Archive | mars, 2011

VINCENT MACAIGNE : L’ Idiot vu de dos (extrait)

28 Mar


Invité de la 65e édition du Festival d’Avignon pour une création d’après Hamlet, sobrement intitulée « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre », qu’il répétera et présentera au Cloître des Carmes, le turbulent Vincent Macaigne ici pour un extrait vidéo de l’Idiot… Un avant goût de la fureur toute shakespearienne du metteur en scène. « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre » du 9 au 19 juillet prochains.

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FRONT NATIONAL : la stratégie du coucou

28 Mar

On s’y attendait, on n’a pas été déçu. La Sarkosie se prend la raclée de la décennie, mais ce matin visiblement, n’a toujours pas tiré enseignement des raisons de sa défaite. Et pourtant, comme il fallait le prévoir, la stratégie en bois qui consistait à chasser les voix du FN sur son propre territoire s’est retournée contre l’UMP de la plus éclatante des manières..

En Vaucluse, le résultat est édifiant. Soit, on savait Carpentras depuis fort longtemps -et de sinistre mémoire- le nid douillet des fachos de tout poil. On connaissait également le goût pour la transgression extrémiste du nord-Vaucluse, avec ses Bompard mari et femme « liguistes », directement inspirés de leurs camarades de la plaine du Pô. Le département s’est donc illustré une fois de plus en élisant son premier conseiller général FN, sur les seuls deux élus que ce parti a obtenus sur tout le territoire national. Un bon point de plus en terme d’image de premier département républicain de France…

A Avignon même, les bons scores de Castelli ou de Fournier-Armand ne doivent pas nous faire oublier que les électeurs du FN étaient plus de 40% à s’exprimer dans ce scrutin ! Il faut dire que les deux malheureux candidats UMP du premier tour, soutenus par madame Roig, ne pouvaient guère compter sur la bienveillance des électeurs avignonnais à l’égard d’une maire qui les a oubliés dans leur « zone ». Non sans les appauvrir au passage avec l’inflation des impôts locaux et sa propension à initier des projets pharaoniques fort coûteux, au seul bénéfice de son image d’élue…

Grâce à la tactique foireuse de l’UMP, et l’inanité du système Sarkosy porté par ses élus locaux, le Vaucluse demeure donc une terre Front National. Les électeurs ont une fois de plus préféré l’original à la copie, comme il fallait s’y attendre. Le FN progresse inexorablement, et ses « idées » qui n’en sont pas prospèrent gaiement. Y compris dans l’électorat classique de la droite qui, ce week-end, ne s’est visiblement pas gêné pour « trahir » son attachement aux « valeurs » et aux élus de l’UMP.

Comme le disait hier soir sur un plateau télé Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen, malgré cela battu à Perpignan : « le FN petit à petit fait son nid »… Nous dirons plutôt qu’en ces cantonales, le FN, tel certains oiseaux tout aussi peu respectueux, a squatté le nid encore chaud de la droite « républicaine » de la plus belle manière, en s’y installant durablement. Une stratégie de coucou qui, à bien y regarder, n’est pas si immorale, puisque c’est en se vautrant dans les thèses douteuses de l’UMP et sur l’invitation expresse de ce dernier, que le FN occupe désormais la « maison » de la droite républicaine.

Antonio Sanz

AVIGNON CULTURE : Y a t-il encore un pilote à bord ?

26 Mar

Le Festival n’est pas seulement un événement culturel d’envergure européenne, pour ne pas dire mondiale, qui contribue largement à la renommée d’Avignon. Cette manifestation prestigieuse représente également le principal fonds de commerce, pourvoyeur de devises de la ville. Le véritable poumon économique de la Cité des Papes… Que notre mairesse Marie-José Roig en ait ostensiblement boudé la conférence de presse du 24 mars soulève quelques légitimes interrogations…

Au mieux, il s’agit pour le moins d’une maladresse, que le public nombreux ce jour-là n’aura pas manqué de relever. En tant que première magistrate d’une ville qui est aussi l’un des principaux financeurs de la manifestation, son absence remarquée fait tâche. D’autant que lorsque l’on est, comme madame Roig, « déléguée nationale au spectacle vivant » de l’UMP, on est semble t-il concernée à double titre.

Faut-il y voir ‘une volonté délibérée de marquer quelque désaccord avec le duo directeur du Festival ? Ou cela découle t-il d’un emploi du temps surbooké, résultant de son implication dans les cantonales, dont rappelons-le, ses deux candidats ont été magistralement battus et ne seront même pas présents au second tour ? D’une alerte nucléaire de dernière minute, notre proximité désastreuse avec les centrales de Marcoule ou Tricastin pouvant faire craindre le pire ?

Mystère. Madame Roig n’a pas jugé bon de communiquer, via son second adjoint, le moindre début de justification. Ce qui témoigne d’une légèreté curieuse, au mieux, si ce n’est un mépris affiché de la chose culturelle qui confine à l’inconscience. Toujours est-il que nous savons que Madame Roig était bien présente dans ses murs mercredi dernier, et qu’elle n’a pas daigné honorer de sa présence la manifestation phare de sa ville, qui fait vivre -entre autres considérations plus culturelles- 80% du commerce de l’hôtellerie-restauration.

Une attitude désinvolte, à peine compensée par la mission de représentation confiée à son second adjoint Bissière, entre autres délégué à la Culture, qui n’a rien trouvé mieux que d’arriver en retard à la salle Benoit XII ! Il faut dire à sa décharge que ce dernier a visiblement été prévenu au dernier moment. Soulignons toutefois qu’il ne connaissait même pas l’endroit précis de la présentation, s’étant pointé à l’Opéra-Théâtre, comme s’il n’était pas lui-même invité… Ce qui confirme ce que nous subodorions, à savoir qu’il ne comptait même pas assister en personne à la conférence du Festival. Pas concerné, quoi !

Tout ceci peut paraître anecdotique. Mais en réalité, il s’agit d’une faute lourde de la part de nos élus. La vie culturelle intense du Festival irrigue économiquement la cité. Elle participe au premier chef de l’immense visibilité d’Avignon. Cette désertion est donc un cas flagrant d’incompétence, qui devrait nous inciter en 2014 à chercher ailleurs nos représentants. Impliqués, responsables, respectueux et réellement amoureux de leur Festival !

Angelina Vivaldi

Photo : Boris Charmatz pose devant l’affiche du 65e Festival d’Avignon, dessinée par Jean-Luc Moulène

FESTIVAL D’AVIGNON 2011 : Ce qui nous fait envie de son programme

24 Mar

Ce mercredi 24 mars, l’équipe du Festival présentait l’avant-programme de la manifestation, avec semble t-il quelques innovations dans les propositions « parallèles », comme cette séquence « Poster » voulue par l’artiste invité de cette 65e édition, le chorégraphe Boris Charmatz. En voici une petite pré-sélection tout à fait subjective :

L’excellente nouvelle, comme nous vous l’avions annoncé, est bien évidemment le retour de Romeo Castellucci ( à l’origine pour un diptyque, qui jusqu’à présent portait le nom de code de « J », et désormais pour une seule oeuvre). « Sul concetto di volto nel figlio di dio », créée fin 2010, sera jouée pour la première fois en France du 20 au 26 juillet, à l’Opéra-Théâtre. On aime Castellucci.

Autre grand moment, l’invitation faite à Angelica Liddell, cette performeuse madrilène dont nous avions particulièrement apprécié sa « Casa de la fuerza » ovationnée l’an passé au Cloître des Carmes. Elle nous revient avec une création attendue, « Maldito sea el hombre que confia en el hombre », un titre de circonstance en ces moments fiévreux… Ce sera du 8 au 13 juillet à la salle de Montfavet et il ne faudra pas la rater.

Belle perspective également que cette invitation au remuant, furieux même Vincent Macaigne, pour une création qu’il répètera in situ au Cloître des Carmes, adaptation du Hamlet fort joliment nommée « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre ». Elle se donnera au même Cloître du 9 au 19 juillet (relâche le 14). Indispensable.

Wajdi Mouawad est de retour lui-aussi. Tant mieux. Nous irons découvrir son triptyque « Des femmes », librement inspiré des héroines de Sophocle, à la Carrière Boulbon, du 20 au 25 juillet… Même si la polémique qu’il a suscitée autour de l’affaire Trintignant n’était pas du meilleur goût, franchement. D’ailleurs, il semble qu’une partie de la troupe d’origine ait déserté la distribution à la suite de ce mauvais coup de com…

Guy Cassiers sera de la partie également. On pourra donc apprécier sa créa 2011 en néerlandais surtitré dans la Cour d’Honneur. « Sang et roses, le chant de Jeanne et Gilles », d’après les vies sanglantes de Gilles de Rais et Jeanne d’Arc, donc, sera donné du 22 au 26 juillet. Autre proposition intéressante, le « Sun » de Cyril Teste, création 2011, sera joué à la Salle Benoit XII du 7 au 13 juillet. A voir sans doute.

Hommage sera rendu à Lucien Attoun et les 40 ans de son « Théâtre Ouvert » en la Chapelle des Pénitents blancs, où Jean-Pierre Vincent et ses confrères en notoriété confronteront des textes de jeunes auteurs à leur idée de la mise-en-scène. Du 8 au 24 juillet.

Dommage que Frédéric Fisbach ait avalisé la proposition que lui faisait l’équipe du Festival de recruter la désastreuse et insupportable Juliette Binoche aux côtés de l’exceptionnel Nicolas Bouchaud pour son adaptation du  » Mademoiselle Julie » de Strindberg… Nous n’irons pas voir pareille hérésie.

Pour la danse, signalons l’excellent Xavier Le Roy, dont nous vous avions déjà parlé, pour ses « Low pieces », création 2011, à découvrir au Gymnase Mistral du 19 au 25 juillet. Et bien sûr l’incontournable Anne Teresa de Keersmaeker, habituée du Festival, qui créera pour cette édition une oeuvre dans la Cour d’Honneur, du 16 au 19 juillet…

En revanche, céder à la démagogie qui consiste à produire dans la Cour qui plus est un « concert » d’Etienne Daho avec Jeanne Moreau, sous le prétexte d’une lecture de Genet, relève du plus parfait parisiannisme. Sans doute est-ce là une concession à quelque financeur public, chagriné par « l’élitisme » de la programmation… Mauvaise idée.

Bonne idée, par contre, que d’inviter le grand sculpteur Land-Art Richard Long, pour une installation à la Chapelle St Charles, fomentée par le Conseil Général de Vaucluse…

Enfin, n’oublions pas les riches heures que constituent les programmes « La 25e heure », « Sujets à Vif » ou encore « Poster », qui certainement amèneront leur lot de (bonnes) surprises et de découvertes…

MR / (article réactualisé le 15 juin)

COULISSES : En marge de cette conférence de presse qui fait habituellement événement pour la ville d’Avignon, tout le monde aura remarqué l’absence de Marie-José Roig, rappelons-le également déléguée nationale au spectacle vivant pour l’UMP ! Remplacée in-extremis par son adjoint Bissière, semble-il prévenu au dernier moment, et arrivé en retard à Benoit XII pour s’être présenté d’abord à l’Opéra… Sans commentaire.

Photo : la performeuse Angelica Liddell

LIBYE : LE PRIX DE LA GUERRE

23 Mar

La liberté des insurgés libyens vaut le prix d’une guerre. Personne n’en doute en France. Mais quel prix au fait? Combien va coûter la campagne de Libye?

La France est déjà actuellement engagée dans une vingtaine d’opérations extérieures. Dans les Balkans (Kosovo) et au Liban, à soutenir la force des Nations unies (Onuci) dans sa mission de paix en Côte-d’Ivoire, à lutter contre la piraterie au large de la Somalie. La France participe également à la Force internationale d’assistance et de sécurité (Fias) en Afghanistan.

À l’été 2010, environ 8.700 militaires de la défense étaient engagés dans ces «opex». Des opex coûtent de plus en plus cher: les budgets sont systématiquement dépassés. L’an dernier, le budget total a été de 630 millions d’euros portés finalement à 870 millions d’euros dont la moitié pour l’Afghanistan où nous avons 3.500 soldats. Toutefois, le budget global de la défense est de 31 milliards d’euros, dont les opex ne représentent finalement qu’une toute petite fraction.

En Libye, quel sera l’ordre de grandeur de la dépense? Sans doute au moins autant qu’en Afghanistan. Mais ça dépend comment on compte, bien sûr…

Le déplacement du Charles-de-Gaulle coûte une vraie fortune, mais s’il fait des ronds dans l’eau, ça coûte aussi. Les missiles, les bombes utilisées valent très cher.

Le temps de l’action
En fait, tout dépendra de la durée de l’offensive et de combien de temps nos forces seront mobilisées. Pour l’heure, il est difficile de le prédire, mais beaucoup estiment que l’opération Aube de l’odyssée prendra du temps.

La première phase de frappes aériennes afin de créer la zone d’exclusion aérienne puis de «casser les reins» de l’armée du colonel Kadhafi en la privant d’approvisionnement et de munitions, est la partie facile.

Plus dur, long et coûteux sera d’équiper et d’entraîner les insurgés avant qu’ils aient les moyens de partir à l’offensive vers Tripoli pour déloger le dictateur comme ils en ont l’objectif (même si tel n’est pas la mission de la coalition selon la résolution 1973 de l’ONU).

Tant que le colonel sera en place, l’armée française et ses alliées devront maintenir beaucoup de forces en état de guerre.

Pour les deux guerres menées par l’US Army en Irak et en Afghanistan, le département de la Défense dispose d’un budget de 130 milliards de dollars. En cumul en Irak, le coût de la guerre aura été de 3.000 milliards de dollars pour les Etats-Unis, selon le prix Nobel Joseph Stiglitz.

Ce sont des sommes colossales qui démontrent que les coûts sont toujours… explosifs. Ce qui est sûr, c’est que la France est endettée, il lui faudra donc faire des économies ailleurs.

Eric Le Boucher / 22 mars 2011 / Slate.fr

AVIGNON : La grande raclée des cantonales pour Marie-José Roig

22 Mar

Avec les deux candidats qu’elle soutenait et qui ne seront même pas présents au second tour, la maire d’Avignon subit le désaveu cinglant de ses administrés pour sa politique de gribouille, et son adhésion forte aux « valeurs » de l’UMP qu’elle incarne merveilleusement comme première magistrate, et chef de file du parti en « ses terres ».

Wagner à un peu plus de 10%, son second adjoint (!) Bissière à 18,64 % : on ne peut pas dire que les protégés de Marie-José Roig ait bénéficié de sa supposée cote de popularité. C’est qu’à vouloir défendre l’indéfendable, cette politique sarkosyste qui abime tant notre pays et ses citoyens, notre mairesse se prend les pieds dans le tapis UMP et un retour de boomerang en pleine figure.

D’autant que du point de vue local, elle ne fait rien pour arranger son image : autoritarisme débridé, projets mégalomaniaques, politique culturelle désertique, voire destructrice (comme avec l’Olrap), acharnement contre les plus démunis à travers la coupe claire des subventions aux associations sociales… la liste est longue de ce que la population peut lui reprocher. Sans compter ces derniers jours une irritabilité qui va croissant, à l’égard de ses opposants, des acteurs culturels, ou même des présidents de CIQ.

Pour finir, la voici qui se défile lorsqu’il s’agit de donner des consignes claires pour dimanche prochain, face à un FN forcément au top dans notre belle cité laissée en jachère de contrat social. Une ville coupée en deux avec ses pauvres d’un côté, abandonnés dans leur jus, et un intra-muros peuplé de bobos, de CSP-plus et de rentiers qui n’ont aucune idée des problèmes que traversent leurs concitoyens « de base ».

La population qui compte aux yeux de Marie-Jo habite l’intérieur des remparts : avec ses 15000 habitants à tout casser, l’intra-muros demeure hélas la seule préoccupation de notre mairesse, pour laquelle les 77000 habitants restant, ceux de « l’extérieur », n’existent simplement pas.

Angelina Vivaldi

FESTIVAL ANDALOU : Nuit étoilée avec Luis de la Carrasca et Juan Ramon Caro

21 Mar

Le Festival Andalou fêtait sa dernière samedi à l’Auditorium du Thor avec un programme alléchant. Aux manettes, Luis de la Carrasca, en hôte courtois, effectuait la première partie avec une introduction à son univers musical, suivi par son invité le guitariste Juan Ramòn Caro, virtuose du toque flamenco en étoile d’une soirée très dense.

On ne présente plus Luis de la Carrasca. Le cantaor avignonnais a depuis longtemps fidélisé son public d’aficionados avec un travail très personnel, issu de sa culture flamenca et de ses origines andalouses, mais aussi largement parsemé de références à d’autres univers. A l’image de sa musique métissée, sa formation réunit le triumvirat classique du grupo flamenco -palmes, guitare, percussions- mais aussi un violoniste et une basse électrique, qui confèrent aux compositions une couleur très « nuevo flamenco ». Sa prédilection pour les palos festifs -tangos, bulerias, alegrias- charge ses compositions d’un sens évident de la fête, en communion parfaite avec un public toujours acquis.

Ce soir-là, Luis de la Carrasca a entamé sa prestation avec deux palos du répertoire puro, dont une belle siguiriya, tenue par la voix bien timbrée du cantaor et donnée simplement avec la très bonne guitare de José Luis Dominguez. S’ensuivirent quelques extraits de ses précédents spectacles, cette fois en formation complète, dont un passage de « A Flor de piel », créé en 2008 dans le cadre du Festival off d’Avignon. Et bien sûr, tout cela s’est terminé sur des festivos endiablés, avec une démonstration du zapateado nerveux de Kuky Santiago, parfait dans ce répertoire.

Son invité Juan Ramòn Caro lui, a d’emblée saisi par sa guitare réellement virtuose. Un toque éblouissant, magistralement mélodique, dans le droit fil d’un Rafael Riqueni ou d’un Vicente Amigo, autant dire un niveau de jeu vraiment exceptionnel. Un musicien très facil, qui exploite son manche à la perfection, nous étourdissant de ses falsetas imaginatives. Extrêmement musical, le guitariste nous offrait là un panorama convaincant de son art du toque, véritable broderie toute en finesses et harmonies.

Avec cette petite réserve cependant qui nous fait parfois préférer les maestros du style puro, tel un Moraito par exemple, dont le jeu plus mesuré, moins démonstratif -plus brutal aussi- dégage toute la puissance et l’émotion nécessaires à l’accompagnement du cantaor. Mais ici, nous sommes dans une autre approche du flamenco, plus moderne, qui a appris de l’histoire récente de cet art et des développements que les pionniers du genre ont apportés au jeu guitaristique, tel un Paco de Lucia qui a su intégrer sa très grande culture musicale, ouverte aux autres mondes, à son jeu charpenté par la tradition. Caro est de ceux-là, et l’on comprend tout le sens de sa démarche en écoutant attentivement ses emprunts discrets aux partitions exogènes au Flamenco.

De même, ses compositions sont-elles caractéristiques de ce que nous appelons « post-flamenco », que d’éminents représentants du style ne cessent d’enrichir ces dernières années : des Chicuelo ou des Tomatito, ou plus près d’ici un Juan Carmona par exemple, ont su insuffler à la composition flamenca ce souffle nouveau, n’hésitant pas à mixer des emprunts de toutes sortes à la base classique. La formation de Caro, quant à elle, est caractéristique du grupo flamenco : deux palmeros, un cantaor, l’excellent percussioniste David Dominguez, au caròn fougueux qui a collé superbement ce soir-là à l’atypique et extravagant bailaor Marco Flores. Un danseur surprenant de grâce et de hiératisme, dont les clins-d’oeil nombreux à la gestuelle du baile féminin ont ravi plus d’un, ce qui ne l’empêchait pas d’exécuter ses desplantes de fort belle manière.

Quant au cantaor José Martinez « Salao », s’il fut relativement discret dans ses interventions, compositions obligent, il n’en demeure pas moins d’une espèce rare. Un talent exceptionnel qui tient de cette voz gitane singulière, dont la tessiture particulière, très perchée parfois, tout en « tête », n’est pas sans rappeler brillamment le grand Diego el Cigala, ce qui n’est pas peu dire.

Une très belle soirée en conclusion, qui nous a offert un échantillon attrayant de ce nouveau flamenco et quelques découvertes, comme le bailaor et le cantaor du maestro, et bien sûr Juan Ramòn Caro lui-même. Vive la prochaine édition du Festival Andalou, qui sera la XIe, et dont nous attendrons avec impatience de nouvelles émotions. Bravo !

Marc Roudier
Photo : le guitariste Juan Ramon Caro

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