Instant/Instinct : Cérémonie, selon Thierry Alcaraz

5 Déc

Voici un objet étrange, une pièce chamanique, aux échos puissants qui vibrent d’un mysticisme archaïque et pourtant terriblement présent. Une oeuvre complexe et dépouillée qui tranche diablement avec les formes répertoriées du travail habituel de la Compagnie des Ouvriers et de son inspirateur, Thierry Alcaraz. Ni théâtre, ni performance musicale, cet ovni doit se lire comme une communion. Une cérémonie, donc, au sens plein du terme, d’où émergent une langue inédite, deux personnages en quête, une viole de gambe et la transmutation graphique d’un des lieux les plus secrets d’Avignon. Cette Chapelle des Miracles, que le pape Jean XXII fit construire en 1330, après qu’un jeune homme condamné au bûcher pour sodomie fut par miracle épargné des flammes. Un authentique miracle auquel le pape dédia cette superbe chapelle romane.

Lithurgie d’un passage, d’une transition organique vers les morts, ce rituel quasi-initiatique est peuplé de l’ombre habitée d’un absent, auquel Thierry Alcaraz dédie ce poème comme une offrande. Un chant profond, violent comme l’orage, et pourtant porté par une infinie douceur, dont l’organisation autour de l’incantantion psalmodiée ou franchement chantée dans cette nov-langue surprenante, renvoie effectivement à la grande tradition lithurgique hébraïque et paléo-chrétienne.

Prouesse et dépassement de soi pour l’officiant qu’est Thierry Alcaraz, peu habitué du plateau nu et de l’implosion physique de l’acteur. Sa lithanie balbutiante, fragile, fait mouche, sa langue inconnue résonne d’une force primitive. Mystère au sens religieux que la voix extrême de Nanette Van Zanten, dont la viole épouse toute les atonies, force les pics, exulte des méandres de ce chant edenique.

Et lorsque le ciel de la chapelle s’ouvre sur un fleuve mouvant de nuages lourds, foisonne d’un océan magmatique, ou évide la nervure de la nef pour en révéler la géométrie mystique, alors nous savons que nous sommes bien là en présence d’une sublimation, l’accomplissement d’une traversée vers des cieux inconnus, peut-être terrifiants, un ailleurs que l’on peut lire déjà dans la panoptique médiévale, dans ces retables qui côtoient l’enfer et d’où les anges finissent toujours par triompher. Une prière pour un ange trop tôt disparu que Thierry Alcaraz sait si bien nous faire partager. Un miracle.

Marc Roudier

Instant/Instinct s’est donné du 2 au 5 décembre 2010 en la Chapelle des Miracles à Avignon.

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3 Réponses to “Instant/Instinct : Cérémonie, selon Thierry Alcaraz”

  1. Michel Benoit 6 décembre 2010 à 10:56 #

    Oui et je pense que cela manque beaucoup de travail sur la voix et la musique.
    Par contre j’ai trouvé les projections magnifiques.

  2. Michel Benoit 5 décembre 2010 à 4:52 #

    Un miracle ??? Vous allez perdre en crédibilité !

    • lespritdavignon 6 décembre 2010 à 10:27 #

      C’est votre point de vue… Vous avez vu le spectacle ?

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