FESTIVAL ANDALOU : Nuit étoilée avec Luis de la Carrasca et Juan Ramon Caro

21 Mar

Le Festival Andalou fêtait sa dernière samedi à l’Auditorium du Thor avec un programme alléchant. Aux manettes, Luis de la Carrasca, en hôte courtois, effectuait la première partie avec une introduction à son univers musical, suivi par son invité le guitariste Juan Ramòn Caro, virtuose du toque flamenco en étoile d’une soirée très dense.

On ne présente plus Luis de la Carrasca. Le cantaor avignonnais a depuis longtemps fidélisé son public d’aficionados avec un travail très personnel, issu de sa culture flamenca et de ses origines andalouses, mais aussi largement parsemé de références à d’autres univers. A l’image de sa musique métissée, sa formation réunit le triumvirat classique du grupo flamenco -palmes, guitare, percussions- mais aussi un violoniste et une basse électrique, qui confèrent aux compositions une couleur très « nuevo flamenco ». Sa prédilection pour les palos festifs -tangos, bulerias, alegrias- charge ses compositions d’un sens évident de la fête, en communion parfaite avec un public toujours acquis.

Ce soir-là, Luis de la Carrasca a entamé sa prestation avec deux palos du répertoire puro, dont une belle siguiriya, tenue par la voix bien timbrée du cantaor et donnée simplement avec la très bonne guitare de José Luis Dominguez. S’ensuivirent quelques extraits de ses précédents spectacles, cette fois en formation complète, dont un passage de « A Flor de piel », créé en 2008 dans le cadre du Festival off d’Avignon. Et bien sûr, tout cela s’est terminé sur des festivos endiablés, avec une démonstration du zapateado nerveux de Kuky Santiago, parfait dans ce répertoire.

Son invité Juan Ramòn Caro lui, a d’emblée saisi par sa guitare réellement virtuose. Un toque éblouissant, magistralement mélodique, dans le droit fil d’un Rafael Riqueni ou d’un Vicente Amigo, autant dire un niveau de jeu vraiment exceptionnel. Un musicien très facil, qui exploite son manche à la perfection, nous étourdissant de ses falsetas imaginatives. Extrêmement musical, le guitariste nous offrait là un panorama convaincant de son art du toque, véritable broderie toute en finesses et harmonies.

Avec cette petite réserve cependant qui nous fait parfois préférer les maestros du style puro, tel un Moraito par exemple, dont le jeu plus mesuré, moins démonstratif -plus brutal aussi- dégage toute la puissance et l’émotion nécessaires à l’accompagnement du cantaor. Mais ici, nous sommes dans une autre approche du flamenco, plus moderne, qui a appris de l’histoire récente de cet art et des développements que les pionniers du genre ont apportés au jeu guitaristique, tel un Paco de Lucia qui a su intégrer sa très grande culture musicale, ouverte aux autres mondes, à son jeu charpenté par la tradition. Caro est de ceux-là, et l’on comprend tout le sens de sa démarche en écoutant attentivement ses emprunts discrets aux partitions exogènes au Flamenco.

De même, ses compositions sont-elles caractéristiques de ce que nous appelons « post-flamenco », que d’éminents représentants du style ne cessent d’enrichir ces dernières années : des Chicuelo ou des Tomatito, ou plus près d’ici un Juan Carmona par exemple, ont su insuffler à la composition flamenca ce souffle nouveau, n’hésitant pas à mixer des emprunts de toutes sortes à la base classique. La formation de Caro, quant à elle, est caractéristique du grupo flamenco : deux palmeros, un cantaor, l’excellent percussioniste David Dominguez, au caròn fougueux qui a collé superbement ce soir-là à l’atypique et extravagant bailaor Marco Flores. Un danseur surprenant de grâce et de hiératisme, dont les clins-d’oeil nombreux à la gestuelle du baile féminin ont ravi plus d’un, ce qui ne l’empêchait pas d’exécuter ses desplantes de fort belle manière.

Quant au cantaor José Martinez « Salao », s’il fut relativement discret dans ses interventions, compositions obligent, il n’en demeure pas moins d’une espèce rare. Un talent exceptionnel qui tient de cette voz gitane singulière, dont la tessiture particulière, très perchée parfois, tout en « tête », n’est pas sans rappeler brillamment le grand Diego el Cigala, ce qui n’est pas peu dire.

Une très belle soirée en conclusion, qui nous a offert un échantillon attrayant de ce nouveau flamenco et quelques découvertes, comme le bailaor et le cantaor du maestro, et bien sûr Juan Ramòn Caro lui-même. Vive la prochaine édition du Festival Andalou, qui sera la XIe, et dont nous attendrons avec impatience de nouvelles émotions. Bravo !

Marc Roudier
Photo : le guitariste Juan Ramon Caro

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :