CRIS D’EGYPTE : « Le million, le million ! »

1 Fév

La suite des événements commentés par le blogueur Cairote de CRIS D’EGYPTE

1er février 13h30. … Pendant ce temps, la télé d’Etat continue de montrer des images d’un pont sur le Nil quasiment vide. «Hier, ils ont passé en boucle un groupe de faux supporters de Moubarak, devant le siège de la télé. Vraiment ridicule», témoigne Mohamed, 24 ans, croisé place Taalat Hard. Fraîchement diplômé en comptabilité, il n’a «évidemment pas de travail puisqu’il n’y en a pas». Aujourd’hui, vu l’ampleur des manifs depuis plusieurs jours, il en est certain: «Moubarak va partir. Et après? Qui va le remplacer?» A quoi ressemblera l’après-Moubarak? «Je ne vois personne venir», répond Mohamed (Libération)

Le Caire, 1er février 2011. Un million de manifestants sont attendus aujourd’hui dans les rues du Caire et des grandes villes d’Egypte. L’appel est passé sans Internet, sans SMS. Au Caire, à 11h15 nous sommes déjà entre 300 000 et 500 000 personnes selon la BBC.

Les produits de base se font rares. Les supermarchés ont été quasiment vidés de leurs stocks. Les banques sont fermées, la plupart des magasins aussi et rares sont ceux qui gagnent leur pain quotidien.

La rue, pourtant, ne désemplit pas, et se remplit au contraire davantage. Hier, 31 janvier, la place Tahrir, au centre-ville du Caire, était noire de monde. Une estimation circule : 100 000 personnes.

Les voix sont cassées. Ceux qui se servent d’un mégaphone se comptent sur les doigts de la main. Des manifestants ont élu domicile sur la pelouse centrale de la place Tahrir, inondée par un fichu robinet qui ne cesse de couler. Sur une petite tente minuscule on peut lire une pancarte: Hôtel de la liberté. Photos, éclats de rire. Des volontaires ramassent les ordures, balaient, distribuent de l’eau et de la nourriture.

L’humour est au rendez-vous de façon écrasante. Les slogans scandés, les pancartes et les banderoles suscitent l’hilarité. Un enfant tient à bout de bras une pancarte s’adressant à Moubarak: Allez quoi, dégage, j’ai super mal au bras. Un homme passe imperturbable. Il a la voix et la diction de Louis Jouvet : Nettoyez votre pays, jetez vos Moubaraks. Nettoyez votre pays, jetez vos Moubaraks. D’autres messages sont moins comiques. En milieu de journée une pancarte choc fait son apparition. On y voit Moubarak avec la coiffure et la moustache d’Adolf Hitler. La foule scande : Hitler le voilà ! Hitler le voilà !

Les messages d’unité populaire continuent de nourrir les discours. C’est une révolution populaire indépendante de tout parti, de toute religion, de tout mouvement. Un homme habillé d’une sorte de tablier blanc avec un bandeau sur la tête (façon jihad islamique) fait son apparition. Son passage glace les personnes autour de moi qui le suivent du regard. A l’heure de la prière des centaines de manifestants se recueillent. Les slogans et les darboukas reprennent sitôt après.

En ce 31 janvier, toute la société est représentée dans sa grande diversité. Les enfants, les familles, les étudiants, les barbus, les glabres, les gauchos, les voilées, les pas voilées, les bourgeois, les nassériens, les communistes, les laïques, les activistes.

Vers 1h00 du matin, on apprend une information majeure : l’armée égyptienne déclare solennellement qu’elle ne tirera pas sur les manifestants pendant la marche du 1er février. Tout le monde comprend, que pour Hosni Moubarak, c’est terminé. La réaction internationale est immédiate. Changement radical du discours. Deux ex-ambassadeurs américains en poste à Tel Aviv et au Caire s’expriment à la BBC World: Moubarak has to step down. Dans la langue de Sarkozy: casse-toi pov con.

La suite bientôt.

Propos recueillis par téléphone par Aya Wassef

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