REVOLUTION EGYPTIENNE : Les « Frères » en embuscade…

2 Fév

Cela ne vous a pas échappé : le monde arabe fait son Printemps. En tout cas s’y emploie t-il, la foi chevillée au corps. Justement, la foi, parlons-en : au Caire hier ou aujourd’hui, curieusement, nulle manifestation intempestive de cette foi pourtant habituellement omniprésente dans la rue cairote… Pour ceux qui connaissent cette mégalopole de 20 millions d’habitants -dont la plupart réside dans les périphéries bidonvillaires dignes de l’Inde de Calcutta- livrée à l’obscurantisme des imams et au prosélytisme incessant des affidés de la « Confrérie », jusqu’au sein de la mosquée Al-Azhar pourtant réputée modérée, il est plutôt étonnant, en effet, que nos chers « Frères » musulmans -la première Confrérie islamiste du monde arabe, née en 1928- se fassent aussi discrets. C’est que, fins politiques, nos amis propagandistes du modèle islamique « révolutionnaire » et de la Charia, font le dos rond, sachant pertinemment combien le monde « démocratique » les observe et les attend au tournant…

Forts de 30% d’intentions de vote, sûrs de leurs 5 millions de sympathisants dans le pays (pour un total de 82 millions d’habitants), les Frères Musulmans s’abritent derrière la rue en colère et la poussée démocratique pour y installer durablement leur implantation, attendant le moment propice pour rafler la mise. Pour l’instant, ils se contentent de quelques actions « humanitaires » au quotidien, un peu comme le fait le Hamas en Palestine occupée. Petit à petit, pernicieusement, le poison islamiste radical se distille de cette manière « candide », peu suspecte de hérisser le monde occidental : on soigne gratos les blessés de la rue cairote, on nourrit tout aussi « bénévolement » les insurgés, on visite les veuves de fraîche date avec quelques billets bien glissés, on organise les milices d’autodéfense dans les quartiers défavorisés, où l’illettrisme et la pauvreté extrême font le terreau fertile de la propagande des Frères et de leurs imams dévoués…

C’est que l’Egypte n’est pas la Tunisie : majoritairement inéduqués ou sous-éduqués, affamés, exploités (le revenu moyen d’un ménage est de 120 euros), livrés à une dictature en apparence « soft » mais qui muselle ses opposants et contrôle l’information, abandonnés aux superstitions archaïques et à l’obscurantisme religieux, les Egyptiens des classes pauvres ne sont guère armés culturellement, intellectuellement, économiquement même, pour affronter la démocratie. En tout cas telle qu’on la conçoit ici en Occident. Pain bénit pour ces « embusqués » de la Confrérie, dont on voit bien qu’ils se préparent au « Grand jour ». Leur ruse de s’allier à El Baradeï, un laïque occidentalisé, ne trompe personne. Leur obsession de liquider Moubarak vaut toutes les alliances contre-nature. Ce Moubarak qui les emprisonne et les fait plier depuis trente ans, interdisant leur parti, harcelant leurs représentants, ils le veulent mort. Et ce n’est pas notre « respectable » représentant en Europe des Frères, ce Tariq Ramadan belle gueule et discours mielleux, qui va nous rassurer quant à l’innocuité de l’idéologie et des visées politiques de la Confrérie…

Tariq Ramadan, petit fils du fondateur des Frères au Caire, « universitaire » aux titres discutés, dont le frère anime l’antenne (officieuse) de la Confrérie à Genève, est un grand propagandiste d’un « Islam modéré » (tu parles, comme si on pouvait être modéré en religion…). Beau gosse sachant causer, nimbé d’une aura « d’intellectuel » religieux ouvert et pragmatique, cela lui vaut d’être invité par tous les médias et dans toutes les conférences touchant de près ou de loin à l’Islam… Souvent présenté comme un progressiste, en réalité dangereux prosélyte de la « révolution » islamique, ce Tariq Ramadan, sous des dehors policés et « acceptables », distille la même haine des valeurs du monde occidental que ses cousins du Hamas ou du Hezbollah. Ce Tariq Ramadan-là (qui considère que le Hamas ne devrait pas être qualifié d’organisation terroriste par l’Union Européenne…) incarne bien finalement la doctrine de la vision islamiste « moderne ». Il travaille avec talent et un certain charisme à l’avancée des idées de la Confrérie, représentant l’avant-garde « intellectuelle » des Frères Musulmans en Europe, leur ouvrant ainsi tous les auditoires sous le couvert d’une apparence « sérieuse » et « autorisée ». Sa posture « d’universitaire » rassurant tout le monde, y compris jusque dans les rangs de l’intelligentsia de « gauche », alter-mondialiste et pro-palestinienne…

Les religions, quelles qu’elles soient, ont toujours écrasé les peuples. Elles en sont les geôliers et les bourreaux. D’ailleurs, Démocratie est antinomique à Religion : que peut peser la parole du peuple face à celle, irrévocable, de Dieu ? Il n’existe pas de démocratie religieuse. Un pays comme la Turquie, par exemple, soi-disant tenant d’un « Islam modéré », est-il vraiment une démocratie, c’est à dire un territoire où le peuple peut s’exprimer librement et choisir sa destinée ? Allez demander aux Kurdes ce qu’ils en pensent… Historiquement liberticides, arbitraires et belliqueuses, les nations gouvernées au nom de Dieu ont produit les plus grands désastres. De l’Espagne d’Isabelle la Catholique à Israël, les exemples sont éloquents. Pourquoi l’Islam « modéré » des Frères serait-il différent ?

Danger que ce serpent « fraternel » tapi dans l’ombre, qui attend son heure. Ce moment tant espéré, où, le peuple égyptien ayant fait le boulot, mis à bas la dictature Moubarak, les Frères pourront enfin ramasser leur mise. 30 ans qu’ils rêvent de cet instant… Alors, la révolution islamique égyptienne est-elle déjà en marche ? Espérons que non. Faisons confiance aux Egyptiens (et aux Américains !) pour que ce ne soit jamais le cas.

Antonio Sanz

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