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EUROPE LIBERALE: De la Grèce à l’Irlande, des stratégies économiques illusoires

24 Nov

L’Irlande connait un réveil difficile après avoir connu « la réussite, sans avoir besoin de créer une économie efficacement fondée sur l’export », selon Henri Sterdyniak de l’OFCE.dpa/picture-alliance/Karl-Josef Hildenbrand

Après la Grèce, c’est maintenant l’Irlande qui va recevoir de l’aide financière de la part de l’Europe et du FMI : le premier ministre en a fait la demande officielle dimanche pour un montant évalué à environ 90 milliards d’euros. Cet argent, en plus de prêts bilatéraux accordés par le Royaume-Uni et la Suède, sera prélevé sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF), élaboré dans l’urgence au printemps dernier pour mettre fin à la crise de la dette grecque et aux doutes sur la viabilité financière de la zone euro.

La création de ce fonds, doté de 750 milliards d’euros de garanties (réparties entre la Commission européenne, les Etats européens et le Fonds monétaire international), répondait au besoin de sécuriser la situation des pays « périphériques » en difficulté, au premier rang desquels la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. La situation irlandaise s’inscrit dans ce contexte économique périlleux : même si ces pays ont connu un modèle de croissance différent, tous doivent gérer « des stratégies macroéconomiques devenues illusoires », selon Henri Sterdyniak de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

DES MODÈLES DE CROISSANCE FRAGILES

L’Espagne et l’Irlande ont connu « des évolutions similaires » dans les années 2000, selon Francesco Saraceno de l’OFCE. Leurs finances publiques étaient « saines avant la crise », tandis que leur croissance reposait sur des secteurs privés portés sur la spéculation immobilière et banquaire. En Irlande, fin 2007, le montant des emprunts immobiliers équivalait ainsi à 250 % du produit national brut irlandais.

Ces secteurs ont été frappés de plein fouet par la crise des subprimes, provoquant la chute des économies les plus liées à la spéculation et aux emprunts toxiques (lire l’interview sur le retournement du marché immobilier irlandais et la fin du « tigre celtique »). La « bulle » immobilière qui a explosé en Espagne laissait de son côté près de 325 milliards d’euros de dettes au secteur, début 2010.

CES PAYS « SE SONT RÉVEILLÉS TOUT NUS »

Le Portugal et la Grèce ont, pour leur part, fait les frais de plusieurs années de « comportement irresponsable » concernant le budget national, explique Francesco Saraceno. Le Portugal a selon lui « largement sur-dépensé sur fond d’une croissance faible afin de stimuler la consommation intérieure » : le pays a été le premier qui, en 2001, a dû se soumettre à une politique de réduction du déficit exigée par l’Union européenne (il était de 9.3 % en 2009, et devrait baisser à 7,3 % en 2010). Ceci sans pour autant avoir réussi à moderniser le secteur porteur du textile, durement concurrencé par les pays asiatiques au niveau mondial.

Dans le passé, la Grèce a de son côté délibérément maquillé sa gestion des comptes publiques, tout en se reposant sur des secteurs à la pérennité relative (immobilier, tourisme…) et par l’introduction de l’euro, ayant dopé la croissance à près de 4 % par an entre 2000 et 2007 (selon Eurostat).

Au moment de la crise financière, ces pays « se sont réveillés tout nus » résume Henri Sterdyniak : « ils ont connu la réussite, sans avoir besoin de créer une économie efficacement fondée sur l’export. Sauf en Irlande : mais la situation, là-bas, est faussée par le taux très bas de l’impôt sur les sociétés, fixé à 12,5 %, qui a attiré le maximum de multinationales aux portes de l’Europe » aux premiers rangs desquelles les secteurs des hautes technologies.

DES MESURES D’AUSTÉRITÉ DRASTIQUES EN RÉPONSE

En réaction, pour rattraper les excès des années fastes et éviter que les emprunts destinés à la relance et à sauver les secteurs en faillite ne coûtent trop chers, les gouvernements se sont un à un lancés dans de sévères politiques d’austérité. Les plans votés par les gouvernements prévoient 50 milliards d’euros d’économie en Espagne, 30 milliards d’euros d’économie sur trois ans pour la Grèce, et jusqu’à 15 milliards d’euros sur quatre ans en Irlande, selon des schémas bien traduits par l’exemple portugais, mêlant gel des dépenses publiques, révisions fiscales et réformes structurelles.

Ce à quoi doivent s’ajouter d’autres mesures contraignantes pour l’économie nationale : l’Etat irlandais a par exemple annoncé dès septembre 2008 qu’il se porterait garant des dépôts des banques, et annoncé plusieurs plans coûteux pour venir en aide au secteur.

Ceci n’a pas suffi pour calmer les inquiétudes des marchés financiers : l’intervention du Fonds européen de sécurité financière est devenue un filet de sécurité « obligatoire » pour Francesco Saraceno de l’OFCE, surtout que, depuis, les marchés ont continué à tirer vers le haut les taux d’emprunts, inquiétés par les capacités de remboursement de ces Etats. « On paye le prix d’un manque de gouvernance économique européenne, qui aurait dû éviter des mauvais choix macroéconomiques, aujourd’hui catastrophiques. »

LES PLANS DE RIGUEUR PÉNALISENT LE DÉVELOPPEMENT DE SECTEURS PÉRENNES

Car au delà de la crise de la dette, les politiques d’austérité arrivent « au plus mauvais moment » selon l’économiste, « puisqu’ils pénalisent durement le seul moteur de croissance efficace en ce moment, à savoir la relance de la demande intérieure ». L’austérité remet également en question les dépenses publiques et les efforts industriels nécessaires pour développer les secteurs nationaux sur lesquels peuvent se fonder « une reprise économique efficace et un développement d’une compétitivité encore trop faible », selon Henri Sterdyniak : « Le textile pour le Portugal, les nouvelles technologies en Irlande, l’agro-alimentaire pour l’Espagne et la Grèce. »

« L’Irlande, comme chaque pays, a bien sûr ses spécificités, continue Francesco Saraceno. Elle a déjà entrepris ses réformes structurelles, a un coût du travail bien moindre qu’en Espagne ou en Grèce, et ne pourrait pas être plus attractive en raison de son taux de fiscalité très avantageux pour les entreprises. » Ce qui explique notamment pourquoi les investissements d’entreprises étrangères continuent d’affluer vers l’Irlande.

« Mais ses qualités sont aussi un problème, car on voit mal comment les Irlandais pourraient créer de nouvelles marges de croissance sur ce front, avec de l’argent qu’ils n’ont pas dédié au remboursement des dettes. Et sur le fond, le pays continue à faire peur aux marchés, notamment en raison du poids de leur modèle de croissance mal géré » conclut Francesco Saraceno.

Ce constat s’impose également pour le Portugal et l’Espagne, dont les anciennes stratégies de croissance, les plans d’austérité et les situations budgétaires actuelles, ainsi que le manque d’appui aux secteurs qui pourraient créer une base économique solide, en font de probables candidats au fonds de soutien international. Et ce même si, comme ne cessent de l’affirmer leurs dirigeants, Portugais et Espagnols doivent faire face à des défis nationaux « très différents » de ceux de la Grèce et l’Irlande.

Michaël Szadkowski, avec agences LEMONDE.FR | 23.11.10 |

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Art contemporain: l’Italie de Berlusconi en pleine forme

22 Nov

Malgré le marasme berlusconien, la jeune scène artistique affiche une vitalité étonnante. Chronique d’un paradoxe.

« Tous les matins, quand j’écoute les informations ou quand je lis les journaux, ça ressemble à un mauvais rêve. A Milan où je vis, il y a tous les soirs, à partir de 23h30, un couvre-feu militaire, soi-disant à cause de l’immigration. Tout va mal en Italie. Mon seul espoir, c’est d’avoir le moyen de repartir à l’étranger. »

Rencontré sur la foire d’art de Turin Artissima, où il a été invité à concevoir une exposition sur la littérature, Vincenzo Latronico, écrivain de 26 ans, se montre à la fois brillant, bouillonnant d’idées et très désenchanté. Son premier roman, écrit à 24 ans, Ginnastica e rivoluzione, dressait le portrait de sa génération, à la fois dégoûtée du berlusconisme et sans plus aucune illusion politique : « La scène se passe en 2001, un peu avant le G8 de Gênes. Un petit groupe d’étudiants italiens politisés s’est échappé à Paris, la ville de Mai 68, pour préparer la manifestation anti-G8. Mais enlisé dans leurs déboires amoureux, dans leurs discussions interminables, leur motivation s’effrite et le roman se termine sans qu’on sache s’ils iront ou non manifester à Gênes. » Cet état d’esprit est commun à de nombreux jeunes artistes que l’on classe parfois dans la « non-scène » italienne. Souvent dispersés à travers le monde, installés à Berlin, New York, Paris ou Amsterdam, obligés de quitter un pays dont la culture manque de structures, de moyens, de musées et d’aides à la création contemporaine, refoulés par une université fermée et élitiste, enfin, minés par la politique droitière du gouvernement.

« La droite populiste mène une campagne très dure contre les droits civiques, contre les revendications féministes, contre l’immigration, souligne Alessandro Rabottini, jeune curateur du centre d’art de Bergame. Elle s’en prend aussi à l’art contemporain qu’elle accuse d’être incompréhensible et déconnecté des « vrais » besoins des gens. La nomination de quelqu’un comme Vittorio Sgarbi (critique d’art mais surtout homme politique proche de Berlusconi et membre un temps de Forza Italia – ndlr) au poste de curateur du pavillon italien à la prochaine biennale de Venise relève de cette logique. C’est une honte pour l’Italie. »

Paradoxe à l’italienne : en plein marasme, cette diaspora se retrouve aujourd’hui au coeur du nouveau paysage international de l’art contemporain. A l’image de la revue Kaleidoscope, gratuite et indépendante, italienne mais intégralement publiée en anglais, diffusée dans tout le monde de l’art, et qui s’est imposée en deux années à peine comme une plate-forme de la jeune scène internationale.

Une nouvelle génération arrive

Maisons d’édition, galeries, critiques d’art et une flopée de commissaires d’exposition : à tous les étages, une nouvelle génération, faite de connexions internationales, de stratégies individuelles mais aussi de solidarité effective, émerge et semble avancer tout ensemble. « La force de cette génération, c’est qu’elle n’est pas seulement italienne », commente le curateur Francesco Manacorda, installé à Londres depuis 2001 et devenu depuis cette année le jeune directeur de la foire d’art de Turin, Artissima. Jeune, pointue, prospective, sérieuse comme toute cette scène artistique aujourd’hui, la foire s’avère plus poussive cette année du côté des affaires : « La crise économique a débarqué un peu plus tard en Italie, commente Manacorda, mais elle est lente et profonde. »

.Malgré le marasme berlusconien, la jeune scène artistique affiche une vitalité étonnante. Chronique d’un paradoxe.
A côté des stands des galeries, et donc hors-commerce, le directeur d’Artissima a fait installer une immense architecture tout en matériaux recyclés pour accueillir des expositions sur la danse, le cinéma ou la littérature : « C’est un musée éphémère et un peu rêvé, ouvert à toutes les disciplines et à leur mélange comme il n’en existe pas en Italie. » De quoi donner l’exemple.

« En vérité, la situation a contraint les artistes italiens à adopter la stratégie du « Do it yourself », commente Andrea Villani, le récent directeur de la Galleria Civica di Trento, l’une des rares institutions à parier sur l’art contemporain. Mais déjà dans les années 1980-1990, on a vu se développer des modèles d’autogestion alternatifs pour compenser le manque de structures. »Alessandro Rabottini souligne que « l’initiative de la plupart des projets ambitieux et défricheurs vient de professionnels un peu singuliers mais jamais de l’Etat. Cette créativité individuelle représente d’ailleurs notre meilleur et pire avantage ».

Comme plus personne n’attend rien de l’Etat, la cartographie des lieux d’art s’est décentrée et clairsemée : à Milan, les galeries privées les plus intéressantes ; à Turin, les institutions publiques ; à Rome, les fondations privées les plus fringantes (la Fondazione Giuliani et la Nomas Foundation) ; à de petites villes comme Bergame, Trente ou Modène, les espaces dédiés à des expos plus expérimentales et plus sophistiquées.

Un refus de la fête et du spectaculaire

Reste une autre particularité de la jeune scène artistique à laquelle le Magasin, à Grenoble, offre une pleine exposition : son goût marqué pour un art qui refuse résolument la fête et le spectaculaire. Tout cela a émergé avec la crise économique de 2008. Il faut dire qu’après vingt ans de téléthéo-gérontocratie berlusconienne et d’échecs politiques de la gauche, ces artistes semblent avoir pris le large, dans leurs vies comme dans leurs oeuvres. S’il faut chercher une dimension politique à leurs travaux, forts d’un repli sur soi et d’un réel intellectualisme, profondément influencés par le cinéma et l’esprit de Pasolini, c’est de manière éloignée, indirecte, à travers des attitudes et des formes plus subtiles que littérales. Comme ce bloc de confettis blancs posé à même le sol du Magasin par l’excellente Lara Favaretto : bloc dur et compact mais qui s’effrite avec le temps. Pas de miracle à l’italienne, pas de carnaval de Venise à attendre d’une pièce résolument froide.

Pendant ce temps, un artiste plane au-dessus de l’Italie de tout son génie indécent : Maurizio Cattelan. En partant à New York très tôt, en jouant avec le marché de l’art de manière effrontée et quasi cynique, le plus intrépide des artistes italiens a donné l’exemple aux jeunes générations : fini le temps des groupes, place aux stratégies individuelles.

Un salut romain… auquel il ne reste plus qu’un doigt

Mais il est bien difficile de se placer sous sa tutelle, et l’on comprend que derrière lui les artistes explorent d’autres voies qu’un art aussi provocant et spectaculaire. Sa dernière frasque, énorme, a encore fourni l’occasion d’un intense débat public. Cattelan a placé devant la Bourse de Milan la sculpture d’une immense main qui fait le salut romain. Mais les doigts sont coupés : il ne reste plus que le majeur au milieu de la main, tel un énorme  » fuck » adressé aux traders milanais. A moins que l’oeuvre ne dise au contraire à quel point la Bourse nous la met tous bien profond.

Scandalisé, le directeur de la Bourse de Milan a demandé au maire le retrait de cette sculpture éphémère. Cattelan a proposé de l’offrir à la ville si la statue restait en place. Un cadeau empoisonné d’un million d’euros mais qui ne se refuse pas. Cattelan use de son pouvoir d’artiste et de sa valeur marchande pour imposer durablement sa sculpture prodigieusement infamante et critique dans l’espace public. Bravissimo

Exposition Sindrome italiana jusqu’au 2 janvier 2011, au Magasin de Grenoble.

Jean-Max Colard et Judicaël Lavrador – LES INROCKS.COM 22/11/2010 | Crédits photo: « Crippled hand », de Maurizio Cattelan, devant la Bourse de Milan. (Reuters/Stefano Rellandini)

LISBOA : voir l’Alfama et rêver avec Pessoa

19 Nov

Lisbonne. Puisque s’ouvre aujourd’hui le sommet de l’Otan dans cette saudade d’embruns et de grandes traversées, un petit tour à l’Alfama, ce quartier de fados qui plonge directement sur le Taje. Conseillons tout de même à nos puissants de penser un peu au poète lisboète avant de grimper à Bica dans un vieil electrico jaune tout d’acajou et de cuivres, et de sourire avec lui à une belle Ode maritime, loin bien loin du sifflement des fusées à têtes tueuses.

BIENVENUE CHEZ LES CATHOS : La finance, autre secret honteux du Vatican

16 Nov

Au cœur d’un nouveau scandale, le Saint-Siège fait l’objet d’une enquête dans une affaire de blanchiment d’argent. La fin de l’impunité ?

L’ouverture d’une enquête du parquet de Rome au sujet de la banque du Vatican témoigne certes de la volonté de l’Etat de contrôler l’Eglise, mais elle révèle également un défi majeur que le Saint-Siège va devoir relever : l’ouverture au monde moderne.

Le Vatican s’est toujours considéré comme un Etat différent des autres, obéissant à d’autres lois. A ce titre, sa gestion des scandales pédophiles était déjà révélatrice. Cette fois-ci, c’est l’opacité de ses comptes qui est en cause puisque, pour la première fois, le Saint-Siège est prié de se plier aux normes très strictes de l’UE relatives au blanchiment d’argent.

Lorsque l’Europe s’est reconstruite après la Seconde Guerre mondiale en équilibrant les pouvoirs grâce à des traités et des accords bancaires, le Vatican est resté une anomalie : la dernière monarchie absolue en Occident (!). Mais aujourd’hui, ses traditions se heurtent aux institutions laïques, qui considèrent de plus en plus l’Eglise catholique comme une multinationale ordinaire.

“Le Vatican doit comprendre que le monde a changé, lance Donato Masciandaro, directeur du département économie à l’université Bocconi de Milan et spécialiste des lois sur le blanchiment d’argent. Sans cela, il risque d’enfreindre constamment les directives sur le blanchiment d’argent.” Cette enquête est un coup dur non seulement pour le Vatican mais aussi pour l’Italie, écartelée entre ses engagements envers l’UE et son réseau bancaire noyauté par le pouvoir.

La déférence envers le Saint-Siège reste toutefois d’usage dans le pays : le contentieux entre l’Etat et l’Eglise que constitue l’ouverture de l’enquête du parquet, d’une ampleur sans précédent depuis au moins une dizaine d’années, n’a pas fait la une d’Il Sole 24 Ore. Le quotidien financier de référence en Italie a relégué l’information en page 18 avec un article complaisant sur la visite du pape en Grande-Bretagne.

La partie visible de l’iceberg
Tout a commencé le 20 septembre : le parquet de Rome a saisi 30 millions de dollars [22 millions d’euros] sur le compte du Vatican et ouvert une enquête mettant en cause Ettore Gotti Tedeschi, le président de l’IOR [Institut des œuvres religieuses, la banque du Vatican] et son directeur général, Paolo Cipriani. La justice leur reproche de ne pas avoir justifié deux transferts de fonds réalisés à partir d’un compte d’une autre banque, le Credito Artigiano. Pour le Saint-Siège, cette enquête est un “malentendu”. Pour Gotti Tedeschi il s’agit d’une erreur de procédure montée en épingle par les médias. Pour d’autres, en revanche, ce n’est que la partie visible de l’iceberg et la fin de l’impunité du Vatican.

Le parquet a commencé à s’intéresser de près aux comptes du Vatican l’année dernière, à la demande de la Banque centrale italienne. Cette dernière avait déclaré pour la première fois que la banque du Vatican devait être traitée comme n’importe quelle autre banque extérieure à l’UE et donc soumise à une vigilance accrue selon les directives de 2007 contre le blanchiment d’argent. Déjà en 2003, dans le cadre d’une affaire relative à la nocivité des ondes électromagnétiques émises par Radio Vatican, la plus haute cour de justice italienne avait pris ses distances avec le Saint-Siège. Elle avait reconnu à l’Etat italien le droit de protéger ses citoyens contre des actions menées par des individus travaillant pour le Vatican. Mais cette décision n’avait pas fait jurisprudence et, si un magistrat décidait aujourd’hui de poursuivre la banque du Vatican, il faudrait s’attendre à une longue bataille juridique. Premier mystère de cette affaire : pourquoi la banque du Vatican a-t-elle demandé au Credito Artigiano un transfert de 30 millions de dollars [22 millions d’euros] en provenance d’un compte gelé par décision de justice en avril pour défaut de transparence dans des transactions précédentes ?

Certains y voient une tentative délibérée de la part du Vatican. “Evidemment c’était un coup hasardeux”, estime Ignazio Ingrao, spécialiste du Vatican de l’hebdomadaire d’informations italien Panorama, qui a été le premier à révéler en décembre 2009 les enquêtes dont la banque du Vatican faisait l’objet. “Elle voulait lui forcer la main, en espérant que le Credito Artigiano l’aiderait.”

Mais ce dernier était tenu de signaler cette opération suspecte à la Banque d’Italie. Celle-ci venait en effet de rappeler – pour la deuxième fois de l’année – à toutes les banques italiennes que les transactions de la banque du Vatican devaient être passées au peigne fin, sous peine de poursuites.

Autre mystère : que s’est-il passé entre le 6 septembre, date de la demande de transfert, et le 14 septembre, date à laquelle le Credito Artigiano a alerté la Banque d’Italie ? Gotti Tedeschi a-t-il essayé de faire pression sur Giovanni De Censi, directeur de la société mère du Credito Artigiano, le Credito Valtellinese, également consul­tant pour la banque du Vatican ? De Censi s’est refusé à tout commentaire. Cette affaire intervient à un moment où le Vatican subit d’intenses pressions de la justice concernant de nombreuses affaires d’abus sexuels, notamment en Belgique, où les autorités ont effectué des descentes de police dans plusieurs propriétés de l’Eglise. Les ban­ques italiennes sont également sous le coup d’une tentative de prise de pouvoir par la Ligue du Nord de l’establishment bancaire catholique. L’IOR, banque ordinaire ?

De son côté, le Vatican avait nommé l’année dernière Gotti Tedeschi, banquier et professeur d’éthique de la finance à l’université catholique de Milan, pour réorganiser et rationaliser ses finances, gérées par des entités disparates souvent déconnectées. Le Vatican est également en pourparlers avec l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), qui fixe les normes de transparence, et le GAFI (Groupe d’action financière internationale), chargé d’organiser des mesures contre le blanchiment d’argent et le financement des organisations terroristes. Le but étant pour le Saint-Siège de réintégrer la “liste blanche” des pays exemplaires en matière de transparence…

“Des discussions sont en cours”, reconnaît Jeffrey Owens, directeur du Centre pour la politique fiscale à l’OCDE. “Pour nous, le Vatican doit être traité comme n’importe quel autre Etat et se soumettre à la même surveillance. Le rythme des négociations dépend de lui.” Pourtant, avant de participer aux accords internationaux, le Saint-Siège devra résoudre une ambiguïté fondamentale concernant la définition de sa banque. Il maintient qu’il ne s’agit pas d’une banque ordinaire, mais plutôt d’une entité qui gère les biens de ses organisations religieuses, ce que récuse la Banque d’Italie. “Les enjeux de ce bras de fer sont particulièrement compliqués, estime M. Ignazio Ingrao. Et il risque de durer encore longtemps.”

L’auteurD’abord journaliste au New York Observer puis à la New York Times Book Review, Rachel Donadio est depuis 2008 la correspondante en chef du New York Times à Rome. Elle livre ici un point de vue distancié sur les relations entre le Saint-Siège, l’Italie et l’Union européenne.

RepèreSurnommé “la banque des prêtres”, l’Institut des œuvres religieuses (IOR) a été fondé en 1942 par Pie XII pour assurer l’administration des biens de l’Eglise catholique. Son histoire est émaillée de divers scandales. L’un des plus retentissants, la faillite de la banque italienne Ambrosiano – dont l’IOR était le principal
actionnaire –, remonte à 1982. L’enquête a montré que la banque Ambrosiano recyclait l’argent de la Mafia, mettant en cause le dirigeant de l’IOR à l’époque, Paul Marcinkus, dit “le banquier de Dieu”. Le patrimoine de la banque du Vatican est estimé à 5 milliards d’euros.

06.10.2010 | Rachel Donadio | The New York Times republié par COURRIER INTERNATIONAL

ITALIE : Chefs-d’oeuvres en péril

11 Nov

L’effondrement de la Caserne des gladiateurs, à Pompéi, n’est que le prélude d’une longue série à venir. De nombreux édifices antiques sont en effet menacés de disparition, en raison d’une mauvaise gestion du patrimoine depuis de nombreuses années.

La Caserne des gladiateurs s’est effondrée, Pompéi, 6 novembre 2010.
Ne parlons pas de toutes les domus qui, à Pompéi, attendent depuis on ne sait combien de temps des travaux d’entretien et de restauration : elles sont évidemment en danger, se désagrégeant de minute en minute. Et pourtant, parmi ces ruines antiques, les édifices qui menacent le plus de s’écrouler sont finalement ceux qui ont déjà été restaurés, mais en dépit du bon sens. C’est exactement ce qui est arrivé à la Caserne des gladiateurs, qui s’est misérablement effondrée le 6 novembre. Dans le cas de plusieurs domus fragiles de Pompéi, on a cru bon d’intervenir avec du béton armé. Eh oui, comme s’il s’agissait de robustes structures modernes ! Ce matériau a été utilisé aussi bien pour les toits des domus et des édifices que pour leurs poutres, plus ou moins portantes.

Il suffit de jeter un œil au temple d’Apollon pour comprendre de quoi nous parlons. Ce dernier, à proximité du forum, fait partie des édifices les plus visités parmi les ruines antiques inscrites au Patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. Le fer, resté un moment encastré dans le béton, est désormais à nu ; quant au béton, il s’est effrité sur la tête des touristes. Le même scénario et le même problème se reproduisent dans la très célèbre maison du Faune, mais également dans celle du Poète tragique, qui doit sa célébrité à la fameuse mosaïque Cave canem [Attention au chien] qu’elle renferme. Il va sans dire que, là aussi, ce n’est pas tant du chien qu’il faut se méfier que du fer et du béton armé, dont les structures antiques et fragiles de Pompéi ne supportent pas la pression, pas plus qu’elles ne supportent celle des terre-pleins et des serres floricoles. Autrement dit, tout ce qui pèse sur les fondations flageolantes de ces constructions vulnérables pose problème, puisqu’elles existaient déjà avant la naissance du Christ. Voici donc la liste d’autres risques d’effondrement dans ce site antique le plus célèbre du monde. Sur plus de 200 mètres, dans la rue de l’Abondance, non loin de l’endroit où s’est effondrée la Caserne des gladiateurs, le terre-plein sur lequel reposent les maisons n’est pas capable de contenir l’écoulement des eaux pluviales.

La partie antérieure de la maison de Julius Polybius, construite dans la région IX, est exposée à ce même risque et cela met en danger tous les édifices alentour, surtout à la saison des pluies. Subissent le même sort les domus et les structures de la rue de Stabies, qui donne dans la voie de l’Abondance et se trouve encore plus près du forum, donc facilement accessible pour les touristes. Dans cette rue, où l’on peut admirer les thermes centraux et les thermes de Stabies, la maison de Cecilius Jucundus ou encore celle du Cithariste, le problème, c’est le poids des serres. Elles aussi pèsent sur les constructions. Personne ne s’en est jamais soucié. D’ailleurs personne ne s’est jamais soucié d’aucun des nombreux problèmes à résoudre à Pompéi. Et, quand ce fut le cas, le plus souvent, la situation n’a fait qu’empirer. Ainsi, à 30 mètres de la Caserne des gladiateurs qui s’est écroulée, un auvent a récemment été construit, un petit balcon avec des poutres fichées en terre et accolées au terre-plein. Or il ne faut pas mettre de fer ni de béton armé dans la brique de Pompéi, c’est dangereux ; ce qu’il faudrait, en revanche, c’est du bois lamellé. Se promener à travers les ruines de cette merveille de l’Antiquité, c’est comme se mouvoir dans une cristallerie. Et pourtant, cet été, lorsqu’on a donné le feu vert aux travaux de restauration du Grand Théâtre, on n’a pas hésité à faire entrer excavatrices, pelleteuses et marteaux-piqueurs, comme s’il s’était agi d’un chantier à ciel ouvert pour un immeuble d’habitation.

10.11.2010 | Alessandra Arachi | Corriere della Sera

RÊVER D’ISTANBUL…

1 Nov

toutes photos DR / L’ESPRIT D’AVIGNON 2010

SAINTES-MARIES : Le bedeau des anges

31 Oct

Pedimiento de Georges Morere. A écouter, un superbe docu sonore diffusé par France-Culture dans le cadre de ‘Creadoc ». Sébastien, gitan catalan, est le gardien de la crypte des Saintes Maries de la Mer où sont conservées les reliques de Ste Sara la mère spirituelle de tous les gitans. Portrait sensible d’un homme d’église pas comme les autres.

Cliquez pour écouter : documentaire sonore

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