UN TRUC DELICAT : L’exercice de l’édito

7 Jan

Une tentative d’Angelina Vivaldi

Bon, c’est pas ce que j’aurais exactement imaginé au retour des fêtes, après une licence copieuse, dûment balisée de multiples visites dans les établissements recommandés de Chueca ou La Latina. Passons. « L’équipe » de L’Esprit (équipe, faut le dire vite : 4 ou 5 délabrés du rrrrron, de la caïpiriña et du foie gras en tapa) me propose donc ça, l’exercice de l’éditorial, comme mise en bouche pour la nouvelle année. En gros : bonjour la patate chaude…

Déjà, un édito, c’est quoi ? Seulement juste un truc de planqués de la pqr (je dis la pqr, mais c’est valable pour tous nos supports bien français de l’édition journalistique : une spécialité anglo-saxonne qui a migré férocement dans les rédactions hexagonales depuis quelques décennies…) ? Bref une fonction privilégiée de briscards étoilés qui, après 30 ans de bons et loyaux services, dans la boue quotidienne de « l’investigation » et des petits fours chez le Préfet, se voient enfin attribuer l’insigne « honneur » d’ouvrir leur titre d’une « réflexion » ou d’un bon mot, censés condenser « intelligemment » toute l’actualité du jour, et y apporter ce surcroît d’éclairage et d’analyse ? En clair, les « lumières » autorisées sans lesquelles, pauvres lecteurs lambdas que nous sommes, nous serions inaptes au décryptage du flux informationnel diarrhéique que nous prenons en pleine poire sans précaution ? Cette bouillie inintelligible qui nous assaille jour et nuit sur tous nos écrans, et qui sans ces commentateurs « éclairés », nous aurait laissés nus, terriblement désarmés, désespérément sans voix devant le déferlement ahurissant du monde ?

Il faut bien reconnaître que l’exercice éditorialistique au quotidien doit peser son pesant de croix. Franchement, disserter chaque jour sur un truc ou un autre, sans en être particulièrement instruit, ni même intéressé, s’apparente à la corvée de bois. D’ailleurs, cette expression jadis utilisée par nos régiments d’élite pour désigner une toute autre sorte d’exercice, correspond bien à la réalité crue de l’éditorialiste. Sauf que dans ce cas précis, c’est le tortionnaire qui morfle le plus, pas le supplicié : le lecteur a toute liberté de zapper ce timbre prétendument édifiant, simplement prétentieux et moralisateur, que la rédaction cherche à lui imposer au quotidien. Déjà ça de gagné.

Pour en revenir à notre « commande », qu’aurais-je pu vous proposer ? Une énième autosatisfaction quant à la bonne fréquentation de notre site, chiffres bidonnés à l’appui ? Je sais que ce marronnier fort en vogue chez nos amis blogueurs fait fureur. Mais, bon, soyons sérieux : ça intéresse qui, au final ?
Autre possibilité : vous renseigner une fois encore, pauvres ignorants, sur l’absurdité et les dangers du monde nouveau qui se prépare ? Ce à quoi, certainement, vous vous êtes cruellement résignés, sans avoir besoin de quiconque pour vous le rappeler…
Enfin, prendre la pelote et tirer le fil jusqu’au vertige d’un quelconque exemple « éclairant » de l’actu qui, si vous êtes bien lunés -et le scripteur bien inspiré également- aura force de « réflexion » sur l’état de notre pauvre monde boursouflé et, à bien des égards, terrifiant ? Ce en quoi vous nous serez reconnaissants de conforter ainsi ce que vous pensiez d’un tel chaos, le miroir que nous vous tendons correspondant effectivement à ce que vous en attendez. Amen. Et on reste ainsi bien en famille…

Voyez-vous, chers lecteurs et futurs lecteurs et jamais lecteurs, je renonce. Trop de brouillard éthylique, de fatigue ? Ou simplement l’ennui désespérant d’avoir à « dire » et signifier me file le vertige, et surtout un arrière-goût de mauvaise foi. De toutes façons, mécréante comme je le suis, sans foi ni maître, l’exercice n’était décidément pas fait pour moi.

Je me contenterai donc de vous embrasser, toutes et tous, fort civilement et tout aussi goulûment.

Bonne année à tous, avec l’Esprit d’Avignon bien entendu.

Angelina Vivaldi

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