AVIGNON PATRIMOINE : La tour du Trouillas, une « restauration » en dépit du bon sens

22 Jan

La Tour du Trouillas est un des « must » du Palais des Papes. Ce « morceau » architectural incendié en 1354, puis reconstruit et plusieurs fois toiletté, haut de 52 mètres, abrite les archives départementales. Sa « restauration » programmée par la Ville sous l’égide des Bâtiments de France, fait désormais l’objet d’un chantier de la Direction du Patrimoine, conçu dans la précipitation et en dépit du bon sens, le tout au préjudice de nos impôts locaux…

Nous avons-là le parfait exemple d’une communication municipale efficiente, avec un événement patrimonial « attractif » censé redorer le blason de la politique culturelle de la Ville, le tout bien entendu copieusement relayé par la presse locale.

Hélas, la réalité est moins reluisante. Une fois de plus, la municipalité UMP de madame Roig a manqué à ses obligations de prudence, en pérorant avec éclat sur la magnificence de son gouvernorat.

Passons sur le bien-fondé d’une telle « remise à neuf » de ce moment patrimonial de la Cité des Papes. Le débat de l’opportunité et de la méthode est ouvert. Comme toujours, plusieurs « écoles » s’affrontent, entre tenants d’un laisser en l’état pour des raisons historiques légitimes, et partisans d’une restauration intrusive qui, si elle a pour noble intention une conservation technique du bâti, n’en demeure pas moins une falsification abusive de l’Histoire. Mais là n’est pas aujourd’hui la question…

Le problème est qu’avant d’entamer un tel chantier, très coûteux pour la collectivité, un minimum de règles doit être observé, en particulier celles régissant la documentation archéologique de tout patrimoine avant restauration. En clair, avant de se lancer dans l’élévation de l’échafaudage (dont je vous laisse imaginer le coût), puis d’intervenir directement sur le bâti (300 mètres cubes de pierres sont susceptibles d’être remplacés), les directions concernées se doivent d’établir un relevé archéologique rigoureux avant intervention.

Petit hic. Dans la précipitation d’une annonce médiatiquement gratifiante, la mairie a, une fois de plus, mis la charrue avant les boeufs… Résultat : maintenant que l’échafaudage gigantesque est dressé, que les Compagnons restaurateurs sont à pied d’oeuvre, voilà que l’on découvre qu’aucun relevé n’a été programmé, comme la loi y oblige pourtant. Dans l’urgence, on procède à un appel d’offre auprès d’un labo spécialisé. 70 000 euros sont réclamés pour ce relevé. Le coût de la prestation dissuadant nos chers élus, voici que l’on se retourne vers les deux pauvres archéologues de la ville, déjà submergés de travail… Qui, bien entendu, ne sont ni assez nombreux ni disponibles pour effectuer ce travail de titan… qui leur demanderait plusieurs mois de labeur à plein temps. Une mission qui n’entre absolument pas dans leurs attributions…

Aujourd’hui, on en est là. Inutile de préciser que l’ouverture effective du chantier de restauration n’est pas pour demain ! D’ici là, espérons que la ville réfléchira un peu plus avant de claironner ses annonces esbrouffantes, certes « payantes » en termes de com, mais au final bien dispendieuses pour les finances publiques et le contribuable.

Antonio Sanz

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