ITALIE : Dernières passes pour Silvio Berlusconi

8 Nov

La dernière révérence de Silvio ? Silvio Berlusconi est de nouveau au coeur d’un scandale sexuel. Trop c’est trop. L’événement doit signer définitivement la fin de l’ère berlusconienne, estime l’éditorialiste de La Repubblica.

02.11.2010 |  Eugenio Scalfari | La Repubblica

Les dernières chroniques de l’Italie berlusconienne, frasques d’un genre baptisé désormais « bunga bunga » (ou « crac crac » en référence à une blague fétiche de Berlusconi sur les pratiques sexuelles présumées des cannibales), m’ont laissé tout à la fois indifférent et stupéfait [le président du Conseil italien est au centre d’un nouveau scandale à la suite de révélations de la presse sur la présence d’une mineure marocaine, Ruby, à des soirées privées organisées dans sa villa de Lombardie. Berlusconi aurait également fait pression sur la police pour obtenir la libération de la jeune fille de 17 ans accusée de vol].

L’indifférence vient du fait que je connais Silvio Berlusconi depuis trente ans et qu’il y a bien longtemps que j’en suis arrivé à la conclusion que notre président du Conseil représente, par bien des aspects, l’Italien typique avec ses vices latents et ses qualités. Nous somme travailleurs, patients, accommodants, accueillants. Mais aussi fourbes, pleurnichards, vantards, rebelles, allergiques aux règlements, hypocrites. Égoïsme et générosité s’affrontent tout comme la versatilité et la cohérence, le mépris des institutions et les sentiments patriotiques. Berlusconi a réussi l’exploit de refléter les pires instincts du pays. Les vices latents sont remontés à la surface et ont pollué toute la société italienne, en enfouissant au plus profond le meilleur de nous-mêmes.

Cela fait trente ans qu’on observe un véritable processus d’abrutissement des masses qui s’inspire des techniques modernes de communication pour altérer la mentalité des gens et le fonctionnement des institutions. Ce scandale  » bunga bunga » n’est que l’énième confirmation de cette pédagogie inversée. Depuis dix ans, l’institution « gouvernement » a eu pour unique objectif de défendre la personne de Berlusconi contre les mesures de justice liées aux nombreux délits que lui ou ses entreprises ont commis avant et après ses débuts en politique. Parallèlement, l’institution « Parlement » a été asservie au pouvoir exécutif, tandis que le pouvoir judiciaire était quotidiennement bombardé d’insultes, de pressions et de menaces, lesquelles se sont également abattues sur la Cour constitutionnelle, le Conseil supérieur de la magistrature et le Chef de l’État. Le « chef » et ses vassaux ont tenté et tentent de construire une constitution basée sur le présupposé que le chef tient son autorité du suffrage populaire et par conséquent régit tous les pouvoirs de contrôle et de garantie.

Cette situation a été maintenue par une Italie que l’abrutissement massif avait privé de tout discernement critique et qui voyait dans le « chef » l’exemple à imiter et à soutenir. Le court-circuit que cela a provoqué dans le pays a permis à Berlusconi d’exhiber ses vices, sa richesse, la violation systématique des règles institutionnelles et même les règles du bon goût et de la bonne éducation. Il ne se passe pas un jour sans qu’il se vante de son comportement, de sa richesse, du nombre de ses villas, de son amour pour les femmes jeunes et belles, des festins qu’il organise pour « se détendre », des insultes et des menaces qu’il lance à tous ceux qui ne souscrivent pas à sa politique. Et il ne se passe pas un jour sans que cette Italie dont il parle et qu’il régente l’acclame et lui renouvelle sa confiance.

Mais il paraît désormais évident pour tous les Italiens normaux dotés d’un minimum de jugeote, dont le nombre est heureusement en train d’augmenter, que cette situation ne peut continuer. Dans n’importe quel autre pays démocratique occidental, une décision étatique y aurait mis fin depuis longtemps. Mais ici, il en va autrement. Au point où nous en sommes, il revient à tous ceux qui estiment nécessaire et urgent de mettre un terme à ce « bunga bunga » politique, constitutionnel et institutionnel, de secouer le cocotier. De présenter une motion de défiance qui ait la fonction qu’en Allemagne on qualifierait de « défiance constructive ». Le principe de cette motion pourrait se résumer ainsi : 1/ signaler au Président de la République l’existence d’une majorité alternative qui lui permet de nommer un nouveau gouvernement, comme le prévoit la Constitution. 2/ Faire la liste de quelques points de programme, à commencer par la restauration de la constitution, indispensable après le massacre qui a eu lieu ces dernières années.

Il ne s’agit pas d’instrumentaliser le scandale de cette mineure marocaine à des fins politiques. Il s’agit au contraire de mettre un terme à une gestion gouvernementale ruineuse basée sur « l’absence d’action » et la « mauvaise action », et enfin de démanteler la « clique » (Silvio Berlusconi et certains de ses collaborateurs, eux aussi touchés par des scandales sexuelles ou politico-judiciaires) qui ne fait que se renforcer depuis quinze ans en se moquant des naïfs avec le récit d’une fable improbable qui se finit bien. Au cours de son histoire, l’Italie a connu nombre de « cliques » similaires à sa tête, et à chaque fois, la fable s’est toujours mal voire très mal terminée. Cette expérience devrait nous aider à interrompre ce parcours au bout duquel se trouve immanquablement ruine sociale et perversion morale.

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