« DIRECT AVIGNON » : La presse locale en flagrant délit d’appétit…

7 Fév

LE BILLET D’ANGELINA

Et de cinq ! Ce matin, La Provence -qui pour le coup avance un peu « masquée » elle-aussi :)- nous sort son arme atomique, censée « faire venir les jeunes à la lecture ». Un ovni, donc, héritier tardif du tout-gratuit « informationnel » des années 2000, sobrement intitulé « Direct Avignon plus ».

De cinq, puisque, effectivement, notre minuscule village qui n’a rien de global, peut néanmoins se targuer d’être arrosé en continu d’une « information » provenant -jusqu’à ce matin- de pas moins de 4 quotidiens régionaux ! Dans l’ordre de leur fréquentation, La Provence, donc, puis Vaucluse-Matin (groupe Dauphiné), La Marseillaise et enfin ce Midi-Libre qui n’hésite pas -proximité riveraine oblige- à empiéter les terres vauclusiennes depuis fort longtemps déjà. Rendez-vous compte un peu de votre chance, heureux lecteurs d’une ville d’à peine 92000 habitants !

Nous avions déjà eu droit à l’offensive du groupe Le Dauphiné Libéré avec son Avignews gratos et hebdomadaire, dont les feuilles savoureuses sont chaque semaine diffusées à 25 000 exemplaires. Désormais, un autre gratuit nous attend au tournant : 10 000 exemplaires de ce « Direct Avignon » tous les jours distribués en masse dans les cabinets de dentistes, boulangeries, Sécurité sociale et autres halls d’administrations. Le rêve. L’Avignonnais moyen peut jubiler : lui qui à 90% sait lire à peu près (résultat d’une enquête récente, soit tout de même 10% d’illettrés !), l’heureux veinard, va pouvoir désormais se multi-informer avec cette offre d’une audace inouïe.

Et que trouve t-on donc dans les pages toutes fraîches de ce nouveau bébé du groupe La Provence ? En réalité, Avignonnais, tu vas être déçu : ta ville, le « quotidien » Bolloré (un ami historique du Fouquet’s) y fait à peine allusion, se contentant de deux pauvres pages reprenant le « meilleur » de l’actu grand public de ces dernières semaines, déjà publié par La Provence. Nous avons donc droit à un énième Elephant barceloesque, et deux trois autres reprises d’actus déjà éprouvées dans le quotidien régional de référence. Le reste est la copie conforme du « Direct-Marseille », fabriqué « à la maison », c’est à dire boulevard Salengro. En revanche, tu seras ravi de constater combien ce « Direct » est-il gavé d’annonces en tous genres, Eurosud, la régie historique du groupe, ayant dû mettre les bouchées doubles avec ses « packs » alléchants : « pour le lancement, je te fais le « Direct Marseille » + les deux petits nouveaux (j’avais oublié de vous dire : un « Direct Aix » est né aussi) pour le prix du premier… »

Certes, c’est marrant. Ce qui l’est moins, c’est que, suivant la logique capitalistique du groupe Bolloré (Lire le dossier édifiant sur le groupe Bolloré) , pas un seul emploi de journaliste n’a été créé pour l’occasion, le titre se reposant sur la rédaction régionale du quotidien à Marseille, le « service » rédaction du groupe « Direct » -et un tout petit peu sur la locale avignonnaise- pour abonder son contenu éditorial.

Surtout, ce que l’on se demande, c’est quelle est la « stratégie » entreprenariale à l’oeuvre derrière tout ceci ? Quel jeune HEC de génie a eu une telle idée de « développement » brillamment tirée par les cheveux, et, surtout, a su l’imposer à ces vieux briscards de la rédaction marseillaise ? Quel « plus » peut donc amener cette initiative au quotidien vieillissant ? Mystère…

Ce qui est certain, c’est que la « place » avignonnaise, déjà encombrée d’une sur-offre en matière « d’information » locale, est au bord de la saturation. Franchement, si c’est pour polluer le parking de Cap Sud, Mistral 7, ou la Rue de la Ré de ces 10 000 exemplaires quotidiens de ce 24 pages publicitaire déguisé en city-news, mieux valait s’abstenir. Sans créer d’emplois -hormis quelques CDD à très courte durée de distributrices de prospectus-, sans innover d’une quelconque manière dans le « traitement » de l’info locale (pour l’innovation, on avait déjà Avignews, merci), ce « machin » est inutile. Et xylophage, de surcroît : à l’heure où l’on se bat contre les déforestations de l’Amazonie ou du Niger, c’est plutôt malvenu. Mais ça, le groupe Bolloré s’en fiche comme de sa première feuille à rouler : l’équation papier=fric, ça le connaît…

Angelina Vivaldi

NB : Sur le groupe Bolloré, actionnaire principal du groupe médias « Direct » (gratuits Direct plus, chaines tv Direct 8 et Direct Stars), la première occurrence associée qui pointe lorsque vous le « googleisez » est Mafia… Sans commentaires.
Plus d’infos : entre autres nombreux papiers, celui-ci sur l’empire africain de Bolloré et ses méthodes douteuses : cf article

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Une Réponse to “« DIRECT AVIGNON » : La presse locale en flagrant délit d’appétit…”

  1. marieanne 7 mars 2011 à 1:29 #

    et pas un mot pas UN MOT sur les gaz de schistes! grave grave l’information!

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