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A VIF : Philippe Caubère : « Les anti-corridas sont des obscurantistes »

15 Mai


« Moi, j’ai eu une jeunesse militante dans l’extrême gauche et on m’a appris qu’on ne répondait pas aux fascistes, donc je ne parle pas avec les fascistes »

Le comédien Philippe Caubère participe au tout premier festival charentais dédié aux arts de la tauromachie, qui se tient ce week-end à La Rochefoucauld. Il se confie pour Atlantico, sur sa passion pour cet art populaire inscrit depuis peu au patrimoine culturel immatériel français.

Atlantico : Avez-vous toujours été amateur de corrida ?

Philippe Caubère :Non, je suis devenu un amateur lorsque j’ai découvert Christian Montcouquiol, alias Nimeno II, le jeune frère d’Alain Montcouquiol qui lui a consacré plusieurs livres : ce torero a connu une fin tragique, paralysé lors d’un combat, il n’a pas pu retoréer puis a fini par se suicider.

Jeune, j’étais comme tout le monde, je trouvais la corrida barbare et dégueulasse puis j’ai découvert plus tard l’aspect théâtral et artistique auquel je n’avais pas pensé au tout premier abord, quelque chose de plus profond et de beaucoup plus intéressant.

Considérez-vous la tauromachie comme un art populaire ?
Cela dépend où. C’est un art populaire dans le sud mais pas tellement dans le nord. Mais il est certain que la tauromachie fait partie de la culture méditerranéenne. Elle très profondément enracinée, et remonte même à l’antiquité.

Depuis le 22 avril, la tauromachie est inscrite au patrimoine culturel immatériel de la France. C’est une bonne nouvelle ?
Oui. C’est une très bonne nouvelle pour tous les gens qui aiment la corrida mais j’espère que le gouvernement ne va pas revenir dessus parce que les pressions des anti-corridas sont énormes. La corrida suscite des débats qui sont totalement à côté de la plaque, fondés sur l’obscurantisme et l’ignorance. Si les anti-corrida étaient dignes de ce nom : ils écouteraient et entendraient mais il n’écoutent pas et n’entendent pas. Ils me font penser à ces gens qui font des prières devant la dernière tentation du Christ. Des obscurantistes à l’esprit sectaire et fasciste.

S’ils écoutaient, ils verraient que le problème est bien plus compliqué que ce qu’ils veulent bien en dire. Les amateurs de corrida sont tout sauf des gens violents, ce sont des gens calmes que l’on culpabilise parce qu’ils finissent comme toujours par se demander si les autres n’ont pas raison. Il n’y a pas de débat mais uniquement des invectives qui ne viennent que d’un seul côté. Les anti-corridas refusent le débat, leurs arguments sont des anathèmes et des injures.

Que répondez-vous aux anti-corridas qui pointent du doigt la cruauté et les violences infligées aux animaux ?
Je vais vous dire une chose : je ne leur réponds rien du tout. On les entend tellement crier sur tous les toits des choses banales, que je ne leur réponds rien. Moi, j’ai eu une jeunesse militante dans l’extrême gauche et on m’a appris qu’on ne répondait pas aux fascistes, donc je ne parle pas avec les fascistes. Je ne répond pas à ces questions-là parce qu’elles sont trop bêtes. La mise à mort est au centre de la corrida, c’est le sens même de la corrida. Il y a depuis quelques années, un goût certain, une sorte d’attirance et de passion du peuple pour l’interdiction, qui est très inquiétante et qui monte.

Publié par Atlantico.fr

Ier MAI : Vous avez dit « fête » du travail ?

1 Mai


Tordre le cou à un mythe : la « fête » du travail, un billet du Yeti.

1er mai : fête du travail. Justement, je me préparais à la lui faire, sa « fête », à celui-là ! Et à ce plein-emploi, notion surannée, sur lequel repose notre système, mais qui nous pourrit la vie depuis presque quarante ans qu’il n’existe plus.

Travailler (du latin « tripaliare », torturer) n’est pas, n’a jamais été une valeur en soi. Le travail est une contrainte que l’on se doit de partager pour produire les biens et services nécessaires à la survie et au confort du groupe. Pas de pain sans boulanger, de bus sans conducteurs, de médecine sans médecins…

Le poids des vieux schémas socio-culturels
Mais aujourd’hui, progrès techniques et gains de productivité permettent de produire bien plus que ce dont nous avons besoin avec un volume de travail bien moindre.

On pourrait s’en réjouir, mais comme pour l’argent, les schémas mentaux socio-culturels nous empêchent de concevoir un monde où la raréfaction du travail serait une avancée appréciable plutôt qu’un handicap condamnable.

Pire, en toute absurdité, nous avons fini par inverser la logique des choses. De simple moyen de production, le travail serait devenu la finalité de l’activité économique. On ne travaille plus pour produire, on doit produire (même n’importe quoi) pour travailler.

Trois arguments répandus à l’envi par les « prisonniers du boulot » :
•le travail est le passage obligé pour « gagner sa vie » ;
•le travail émancipe et épanouit l’individu au sein de la collectivité ;
•le travail confère une valeur sociale à celui qui l’exerce.

Ne plus confondre travail et fonction sociale
On objectera que le travail, lié à l’octroi d’argent, est surtout un autre moyen pour les oligarchies en place de tenir leurs ouailles sous tutelle. Et on enfoncera le clou en notant que les plus émancipés financièrement (les rentiers, les héritiers) se passent parfaitement de fonction productrice.

On peut comprendre le rôle émancipateur et épanouissant du travail pour le journaliste, le médecin ou l’avocat. Mais il est douteux que le ramasseur de poubelles, la caissière de supermarché ou le manutentionnaire en intérim chronique s’émancipent et s’épanouissent véritablement dans leurs métiers.

Quant à la valeur-travail, on confond allègrement le travail (rémunéré) et la fonction sociale (du latin « functio », rôle, utilité d’un élément dans un ensemble, qui ne l’est pas forcément, rémunérée). Dira-t-on que la mère au foyer, les bénévoles d’associations ou les créateurs de logiciels libres n’ont aucune valeur sociale parce qu’ils ne touchent aucune rétribution pour leurs tâches ?

Le plein-emploi, une notion obsolète
La notion de plein-emploi est désormais obsolète (sauf peut-être, perspective guère euphorisante, après une nouvelle période de désolation guerrière).

Combler les manques dans certains secteurs (santé, éducation, culture) ne suffira pas à effacer le taux de chômage actuel, ni à compenser cette foison d’emplois inutiles, voire nocifs, qu’il conviendrait d’éradiquer. Interdisez la plaie des paris spéculatifs sur les variations de prix, et c’est plus de la moitié des emplois bancaires qui seront (utilement) rayés des listes.

Enfin, le principe d’une meilleure répartition du travail, prôné par certains, n’est guère réaliste compte tenu du volume de plus en plus faible de tâches à partager et de la spécialisation accrue de beaucoup de métiers.

Une évolution inéluctable vers une société de loisir
La vérité est que nous évoluons vers une société de « loisir », c’est-à-dire avec travail raréfié. Laquelle est d’ailleurs largement entrée dans les faits. On pallie désormais l’absence de revenus d’un travail par la multiplication des minimas sociaux : revenu de solidarité active (RSA), Restos du cœur, tickets d’alimentation (« food stamps ») aux Etats-Unis…

Mais ces mesures continuent d’être entourées d’une aura si culpabilisatrice et maintiennent leurs « bénéficiaires » dans un tel état de précarité, qu’on ne peut s’empêcher de penser aux vieilles foudres divines stigmatisant un quelconque péché originel.

Heureusement, la notion d’un revenu minimum vital décent pour tout citoyen, travailleur ou non, commence à germer dans les esprits, y compris les plus inattendus. Les réactions hostiles qu’elle provoque (« quoi, comment, payer des gens à rien foutre, encourager l’oisiveté ? ») montrent que les carcans mentaux gardent encore leur pouvoir de nuisance. Mais pour combien de temps ?

N’en déplaise à nos moralistes hors d’âge, cette révolution-là des esprits, nous allons aussi devoir la mener…. ou la subir.

Le Yéti | yetiblog.org | 01/05/2011 | 10H24

TONY GATLIF : à propos de « Liberté »

27 Avr

QU’ILS NOUS LÂCHENT ! Ultras-cathos, islamistes, colons juifs, partout des fouteurs de guerre

21 Avr

Les religieux sont définitivement des semeurs de guerre. Non contents de nous pourrir la vie au quotidien depuis 2000 ans, ces arriérés obscurantistes incultes et irrationnels allument les haines entre -et souvent même parmi- les peuples. Jusqu’à quand devrons-nous, citoyens éduqués, civilisés, en un seul mot humains, supporter leur fanatisme liberticide, meurtrier, souvent génocidaire ? Armons-nous de ce qui nous reste de pensée rationnelle, de civilisation, pour nous opposer à ces fascistes démagogues qui entendent régir notre liberté de conscience et d’action.

Avignon : les nazillons de l’Agrif et de Civitas, relayés par l’archevêque intégriste, proche de l’extrême-droite, et, soyons clair, anti-sémite et islamophobe Cattenoz, viennent de perdre leur procès intenté au Piss-Christ de Serrano et à la Collection Lambert qui l’expose. Non sans avoir au préalable vandalisé l’oeuvre, au mépris total de l’art et de la liberté d’expression, un crime qui ne doit pas rester impuni, comme le soulignait Antonio sur ce blog. Résultat : déboutés hier de leur action en justice, ces illuminés ont été condamnés à 5000 euros d’amende pour procédure intempestive, infligée par la justice laïque de notre pays à ces barbares dont rien ne peut justifier les actes terroristes. Une condamnation qui fera désormais jurisprudence. Jusqu’où devons-nous tolérer les agissements de ces ultra-« chrétiens » que tout éloigne de la « pensée » de Jésus et des évangélistes dont ils se réclament ? Face à ces animaux-là, la tolérance ne saurait être de mise.

Nigeria : Le Nord musulman et le Sud chrétien s’opposent sur l’élection du nouveau président de la république, un Chrétien du Sud élu démocratiquement ou à peu près par le peuple nigerian. Résultat : les intégristes musulmans s’enflamment, et commettent de véritables pogroms de chrétiens : viols, assassinats, incendies de villages, pillages… etc. jusqu’aux pneus enflammés que l’on passe au cou des chrétiennes en pleine nuit…

Tunisie : La soi-disant « révolution » démocratique conduit à la résurgence des pires islamistes qui, non contents de parasiter la télévision et généralement toutes les tribunes d’expression de la toute jeune « démocratie », désormais ouverte à leur prosélytisme, descendent dans la rue et intiment aux femmes l’injonction de revêtir le voile et surtout… de se taire. A ce sujet, lire l’excellent papier paru dans la Marseillaise de ce mercredi 20 avril…

Israël : Le conflit soi-disant territorial entre Palestiniens et Israéliens est bien une guerre de religion : les fanatiques juifs de Jérusalem, par exemple, ou les colons extrémistes de Cisjordanie, appuyés par le gouvernement d’extrême-droite d’Israël, continuent de massacrer, emprisonner, spolier les populations palestiniennes depuis plus de soixante ans, sans respecter aucune des résolutions internationales, ni les frontières de l’Etat israélien pourtant approuvées unanimement par la communauté internationale en 1948. Massacres, exactions, expropriations… Au nom de « dieu ».

Bref. La liste serait trop longue de ces combats d’arrière-garde menés par ces nouveaux croisés, qui nous dressent les uns contre les autres, nous déciment et nous génocident, après avoir essayé sans succès depuis deux millénaires de nous rallier à leurs obscurantismes. Pas un morceau de la planète qui n’échappe aux guerres de religions, entretenues par calcul par les pires des dictateurs. Des confins du Tibet (dont on oublie trop souvent le caractère féodal des théocrates qui régissaient l’ancien Tibet) et de l’Inde, jusqu’aux tréfonds de notre vieille Europe, ce ne sont que meurtres, viols, exactions en tout genre menées au nom de dieu. Un état de guerre permanent, que rien ne saurait justifier.

Face à ces idéologies d’un autre temps, ces croyances débiles et leurs fanatisés, une seule solution : l’intolérance. Repoussons-les où qu’ils soient, où qu’ils se terrent. Pas de quartier pour les ennemis de la pensée et de la liberté. Pas de pitié pour les ennemis de l’humanité.


Angelina Vivaldi

Photo : Andres Serrano

OLIVIER PY : La chute augurée d’un festival

15 Avr

La nouvelle est arrivée jeudi 14 avril : le ministre Mitterrand aurait proposé, conjointement avec la maire d’Avignon, la nomination d’Olivier Py à la direction du Festival d’Avignon dès 2013. Une très mauvaise nouvelle pour cette manifestation d’excellence, à la réputation internationale retrouvée grâce au duo dirigeant actuel, Vincent Baudriller et Hortense Archambault.

Car Olivier Py, s’il est un metteur en scène « people », est loin de convenir à la fonction que le ministre de la culture entend lui confier. Exécrable dans ses choix rétrogades de mise en scène, il est de surcroît le représentant d’une « école » conformiste et conservatrice à la Française, que l’on croyait pourtant remisée aux oubliettes de l’histoire. Confier à ce diacre de la convenance le pilotage d’une institution qui a accueilli toute l’excellence du théâtre européen ces dix dernières années, des Jan Fabre, Castellucci, Guy Cassiers et autres Angelica Liddell est une faute politique. Qui se double d’une faute esthétique et intellectuelle, le Festival devant rester ce laboratoire bouillonnant, créatif et très peu consensuel qu’il avait su devenir grâce au courage des programmateurs de l’actuelle direction.

Une catastrophe annoncée, qui, je l’espère, n’adviendra pas, l’actuel ministre étant, comme chacun le sait en sursis jusqu’au printemps 2012. Pour autant, ne baissons pas les bras. Frédéric Mitterrand et madame Roig doivent revenir sur ce choix inapproprié, et le plus vite possible. Avant que la fronde n’enfle et ne condamne ce détestable Py à trouver refuge en des contrées plus hospitalières pour son théâtre d’arrière-garde. En Libye, pourquoi pas ?

Antonio Sanz

REACTUALISATION du 30 avril 2011 : Selon nos infos, le CA du Festival d’Avignon pour entériner la proposition du ministre de nommer Py à la tête du festival, ne se tiendra pas avant fin 2012. Dont acte. Nous avons donc largement le temps de nous mobiliser !

UNE PETITION vient d’ouvrir sur Facebook : Si, comme nous, vous ne voulez surtout pas d’Olivier Py à la tête du festival d’Avignon, signez nombreux en cliquant « j’aime » sur PAS DE PY POUR AVIGNON

CIVILISATION : Du droit à l’athéisme

11 Fév

Croix, kippas*, burkas et autres signes extérieurs de bigoterie, dégagez !

A l’heure où l’obscurantisme religieux reprend du poil de la Bête, revendiquons haut et fort notre athéisme comme premier rempart devant les atteintes réitérées aux droits de l’homme et à la démocratie. Oui, les religions sont des poisons. Oui, les religions sont liberticides et délétères. Oui, les religions sèment la terreur et la haine, partout où les démocraties défaillantes les laissent croître comme la mauvaise herbe et dévaster les esprits. Partout, de l’Inde au Pakistan, d’Israël à l’Iran, de l’Amérique de Bush à la Pologne catho et antisémite, les religions étouffent les peuples, violentent les femmes, bafouent notre liberté et notre dignité. Continuons d’affirmer ce droit fondamental à ne pas croire pour lequel nos ancêtres se sont battus, et qui fait la modernité des sociétés avancées et des peuples libres. Athées, oui, et fiers de l’être, telle est notre conception de la véritable liberté de conscience… Voici en guise de vitamine ce petit texte de Michel Onfray, publié récemment par Le Monde :

L’athéisme est une idée neuve en Europe, tellement neuve qu’elle semble encore à naître… A travers les siècles, les tenants du pouvoir clérical ont traité d’athées un agnostique comme Protagoras, un polythéiste comme Epicure, un fidéiste comme Montaigne, un panthéiste comme Spinoza, ou un déiste comme Rousseau parce qu’ils ne croyaient pas bien dans le bon dieu, autrement dit : dans le dieu qui fait la loi du lieu et du moment. L’épithète fut longtemps une insulte, avant disparition de l’effet injurieux dans la seconde moitié du XXe siècle, puis, récemment, retour à l’offense qu’elle fut pendant des siècles.

Il fallut, au XVIIe siècle, les travaux d’un Pierre Bayle pour qu’on envisage enfin l’hypothèse d’un athée vertueux, tant le sans-Dieu passait naturellement pour un homme sans loi, puisque sans foi. Or on sait depuis que la foi n’interdit pas d’être aussi sans loi car, Simon de Montfort en témoigne : la croyance en Dieu est dialectiquement l’occasion de meurtres en son nom. Nombre de croyants postmodernes sacrifient en effet au cri de guerre du massacreur de cathares, qui affirmait : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » ! (En fait Arnaud Amaury, légat du pape, je suis au courant, pas besoin d’assaillir le courrier des lecteurs…)

Qu’on le veuille ou non, la France est bien « la fille aînée de l’Eglise » car, au sens éthologique, l’imprégnation judéo-chrétienne de notre civilisation pendant plus d’un millénaire n’est plus à démontrer. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, relisons le prologue, s’effectue « en présence et sous les auspices de l’Etre Suprême », et non selon les principes mécréants d’un Jean Meslier, pour nommer le premier athée français – un prêtre, soit dit en passant, dont il faut lire de toute urgence le Testament, découvert à sa mort, en 1729, la Bible des athées, si je puis me permettre…

La mode, ces temps-ci, est à la laïcité. Mais cette laïcité est bien souvent un fourre-tout qui permet aux judéo-chrétiens de conserver les nombreux acquis de l’ancienne religion longtemps dominante, et aux musulmans de revendiquer une place dans le concert monothéiste pour défendre leur religion, le tout au détriment de l’athéisme.

Le service public, par exemple, diffuse la messe le dimanche matin, et France-Culture s’acquitte de cette tâche sans que personne ne juge bon, et c’est heureux, d’initier une pétition pour interdire l’antenne à cette liberté d’expression – pétition que la milice freudienne avait en son temps lancée contre moi au nom… « de la liberté d’expression » !

Bien qu’athée déclaré, il ne me viendrait pas à l’idée de demander un droit de réponse, enveloppé dans une pétition, pour interdire la retransmission d’un office dominical ! La laïcité d’une Marine Le Pen est hémiplégique : elle est combat contre les prétentions sociétales de l’islam, certes, mais au nom du christianisme. A la manière dont le foin des charrettes dans les westerns cache les carabines des insurgés, cette laïcité dissimule une arme de guerre contre ce que son père nommait jadis « l’immigration » et pour les valeurs chrétiennes, européennes, blanches, conservatrices et réactionnaires. Autrement dit, cette néolaïcité jure sur la Bible qu’il faut en finir avec le Coran. Or on peut ne vouloir ni l’un ni l’autre de ces livres dits sacrés et déplorer tout autant croisades et contre-croisades.

Contrairement à ce qui se dit beaucoup, bien qu’athée, je ne suis pas anticlérical. Par exemple, je trouve que les gesticulations de prétendus mécréants qui veulent absolument se faire débaptiser accréditent la thèse que cette banale cérémonie assimilable au thermalisme est plus que ça, donc qu’elle est bien ce que prétendent les prêtres, puisqu’il faudrait absolument effacer la trace de ce qu’ils considèrent comme une infamie. Etre ou ne pas être sur la liste des baptisés compte autant que figurer sur celle des titulaires d’une carte de fidélité dans un supermarché – la vraie vie athée est ailleurs… Pas plus je ne m’interdis de franchir le seuil d’une église pour le mariage d’un ami, le baptême de la progéniture de copains ou l’enterrement d’un proche, sous prétexte qu’entrer dans une église serait pactiser avec… le diable, qui n’existe pas plus que Dieu ! Mon père a été enterré il y a un an dans l’église de son village natal, qui est aussi le mien, et la cérémonie était concélébrée, à ma demande, par un ami dominicain de Bordeaux et un autre ami prêtre-ouvrier, parce que je savais que mon père n’envisageait pas de quitter ce monde sans une cérémonie dans le lieu où il avait vécu sa spiritualité dans la tradition de son pays – tel Montaigne, qui se disait catholique en France comme il aurait été protestant en Suisse ou musulman en Perse… Geste d’un fils athée pour son père fidéiste.

Michel Onfray, philosophe
LE MONDE | 05.02.11 |

En illustration : Goya, tribunal de l’Inquisition
*: kippa, de l’Hébreu « Chappe »…

REVOLUTION EGYPTIENNE : Les « Frères » en embuscade…

2 Fév

Cela ne vous a pas échappé : le monde arabe fait son Printemps. En tout cas s’y emploie t-il, la foi chevillée au corps. Justement, la foi, parlons-en : au Caire hier ou aujourd’hui, curieusement, nulle manifestation intempestive de cette foi pourtant habituellement omniprésente dans la rue cairote… Pour ceux qui connaissent cette mégalopole de 20 millions d’habitants -dont la plupart réside dans les périphéries bidonvillaires dignes de l’Inde de Calcutta- livrée à l’obscurantisme des imams et au prosélytisme incessant des affidés de la « Confrérie », jusqu’au sein de la mosquée Al-Azhar pourtant réputée modérée, il est plutôt étonnant, en effet, que nos chers « Frères » musulmans -la première Confrérie islamiste du monde arabe, née en 1928- se fassent aussi discrets. C’est que, fins politiques, nos amis propagandistes du modèle islamique « révolutionnaire » et de la Charia, font le dos rond, sachant pertinemment combien le monde « démocratique » les observe et les attend au tournant…

Forts de 30% d’intentions de vote, sûrs de leurs 5 millions de sympathisants dans le pays (pour un total de 82 millions d’habitants), les Frères Musulmans s’abritent derrière la rue en colère et la poussée démocratique pour y installer durablement leur implantation, attendant le moment propice pour rafler la mise. Pour l’instant, ils se contentent de quelques actions « humanitaires » au quotidien, un peu comme le fait le Hamas en Palestine occupée. Petit à petit, pernicieusement, le poison islamiste radical se distille de cette manière « candide », peu suspecte de hérisser le monde occidental : on soigne gratos les blessés de la rue cairote, on nourrit tout aussi « bénévolement » les insurgés, on visite les veuves de fraîche date avec quelques billets bien glissés, on organise les milices d’autodéfense dans les quartiers défavorisés, où l’illettrisme et la pauvreté extrême font le terreau fertile de la propagande des Frères et de leurs imams dévoués…

C’est que l’Egypte n’est pas la Tunisie : majoritairement inéduqués ou sous-éduqués, affamés, exploités (le revenu moyen d’un ménage est de 120 euros), livrés à une dictature en apparence « soft » mais qui muselle ses opposants et contrôle l’information, abandonnés aux superstitions archaïques et à l’obscurantisme religieux, les Egyptiens des classes pauvres ne sont guère armés culturellement, intellectuellement, économiquement même, pour affronter la démocratie. En tout cas telle qu’on la conçoit ici en Occident. Pain bénit pour ces « embusqués » de la Confrérie, dont on voit bien qu’ils se préparent au « Grand jour ». Leur ruse de s’allier à El Baradeï, un laïque occidentalisé, ne trompe personne. Leur obsession de liquider Moubarak vaut toutes les alliances contre-nature. Ce Moubarak qui les emprisonne et les fait plier depuis trente ans, interdisant leur parti, harcelant leurs représentants, ils le veulent mort. Et ce n’est pas notre « respectable » représentant en Europe des Frères, ce Tariq Ramadan belle gueule et discours mielleux, qui va nous rassurer quant à l’innocuité de l’idéologie et des visées politiques de la Confrérie…

Tariq Ramadan, petit fils du fondateur des Frères au Caire, « universitaire » aux titres discutés, dont le frère anime l’antenne (officieuse) de la Confrérie à Genève, est un grand propagandiste d’un « Islam modéré » (tu parles, comme si on pouvait être modéré en religion…). Beau gosse sachant causer, nimbé d’une aura « d’intellectuel » religieux ouvert et pragmatique, cela lui vaut d’être invité par tous les médias et dans toutes les conférences touchant de près ou de loin à l’Islam… Souvent présenté comme un progressiste, en réalité dangereux prosélyte de la « révolution » islamique, ce Tariq Ramadan, sous des dehors policés et « acceptables », distille la même haine des valeurs du monde occidental que ses cousins du Hamas ou du Hezbollah. Ce Tariq Ramadan-là (qui considère que le Hamas ne devrait pas être qualifié d’organisation terroriste par l’Union Européenne…) incarne bien finalement la doctrine de la vision islamiste « moderne ». Il travaille avec talent et un certain charisme à l’avancée des idées de la Confrérie, représentant l’avant-garde « intellectuelle » des Frères Musulmans en Europe, leur ouvrant ainsi tous les auditoires sous le couvert d’une apparence « sérieuse » et « autorisée ». Sa posture « d’universitaire » rassurant tout le monde, y compris jusque dans les rangs de l’intelligentsia de « gauche », alter-mondialiste et pro-palestinienne…

Les religions, quelles qu’elles soient, ont toujours écrasé les peuples. Elles en sont les geôliers et les bourreaux. D’ailleurs, Démocratie est antinomique à Religion : que peut peser la parole du peuple face à celle, irrévocable, de Dieu ? Il n’existe pas de démocratie religieuse. Un pays comme la Turquie, par exemple, soi-disant tenant d’un « Islam modéré », est-il vraiment une démocratie, c’est à dire un territoire où le peuple peut s’exprimer librement et choisir sa destinée ? Allez demander aux Kurdes ce qu’ils en pensent… Historiquement liberticides, arbitraires et belliqueuses, les nations gouvernées au nom de Dieu ont produit les plus grands désastres. De l’Espagne d’Isabelle la Catholique à Israël, les exemples sont éloquents. Pourquoi l’Islam « modéré » des Frères serait-il différent ?

Danger que ce serpent « fraternel » tapi dans l’ombre, qui attend son heure. Ce moment tant espéré, où, le peuple égyptien ayant fait le boulot, mis à bas la dictature Moubarak, les Frères pourront enfin ramasser leur mise. 30 ans qu’ils rêvent de cet instant… Alors, la révolution islamique égyptienne est-elle déjà en marche ? Espérons que non. Faisons confiance aux Egyptiens (et aux Américains !) pour que ce ne soit jamais le cas.

Antonio Sanz

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