EXPO : Les mots magiques des Egyptiens pour l’éternité

12 Nov

C’est une grande première. Une exposition inédite par la fragilité des documents jamais montrés et par leur quantité. Il s’agit de ce qu’il est convenu d’appeler le Livre de la mort de l’ancienne Egypte, des métrages de rouleaux de papyrus ayant souvent plus de 3 000 ans et en parfait état. La plupart de ces manuscrits millénaires proviennent du British Museum, qui en conserve le plus grand nombre et les présente à Londres, jusqu’au 6 mars 2011, dans la rotonde de sa bibliothèque.

Déposés dans les sarcophages, aux côtés des momies, à l’abri de la lumière et dans l’air sec du désert, ces textes sacrés qui accompagnent le voyage dans l’au-delà, souvent richement illustrés, ont conservé toute leur fraîcheur. Les couleurs ont gardé l’éclat d’origine, les blancs, rouges, bleus, bruns, leur densité. Les hiéroglyphes ont la régularité du trait au carbone des scribes de haut vol.

Cette précieuse BD sur papyrus apparaît au XVIIe siècle avant J.-C., sorte d’antisèche du défunt qui contient les formules magiques à connaître pour s’assurer de la vie éternelle. Jusque-là, elles étaient peintes sur les coffres de bois des cercueils, gravées sur les stèles de pierre, écrites sur les bandelettes des momies, recouvraient les murs des tombeaux des pharaons et des dignitaires de la vallée des Morts en Haute-Egypte.

«  »Le Livre de la mort » est un guide pour le nouveau monde, indique John H. Taylor, conservateur au British Museum et commissaire de l’exposition. Nous avons cherché à recréer, pour le visiteur, le voyage qui conduit le défunt jusqu’à l’entrée du paradis.Les Egyptiens croient que l’esprit du mort, libéré, voyage vers une nouvelle vie, une vie future. »

De la même manière que le soleil disparaît pour renaître à l’aube, que la fleur meurt en hiver pour s’épanouir à nouveau au printemps, que le Nil est en crue chaque année, l’Egyptien est convaincu que l’homme, partie du cosmos, a lui aussi accès au cycle éternel. Après sa mort, le défunt entreprend un périlleux voyage au royaume des dieux. Il doit exécuter de complexes rituels, résister aux bêtes féroces, répondre aux questions pièges et connaître quantité de formules magiques pour atteindre l’Eden. Le Livre de la mort est une compilation de paroles sacrées pour toutes circonstances.

La réussite du voyage céleste reste une question d’argent. « Si vous êtes riche, et détenez ce livre, c’est plus facile et plus rapide, vous connaissez votre texte et ce qu’il faut dire », convient John H. Taylor. Le plus long rouleau connu, de 37 mètres, exposé pour la première fois, est celui de Nesitanebisheru, fille du grand prêtre d’Amun (990-969 av. J.-C.), une des femmes les plus importantes d’Egypte. Il provient des tombeaux royaux de Deir El-Bahari.

Le plus richement illustré est celui d’Ani (1275 av. J.-C.), scribe du pharaon. Il relate la pesée du coeur par le tribunal céleste, qui sera déterminante. Anubis, dieu à tête de chacal, ajuste la plume qui fait contrepoids. Le « bâ », l’esprit d’Ani, oiseau à tête humaine, surveille la scène. La balance doit être en équilibre pour prouver la pureté du coeur. Ce jugement marque la fin de l’existence d’Ani et le commencement de sa vie future.

La muséographie met en scène les étapes successives imposées au défunt, depuis sa mort jusqu’au « Champ de roseaux », paradis de l’Egyptien. Dans la pénombre des salles, objets et textes racontent par le menu la momification. Jusqu’à l’image scannée d’une momie dont on constate qu’elle a gardé sur elle tous ses bijoux et gris-gris. On suit la mise au tombeau, la libération du bâ, la réouverture de la bouche, des yeux, du nez du défunt préparé pour l’expédition au royaume des dieux.

La momie de Katebet (1300-1275 av. J.-C.) est là, intacte, dans son tombeau reconstitué, à côté des quatre jarres qui renferment ses entrailles. Elle est emmitouflée dans ses bandelettes de coton, les bras croisés ; son masque d’or a la beauté régulière de son visage. Le scarabée noir, porté en amulette pour son voyage dans l’au-delà, est le symbole de l’éternité.

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« Ancient Egyptian Book of the Dead ». British Museum, Great Russell Street, Londres WC1B 3DG. Jusqu’au 6 mars 2011. De 10 heures à 17 h 30 ; jusqu’à 20 h 30 les jeudis et vendredis. 12 £ ; entrée libre jusqu’à 16 ans. Catalogue, éd. The British Museum, 320 p., 30 £. Sur le Web : Britishmuseum.org.

Florence Evin
le Monde – Article paru dans l’édition du 09.11.10

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