Archive | février, 2011

LA CUISINE GITANE : Goulash à la Rom

27 Fév

Une recette qui nous vient de l’Est, plus exactement du côté de Bucarest, de chez nos amis Roms de Roumanie. Le Goulash est un plat universel, que l’on déguste dans toute la région, de Hongrie en Roumanie. Sa version Rom a un accent plus oriental, avec ses épices venues du berceau des Gitans, le nord-ouest de l’Inde et les vallées montagneuses du Rajasthan. Une couleur particulière pour un plat lumineux, à partager absolument entre amis.

Pour six personnes, il te faudra 1 kg de boeuf à braiser, un gros os à moëlle, 3 oignons, une demie-tête d’ail violet, deux poivrons rouge et vert, une vingtaine de grains de poivre rouge, curry, cannelle, paprika, une grosse cuillère de farine, 1/2 litre de vin rouge corsé, 2 petits citrons verts, un petit zeste d’orange, 10 baies de genièvre, laurier, romarin frais, 1 clou de girofle, 1 piment rouge, huile d’olive, gros sel et fleur de sel, poivre du moulin. En ustensiles, une belle cocote en fonte, une petite casserole, un saladier pour la marinade.

Prépare ton goulash la veille, en laissant mariner la viande au frigo toute une nuit. Dans ta marinade, un demi litre de vin rouge, deux cuillères d’huile d’olive vierge, tes grains de poivre et de genièvre, un demi-zeste d’orange, une belle pincée de fleur de sel.

Le lendemain, égoutte ta viande (conserve ta marinade) et fais-la revenir dans deux cuillères d’huile d’olive, puis ajoute tes oignons ciselés. Une fois colorée, sors ta viande et jette la graisse de cuisson.

Pendant ce temps, mets tes deux poivrons au four très chaud pendant 1/4 d’heure environ jusqu’à ce qu’ils cloquent. Sors-les et épluche-les, puis coupe-les en fines lanières.

Saupoudre ta viande d’une grosse cuillère de farine, fais colorer à feu moyen 3 à 5 minutes. Puis verse ta marinade, saupoudre ta viande de deux belles cuillères à soupe de paprika, couvre d’eau à niveau dans la cocote, toujours à feu moyen. Enfin, rajoute 5 ou six gousses d’ail pelées et écrasées, ton os à moëlle, une cuillère à soupe de curry fort, tes citrons coupés en tranches très fines (que tu auras fait revenir auparavant dans un peu de beurre ou d’huile à la casserole pendant 15 minutes), ton piment ciselé, tes deux ou trois feuilles de laurier, une branche de romarin frais, un clou de girofle, un cuillère à café de cannelle, gros sel et poivre du moulin. Tu rajouteras tes poivrons en lanières fines 15 minutes avant la fin de cuisson. Laisse cuire à feu moyen/fort jusqu’à ébullition, puis baisse à feu très doux et laisse mijoter pendant trois bonnes heures.

En accompagnement, sers ton goulash avec des patates bouillies, une polenta au four, ou simplement une bonne salade de pissenlit ou de cresson. Régalez-vous.

En vins, procure-toi un bon Gigondas ou à défaut un vin de sa région : Vacqueyras, Rasteau ou Sablet.

Gatonegro

« DIRECT AVIGNON PLUS » : Le quotidien La Provence complice du dictateur Gbagbo ?

26 Fév

LE COUTEAU DANS L’OS

L’alliance contre-nature du quotidien régional la Provence avec les gratuits du groupe Bolloré pose question. A Avignon, un petit nouveau La Provence/Bolloré est né récemment : Avignon Direct Plus. Comment le quotidien La Provence peut-il s’accomoder des accointances du groupe Bolloré avec le dictateur Laurent Gbagbo, dont Bolloré et son quotidien Direct Matin soutiennent sans ambiguïté la « présidence » usurpée ? En illustration, l’article suivant paru sur le site Afrik.com le 11 février dernier :
(Antonio Sanz)

Vincent Bolloré et Laurent Gbagbo : je t’aime, moi non plus

Le journal gratuit Direct Matin du groupe Bolloré s’est illustré dans la crise ivoirienne par son soutien discret à Laurent Gbagbo, dont la réélection est contestée par la communauté internationale. Le conglomérat de Vincent Bolloré s’était déjà investi bien au-delà dans la campagne du candidat à la présidentielle ivoirienne, mais se défend aujourd’hui de façon équivoque de l’avoir soutenu sans réserve.

On ne trouve qu’un seul média français pour soutenir, discrètement, Laurent Gbagbo. A la faveur de la crise ivoirienne, on retrouve en effet, dans les pages de Direct Matin (ex-Matin Plus), l’influence du Vincent Bolloré qui se vantait fin 2007 dans Télérama d’avoir « le contrôle de l’éditorial » sur les médias de son groupe. On pensait l’homme d’affaire rangé depuis quelques années de la trop voyante communication pour les intérêts africains de son conglomérat, converti à une plus discrète « diplomatie d’influence ». Il était même devenu difficile de trouver la moindre brève sur l’Afrique dans son gratuit Direct Matin (1,3 million d’exemplaires) ou la moindre évocation du continent sur sa chaîne Direct8 (2,4% de parts de marché). Puis la réélection de Laurent Gbagbo a été remise en cause par la communauté internationale, et la main du grand patron s’est de nouveau fait sentir…

Publi-rédactionnel
La fausse neutralité de la ligne éditoriale de Direct matin ne saurait tromper le lecteur attentif : le titre défend les intérêts du groupe et les idées du grand chef. Quand l’association Acrimed constate que le gratuit sert le couvert d’un dirigeant ivoirien en mal de rééelection, on est donc presque dans la normalité. Avec l’air de ne pas y toucher et sans non plus y consacrer trop de place, le quotidien gratuit positionne de fait Laurent Gbagbo et Alassane Outtara sur un pied d’égalité, « oublie » certaines informations défavorables à Gbagbo, quand il ne met pas directement son rival en accusation : « La main tendue de Gbagbo rejetée par Ouattara », peut-on ainsi lire en une de l’édition du 5 janvier.

Gbagbo n’est pas pour autant le premier à profiter d’une couverture médiatique en sa faveur de la part du groupe Bolloré. Abdoulaye Wade (Sénégal), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Paul Biya (Cameroun) ou Nelson Mandela [1] (Afrique du Sud) l’avaient précédé, avec rien de moins à l’époque que la une de Direct Matin, accompagnée à chaque fois d’un article dithyrambique tablant sur l’ignorance du lectorat quant à la réalité de la situation sur place.

Nous sommes en 2007 et Vincent Bolloré n’hésite pas alors à utiliser ses médias pour flatter l’ego des chefs d’Etat africains avec qui il souhaite commercer. Sur Direct 8, Abdoulaye Wade se voit ainsi offrir une seconde tribune, dans l’émission « Paroles d’Afrique » animée par un ancien ministre de la Coopération, alors vice-président du groupe Bolloré, Michel Roussin. Au même moment ont lieu d’intenses négociations pour le contrôle du port de Dakar, un marché sénégalais finalement emporté par Dubai Ports malgré les efforts déployés. Parmi les invités de la chaîne, se trouvent également Denis Sassou Nguesso (Congo) et feu Omar Bongo (Gabon).

Presse Bolloré : l’éloge des présidents africains
Communication clé en main. Pourtant, le retour de Direct Matin à la propagande africaine de Vincent Bolloré détonne. Bien sûr, le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire) est le plus important exploité par le groupe sur le continent. Mais on avait pu constater depuis trois ans une « accalmie ». Les bonnes relations tendaient à être entretenues par des voies plus discrètes. Parmi ces dispositions moins visibles, Laurent Gbagbo a ainsi pu profiter, durant sa campagne, des conseils de Stéphane Fouks, a tête de l’agence de communication Euro RSCG (groupe Havas, contrôlé par Bolloré), et peut-être même d’un peu plus encore. Selon Le Parisien du 4 janvier, Nicolas Sarkozy lui-même se serait ému d’une série de sondages aux résultats très favorables à Gbagbo, commandés par Euro RSCG à l’institut TNS Sofrès. Patricia Balme (PB International), conseillère d’Alassane Ouattara, accuse alors directement, dans les pages du quotidien : « Les conseillers de Stéphane Fouks ont juré à Gbagbo qu’il gagnerait facilement l’élection. Ils l’ont mis dans une disposition d’esprit telle qu’il ne s’attendait pas à perdre. C’est une des raisons pour lesquelles il s’accroche à son poste. »

Pourquoi ce soutien au candidat Gbagbo ? « Parce que Vincent Bolloré a des intérêts dans toute l’Afrique », répond sans détour Jacques Séguéla, vice-président d’Havas, interrogé en décembre dans l’émission « Question d’info » (LCP/AFP/France Info). « Il a conseillé Gbagbo de longue date », ajoute-t-il, même si « toute collaboration a été instantanément stoppée dès les premiers incidents [2] ». Un revirement expliqué par une exigence « démocratique » d’Havas, explique-t-il.

Mais on ne saurait penser qu’il s’agit là d’un simple service d’une entreprise à son client. « Ca ne rapporte rien », concède Séguéla. Du moins rien de direct, mais assez pour que la « diplomatie d’influence » continue dans Direct Matin. De plus, Stéphane Fouks est également conseiller pour Paul Biya (Cameroun) et Ali Bongo (Gabon) selon La Lettre du continent, des présidents peu soupçonnés d’être de grands démocrates.

Cette opération de séduction ne se limite pas non plus à la simple aide à la communication, puisque Bolloré finance par exemple – pour un montant officiellement modique – la fondation de l’épouse du président camerounais, Chantal Biya. Un engagement intéressé ? Non, selon le directeur général de Bolloré Africa Logistics (BAL), Dominique Lafont (interrogé par Rue89 en décembre 2009), uniquement parce qu’elle « œuvre très sincèrement contre certaines pandémies et pour l’enfance », avec « des résultats positifs ». Le fait que BAL soit entre autres concessionnaire au Cameroun du port de Douala n’a probablement rien à voir.

11 février 2011 / Denis Carlier / Afrik.com

VIDEO : Le Baise-main de Berlusconi à Kadhafi

26 Fév


Un petit rappel n’est jamais inutile. Tout comme la photo de Sarko avec Kadhaf’ récemment ôtée du site de l’Elysée. Selon Berlu, dans une déclaration sans honte aujourd’hui, « Kadhafi a perdu le contrôle du pays ». Si c’est Silvio qui le dit…

ALLO, TRIPOLI : Un témoignage depuis le coeur de la révolution libyenne

26 Fév

On l’appellera L. Elle ne veut pas qu’on la reconnaisse, « s’il vous plaît, on ne sait pas, vous comprenez, n’est-ce pas? ».
On l’appellera Elle. Elle vit à Tripoli. Elle est enseignante.
Elle est une voix, au téléphone. Brouillée, parfois difficilement audible.
Elle est une femme, en Libye.

« J’habite à Fachloun, un quartier au centre de Tripoli, où il y a eu de violents affrontements avec la police en début de semaine. Plusieurs habitants du quartier ont été tués, dont deux que je connaissais. Une voiture garée devant mon immeuble a explosé après avoir été frappée un projectile tombé du ciel, peut-être un obus, je ne sais pas. Il règne depuis un calme précaire dans le quartier. On entend encore des tirs d’armes automatiques et des explosions dans le lointain. Tout le monde a peur. Les gens sont terrés chez eux, les magasins et les écoles sont fermés. Je ne suis pas sortie dans la rue depuis une semaine. Je suis là, avec ma mère. On a fait des réserves de nourriture et on s’organise avec les voisins, on fait cuire notre propre pain, on mange simplement. On arrive à savoir ce qui se passe grâce aux chaînes satellitaires comme Al-Jazira et Al-Arabeya, car la télévision libyenne, elle, diffuse en boucle de fausses informations.

Nous avons appris que la Cyrénaïque, à l’est du pays, était tombée et cela nous donne tant d’espoir. J’ai beaucoup d’amis là-bas, notamment à Benghazi, nous sommes en contact permanent, et nous avons su ce qu’il s’y passe, l’enfer, terrible. Les médias officiels veulent nous faire croire qu’à l’Est, les gens ne veulent que leur indépendance, mais je sais bien que c’est faux, je sais qu’ils vont nous soutenir pour chasser Kadhafi. On sait qu’il faut tenir le coup. La frontière avec la Tunisie est ouverte, mais à part les gens qui sont gravement malades, pas un Libyen ne veut partir dans un moment pareil. Tout le monde veut que Kadhafi s’en aille, même si on ne sait pas jusqu’où il est prêt à aller. Son discours à la télévision, c’était le discours d’un fou, comme s’il nous disait « maintenant, c’est vous ou c’est moi. » On est convaincus que si on ne cède pas, il finira par partir ou par être tué. Il faut être fort, il faut tenir, en dépit de tout. On a peur, oh mon Dieu, oui, on a tellement peur mais il nous faut croire que ce n’est plus qu’une question de temps. »

Mise à jour: depuis que j’ai parlé à Elle, il a parlé à son tour.

« Soyez prêts à défendre la Libye,soyez prêts à vous battre pour la dignité, soyez prêts à vous battre pour le pétrole. Répliquez leur, plongez les dans la honte. (…) Nous pouvons triompher de nos ennemis. Vous devez danser, chanter et vous préparer (…) Votre esprit est plus fort que toutes les tentatives des étrangers et des ennemis pour vous détruire (…) Mouammar Kadhafi est parmi vous. Je suis avec le peuple et nous allons nous battre et nous allons les tuer si c’est ce qu’ils souhaitent. Voyez la force du peuple. Voilà la force du peuple qui ne peut être vaincue. Faites ce que vous voulez. Vous êtes libres de danser, de chanter et de faire la fête sur toutes les places pendant toute la nuit. Mouammar Kadhafi est l’un d’entre vous. Dansez,chantez, réjouissez-vous! »

Claude Guibal / Egyptoblogue / 26 février 2011 à 00.25
Egyptoblogue : Carnet de bord de Claude Guibal, correspondante de «Libération» au Caire.

EXIT(s) : Une seule chose à faire : Trisha Brown aux Hivernales !

25 Fév


La chronique des sorties de La Mie de l’Art

Ce week-end à Avignon, ne cherchez pas : le truc à ne pas rater, même si c’est un peu cher (48 euros en tarif normal !), c’est la Trisha Brown compagnie, samedi 26 à l’Opéra-Théâtre. Dans le cadre de l’excellent festival Les Hivernales, bien sûr…

Parmi les 3 pièces que la compagnie propose, assurément celle à déguster est Set & Reset, une oeuvre de 1983, avec sept danseurs évoluant parmi les objets du célébrissime Robert Rauschenberg, sur une partition de la new-yorkaise Laurie Anderson, performeuse et musicienne magique.

Un bel exemple de ce que la contemporanéité, cette « distance sans délai » comme la définit de fort bellle manière l’artiste Arte Povera Michelangelo Pistoletto, produit de plus juste. La Danse de Trisha Brown, tellement contemporaine, en empathie totale avec le monde qui la meut, nous irradie d’une force vitale élémentaire. Nous avons besoin de cette justesse là.

On y va ! 🙂

La Mie de l’Art

Trisha Brown Dance Company 1h45 / samedi 26 février 20h30 / Opéra-Théâtre d’Avignon

TROP BON LA CONFITURE : Pour François Mariani comme pour MAM, la démission, vous n’y pensez pas !

25 Fév

LA REPUBLIQUE DES COPAINS

Pris les doigts dans le pot, notre coruscant François Mariani, patron de la Chambre de commerce de Vaucluse, mis en examen pour fraudes multiples à l’URSSAF et au Fisc, reste droit dans ses Church’s. Ce matin encore, La Provence, organe de presse « indépendant », fidèle à son éthique journalistique bien connue, lui sert la soupe sans état d’âme dans une « interview » en forme de tribune d’auto-justification, intitulée « François Mariani s’explique ».

Et qu’apprend-on de ce pétulant « présumé coupable » qui ne regrette rien, ou presque ? En l’occurrence, il commence par charger son fils de ses propres turpitudes, révélant là un bel esprit de famille et un courage digne du meilleur des géniteurs. La famille, cela dit, il connaît, puisque son très droitier de cousin, le plus que sarkosyste Thierry Mariani (inventeur d’un projet de loi restreignant le droit aux soins pour les « étrangers »), est lui aussi aux « affaires » UMP, en tant que ministre des transports. On a d’ailleurs constaté cet hiver combien il était efficace, et surtout responsable, se déchargeant de ses insuffisances sur le dos des employés de la DDTE. Ne lui en voulons pas, c’est génétique, cette caractéristique bien familiale de se défausser sur les lampistes…

Pour en revenir à notre François Mariani local, ce pauvre « self-made man » n’en démord pas : tout ceci n’est que médisances et complot, « battage médiatique » et autres malveillances. La défense habituelle des margoulins choppés en flag, quoi. Ce qu’il oublie, ce cher patron UMP (et ex-président MEDEF du Vaucluse), c’est que ce que lui reproche la justice n’est pas rien : faux bilans, abus de biens sociaux, travail dissimulé, fausses factures, j’en passe et des meilleures… Charmant, pour un président de Chambre de Commerce !

Lui n’y voit rien à redire. Pour 60 000 euros la justice bien intentionnée l’a laissé sortir libre du bureau du juge-enquêteur. Une bonne manière faite à un petit notable arrogant qui malgré cette faveur, trouve encore à la ramener…

Sans pudeur, sans morale, ce bon père estime être irréprochable : c’est vrai que c’est son fils, et « lui seul », qui dirigeait l’hôtel dont il est le proprio et le gérant en titre, hein ? Faudrait pas tout mélanger…

Certes, on sait la main de la maire Roig derrière ce soudain étalage de ces lamentables carambouilles sur la scène publique. Certes, des François Mariani à la petite semaine, il en existe des milliers, tout aussi pathétiques, dans les belles provinces de notre belle république. Et ils ont des amis, qui plus est : ce Christian Etienne, par exemple, autre version de la vertu UMP façon roi de la truffe….

Le gamin de Monclar qui a piqué un scooter et s’est pris deux ans de tôle appréciera. Je sais c’est démago de dire cela. Mais la triste vérité cependant, c’est que ces gens-là, ces François Mariani ou bien plus haut, ces ministres de la Sarkosie, se croient tout permis et se placent au dessus des lois. Mais, pour eux, pas de danger, on ne les enfermera jamais : ils ont de quoi payer leur caution (avec l’argent volé au fisc et à l’URSSAF), ils ont des « relations ». Mieux, ils ne démissionneront pas, sûrs de leur impunité, confits d’arrogance, soutenus par les cercles « d’amis » influents et relayés complaisamment par une presse locale aux ordres.

Ne nous étonnons pas après que des Marine Le Pen surfent sur ces boulevards. La bêtise de l’UMP et de ses délinquants serviteurs est sans limite…

Angelina Vivaldi

NB : Pendant ce temps, son cher cousin Thierry Mariani s’illustre une fois encore en prenant défense de l’insane Eric Zemmour, récemment condamné pour injures racistes : Cf article sur le blog de Bertrand Colin

Photo : François Mariani, derrière sa « copine » Marie-José Roig

NUIT : « Faire la lune » en loucedé, seul avec les toros sous les étoiles

25 Fév


Toréer en cachette hors des arènes, geste romanesque ou braconnage ?

Ils appellent ça «hacer la luna». Faire la lune, profiter de sa lueur. Pour toréer à la dure en douce. Les toreros furtivos vont braconner des passes à des vaches, voire des toros, la nuit, en cachette. Vieille lune. Dans ses Mémoires, Juan Belmonte raconte comment, les nuits de pleine lune, il se déshabillait pour traverser le Guadalquivir à la nage et, avec son veston, toréer nu des toros dans les élevages proches de Séville. Dans les années 50, El Cordobés fera de même du côté de Cordoue. Chez l’éleveur Félix Moreno, il estoquera un étalon avec une vieille baïonnette.

A cause de ce braconnage délictueux, Curro Romero a connu le cachot à Badajoz en 1970. Lors d’une corrida, il avait refusé un toro jugé par lui intoréable. Il avait vu qu’il avait été movido, déjà toréé. Paco Ojeda, à la fin des années 70, a forgé dans l’exercice son esthétique du toreo collé au toro : il fallait garder l’animal dans le petit périmètre de lumière, qu’on le voie charger sans le laisser filer dans le noir. Queues coupées. En janvier, des ganaderias d’Estrémadure et de Castille-et-Léon ont reçu la visite de ces furtivos dans ce que José Luis Castro Jañez, président de l’Association des mayorales, appelle «une vague de vandalisme».

Dans la propriété Fuente Santa, près de Cáceres, des furtivos ont réussi à isoler 18 vaches dans la plaza de tienta pour s’en servir. Dans celle d’El Madroñal, ils ont pu enfermer trois toros dans la petite arène et leur ont coupé le bout des cornes après usage. A Sanlúcar de Barrameda, dans les années 70 et 80, les toreros de la nuit profitaient de la proximité, dans les marismas, de l’élevage Sayalero y Brandes pour affronter des vaches bravas. Ils leur coupaient la queue pour signaler à l’éleveur qu’elles avaient été «touchées». Selon José Luis Castro Jañez, ces rôdeurs taurins de janvier «ne sont pas des pratiquants de la tauromachie classique» mais plutôt des jeunes recortadores. Des adeptes, professionnels ou pas, de ce jeu taurin en vogue dans le nord de l’Espagne (Castille-et-León, Navarre, Pays basque), dans la région de Valencia et en Catalogne sud. Castro : «Pour eux c’est une façon de s’amuser en hiver quand il n’y a pas de festivals taurins». Il n’exclut pas cependant que des novilleros, sans appuis pour être invités à des tientas par exemple, viennent la nuit tirer quelques passes afin de satisfaire leur désir de toréer et se faire la main.

Dans les années 70, «El Lobo», médiocre torero diurne, s’est fait autour de Salamanque une redoutable réputation de torero noctambule. La création en 1977 des écoles de tauromachie a un peu asséché cette tradition, dénoncée par les éleveurs. Qui sont maintenant en contact avec les écoles, fournissent du bétail pour les élèves, les accueillent dans les tientas. En France, ce braconnage a existé. Parfois avec du bétail de Camargue. Epines. Ce toreo clandestin, chargé de la vertu romanesque de l’interdit, est devenu une image d’Epinal. Dans le roman éponyme de Pérez Lugín et dans ses adaptations cinématographiques, Currito de la Cruz s’y adonnait. Dans Tú solo, film de Teo Escamilla (1983) sur l’école de tauromachie de Madrid, les jeunes Joselito, Bote, Sevillita et Carretero vont, imitant Belmonte, toréer à poil la nuit. Dans la Carmen de Bizet mise en scène par Calixto Bieito à Barcelone en octobre dernier, un danseur nu interprétait un torero furtivo. La réalité est plus âpre. Le novillero andalou Camarena «El Loco de Torreblanca», familier de l’exercice, le reconnaissait en 1984.

Hacer la luna dans les marais ? «Un calvaire. Il y a le froid et la boue en hiver, les moustiques en été, les gardes armés en toute saison qui te tirent dessus, les buissons pleins d’épines où tu te planques et ces saloperies de vaches qui te piétinent sous la lune.» Autre problème : le galop du toro ou de la vache ralenti sur l’herbe rend l’acte de toréer plus compliqué, moins fluide. Mêmes réserves chez ce torero pratiquant occasionnel du furtivo et qui veut garder l’anonymat : «Quand tu arrives, le troupeau se casse. Isoler une vache ou un veau c’est pas facile, ça fait du bruit, les chiens aboient. D’ailleurs tu toréée très peu. Tu voles trois passes, c’est ridicule. Penser qu’on peut toréer toute la nuit, comme Belmonte le raconte, ça me paraît suspect.Maintenant, il arrive que des ganaderos invitent à toréer de nuit, pour le fun.Mais surle toreo furtivo, on fait beaucoup de roman.»

Noir parfois, le roman. La nuit du 1er décembre 1990, les novilleros El Loren, 25 ans, Andrés Panduro Jiménez, 22 ans, et Juan Carlos Rumbo, 20 ans, arrosent l’anniversaire d’Andrés dans les bars d’Albacete. A la sortie d’une boîte, ils décident d’aller toréer à Charco Lentisco, la ganaderia de Manuel Costa à Cieza. Costa qui a fait fortune dans le papier d’imprimerie s’est offert un élevage. Il a aussi été apoderado d’El Loren et lui avait offert un habit de lumières. Des histoires d’argent les ont brouillés. A Charco Lentisco on constate régulièrement la visite des braconniers toreros. Les vachers s’en plaignent: les furtivos laissent les portes ouvertes, le bétail s’enfuit. Supplications. Cette nuit-là, pleine lune. Manuel Costa et deux de ses vaqueros s’attendent à de la visite. Vers 3 heures du matin ils se rendent à la ganaderia, surprennent les trois novilleros, les poursuivent, les coincent dans un champ d’amandiers, les tuent à coups de fusil malgré leurs supplications. Quatorze coups de feu dans les bras, la bouche la tête et tirés de haut en bas. Les victimes étaient couchées ou à genoux. Le ganadero et un vacher seront condamnés à 162 ans de prison. Un autre tireur n’a jamais été identifié. Des toreros viendront porter les cercueils des novilleros assassinés. Sur chacun d’eux, on avait sculpté une muleta et une épée.

JACQUES DURAND
Publié sur Libération. Titre original : Passes volées au clair de lune

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