MAASTRICHT, c’est aussi de l’Art !

13 Mar

La Foire de Maastricht, aux Pays-Bas, est à l’origine d’une nouvelle pratique chez les journalistes : on y compte moins les visiteurs (72 500 en 2010) que les jets privés. Il y a dix ans, on en dénombrait une quarantaine sur le tarmac de l’aéroport local. En 2007, ils étaient 305. Nul ne sait combien y atterriront jeudi 17 mars, jour inaugural de la prochaine édition, la vingt-quatrième du genre.

On attend, pour cette seule journée, 10 000 invités ! Spectacle hallucinant des limousines à la queue leu leu sur le parking – ressemblant à une zone commerciale de banlieue – pour débarquer leurs riches passagers. Spectacle amusant des mêmes, les passagères tout du moins, déposant leur vison dans l’une des garde-robes prises d’assaut. Spectacle édifiant des susdits, voguant dans les allées décorées d’une profusion de tulipes – Hollande oblige -, une coupe de champagne à la main, entre des stands de grands bijoutiers gardés comme des coffres-forts – la foire a connu quelques larcins -, s’arrêtant un temps devant un Rembrandt, se penchant sur les miniatures d’un manuscrit médiéval, ou s’imaginant en prince guerrier face à une armure du XVIe siècle.

Il y aura même une automobile, la BMW (M3 GT2 pour les amateurs) peinte par Jeff Koons et présentée au Centre Pompidou le 2 juin 2010, avant les 24 heures du Mans où elle était inscrite (Le Monde du 4 juin 2010). C’est d’ailleurs la seule oeuvre à ne pas être proposée à la vente. Elle témoigne juste de l’arrivée d’un nouveau parrain de la foire, le représentant de la marque allemande aux Pays-Bas.

C’est qu’on trouve de tout, à Maastricht. C’est même la seule foire du monde dans ce cas, qui réunit à ce niveau l’art premier, les antiquités égyptiennes ou classiques, les manuscrits et les livres rares, les objets d’art, le mobilier, les bijoux, et l’art de tous les temps, jusqu’au plus contemporain.

Certes, pour ce dernier, comme pour l’art moderne, la Foire de Bâle est meilleure. Bien sûr, les amateurs de fétiches africains pourront préférer la manifestation Parcours des mondes organisée à Paris. C’est entendu, le Salon du dessin, parisien lui aussi, est bien plus riche, tant en feuilles qu’en amateurs de ce support particulier. Mais nulle part ailleurs, il n’est possible de parcourir ainsi le champ entier de l’histoire de l’art : environ 30 000 oeuvres, dans 15 000 mètres carrés.

En 2010, la valeur totale des oeuvres d’art exposées à Maastricht était estimée par les assureurs à 2,7 milliards de dollars (près de 2 milliards d’euros). Soit deux fois plus qu’en 2008. Quant aux ventes, elles représenteraient, selon les organisateurs, environ le quart de cette somme, chiffre invérifiable, d’autant qu’a priori, à Maastricht, on ne vend rien, ou presque ! Pour une raison très simple, qu’avait expliquée, en 2002, l’économiste américain David Kusin : l’administration fiscale néerlandaise est tatillonne, et les taxe locales élevées. La plupart des achats sont donc concrétisés ailleurs, en déplaçant ce que Kusin nomme le «  »nexus », ce terme juridique et comptable désignant le lieu où la transaction est soumise à imposition ». La question est donc moins de savoir où le collectionneur veut être livré, que où il consent à rédiger son chèque.

Comment cette ville de 122 000 habitants, connue pour avoir vu périr d’Artagnan sous ses murs, en 1673, ou pour un certain traité, en 1992, est-elle devenue, deux semaines par an, le centre mondial du marché de l’art ? Peut-être d’abord grâce à l’excellence des antiquaires locaux – et en premier lieu Robert Noortman (1946-2007). Surnommé « le marchand aux trois Rembrandt », en référence aux oeuvres du maître hollandais qu’il possédait dans son stock, il était l’un des meilleurs pourvoyeurs en tableaux anciens hollandais et flamands.

A Maastricht, il fut le fondateur du Salon Pictura, qui est devenu l’actuelle foire. L’homme n’était pas qu’un négociant habile : il fut aussi un important donateur du Rijksmuseum d’Amsterdam et du Mauritshuis de La Haye. Une salle du département des peintures hollandaises de la National Gallery de Londres porte son nom. Et en 2006, Nelson Mandela avait salué son soutien aux actions caritatives en Afrique.

Les premiers à s’aventurer jadis à Maastricht venaient d’abord pour lui. Collectionneurs, mais aussi conservateurs de musée, qu’aujourd’hui encore on n’a jamais vus aussi nombreux dans une foire, quelle qu’elle soit. Certains d’entre les meilleurs – Français exceptés, l’expertise pour le commerce étant interdite à nos conservateurs nationaux – figurent aussi dans ce que l’on nomme là-bas le « vetting », le comité chargé de vérifier l’état, le degré de restauration et l’authenticité des pièces proposées à la vente.

Avec des marchands, mais aussi des universitaires et des restaurateurs d’oeuvres d’art, ils sont 170 à ausculter les oeuvres avant l’ouverture. Rien que pour la peinture ancienne, ils ne sont pas moins d’une trentaine. Chaque oeuvre douteuse est écartée. La journaliste Armelle Malvoisin cite dans Le Journal des arts le cas d’un Rodin, pourtant pourvu d’un certificat d’authenticité dûment signé de l’expert attitré, qui a été impitoyablement éliminé, car l’ancienneté de la fonte semblait suspecte.

Harry Bellet / Le Monde / 13.03.11
Titre original : Maastricht, lieu d’excellence de l’histoire de l’art et de son marché / Photo : Jeff Koons devant sa BMW Artcar

* »Tefaf, The European Fine Art Fair », Du 18 au 27 mars, Maastrichts Expositie & Congress Centrum (Mecc), Forum 100, 6229 GV Maastricht (Pays-Bas).

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