BONNE DEFLAGRATION : le BIG BANG de Philippe Quesne

1 Fév

THEATRE : focus sur Philippe Quesne

Vous nous demandez souvent le pourquoi du choix de l’image de notre profil Facebook. En voici la source : un spectacle de Philippe Quesne, Big Bang, donné au gymnase Aubanel dans le cadre du 64e Festival d’Avignon. Une oeuvre que nous avons particulièrement appréciée pour ce qu’elle a d’instable, dérangeant, profondément contemporaine. Et qui donc correspondait assez à l’image que nous nous faisons de notre contemporanéité, ici à Avignon, comme autour de nous, dans ce vaste monde en effervescence : instable, comme nous l’avons dit, et comme cela peut qualifier une préparation en chimie… Un vertige qui nous « turbule » tous, dont nous sommes simultanément les regardeurs et les acteurs. Curieuse schizophrénie propre à notre réalité des écrans et de la multiplication des miroirs. Voici donc le compte-rendu à chaud de cette oeuvre perturbante, publié pendant l’été par nos amis du Bruit du Off, le journal en ligne des festivals d’Avignon dont le ton irrévérencieux et indépendant, comme les choix (très) affirmés, nous vont bien… :

Philippe Quesne revient cette année au Festival avec son « Vivarium Studio ». Créée en 2005, cette association-laboratoire permet à Philippe Quesne d’expérimenter en toute sérénité, entouré d’acteurs, hommes et femmes, fonctionnant ensemble et en toute confiance. « Big Bang » nous évoque, simplement, une origine du monde, une histoire des hommes en plusieurs tableaux, par petites touches visuelles. Difficile de résumer d’un pitch les pièces de P.Quesne tant leur forme n’est pas habituelle. Vivarium Studio ne travaille pas à partir de textes mais à base d’idées et d’improvisations, visant à créer des spectacles pouvant s’imbriquer, et coopérer ensemble. Ces oeuvres nous interrogent sans jamais dénoncer. Forte est l’envie de comparer la précédente pièce présentée au Festival (la Mélancolie des dragons) et celle-ci, mais ne serait-ce pas vain et inutile ? Comment éviter de chercher une évolution entre ces deux œuvres ? Justement ce que ne veut pas faire P. Quesne.

N’oublions pas que Vivarium Studio existe en dehors du Festival et nous propose depuis plusieurs années un jeu de lego théâtral à taille et à vision humaine. Sa forme théâtrale est unique et la connivence entre tous les acteurs et ce metteur en scène évidente. Comment ne pas tomber sous le charme de ces personnages, touchants de bienveillance, formant un groupe uni sans être à l’unisson, en écoute constante des propositions de chacun, en totale coopération même dans les aventures les plus improbables ?

Bien entendu nous retrouvons des bribes des précédentes pièces, la « voiture univers » de la Mélancolie, les spationautes « d’après nature ». Mais n’est-ce pas l’axiome de départ du travail de cette troupe ? Appréhender une forme théâtrale modelée à partir de chaque individualité dans laquelle Quesne, par légères touches et coups de patte, donne vie tout au long de ses propositions.

« Big Bang » histoire du monde et « Big Bang » mise en image d’une BD sur notre mode de vie mais aussi, comme le souligne Quesne, « Big Band », groupe d’acteurs à la formidable écoute, groupe de personnages à la zen attitude. Tout dans cette pièce n’est qu’un hymne à l’écoute de l’autre, n’en déplaise aux grincheux qui attendent du texte. Vivarium Studio nous démontre qu’il existe d’autres formes théâtrales, tout aussi efficaces mais nécessairement complémentaires, travaillant davantage sur l’imaginaire que sur le texte, proposant des scènes d’une incroyable poésie, faites de bric et de broc par une bande de Pieds Nickelés de la vie, personnages touchants. Nulle moquerie, pas de surenchère, Quesne pimente seulement ce plat d’un soupçon d’ironie, sans aucune méchanceté, nous mettant le nez dans nos propres dérives absurdes, mais sans nous plonger la tête sous l’eau, simplement, avec un sourire bienveillant. Laissons-nous enivrer de cette douce léthargie teinte d’images d’une indéniable poésie.

Les acteurs, formidables, donnent vie à cette entreprise, tels des funambules, toujours en équilibre entre un travail perpétuel, et une proposition convaincante. La connivence est si grande qu’il devient difficile de savoir où et quand commence et s’arrête l’objet théâtral.
Il est vrai que le sujet peut sembler moins « parlant » que ceux des précédentes créations, car cette fois la trame narrative est encore moins appuyée, et l’identification aux personnages quasiment impossible. Difficile de savoir si l’entreprise peut perdurer longtemps sous cette unique forme, et continuer de nous passionner dans les futures créations…

Jusqu’où peut aller Quesne et le Vivarium Studio, sans laisser les spectateurs sur le bas-côté, lassés peu à peu par ses trublions poétiques et lunaires ? Question difficile à laquelle nous n’avons heureusement pas de réponse. Mais le Vivarium Studio n’est-il pas, comme son nom l’indique, un laboratoire d’idées qui évoluera forcément vers d’autres formes de vie, et de recherche perpétuelle, ou disparaitra de lui-même, faute d’idées, de volonté, de désir ou de nécessité ?

Même si la forme peut dérouter, découvrez cet univers poétique si particulier, en quelque sorte Objet Théâtral non identifié, non antagoniste à d’autres formes plus classiques, mais simplement hautement complémentaire…

Pierre Salles / LE BRUIT DU OFF / juillet 2010


Big Bang sera repris les 10 et 11 février prochain au Manège de Reims.

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Une Réponse to “BONNE DEFLAGRATION : le BIG BANG de Philippe Quesne”

  1. la Mère Castor 11 mars 2011 à 12:16 #

    Je l’ai vu, j’avais sans doute trop aimé La mélancolie des dragons pour apprécier complètement Big Bang. Trop de brume et pas assez de gorilles. Mais le travail de Quesne est vraiment interessant. Ça touche là où on ne touche pas d’habitude.

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