C’EST POUR DE VRAI : La retraite à 58 ans !

26 Nov

La Bolivie veut avancer l’âge de la retraite à 58 ans

A contre-courant de la plupart des pays, la Bolivie du socialiste Evo Morales s’apprête à abaisser l’âge de la retraite de sept ans, à 58 ans, une réforme radicale et controversée à l’impact économique incertain, au-delà des dividendes politiques. La réforme intervient après deux ans de négociations entre les syndicats et Morales, lui-même ancien dirigeant syndical. « Nous espérons que ce sera un cadeau de Noël », a lancé Morales, pressant le Parlement d’adopter la loi avant fin décembre. Ce qui devrait être fait, étant donné la mainmise totale du parti de Morales, le MAS, sur les deux chambres.

Socialement ambitieux, ou économiquement suicidaire, selon les avis, le projet de loi déposé devant le Congrès le 16 novembre prévoit aussi la nationalisation des retraites, la fermeture de caisses privées (l’espagnol BBVA et le suisse Zurich) qui géraient la retraite de 1,3 million de Boliviens. Le système, fondé sur la solidarité, verra l’apport patronal augmenter de 3 %, celui des employés de 0,5 %, avec une contribution spéciale, « l’apport solidaire », des Boliviens gagnant plus de 13 000 bolivianos (1 320 euros). Soit dix-neuf fois le salaire minimum mensuel, d’environ 70 euros. Pour des travailleurs exposés, comme les mineurs, elle pourrait intervenir dès 51 ans, ou à 55 ans dans le cas d’une mère de trois enfants.

Au pouvoir depuis 2006, Evo Morales suit un axe résolu de capitalisme d’Etat, redistributeur, en direction des couches longtemps défavorisées (paysans, Indiens, pauvres), d’où il est lui-même issu, en s’appuyant sur les revenus des hydrocarbures (gaz) et des réserves de change records. « C’est la nouvelle politique pour redistribuer aux travailleurs, en vue d’une baisse de la pauvreté et d’une plus grande égalité », a plaidé Morales en présentant la réforme.

DES DOUTES SUR LA VIABILITÉ À LONG TERME

Elle effraie les milieux d’affaires et sa viabilité fait douter plus d’un analyste, qui rappelle qu’elle est à contre-courant du recul global de l’âge de la retraite, suivant l’augmentation de l’espérance de vie. « La tendance est planétaire. Le Japon, Singapour, l’Australie, la Colombie, pas moins de quarante-sept pays ont instauré des plans, ou sont en train de le faire, pour repousser l’âge de la retraite », souligne l’économiste Guillermo Aponte, de l’insitut privé Fondacion Milenio. Dès la première année, 100 000 nouveaux bénéficiaires devraient intégrer le système de retraite. Il s’étendra à des indépendants et « pourrait couvrir potentiellement 3 millions de personnes (pour 10 millions de Boliviens) », note l’économiste Alfredo Bonadona, pour qui « financièrement ce n’est pas viable ».

L’Etat, lui, soutient que le système est garanti sur « au moins trente-cinq ans ». Et les défenseurs du projet soulignent cependant qu’une retraite à 65 ans ne signifie par la même chose en Bolivie, où l’espérance de vie est de 66 ans, qu’en France par exemple. Ses détracteurs répondent que la population âgée augmente et représentera un poids bientôt trop coûteux pour les cotisants. Selon les chiffres officiels, « la croissance des 60 ans et plus sera de 3,3 % en 2020, contre 1,7 % pour la population totale », souligne Aponte.

D’ici là, ce qui semble garanti, ce sont les dividendes électoraux auprès d’une population pauvre à 60 %, pour un président triomphalement réélu en décembre, et qui lorgne déjà sur un troisième mandat en 2014.

LEMONDE.FR avec Reuters | 26.11.10 |

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :