ITALIE : Chefs-d’oeuvres en péril

11 Nov

L’effondrement de la Caserne des gladiateurs, à Pompéi, n’est que le prélude d’une longue série à venir. De nombreux édifices antiques sont en effet menacés de disparition, en raison d’une mauvaise gestion du patrimoine depuis de nombreuses années.

La Caserne des gladiateurs s’est effondrée, Pompéi, 6 novembre 2010.
Ne parlons pas de toutes les domus qui, à Pompéi, attendent depuis on ne sait combien de temps des travaux d’entretien et de restauration : elles sont évidemment en danger, se désagrégeant de minute en minute. Et pourtant, parmi ces ruines antiques, les édifices qui menacent le plus de s’écrouler sont finalement ceux qui ont déjà été restaurés, mais en dépit du bon sens. C’est exactement ce qui est arrivé à la Caserne des gladiateurs, qui s’est misérablement effondrée le 6 novembre. Dans le cas de plusieurs domus fragiles de Pompéi, on a cru bon d’intervenir avec du béton armé. Eh oui, comme s’il s’agissait de robustes structures modernes ! Ce matériau a été utilisé aussi bien pour les toits des domus et des édifices que pour leurs poutres, plus ou moins portantes.

Il suffit de jeter un œil au temple d’Apollon pour comprendre de quoi nous parlons. Ce dernier, à proximité du forum, fait partie des édifices les plus visités parmi les ruines antiques inscrites au Patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. Le fer, resté un moment encastré dans le béton, est désormais à nu ; quant au béton, il s’est effrité sur la tête des touristes. Le même scénario et le même problème se reproduisent dans la très célèbre maison du Faune, mais également dans celle du Poète tragique, qui doit sa célébrité à la fameuse mosaïque Cave canem [Attention au chien] qu’elle renferme. Il va sans dire que, là aussi, ce n’est pas tant du chien qu’il faut se méfier que du fer et du béton armé, dont les structures antiques et fragiles de Pompéi ne supportent pas la pression, pas plus qu’elles ne supportent celle des terre-pleins et des serres floricoles. Autrement dit, tout ce qui pèse sur les fondations flageolantes de ces constructions vulnérables pose problème, puisqu’elles existaient déjà avant la naissance du Christ. Voici donc la liste d’autres risques d’effondrement dans ce site antique le plus célèbre du monde. Sur plus de 200 mètres, dans la rue de l’Abondance, non loin de l’endroit où s’est effondrée la Caserne des gladiateurs, le terre-plein sur lequel reposent les maisons n’est pas capable de contenir l’écoulement des eaux pluviales.

La partie antérieure de la maison de Julius Polybius, construite dans la région IX, est exposée à ce même risque et cela met en danger tous les édifices alentour, surtout à la saison des pluies. Subissent le même sort les domus et les structures de la rue de Stabies, qui donne dans la voie de l’Abondance et se trouve encore plus près du forum, donc facilement accessible pour les touristes. Dans cette rue, où l’on peut admirer les thermes centraux et les thermes de Stabies, la maison de Cecilius Jucundus ou encore celle du Cithariste, le problème, c’est le poids des serres. Elles aussi pèsent sur les constructions. Personne ne s’en est jamais soucié. D’ailleurs personne ne s’est jamais soucié d’aucun des nombreux problèmes à résoudre à Pompéi. Et, quand ce fut le cas, le plus souvent, la situation n’a fait qu’empirer. Ainsi, à 30 mètres de la Caserne des gladiateurs qui s’est écroulée, un auvent a récemment été construit, un petit balcon avec des poutres fichées en terre et accolées au terre-plein. Or il ne faut pas mettre de fer ni de béton armé dans la brique de Pompéi, c’est dangereux ; ce qu’il faudrait, en revanche, c’est du bois lamellé. Se promener à travers les ruines de cette merveille de l’Antiquité, c’est comme se mouvoir dans une cristallerie. Et pourtant, cet été, lorsqu’on a donné le feu vert aux travaux de restauration du Grand Théâtre, on n’a pas hésité à faire entrer excavatrices, pelleteuses et marteaux-piqueurs, comme s’il s’était agi d’un chantier à ciel ouvert pour un immeuble d’habitation.

10.11.2010 | Alessandra Arachi | Corriere della Sera

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