FLAMENCO : Antonio Mejias, la jubilation et le duende

22 Fév

Multi-lauréat des plus fameux concours de l’art -La Unión, San Fernando, et maintenant Cordoba- Antonio Mejias, grand gagnant du prestigieux concours de Cordoue en 2010, était samedi à Nîmes pour un récital sans faute. Invité par l’association O Flamenco dans la petite mais chaleureuse salle du centre Andalou, le cantaor nous a ébloui par la très grande tenue de son répertoire Jondo et la profondeur de son chant, parfaitement maîtrisé, d’une beauté solaire.

Son maître Fosforito pourrait être fier de lui. Antonio Mejias possède ce placement de voix sûr et fécond, qui fonde la saveur inimitable de chaque palo qu’il aborde. Media granaina, solea, siguiriyia, le grand cante où il excelle l’habite. Même s’il ne dédaigne pas quelques chants plus festifs, por tango ou por buleria, qui révèlent la belle tessiture du cantaor, et sur lesquels il vibre intensément d’une joie communicative. C’est que le Cordouan pose les pieds dans les justes traces de ses prédécesseurs, en ayant appris toutes les subtilités et compris toute l’émotion.

Mais l’on vient écouter en priorité ce grand connaisseur du Jondo, et cette voix puissante et chaude qui l’autorise à parcourir tout le spectre du cante puro avec une égale virtuosité. Chez Mejias, on sent bien que jamais son cante n’est gratuit, tant la rigueur et la concentration sont extrêmes. Son approche du chant est réfléchie, intense. Il aborde la tradition avec un respect évident et une profonde humanité qui ne trompe pas. Sa manière, c’est de tout donner, sans retenue, mais sans vice ou fioriture. Bravo, comme on le dit du toro qui ne recule devant rien. Et ici à Nîmes, dans cette petite salle conviviale, chacun dans le public mesure combien le cantaor est investi, combien il vit littéralement ce qu’il nous offre. Une voix techniquement irréprochable, bien charpentée et très chaude, très gitane, qui ne cherche jamais à verser dans la virtuosité pour le seul plaisir de l’épate. Même si sa grande technique et un souffle de buffle l’autorisent à étirer son chant indéfiniment -jusqu’à l’apnée- ce qu’il vise est le vertige absolu de la suspension. L’étincelle noire qui va faire basculer le cantaor et son public dans une communion absolue.

Emotion, oui, que d’écouter ce jeune mais déjà ô combien affuté maestro, qui jamais ne donne dans la facilité ou l’excès. Chez lui, la dramaturgie est évidente, et se passe de tout artifice. Son cante jamais n’est facile. Nul effet, nulle coquetterie. Mejias est entier et le public le sait bien qui suspend son souffle au duende du cantaor. Et l’on voit bien ce qu’il cherche, Antonio : cette magie, ce moment d’acmé où le temps s’arrête. Vertige du cante lorsque, comme ici, il est dispensé avec grand art et une humanité de tous les instants.

Accompagné de l’excellent guitariste Francisco Pinto, tout jeune lui aussi mais au talent accompli, dont les falsetas nous ont réjoui l’âme, Antonio Mejias nous a prouvé combien il fallait désormais le ranger parmi les très grands de l’Art, à l’instar de son maître Fosforito, ou de ces cantaores de race, diamants noirs parmi les hommes, que sont Agujetas ou Terremoto.

Marc Roudier

Antonio Mejias a donné son récital le 19 février dernier à Nîmes.

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4 Réponses to “FLAMENCO : Antonio Mejias, la jubilation et le duende”

  1. centre culturel andalou de NIMES 4 mars 2011 à 4:51 #

    bravo Sor Roudier pour cette page superbe provoquée par le concert exceptionnel du cantaor Antonio Mejias.
    Vous avez su mettre en mots l’émotion, le « duende » qui a flotté le 19 au Centre Culturel Andalou,
    revenez nous voir que « ahi esta su casa! »
    hasta pronto

    • lespritdavignon 4 mars 2011 à 6:42 #

      Merci à vous surtout de nous avoir offert un tel moment d’émotion… 🙂
      MR

  2. Roé 3 mars 2011 à 3:53 #

    C’est sympa de laisser les enfants écrire sur le mur…

    Trève de balivernes. Merci pour cet article. Antonio Mejias est un « grand » d’Espagne.

  3. Rico 22 février 2011 à 4:12 #

    Il est constipé le Monsieur sur le trône en photo ça se voit à sa tête il faut l’aider !!

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