Archive | LE BEST OF DE L’ESPRIT RSS feed for this section

AVIGNON, une ville en déshérence ?

25 Jan

LE MOT DE TAÏEB

Vous avez dit déshérence ? Et bien, oui, hélas… Le Centre Américain vient de fermer ses portes. C’est plié. Soi-disant pour cause de « crise » aux USA, qui enverraient donc moins leurs étudiants dans notre belle ville. Foutaises : pourquoi alors dans ce cas se replier sur Aix pour y ouvrir une extension, l’Institut Américain y étant déjà installé depuis 1957 ? Si ce n’est tout simplement parce que nos verts yankees préfèrent de loin l’animation d’une véritable ville universitaire (même si concernant Aix, avis perso, ça pue) au désert avignonnais…

Faut pas rigoler : vous vous êtes déjà baladés un vendredi soir après huit heures en hiver, par exemple rue des Teinturiers ? C’est la Sibérie, mes agneaux, on se croirait au fin fond de la steppe, et il n’y a même pas une yourte accueillante pour vous réchauffer avec une belle ambiance musicale et alcoolisée. Les restos sont vides ou quasi, et les deux ou trois bistrots acceptables de la ville (et encore, je suis gentil) sont désertés à 21 h. Le paradis quoi… Franchement, que voulez-vous que fassent nos bébés ricains, dans ce village replié sur lui-même où on ne s’amuse pas ?

Non, ce qui marche à Avignon, c’est la zone commerciale ! Paraît-il devenue la première d’Europe, devant Plan de Campagne. Belle performance ! Madame Roig a réussi a nous défigurer un peu plus le paysage avec ses saloperies de Quick tueurs et autres atteintes aux lois élémentaires de l’esthétique. Sûr que ça lui remplit ses belles caisses municipales (Quoique… la taxe professionnelle étant supprimée par ses amis sarkosystes), mais bon, vous vous voyez, vous, le soir, sortir dans la zone d’activité pour vous taper une toile ou avaler un Mc Do ? Le rêve avignonnais…

La vérité c’est que cette foutue ville n’attire plus personne. Voir d’ailleurs le papier du Ravi au sujet de la 42e ville de France… Trop morte, trop frileuse, gérée n’importe comment, et surtout, constat gravissime, pas du tout culturelle pour un rond. Impossible de se taper un concert intéressant (pour ça faut aller à Istres, Arles ou Nîmes) ; une offre théâtrale limitée, les directeurs de salles focalisant sur leur « saison » du Off ; un Opéra-théâtre qui, s’il se régale d’Audrey Toutou en pimbèche de Cours Florent ou de mauvais récitals de ringards en manque de tournées en « province », porte vraiment très mal son nom, ne proposant quasiment jamais d’Opéra, de vrai ; les librairies sont une plaisanterie (Allez donc chercher un Pierre Guyotat ! Personne ne sait qui c’est… à l’exception notable de Mémoires du Monde) ; quant à l’Art contemporain, il n’y a que trop rarement d’expos dignes de ce nom, et la collection Lambert ayant foutrement envie de mettre la clef sous la porte, il ne nous restera alors plus que les yeux pour pleurer…

Le pire étant cette « vie » nocturne inexistante, où seules tirent leur épingle du jeu les discos à kékés abreuvés au whisky-coca. Pas de quoi se taper le cul contre une bassine… Bon, il nous reste toujours Utop pour nos après-midis dominicales pluvieuses, et les parties de coinche entre potes, bien au chaud chez nous. Le rêve avignonnais, vous disais-je…

Taïeb El Baradeï

Publicités

TUNISIE : Gaffe à la gueule de bois !

19 Jan

LE COUTEAU DANS L’OS

Moi, perso, j’adore les révolutions. Celle que nos amis Tunisiens ont actée et vécue ces derniers jours peut paraître en tous points exemplaire, à plus d’un titre : pour le monde arabe, un minuscule pays (en taille) comme la Tunisie, qui se débarrasse de son autocrate de cette manière-là, en « douceur » et sous l’odeur du Jasmin (quelle stupide idée de communicant que d’affubler cette révolution-là de ce vocable…), est effectivement appelé à devenir un modèle pour tous. Bouteflika, Kadhafi, Moubarak et autres sanguinaires, serrez les fesses ! Tel est le message que ce peuple courageux fait passer dans le Maghreb et au-delà, au sein de toute la « rue » arabe.

Certes, certes. A y regarder de plus près, cependant -et au risque de nous faire une fois de plus quelques ennemis- je ne serais pas si euphorique. C’est que quelques faits têtus me dérangent. D’abord, cette soi-disant fuite du dictateur, on ne peut plus surprenante. En réalité une « exfiltration » due à la « bienveillance » intéressée de ses forces armées, sous l’égide une fois de plus « altruiste » de leurs amis américains, formateurs en titre de l’armée tunisienne. Un couloir aérien libéré quelques heures fort opportunément pour permettre à notre dictateur de s’échapper sans trop de dommages collatéraux. Et sans démissionner officiellement…

Ensuite, cette reprise en main suspecte du RCD, parti présidentiel jusqu’à hier membre de l’Internationale Socialiste, dont les membres les plus influents -et ayant du sang sur les mains comme ce Abdallah Kallal, ex-ministre de l’intérieur de Ben Ali, tortionnaire avéré, dorénavant président de la Chambre des Conseillers- n’ont pas l’heur de vouloir quitter leurs si confortables fonctions, ni les avantages qui y sont liés. Là encore, la rue parle, et demande aujourd’hui leur éviction. Tant mieux mais…

La Tunisie s’est effectivement débarrassée de Ben Ali. Mais quid de son parti (2 millions de membres), de sa police, de ses fonctionnaires ? Et de ses innombrables obligés : Hommes d’affaires, membres d’une famille hyperboliquement ramifiée, ou simples quidams du peuple devant au dictateur, qui un logement, qui une bourse ou un travail ? 23 ans de gouvernance maffieuse basée sur la corruption, les avantages concédés et les petits arrangements laissent des traces. En réalité, chaque famille tunisienne est mouillée. Chacune doit quelque chose au système Ben Ali, d’une manière ou d’une autre. On ne se déprend pas aussi facilement d’un système corruptif et corrompu qui a su prospérer grâce à -ou à cause de- l’omerta, et de l’accord tacite de toute une partie de la population. Oui, je sais, c’est très désagréable à entendre.

Cependant, les Tunisiens nous ont montré -avec cette fulgurance poétique- combien ils avaient su avec courage se défaire soudainement de cette dictature déguisée, un étouffoir qui depuis un quart de siècle, avec la complicité des nations, les laissait sans voix, sans représentants politiques ou syndicaux, sans presse, sans liberté en un mot. Belle épopée, qui entrera dans la mythologie et l’inconscient collectif arabe, aux côtés de ses hérauts du nationalisme pan-arabe, des luttes pour la décolonisation, du combat palestinien, et autres grands moments de la geste héroïque de ces peuples trop souvent étouffés, opprimés, spoliés de leurs terres… et sacrifiés à d’obscures tractations avec le monde occidental.

Grâce soit donc rendue à la rue tunisienne et à ses martyrs. Pour autant, ne nous méprenons pas sur le sens véritable de cette révolution, et de ce qu’elle implique pour tous. De ce qu’elle nous oblige, en tant que citoyens du Monde. Surtout, ici ou ailleurs, Arabes ou pas, Tunisiens ou pas, soyons vigilants à ce qu’il va advenir de ce souffle de liberté sans précédent. Ne le laissons pas retomber comme un soufflet, une fois l’émotion passée.

Quelques signes désagréables n’augurent rien de bon, comme cette désertion des Tunisiens de la toile, au profit de la chaîne d’info pro-islamique Al-jazeera (Cf article sur Slate.fr). Ou l’empressement de certains partis ou personnages « investis » de la stature d’opposants à trop vite revendiquer le processus de « démocratisation », pour mieux s’installer dans les oripeaux du pouvoir. Toutes choses et tant d’autres qui devraient inciter chacun à tempérer son enthousiasme. Nous, pauvres Occidentaux donneurs de leçons, toujours prompts à nous enflammer pour une cause ou une autre, y compris.

Gare au réveil. Qu’il soit exempt, je l’espère de tout coeur, de gueule de bois et d’amertume. Ce que nous pouvons souhaiter de mieux, de plus beau à nos amis, je m’y associe ardemment : Longue vie à la Révolution Tunisienne !

Antonio Sanz

Plus d’info : lire l’article de l’écrivain et journaliste Taoufik Ben Brik : La révolution trahie.

UN CONTE DE NOËL : la fabuleuse histoire de Mansour, roi de l’arnaque

30 Nov

LE BILLET D’ANGELINA

Voici un joli conte de Noël, comme l’actu sait nous en concocter. Une histoire édifiante en forme de parabole, telle que se doit d’être un vrai conte de Noël. Vous connaissez Mansour ? Non, pas notre hélas fameux Mansour de la place de l’Horloge, mais bien ce mollah afghan, taliban pur jus et accessoirement second dans la hiérarchie Benladeniste de la nébuleuse terroriste, chargé entre autres du… financement de l’organisation. Figurez-vous qu’un zèbre anonyme -qui selon certains n’est qu’un petit épicier d’Islamabab, plus vraissemblablement un agent pakistanais du renseignement- n’a trouvé rien de mieux qu’usurper l’identité du terrible mollah pour arnaquer les services secrets de la planète entière ainsi que les très sérieux experts de l’Otan. Ce type « ordinaire » et débonnaire, aux faux airs de bon père de famille, a soutiré aux « spécialistes » beaucoup de pognon pendant de longs mois, au motif d’un hypothétique rapprochement avec l’organisation terroriste… Le tout avec la bénédiction du président afghan lui-même. Bref un énorme coup de bluff qui a permis à ce joyeux drille de se prévaloir d’une « autorité » incontestable pour accroître ses propres richesses. La suite, croustillante, est à lire dans l’article de RFI.

Voilà une histoire qui ne manque pas de sel. Certes le rapprochement entre cet expert du coup de bluff d’avec notre mollahson avignonnais n’est que pur jeu rhétorique et plaisir de circonstance. N’empêche : entre le pseudo-épicier pakistanais et notre « brasseur » avignonnais, n’existe t-il vraiment qu’une homonymie de circonstance ? Les dupes, eux, sont toujours pareils : ceux-là mêmes qui se pensent en toutes circonstances à l’abri de telles indélicatesses, et qui plebiscitent sans sourciller le premier venu qui les fera rêver.

Angelina Vivaldi

MARIE-JOSE ROIG, la madone des tramways

26 Nov

250 millions d’euros. Voici, chers Avignonnais, ce que va vous (nous) coûter le dernier jouet de notre Marie-Jo. Soit un déficit annoncé pour de nombreuses années et un foutoir garanti devant lequel celui -actuel encore hélas- des Halles n’est rien ou presque.

Un tramway, donc, mais pour quoi faire ? Au-delà du gadget écolo-compatible qu’il représente, cette ubuesque dernière fixette de notre élue est une véritable bombe économique à retardement. Comme nous le relevions dans un précédent papier (un tramway nommé désastre), ce calamiteux et fort dispendieux jouet va ruiner les finances municipales : une ville de 87 000 habitants ne peut pas supporter un tel investissement qui, de surcroît, comme le soulignait fort justement le sénateur Dufaut, ne servira qu’à une poignée d’étudiants et autres retraitées avec chien dont, franchement, les Avignonnais n’ont pas à supporter le coût des déplacements.

Si encore le tracé du futur tram prévoyait l’éradication définitive de la circulation automobile en centre-ville ? Ce n’est certainement pas le cas, puisque techniquement impossible et irréaliste. Alors, ce tram, pour quel usage exactement ? Ou plutôt, posons la question autrement, à quelles fins politiques et médiatiques ?

Certes, un tramway est efficace dans certains cas. De grandes agglomérations, comme Montpellier ou Grenoble -pionnière en la matière- y ont trouvé leur compte. Mais soyons sérieux : comment comparer la capitale de LR ou celle de l’Isère avec ce village enflé qu’est Avignon. D’autant que les recettes municipales, tout le monde le sait, ne seront jamais à la hauteur d’un tel « investissement ».

Rappelons qu’à Marseille (900 000 habitants, et à la surface 3 fois plus étendue que Paris), et pour deux malheureuses lignes (qui doublent celles déjà existantes du métro), le tramway gaudinesque a coûté 750 millions d’euros auxquels il a fallu en rajouter 250 pour dédommager les commerçants ayant mis la clef sous la porte durant les travaux (plus de 4 ans) et « revitaliser » les artères traversées par ce serpent de ferraille disgracieux et inefficace.

Pour contrer cette nouvelle absurdité mégalomaniaque de notre madone des tramways, L’ESPRIT lance dès aujourd’hui une pétition sur laquelle nous vous espérons nombreux et déterminés à y affirmer votre désaccord.

MISE A JOUR DU 9/02/11 : Aujourd’hui, on apprend que l’Etat serait prêt à abonder ce projet pharaonique de… 30 millions d’euros. Restent 220 à notre charge, au bas mot !

MISE A JOUR du 17/01/11 : Nous savons désormais que notre cher député et ministre des transports Mariani (qui s’illustre régulièrement par ses propositions de lois liberticides et extrêmement proches des thèses du FN) est un soutien actif (a t-il déclaré dans La Provence) du projet Tramway de Marie-Jo : raison de plus pour combattre ce calamiteux projet, ruineux et déplacé.

Rejoignez-nous dès maintenant : Pétition Contre un Tramway Avignonnais
Taëb El Baradeï

(photo DR : dans l’electrico de Lisbonne)

CUISINE MUNICIPALE : Christian Etienne, les doigts dans la marmite

26 Nov

Vous avez dit conflit d’intérêt ?

La république des copains, toujours et encore : A Avignon, sous la mandature Roig, les exemples de mélange des genres en matière d’intérêt général et d’intérêt personnel ne manquent malheureusement pas. Il fut un temps où l’adjoint aux finances de la ville ne se gênait guère pour satisfaire un appétit illimité pour la brasserie, accumulant les achats de commerces bien situés, en particulier ceux placés juste sous les fenêtres de l’hôtel de ville. Plus pratique et confortable. Surtout lorsque ledit adjoint, chargé des affaires municipales et à ce titre censé être sourcilleux quant aux règles régissant la comptabilité publique, ne se privait guère pour assouplir à son profit celles concernant la gestion commerciale : achat de fonds avec dessous-de-tables, oublis de déclaration de ses employés à l’Urssaf, absence de contrats de travail etc. etc.

Actuellement, ce brillant élément de la mandature Roig s’est retiré discrètement des affaires publiques, préférant sans doute à son bureau de l’hôtel de ville, la tranquillité d’un établissement bien à lui comme le Forum, où, attablé avec un bon petit noir et quelques croissants il peut suivre ses investissements boursiers en toute quiétude, bien loin de l’agitation municipale.

En revanche, nous en connaissons d’autres que l’hyperactivité et le mélange des genres ne gênent guère. Ainsi de cet adjoint au tourisme et au développement, par ailleurs vice-président de RMG et chef heureux d’un restaurant bien connu, dont le chiffre d’affaire et les multiples activités connexes connaissent en effet un développement sans faille. Le « roi de la truffe » et des menus « autour de la tomate » qui fleurent bon la Provence et appâtent le touriste des pays froids, mène un train d’enfer. Un hyperactif tour à tour grand maître de cérémonie du « forum d’Avignon », DRH occasionnel pour RMG, professeur de cuisine, auteur d’incomparables opuscules culinaires à l’accent régional -qu’il tente d’ailleurs de fourguer lors de ses cours « prestigieux » à chacun de ses élèves- et tant d’autres activités personnelles qui contribuent si bien à sa « renommée », que l’on se demande d’ailleurs s’il ne prépare pas tout simplement et pour son propre compte la succession de son amie Marie-Jo…

Mais foin de la tambouille électorale, même si notre gâte-sauce a l’habitude des brigades à ses ordres et possède l’art consommé de la retape gastronomique. Quelles que soient ses ambitions, d’ores et déjà notre marmiton étoilé peut se targuer d’être incontournable, veillant depuis son poste municipal au bon développement du rayonnement touristique avignonnais, particulièrement lorsque celui-ci touche à sa « spécialité », sa propre « marque » et ses activités afférentes. Un conflit d’intérêt manifeste qui ne semble gêner personne, encore moins la première magistrate et ses amis affairistes de l’UMP.

Il est vrai qu’en cette république des amis, d’autres plus haut-placés ont ouvert brillamment les pistes, défrichant sans vergogne les territoires les plus lucratifs de la république au bénéfice d’un cercle restreint d’amis ou du réseau « familial ». Une conception toute particulière du partage des pouvoirs et de la démocratie participative. Notre MC Christian Etienne aurait alors bien tort de se priver d’une telle abondance de bienfaits, offerte sur un plateau par un clan municipal pour lequel rien n’est jamais trop beau quand il s’agit d’honorer dignement ses soutiens.

Antonio Sanz

Art contemporain: l’Italie de Berlusconi en pleine forme

22 Nov

Malgré le marasme berlusconien, la jeune scène artistique affiche une vitalité étonnante. Chronique d’un paradoxe.

« Tous les matins, quand j’écoute les informations ou quand je lis les journaux, ça ressemble à un mauvais rêve. A Milan où je vis, il y a tous les soirs, à partir de 23h30, un couvre-feu militaire, soi-disant à cause de l’immigration. Tout va mal en Italie. Mon seul espoir, c’est d’avoir le moyen de repartir à l’étranger. »

Rencontré sur la foire d’art de Turin Artissima, où il a été invité à concevoir une exposition sur la littérature, Vincenzo Latronico, écrivain de 26 ans, se montre à la fois brillant, bouillonnant d’idées et très désenchanté. Son premier roman, écrit à 24 ans, Ginnastica e rivoluzione, dressait le portrait de sa génération, à la fois dégoûtée du berlusconisme et sans plus aucune illusion politique : « La scène se passe en 2001, un peu avant le G8 de Gênes. Un petit groupe d’étudiants italiens politisés s’est échappé à Paris, la ville de Mai 68, pour préparer la manifestation anti-G8. Mais enlisé dans leurs déboires amoureux, dans leurs discussions interminables, leur motivation s’effrite et le roman se termine sans qu’on sache s’ils iront ou non manifester à Gênes. » Cet état d’esprit est commun à de nombreux jeunes artistes que l’on classe parfois dans la « non-scène » italienne. Souvent dispersés à travers le monde, installés à Berlin, New York, Paris ou Amsterdam, obligés de quitter un pays dont la culture manque de structures, de moyens, de musées et d’aides à la création contemporaine, refoulés par une université fermée et élitiste, enfin, minés par la politique droitière du gouvernement.

« La droite populiste mène une campagne très dure contre les droits civiques, contre les revendications féministes, contre l’immigration, souligne Alessandro Rabottini, jeune curateur du centre d’art de Bergame. Elle s’en prend aussi à l’art contemporain qu’elle accuse d’être incompréhensible et déconnecté des « vrais » besoins des gens. La nomination de quelqu’un comme Vittorio Sgarbi (critique d’art mais surtout homme politique proche de Berlusconi et membre un temps de Forza Italia – ndlr) au poste de curateur du pavillon italien à la prochaine biennale de Venise relève de cette logique. C’est une honte pour l’Italie. »

Paradoxe à l’italienne : en plein marasme, cette diaspora se retrouve aujourd’hui au coeur du nouveau paysage international de l’art contemporain. A l’image de la revue Kaleidoscope, gratuite et indépendante, italienne mais intégralement publiée en anglais, diffusée dans tout le monde de l’art, et qui s’est imposée en deux années à peine comme une plate-forme de la jeune scène internationale.

Une nouvelle génération arrive

Maisons d’édition, galeries, critiques d’art et une flopée de commissaires d’exposition : à tous les étages, une nouvelle génération, faite de connexions internationales, de stratégies individuelles mais aussi de solidarité effective, émerge et semble avancer tout ensemble. « La force de cette génération, c’est qu’elle n’est pas seulement italienne », commente le curateur Francesco Manacorda, installé à Londres depuis 2001 et devenu depuis cette année le jeune directeur de la foire d’art de Turin, Artissima. Jeune, pointue, prospective, sérieuse comme toute cette scène artistique aujourd’hui, la foire s’avère plus poussive cette année du côté des affaires : « La crise économique a débarqué un peu plus tard en Italie, commente Manacorda, mais elle est lente et profonde. »

.Malgré le marasme berlusconien, la jeune scène artistique affiche une vitalité étonnante. Chronique d’un paradoxe.
A côté des stands des galeries, et donc hors-commerce, le directeur d’Artissima a fait installer une immense architecture tout en matériaux recyclés pour accueillir des expositions sur la danse, le cinéma ou la littérature : « C’est un musée éphémère et un peu rêvé, ouvert à toutes les disciplines et à leur mélange comme il n’en existe pas en Italie. » De quoi donner l’exemple.

« En vérité, la situation a contraint les artistes italiens à adopter la stratégie du « Do it yourself », commente Andrea Villani, le récent directeur de la Galleria Civica di Trento, l’une des rares institutions à parier sur l’art contemporain. Mais déjà dans les années 1980-1990, on a vu se développer des modèles d’autogestion alternatifs pour compenser le manque de structures. »Alessandro Rabottini souligne que « l’initiative de la plupart des projets ambitieux et défricheurs vient de professionnels un peu singuliers mais jamais de l’Etat. Cette créativité individuelle représente d’ailleurs notre meilleur et pire avantage ».

Comme plus personne n’attend rien de l’Etat, la cartographie des lieux d’art s’est décentrée et clairsemée : à Milan, les galeries privées les plus intéressantes ; à Turin, les institutions publiques ; à Rome, les fondations privées les plus fringantes (la Fondazione Giuliani et la Nomas Foundation) ; à de petites villes comme Bergame, Trente ou Modène, les espaces dédiés à des expos plus expérimentales et plus sophistiquées.

Un refus de la fête et du spectaculaire

Reste une autre particularité de la jeune scène artistique à laquelle le Magasin, à Grenoble, offre une pleine exposition : son goût marqué pour un art qui refuse résolument la fête et le spectaculaire. Tout cela a émergé avec la crise économique de 2008. Il faut dire qu’après vingt ans de téléthéo-gérontocratie berlusconienne et d’échecs politiques de la gauche, ces artistes semblent avoir pris le large, dans leurs vies comme dans leurs oeuvres. S’il faut chercher une dimension politique à leurs travaux, forts d’un repli sur soi et d’un réel intellectualisme, profondément influencés par le cinéma et l’esprit de Pasolini, c’est de manière éloignée, indirecte, à travers des attitudes et des formes plus subtiles que littérales. Comme ce bloc de confettis blancs posé à même le sol du Magasin par l’excellente Lara Favaretto : bloc dur et compact mais qui s’effrite avec le temps. Pas de miracle à l’italienne, pas de carnaval de Venise à attendre d’une pièce résolument froide.

Pendant ce temps, un artiste plane au-dessus de l’Italie de tout son génie indécent : Maurizio Cattelan. En partant à New York très tôt, en jouant avec le marché de l’art de manière effrontée et quasi cynique, le plus intrépide des artistes italiens a donné l’exemple aux jeunes générations : fini le temps des groupes, place aux stratégies individuelles.

Un salut romain… auquel il ne reste plus qu’un doigt

Mais il est bien difficile de se placer sous sa tutelle, et l’on comprend que derrière lui les artistes explorent d’autres voies qu’un art aussi provocant et spectaculaire. Sa dernière frasque, énorme, a encore fourni l’occasion d’un intense débat public. Cattelan a placé devant la Bourse de Milan la sculpture d’une immense main qui fait le salut romain. Mais les doigts sont coupés : il ne reste plus que le majeur au milieu de la main, tel un énorme  » fuck » adressé aux traders milanais. A moins que l’oeuvre ne dise au contraire à quel point la Bourse nous la met tous bien profond.

Scandalisé, le directeur de la Bourse de Milan a demandé au maire le retrait de cette sculpture éphémère. Cattelan a proposé de l’offrir à la ville si la statue restait en place. Un cadeau empoisonné d’un million d’euros mais qui ne se refuse pas. Cattelan use de son pouvoir d’artiste et de sa valeur marchande pour imposer durablement sa sculpture prodigieusement infamante et critique dans l’espace public. Bravissimo

Exposition Sindrome italiana jusqu’au 2 janvier 2011, au Magasin de Grenoble.

Jean-Max Colard et Judicaël Lavrador – LES INROCKS.COM 22/11/2010 | Crédits photo: « Crippled hand », de Maurizio Cattelan, devant la Bourse de Milan. (Reuters/Stefano Rellandini)

A DECOUVRIR : LE BEST OF de l’Esprit d’Avignon !

12 Nov

Une nouvelle rubrique, à piocher dans l’onglet « catégories » de votre blog. Soit le meilleur des articles publiés par l’ESPRIT D’AVIGNON, ceux que vous avez plébiscités, les plus lus ou commentés, bref un aperçu de tout ce que vous aimez de ce blog. Rangés dans cette rubrique, facilement accessibles par mots-clefs, ce sont les papiers les plus fréquentés, les mieux « notés », ceux que vous sollicitez et qui vous ont émus, interrogés, ou simplement intrigués. Pour y accéder, il vous suffit donc de cliquer dans cette nouvelle catégorie ou encore dans le mot-clef éponyme. Bon voyage !

%d blogueurs aiment cette page :