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Pipiloti Rist : Pour your body out

22 Mai

DISPARITION : Bye bye, l’éléphant…

12 Mai


Il est parti ce mercredi 11 mai (pour New-York ?)… Pour le revoir -lui ou un autre tirage de la même oeuvre- il faudra désormais se déplacer à New-York ou Barcelone. Pas toujours facile. Sa trompe de bronze aura enchanté 11 mois durant la minéralité de la place du Palais. Il nous manque déjà…

MONUMENTA : Anish Kapoor installe son « Leviathan » au Grand Palais

10 Mai

Un ventre rouge dans les entrailles du Grand Palais

Le sculpteur britannique d’origine indienne Anish Kapoor s’empare de la nef du Grand Palais à Paris avec « Leviathan », un monstre rouge sombre, qui engloutira le visiteur à partir du 11 mai, à l’occasion de la quatrième édition de « Monumenta ». « C’est une immense sculpture vide de près de 80.000 m3, une grande enveloppe rouge sombre qui tiendra grâce à la pression de l’air insufflé à l’intérieur », révèle à l’AFP Jean de Loisy, le commissaire de l’exposition.

L’installation de l’oeuvre vient de commencer. Il faudra un semaine pour la monter. Elle sera exposée pendant six semaines jusqu’au 23 juin. Anish Kapoor a annoncé mardi dédier son oeuvre à l’artiste chinois Ai Weiwei, jugeant « inacceptables » son arrestation et sa disparition il y a un mois. « Quand les gouvernements réduisent au silence les artistes, cela témoigne de leur barbarie », a estimé M. Kapoor dans une déclaration écrite à l’AFP.

Lancé en 2007 par le ministère français de la Culture, « Monumenta » est un événement culturel qui propose à un artiste contemporain renommé de créer une oeuvre inédite pour l’espace monumental de la nef du Grand Palais. Après l’Allemand Anselm Kiefer en 2007, l’Américain Richard Serra en 2008, le Français Christian Boltanski en 2010, c’est au tour d’Anish Kapoor de se mesurer au Grand Palais et à son immense verrière.

« Le Grand Palais est un espace incroyable, merveilleux, qui paraît encore plus grand quand on est dedans », a déclaré Anish Kapoor à l’AFP, lors de l’un de ses passages à Paris à l’automne. « Son échelle représente une véritable défi », a relevé l’artiste, qui a reçu le prestigieux prix Turner d’art contemporain en 1991.

Le sculpteur, né en 1954 à Bombay (est de l’Inde), a choisi de réaliser « une seule oeuvre, une seule couleur, une seule forme ». « Je veux que les visiteurs éprouvent une sorte de choc, esthétique mais aussi physique », a expliqué l’artiste. Pendant des mois, les détails de l’oeuvre ont été tenus secrets mais à quelques jours de l’ouverture, les organisateurs ont accepté de lever une partie du voile. La sculpture sera « impressionnante physiquement pour le visiteur qui se retrouvera face à une muraille de couleur rouge de plus de 35 m de haut avec extrêmement peu de recul. Cela lui donnera conscience de sa vulnérabilité », explique M. de Loisy.

Mais avant de prendre conscience de sa petitesse, le visiteur expérimentera un étrange voyage à l’intérieur du ventre d’un monstre. Il avancera dans un espace utérin, rouge sombre, faiblement éclairé. « Quand vous approcherez de ce monstre, vous aurez une impression physique mais surtout une impression de mémoire », indique M. de Loisy. « Cette obscurité, nous la connaissons tous. Ce peut être le ventre de la mère. Mais de façon plus large, l’artiste essaie de nous plonger dans une situation psychique qui nous renvoie à des souvenirs oubliés », ajoute-t-il.

Le titre de l’oeuvre « Leviathan » renvoie à un monstre aquatique de la mythologie phénicienne, mentionné dans la Bible. Mais aussi au livre de Thomas Hobbes où le Léviathan est une métaphore pour l’Etat tout puissant. L’oeuvre de Kapoor est une prouesse technique. Des milliers de lés (bandes) de PVC ont été soudés entre eux. Les soudures forment un dessin élégant et très travaillé, comme les tendons d’un muscle.

Mais l’artiste n’apprécie guère que l’on rentre trop dans les détails techniques de l’oeuvre. « Elle doit rester magique », souligne M. de Loisy.

AFP / Photos : « Leviathan » et « Jeanne d’Arc » / copyright Anish Kapoor
Exposition du 11 mai au 23 juin

54e BIENNALE DE VENISE : Boltanski et Tintoretto en eaux glauques…

5 Mai

Evénement incontournable de l’Art contemporain -et des mondanités- la 54e biennale de Venise ouvrira ses portes le 4 juin prochain (vernissage le 3 pour les heureux invités). Au programme, de nouveaux pavillons tout neufs, un hommage à Tintoret, le peintre local, et, ô surprise ! le Pavillon français confié à… Boltanski (qu’on aime, par ailleurs). Bref, rien de bien nouveau sur la lagune…

Plus de deux mois avant son inauguration officielle, les grandes lignes de la 54e Biennale de Venise, événement artistique international incontournable, étaient annoncées hier, sous les somptueux lambris de l’hôtel de Galliffet, rue de Grenelle, siège de l’Institut Culturel italien. Paolo Baratta, président de la Biennale, et Bice Curiger, commissaire de l’Exposition internationale, sont venus y présenter le projet, intitulé ILLUMInazioni – ILLUMInations, jeu de mots entre l’idée de lumières (allusion au luminisme en peinture, à la pensée éclairée des philosophes du XVIIIe siècle, mais aussi aux enluminures, à Rimbaud ou à Walter Benjamin), et le concept de nation.

Si l’organisation de la Biennale en pavillons nationaux paraît depuis quelques années dépassée, à l’heure où les artistes n’ont jamais été aussi nomades, Bice Curiger a décidé d’affronter directement le débat, « avec lucidité et humour ». Selon la commissaire suisse, co-fondatrice de la revue d’art contemporain Parkett, directrice du magazine Tate etc et curatrice au Kunsthaus de Zurich, la nation est une « métaphore de la communauté », dont de nouveaux modèles émergent aujourd’hui sous forme de scènes artistiques ou de collectifs. Elle souligne également la fréquence dans l’art des questions d’identité et d’héritage culturel. Evoluant sur une corde un peu raide, Bice Curiger avoue que « beaucoup échappera à (son) contrôle » et que la Biennale doit ressembler à « un bazar, dans le bon sens du terme ».

Le président Paolo Baratta a quant à lui rappelé que de plus en plus à chaque édition, de nombreux pays montrent leur volonté d’obtenir un Pavillon à la Biennale. Cette année, l’Inde, le Bangladesh, Haïti, le Zimbabwe, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud sont ainsi conviés à Venise. Paolo Baratta soulignait l’influence des événements politiques récents, puisqu’aucun pays d’Afrique du Nord n’est présent, et qu’un pays comme le Bahreïn, présent à la Biennale d’Architecture l’an passé, a retiré sa participation. Le Japon, malgré la catastrophe qui l’a frappé, n’a pas annoncé son retrait.

La figure du peintre vénitien Tintoret a été plusieurs fois évoquée. Trois tableaux du grand maître de la Renaissance seront inclus dans l’Exposition internationale à Venise, « lieu où l’Histoire est très présente ». L’intention de Bice Curiger n’est pas de le faire se mesurer aux artistes contemporains, mais plutôt de « provoquer les conventions », à savoir une certaine tendance de l’art contemporain au rejet de l’art ancien. Par ailleurs, des « para-pavillons » doivent permettre d’« intensifier le dialogue entre les œuvres » — avec par exemple une sculpture d’Oscar Tuazon, la reconstitution de la cuisine de Franz West ou la maison des parents de l’artiste chinois Song Dong —, tandis que les « Biennale Sessions » proposent un programme de recherche pour les étudiants.

Un peu plus d’un tiers des 82 artistes de l’Exposition internationale a moins de 35 ans, 32 sont des femmes (Yto Barrada, Monica Bonvincini, Trisha Donnelly, Latifa Echakhch, Klara Liden, Mai-Thu Perret…). Beaucoup n’ont jamais exposé à la Biennale de Venise. Parmi eux, citons quelques jeunes Français : Mohamed Bourouissa, Cyprien Gaillard, Loris Gréaud, Oscar Tuazon (Américain vivant à Paris).

Le pavillon français a été confié à Christian Boltanski, sous commissariat de Jean-Hubert Martin, avec une installation, Chance – Les jeux sont faits, évoquant la naissance et la tension entre hasard et destin. Dans les autres pavillons, on attend notamment Markus Schinwald pour l’Autriche, Angel Vergara (Belgique), Sigalit Landau (Israël), Dora Garcia (Espagne), Navin Rawanchaikul (Thaïlande), Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (Etats-Unis).

Pour un budget d’environ 12 millions d’euros (dont 90% de ressources propres), la Biennale de Venise entend attirer, pendant ses six mois d’ouverture, autant de visiteurs que lors de sa précédente édition, soit 400 000 personnes.

Magali Lesauvage / fluctuat.net

ILLUMInazioni – ILLUMInations, 54e Biennale de Venise, Arsenal et Giardini, du 4 juin au 27 novembre 2011.
www.labiennale.org

VOÏNA : Les partouzeurs de l’art russe au combat

4 Mai

Le Collectif Voïna (guerre) ne se refuse rien. Agitateurs artistiques, ces performeurs ultras n’hésitent pas à monter des actions artistiques dans les lieux les plus emblématiques de la dictato-démocratie russe. « Nous sommes entrés en guerre contre les loups-garous en uniforme, l’obscurantisme politique et social et pour la liberté de l’art contemporain », disent-ils… Dérangeants et efficaces.

Ils ont dessiné un pénis géant face au bâtiment des services secrets russes, ont été libérés de prison grâce au street artist Banksy, ont partouzé dans le musée national de biologie de Moscou, ont remporté un prix national d’art contemporain… Le parcours atypique de Voïna, groupe d’activistes en lutte contre un pouvoir tout-puissant, est exceptionnel. Voïna : un groupe radical, sans concessions, toujours sur le fil, toujours à la limite.


Donc, face à la censure Youtube, la vidéo « Fuck » (Orgie in museum) EST VISIBLE ICI : LA VIDEO


Une action dans le métro de Moscou


Voïna humilie les flics chez eux

sources : Voïna, Les inrocks & divers sites / Crédits photo : Partouze dans la salle de nutrition et digestion du Musée national de biologie de Russie (Thomas Peter/Reuters)

PATRIMOINE : Pourquoi la Corrida est-elle un art et un patrimoine inaliénable de notre civilisation… …

3 Mai


« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (Montaigne)

L’ignorance est le pire des fléaux. Une civilisation se construit avec son histoire, ses mythes et ses rituels. Et son art. Tout comme Lascaux, la Corrida demeure l’un des seuls vestiges culturels de l’origine de notre civilisation. Vouloir en éradiquer l’existence, comme tentent de le faire les militants de la « cause » animale au nom d’une idéologie faussement compassionnelle, est non seulement une faute, mais un attentat négationniste fait au patrimoine culturel de l’humanité.

Nous publions ici des extraits du texte qui a servi de base à l’inscription de la Corrida au patrimoine immatériel de la France. Soulignons que cette présentation a été rédigée et co-signée par un comité expert de scientifiques et d’universitaires (anthropologues, ethnologues, éthologues, philosophes, sociologues, historiens) :

« Comme l’observe Michel Leiris, la corrida s’apparente aux plus hautes expressions léguées au cours des siècles par la civilisation méditerranéenne, celles où l’homme pose un regard lucide sur le destin qui le menace, par lequel il sait qu’il sera
vaincu, mais qu’il a le courage de dévisager et d’affronter, en construisant avec lui une oeuvre d’art.

HISTORIQUE ET GÉNÉALOGIE
Depuis la haute antiquité l’ensemble des civilisations du Bassin méditerranéen ont conféré au taureau une éminente valeur symbolique (l’animal a été assimilé à une divinité solaire ou terrestre, illustration suprême des forces de la nature et de la fécondité, que l’homme doit tenter de maîtriser et de s’approprier). Elles en ont fait l’objet d’un culte, ou la victime privilégiée d’un sacrifice à la divinité. Il figure dans de nombreuses oeuvres d’art à caractère religieux, et constitue l’élément central de divers jeux et célébrations.

En Espagne les règles de la corrida moderne sont fixées à la fin du XVIIIe siècle en Andalousie, à l’heure où les toreros à pied, issus du peuple, deviennent les protagonistes du spectacle, mais cette tauromachie est l’aboutissement de traditions plus anciennes dans lesquelles les hommes se sont mesurés à des taureaux sauvages vivant en troupeau dans la Péninsule Ibérique depuis la préhistoire, ancêtres des bêtes actuelles.

En Amérique latine, la tauromachie s’est implantée dès les premières années de la conquête espagnole (1529, date de la première corrida au Mexique), notamment grâce à l’importation de bétail brave qui a fait souche outre Atlantique. Aujourd’hui, la corrida y est une tradition vivante dans cinq pays (Mexique, Venezuela, Colombie, Equateur, Pérou).

En France, des jeux taurins sont attestés dans le midi dès le Moyen Âge. Cette tradition ancienne a favorisé l’implantation et le développement de la corrida à partir du milieu du XIXe siècle. C’est en 1853 qu’est organisée la première corrida à Bayonne, sans doute en hommage à l’impératrice Eugénie, en résidence dans la ville voisine de Biarritz. À partir de là l’engouement pour ce spectacle gagne les publics des Landes, puis du Languedoc et de la Provence en s’appuyant, encore une fois, sur les traditions taurines cultivées dans ces régions.

ETHIQUE DE LA CORRIDA
L’esprit et la valeur de la corrida reposent sur deux piliers comportant une dimension éthique : le premier, c’est le combat du taureau, qui ne doit pas mourir sans avoir pu exprimer, au maximum, ses facultés offensives ou défensives ;

le second pilier, symétrique, c’est l’engagement du torero, qui ne peut affronter son adversaire sans se mettre lui-même en danger, en offrant son corps, puis en détournant la charge par un leurre en tissu. La corrida n’aurait aucun sens et aucun intérêt sans cette combativité spontanée du taureau et sans ce risque permanent de blessure grave ou de mort du torero.

La corrida se distingue des autres tauromachies par deux traits particuliers :
– l’animal est tué rituellement, ce qui donne à la corrida sa dimension tragique, et il est tué en
public, ce qui garantit la loyauté de sa mise à mort.
– une des finalités essentielles de la corrida est de créer une oeuvre d’art éphémère en utilisant
la charge naturelle du taureau de combat.

Mais il y a surtout un impératif éthique : lorsque le coup est porté loyalement, le risque encouru par l’homme est à son plus haut degré, car en s’engageant avec l’épée, les yeux fixés sur le garrot, le matador perd de vue la trajectoire des cornes. Il implique un dernier et périlleux rapprochement avec le taureau, et un acte d’équité, puisqu’à l’instant de donner la mort le matador met en jeu sa propre vie..

La faena, en tant qu’oeuvre construite avec le taureau pour adversaire et en même temps partenaire, est inachevée, et en quelque sorte reste en suspens, sielle n’est pas scellée par le coup d’épée

En effet, la corrida repose sur le fait que l’animal est vierge de tout contact avec l’homme et de toute sollicitation par les leurres. Or, les professionnels et les aficionados répugnent à l’idée que le taureau brave, sujet de leur admiration, périsse dans un abattoir, ou même dans un corridor obscur, tel un animal de boucherie. Leur sentiment partagé est que la mort dans l’arène, dans les conditions strictes fixées par les règles, est la seule fin digne de lui et de son combat.

À cet égard, le taureau est loin d’être simplement un adversaire qu’on supprime de gaieté de coeur. De même qu’ils l’ont fait pour le torero, les aficionados s’identifient à lui, en admirant sa bravoure, y compris dans son ultime combat face à la mort. Pour preuve l’ovation qui est faite à la dépouille d’un animal particulièrement brave qui a obtenu un tour d’honneur, et qui est consacré à son tour comme le héros de la cérémonie. Le règlement prévoit, d’ailleurs, qu’une bravoure exceptionnelle puisse lui obtenir la grâce (indulto), et qu’alors, après avoir été soigné, il soit renvoyé dans son élevage pour y finir ses jours comme étalon.

UNE OEUVRE D’ART TOTALE…
D’une durée approximative de vingt minutes, chaque combat est régi par des règles très précises, dont l’objet est à la fois de garantir l’intégrité de cette lutte et de rendre possible la prestation artistique du torero face à cet adversaire. L’acte de la pique vise à éprouver la bravoure du taureau et à canaliser la brusquerie de son élan en lui faisant baisser la tête. Les banderilles sont une sorte d’intermède où l’on donne un plus libre cours à sa charge à l’appel de l’homme, ce qui permet d’observer ses caractéristiques et de préparer l’affrontement final. Enfin, au dernier acte, survient l’estocade après la faena de muleta.

À l’évidence, c’est dans le jeu avec la cape et la muleta que l’art taurin atteint aujourd’hui son plus grand raffinement. Avec ces étoffes le torero ne dirige pas seulement les charges du taureau afin de le dominer, en imposant son intelligence et son courage à l’instinct meurtrier et à la force de la bête. Il ralentit et étire la charge en un tempo apaisé, par un sens de la cadence qu’on appelle le temple. Ce faisant, il convertit peu à peu la violence de l’affrontement initial en une entente harmonieuse entre l’homme et un fauve, d’une haute plasticité.

Le public aficionado, quant à lui, vient d’abord à ce spectacle pour voir comment le torero, par ses qualités morales, techniques et artistiques, parvient à maîtriser un animal dangereux et non apprivoisé, de façon à construire avec lui une oeuvre d’art. Il admire tout autant l’homme que le taureau.

Quoi qu’il en soit il s’avère que l’estocade – et donc la mort du taureau dans l’arène – est considérée, dans la sensibilité collective des aficionados, comme la phase suprême, « le moment de la vérité ». Pour s’en tenir à une considération d’ordre technique, le matador doit se conformer à des règles particulièrement strictes, qui concernent en premier lieu la place de l’épée dans la « croix », sur le haut du garrot. Une estocade impeccable est le plus souvent l’aboutissement et la sanction d’un travail préalable avec la bête, également réussi.

Selon Michel Leiris, il s’agit en effet de donner forme humaine à une matière brute, en l’occurrence la charge d’un animal qui combat. L’action du leurre dépouille l’assaut de l’animal de sa fonction mortifère et de sa violence naturelle et, grâce à l’emprise que ce leurre permet sur la charge du taureau, le torero conduit celle-ci, la courbe, l’adoucit, la polit, la ralentit.

On comprend que ce spectacle total, comparable à certains égards à l’opéra, ait pu inspirer tant d’artistes.

LA CELEBRATION DU TRIOMPHE DE LA VIE SUR LA MORT
Aux yeux des aficionados et des toreros la corrida apparaît comme une cérémonie dont le triomphe de la vie sur la mort, de l’art et de l’intelligence sur la force brutale est la signification fondamentale. La menace mortelle, symbolisée par le fauve, est hypnotisée et transfigurée par l’art du torero. Ce qui nous est donné à voir dans l’arène, c’est la communion entre la vie et la mort, la célébration de ce couple essentiel qui sous-tend toute existence et qui s’incarne dans cet autre couple évoluant sur le sable. Tout relève de l’une et de l’autre dans la corrida, à commencer par le toreo.

La conscience que partagent le torero et l’aficionado de cet art singulier est centrée sur l’évidence de sa réalité fragile et éphémère, au moment même où celui-ci tente de créer l’illusion d’une éternité impermanente. La clé, ici, est le temple –la faculté de produire l’accord entre le mouvement de l’étoffe maniée par l’homme et la charge de la bête -, dont le but est d’allonger et de ralentir la passe, en d’autres termes de différer la mort inévitable de sa beauté.

Le torero sculpte le temps comme s’il pouvait s’en rendre maître, tout en sachant qu’il est vain de prétendre l’arrêter. La mort donnée au taureau consacre à la fois l’aboutissement de la faena, autrement dit de l’oeuvre élaborée avec lui, et
son terme irrémédiable. »

Bibliographie
– Bartolomé Bennassar, Histoire de la tauromachie, une société du spectacle
(Desjonquères, Paris, 1993) ;
– José Bergamin, La solitude sonore du toreo, traduction de Florence Delay
(Verdier Poche, 2008) ;
– Michel Leiris, Miroir de la tauromachie, illustrations d’André Masson (Fata
Morgana, 1981) ;

LIRE LA FICHE COMPLETE POUR L’INSCRIPTION AU PATRIMOINE IMMATERIEL DE LA FRANCE
Illustration : Pablo Picasso

ICONOCLASME : Danger ! Le scandale des églises troglodytes d’Ilhara massacrées sous l’indifférence de l’Etat turc

24 Avr

A l’heure des autodafés d’extrémistes chrétiens à l’encontre d’oeuvres contemporaines, comme à Avignon ces dernières semaines, il est vital de lutter contre d’autres iconoclasmes, plus discrets certes mais terriblement définitifs, qui touchent les sites historiques de notre patrimoine culturel mondial. La vallée d’Ilhara en Turquie est de ceux-là. Truffée d’églises troglodytes somptueusement décorées, cette vallée de Cappadoce est un témoignage exceptionnel des premiers Chrétiens en terre turque, désormais en voie de disparition totale : martelages, caillassages, graffitis à la pointe d’acier, leurs fresques du Xe au XIIe siècle sont abandonnées au vandalisme de tous, sans que l’Etat turc ne lève le petit doigt. Un scandale maintes fois dénoncé, sans que l’UNESCO ne daigne réagir. Tout ça au nom d’une « réal-politik » inféodée aux intérêts supérieurs de l’Occident en Turquie, une prétendue démocratie, en réalité autoritaire et théocratique, qui ne tolère aucune culture exogène (cf les Kurdes), pas même son propre patrimoine culturel qui, quoiqu’elle s’en défende, fait partie de ses racines. En illustration, le papier publié en 2007 par notre collaborateur Marc Roudier, pourtant relayé maintes fois à l’international, et resté malheureusement lettre morte :

Les fresques rupestres d’Ilhara vandalisées ! Un pan entier du patrimoine de Cappadoce, qui est aussi celui de l’Humanité, est en danger imminent de disparition. La vallée d’Ilhara, écrin naturel d’un ensemble unique au monde d’églises troglodytes du Xe au XIIe siècles, aux fresques exceptionnelles, est en train de se dégrader à la vitesse grand V, totalement abandonnée aux vandales de toutes sortes qui désintègrent les fragiles peintures, sous l’indifférence des autorités Turques.

Si le gouvernement Turc ne prend pas immédiatement les choses en mains, ce témoignage émouvant des premiers Chrétiens va disparaître d’ici les dix prochaines années. Déjà extrêmement altérées par le temps, les séismes, et surtout l’imbécile effacement des visages des personnages peints, ces peintures magnifiques dont ne subsistent souvent que quelques vestiges aux endroits difficiles d’accès, coupoles, plafonds, chapiteaux, ne seront bientôt qu’un lointain souvenir.

La vallée d’Ilhara est un haut-lieu du patrimoine artistique mondial. Imaginons un sillon encaissé et verdoyant serpentant sur plus d’une quinzaine de kilomètres, creusé dans le tuf rude des plateaux désertiques par un torrent, presqu’une rivière, qui jadis a dessiné des parois vertigineuses, abritées des vents mais surtout des regards, et dans lesquelles des hommes de foi ont sculpté de somptueux écrins de pierre, dotés de peintures à fresque relatant les épisodes des évangiles. Saints et madonne, cènes et martyrs, animaux mythologiques et moments de la vie du Christ, ces peintures magnifiques, au chromatisme époustouflant, souvent rehaussées d’or, sont les vestiges uniques d’une foi vertigineuse et embrasée, que d’humbles artistes anonymes ont patiemment laissé de leurs mains comme un témoignage fervent de leur amour de Dieu sur de minces enduits de plâtre, posés à même la roche nue.

Une quinzaine d’églises, mais aussi des couvents, des habitations, taillées dans le roc d’un désert âpre. Maintenant, alors que le tourisme à Ilhara et dans toute la Cappadoce s’intensifie dangereusement, ces grottes à l’architecture incroyable, aux décors fragiles, sont laissées aux quatre vents, sans aucune protection, ni gardiens. Ni grilles, ni parois de verre pour protéger ces extraordinaires témoignages d’un art exceptionnel !

La vallée est pourtant un site éminemment touristique, relativement facile à randonner, et dont on ne manque pas de vous faire payer l’accès ! Hélas, voir ces œuvres désolées de la sorte, abandonnées à la vindicte idiote de quelques illettrés qui saccagent ainsi non seulement leur, mais notre, patrimoine à tous, est une honte.

Pour ma part, j’ai repéré des graffitis faits à la pointe d’une lame ou d’un clou, signés et datés de 2001, 2002 ou encore 2004, destructions délibérées très récentes donc, faites dans la chair tendre des peintures, irrémédiablement abîmées et perdues pour tous. Graffitis amoureux, messages politiques, adresses et sentences religieuses, la volonté de vandalisme est absolue et incontestable. Certes, ce sont d’abord aux images des saints auxquelles on s’attaque, particulièrement les visages, soi-disant tabous dans les codes de représentation de l’Islam, ce qui procède bien évidemment d’une interprétation erronée des textes.

Ainsi de l’église dite “au Serpent”, Yilanli Kilise, qui date de la fin du IXe siècle. Ce qu’il en reste est désastreux : là où devraient figurer trois femmes nues victimes de morsures de serpent (l’une au sein pour ne pas avoir allaité, la seconde à la bouche pour avoir menti, la troisième aux oreilles pour avoir désobéi) ne reste qu’une bouillie vaguement figurative, rageusement rayée et oblitérée de mille coups, dont on n’aperçoit plus les visages. Où est le serpent, d’ailleurs ? Se demande t-on, jusqu’au moment où, après avoir plissé des yeux, un fragment bruni nous indique l’emplacement qu’il occupait…

D’une manière générale, les vandales n’ont pas hésité à grimper parfois dans des endroits absolument hors d’atteinte pour massacrer les peintures, quand ils ne les ont pas détruites à coups de jets de pierres. Ce qui reste des fresques des églises “Odorante”, “Sous l’arbre”, “St Georges”, tient sur quelques cartes postales.

Le Traité de Sèvres de 1923, qui a chassé les Grecs de Cappadoce, n’explique pas tout. Actuellement, c’est l’incurie des autorités Turques, qui laissent faire les vandales, qui doit être mise en cause. Comment l’Etat Turc peut-il manifester aussi peu d’intérêt à l’égard de son patrimoine qui pourtant draine des milliers de visiteurs et constitue donc une source considérable de revenus touristiques ? Pourquoi cette indifférence à l’égard d’un art sacré chrétien alors que la moindre céramique est pieusement conservée ? L’Etat peut-il laisser ce trésor abandonné à la haine imbécile et à l’indifférence ? La communauté internationale doit-elle accepter ce saccage sans broncher ? On ne peut pas laisser se répéter le drame des Bouddhas de Bamhian !

Mais il est déjà presque trop tard tant les dégradations sont nombreuses, et les traces infimes de ce qui fut un véritable musée à ciel ouvert. Dans cinq, six ou dix ans, il ne subsistera absolument rien de ce trésor de l’humanité. Le gouvernement Turc doit réagir immédiatement, ses citoyens se mobiliser, les scientifiques du monde entier pétitionner.

On ne peut vouer un tel patrimoine à la disparition définitive sans réagir ! Une demande d’inscription à l’UNESCO au titre de patrimoine mondial vient d’être faite. Attendons la suite, donc, mais dépéchons-nous !

Marc Roudier

(in artsud oct.2007, réactualisé avril 2010 Eleonor Zastavia web mag,et avril 2011)

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