EASY TAKE : le système mafieux du low-cost avignonnais

12 Mar

Easy Take, vous connaissez ? Cette société de « voiturage avec chauffeur » qui fait la nique aux taxis avignonnais (qui le méritent bien) et dont les employés sont en grève depuis presque vingt jours ? Nos excellents professionnels du journalisme local ont consacré dernièrement de nombreuses colonnes à ce conflit d’apparence banale qui voit se confronter les patrons de cette entreprise à ses salariés en colère. Ce qu’ont oublié de vous dire ces investigateurs hors-normes, c’est ce que cache réellement cette admirable enseigne subventionnée à vocation « sociale », comme s’en vantent ses gérants, lesquels pratiquent un « patronat » digne des meilleurs négriers du siècle dernier… Pour le dire autrement, chez Easy Take, on encule à sec.

Et « easy », qui plus est, puisque personne ne s’est soucié d’aller un peu plus loin fouiller leurs petites combines d’apprentis mafieux. Pas plus les financeurs, politiques ou administrations, que la presse, qui ne couvre que le versant conflictuel de l’aventure. Bien au contraire : Easy take a bénéficié d’une couverture médiatique impressionnante depuis sa création, se présentant comme de jeunes entrepreneurs audacieux et politiquement corrects. Les chevaliers blancs du low-cost, en somme…

L’art de la subvention et de l’exploitation négrière
Résumons : « Easy Take », c’est au départ, deux affairistes d’opérette qui découvrent un jour un « concept » nouveau : proposer au public avignonnais un mode « alternatif » low-cost de taxitage qui ne dit pas son nom, utilisant pour cela toutes les lacunes de la loi qui régit ce type d’activité. Pour bien faire, ils situent leur siège social en Courtine, profitant ainsi des éxonérations généreuses de l’Etat et des collectivités pour ces zones dites « franches », c’est à dire défiscalisées.

Pour compléter ce système avantageux, et afin de s’assurer d’un maximum de rendement, ils recrutent ciblé : Fins de droit, RSA, mères célibataires, étrangers etc. De quoi leur permettre d’accéder au dispositif CUI (Contrat Unique d’Insertion)* qui leur subventionne 95% des salaires au SMIC et l’exonération des charges. Cela plus une multitude d’avantages fiscaux et financiers divers liés à leur statut de jeune entreprise en zone franche. Ou comment s’assurer de confortables revenus sur le dos de nos contributions fiscales, tout en exploitant leurs employés sans état d’âme, dont les fiches de paye n’excèdent jamais 1070 euros net, versés bien souvent en retard qui plus est…

Plus grave : lesdits employés sont bien loin de travailler les 35 heures du contrat qu’ils ont signé. En réalité, les patrons d’Easy Take, non contents de ne pas débourser de leur poche un seul centime ou presque pour les rémunérer, ont mis au point un système aux petits oignons (mais parfaitement illégal) pour régir le temps dû de leurs esclaves : en fait, les chauffeurs (une quarantaine) sont tenus de travailler 9 à 10 heures par jour, auxquelles il faut rajouter les 2 heures quotidiennes de pause sur site (en Courtine, rappelons-le), ce qui leur fait tout de même une douzaine d’heures de présence, à la disposition entière de la société.

Pour cela, ils ont trouvé une astuce qui croient-ils, leur autorise de considérer les temps d’attente dans le véhicule comme une « astreinte ». Celle-ci est payée 50% du tarif horaire en vigueur, quand les temps effectifs de conduite sont rémunérés à 100%. Résultat : les chauffeurs d’Easy Take travaillent 10 heures pour le prix de 6 ou 7, et le tour est joué !

Ainsi, Quentin**. Ce chauffeur conduit depuis plusieurs mois pour la société. Tenu d’être à disposition d’Easy Take, il n’est pas rare qu’il soit appelé en plein repos hebdomadaire, un dimanche ou un jour férié, pour assurer une course sur la demande pressante de ses chefs. Pour bien sûr toujours le même salaire en fin de mois, qui ne dépasse jamais le SMIC. Il est vrai que ses jours fériés travaillés sont royalement (!) augmentés de 25 euros net. il n’empêche qu’il est corvéable à merci, et si par malheur il ose la ramener, son « capo » Christophe Périconne, officiellement responsable du personnel, en réalité gros bras sans état d’âme et flic en chef du clan, n’hésite pas à le menacer de lui envoyer un « Roumain » pour le remettre au pli. Un des ses collègues insuffisant respiratoire chronique qui se plaignait de sa condition, s’étant même vu intimer froidement de « respirer tant qu’il le pouvait encore »… La classe.

Menaces, intimidations et flicage généralisé
Il est vrai que les « Roumains » et autres ressortissants des pays de l’Est, le clan d’Easy Take connaît bien. L’associé Olivier Michel dirige d’une main de fer (sous le nom de son père André, « cultivateur » et « homme d’affaires » vauclusien) une entreprise sorguaise de fabrication et d’import-export de palettes, XPAL, condamnée par la justice pour emploi frauduleux de travailleurs illégaux, en majorité originaires de l’est de l’Europe, et depuis janvier 2011 en liquidation judicière. Quant à l’autre associé et patron en titre de cette respectable entreprise, Jean Sibade, il dirigeait une boîte de nuit sur la Côte d’Azur avant l’aventure Easy Take. Autant dire que les méthodes expéditives de gestion « experte » du personnel, ils maîtrisent…

La preuve, leur dernière trouvaille : un logiciel « révolutionnaire » qui va permettre à la société de gérer à distance les plannings de ses chauffeurs. Ainsi, ce logiciel coupera t-il automatiquement les moteurs des véhicules, lorsque ceux-ci ne seront pas en course. Une méthode très rationnelle de gestion économique, qui sent toutefois son Big Brother à plein nez. Car pour le faire fonctionner, il faut évidemment le coupler au GPS du véhicule, ce qui est une autre manière de flicage efficace du pauvre employé, destiné à se geler ou étouffer durant ces temps de latence, payés, rappelons-le, à moitié du SMIC horaire…

Déjà, la trentaine d’employées du call-center de la société sont soumises à une surveillance vidéo généralisée. Les opératrices, toutes en situation délicate lors de leur embauche -mères célibataires, fins de droit- n’ont qu’à la fermer et subir le voyeurisme du « capo » : jeter un coup d’oeil à son portable lors du service est immédiatement vu sur les écrans du maton et aussitôt réprimandé. Un exemple parmi tant d’autres de ce flicage digne d’un bagne privé comme en possède l’état de Floride.

En fait, derrière cette arnaque aux subventions, ce déni généralisé de la personne humaine et de ses droits de travailleur, se cachent de dangereux prédateurs dont le seul objectif est de franchiser leur concept « novateur » et le revendre très vite avant d’avoir trop d’ennuis avec la justice. Tout juste comme ils viennent de le faire à Nimes et Montpellier. Un trio d’affairistes sans scrupules qui n’ose guère cependant chasser sur les terres des taxis des grandes villes… Ceux notoirement mafieux pour de vrai comme à Marseille par exemple. Gonflés mais pas téméraires…

Jean-François Bonnaventure

* CUI :1. Le Contrat Unique d’Insertion est une aide financière. Son montant et sa durée sont fixés localement par le Préfet de région, et sont régulièrement réajustés.
Cette aide, versée par l’Agence de Services et de Paiements (ASP : ex-CNASEA), se calcule en fonction d’un pourcentage du SMIC par heure travaillée, dans la limite de la durée légale hebdomadaire de travail. Elle ne peut excéder 95% du SMIC brut pour les embauches en CUI-CAE (sauf dans les Ateliers et Chantiers d’Insertion – structures qui relèvent du domaine réglementé de l’Insertion par l’Activité Economique – où ce montant est porté à 105 %) ;
2. Exonération de charges sociales. Ces exonérations concernent l’ensemble des heures rémunérées, dans la limite du SMIC et de la durée légale du travail (ou la durée conventionnelle si elle est inférieure).

**: le prénom a été changé

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7 Réponses to “EASY TAKE : le système mafieux du low-cost avignonnais”

  1. CLOVIS 8 avril 2011 à 11:35 #

    Les patrons d’Easy Take en correctionnelle
    Publié le mercredi 06 avril 2011 à 18H18 La Provence

    Le staff dirigeant d’Easy Take vient d’être renvoyé, le mardi 17 mai prochain, devant le tribunal correctionnel d’Avignon pour répondre de « violence en réunion ayant entraîné une ITT de huit jours ». Le mardi 29 mars, Patrick Wendel, un artisan taxi avignonnais qui rejoignait sa compagne dans la galerie marchande du centre commercial Cap Sud, a été roué de coups.

    Il a dénoncé les agissements de Michel Olivier et Jean-Marc Sibade, les deux patrons d’Easy Take, et du responsable logistique de cette société. Selon ses explications, après un échange verbal, les dirigeants d’Easy Take ont voulu s’expliquer dehors.

    Lorsqu’il s’est dégagé d’un mouvement d’épaule, l’un des membres du staff d’Easy Take lui a porté un premier coup. Puis il aurait été frappé par les trois hommes alors que sa compagne tentait de s’interposer. L’arrivée des agents de sécurité a mis un terme à l’agression.

    M. Sibade nous confiait avoir, ainsi que Michel Olivier, réagi après une provocation.

  2. CLOVIS 1 avril 2011 à 10:56 #

    VRAI OU FAUX
    Dans le Provencal d’aujourd hui et les bandes vidéos ils ont bien frappé le chauffeur de taxi à 3 contre un !!!(2 dirigeants d ‘EASY TAKE et un chefaillon ) :le chauffeur les aurait soit disant provoqués verbalement. Les patrons de cette boîte semblent avoir dû mal à supporter la frustration, et les obstacles. la grande classe !!! En plus de « chier » sur la loi, et se comporter comme des tyrans envers leurs employés, ils se mettent à cogner !!! De la part d’anciens videurs ou tenanciers de discothèques , cela dit, ce n’est pas spécialement surprenant ! chasse le naturel il revient au grand galop !

  3. simple citoyen 24 mars 2011 à 6:28 #

    Bonjour,
    Sans me prononcer sur la suite de votre article, ne connaissant pas cette société, ni le contexte, je remarque que vous sous-entendez que bénéficier des aides mises en place par l’état ou les collectivités serait en quelque sorte déloyal. Je ne vois pas en quoi. Soit ces mesures sont légales, soit elles ne le sont pas. Que vous les contestiez, c’est une chose, mais en qualifier l’utilisation n’a pas de sens.
    Très cordialement.

  4. CLOVIS 18 mars 2011 à 7:37 #

    Pas mal assez précis continuez comme ça nous vous lisons avec beaucoup d’intérêt, merci.
    Je diffuse votre site à toutes mes connaissances.
    Merci encore.

  5. csc 13 mars 2011 à 8:04 #

    et pourtant la justice leur a donné raison 2 fois de pouvoir poursuivre leur activité attendons mardi 15. Sur FR3 montpellier m. sibade a dit qu’il payait toutes ses charges alors lesquelles? Enfin vous dites « les taxis le méritent bien » qu’ont-ils fait à part faire leur boulot et eux par contre payer tant de charges Votre article est parfait merci

    • MARCELRLAGALINE 15 mars 2011 à 5:03 #

      Je trouve votre article courageux.. très courageux. et
      j ‘espère de tour cœur que les employés de cette société et d ‘autres vous entendrons …ne plus avoir peur .. ne plus avoir peur de pseudo chefs d ‘entreprise qui se croient tout permis..prenez confiance en vous INDIGNEZ VOUS ! vous n’êtes pas seuls !

      • CLOVIS 31 mars 2011 à 8:57 #

        Accueil › Région en direct – Faits divers en direct – Avignon

        DE MIEUX EN MIEUX

        La guerre des taxis vire au pugilat
        Publié le mercredi 30 mars 2011 à 08H46

        Une rixe opposant un artisan taxi aux patrons de la société Easy Take a éclaté hier, en début d’après-midi, dans la galerie marchande de Cap sud à Avignon. Deux versions s’opposent dans cette altercation, avec pour arbitre les bandes de vidéosurveillance qui ont été remises à la police à la demande du Parquet d’Avignon. Patrick Wendel, qui rejoignait sa compagne pour boire un café, a remarqué la présence du « staff » d’Easy Take, la société de transport à bas prix.

        Il aurait demandé à sa compagne de se rendre à une table éloignée. Le gérant d’Easy Take l’aurait verbalement pris à partie avant de lui proposer de s’expliquer dehors. Patrick Wendel aurait été poussé par le responsable logistique d’Easy Take. Dans une bousculade, il a reçu un coup de poing au visage. Sa compagne s’est interposée alors que son compagnon était frappé par les trois hommes. Il lui a été prescrit 8 jours d’ITT. Pour sa part Jean-Marc Sibade parle d’une provocation.

        Le directeur commercial d’Easy Take assure que ce taxi a fait un esclandre et adopté une posture agressive et provocante. « Les caméras ont filmé la scène et cela établira qu’il s’agit d’une nouvelle provocation ». « La tension est montée d’un cran depuis leur radiation du registre des exploitants de voitures de tourisme avec chauffeur », commente Jean Capezza, le président du syndicat des taxis qui appelle au calme.

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