) de mettre fin aux fuites qui avaient abouti à la publication des informations en Une du Monde des 18 et 19 juillet, en identifiant les sources des journalistes?», en violation de la loi du 4 janvier.

«Le fils spirituel de Richard Nixon». Sans porter «d’accusation», la secrétaire nationale du PS aux libertés publiques et à la justice, Marie-Pierre de la Gontrie, juge «les révélations du Canard enchaîné extrêmement graves» et demande l’ouverture d’une enquête ainsi que l’audition du patron de la DCRI, Bernard Squarcini, par la commission des Lois de l’Assemblée nationale. «L’heure des explications est venue. Il ne faut pas laisser le soupçon s’installer davantage», estime-t-elle, tandis que la député socialiste Aurélie Filippetti, qui avait travaillé sur la question de la protection des sources des journalistes, appelle Nicolas Sarkozy à «s’expliquer d’urgence».

«Le président de la République, qui semble-t-il se révèle le fils spirituel de Richard Nixon, doit parler et tourner le dos à ces pratiques honteuses», dénonce-t-elle dans un communiqué. Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, plaide, elle, pour la mise en place d’«une commission indépendante» chargée «d’enquêter sur ces informations, ainsi que sur les cambriolages commis au Monde, au Point et à Médiapart». Allusion à plusieurs vols d’ordinateurs, commis dans la même semaine, appartenant à des journalistes enquêtant tous sur le dossier Bettencourt. «Cela n’a rien de farfelu, cela s’appelle la démocratie», justifie Duflot.

03/11/2010 / LIBÉRATION.FR

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