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BONNE IDEE 2011 : Mettre les banques sous tutelle…

25 Jan

SUSAN GEORGE, DRAGON D’ATTAC

« Il faut mettre les banques sous tutelle » : L’altermondialiste prône la défense de l’héritage des Lumières et une prise de pouvoir de l’Etat sur le système financier et bancaire. Les Sages révoltés de notre République, ce sont ces voix qui nous réveillent parce qu’elles mêlent l’eau et le feu, l’expérience et la passion. Parmi eux Stéphane Hessel, 93 ans, Albert Jacquard, 85 ans, ou Edgar Morin, 89 ans. Mais aussi Susan George, 75 ans :

Présidente d’honneur d’Attac, auteure de nombreux livres, la Franco-Américaine se bat depuis des années pour un monde moins injuste vis-à-vis du Sud et contre le système économique néolibéral. Nous l’avons rencontrée chez elle, vendredi, à l’heure du thé. La conversation a justement commencé sur le succès du petit opuscule d’Hessel, « Indignez-vous ! », un homme qu’elle décrit comme « impeccable du point de vue moral, qui pratique ce qu’il prêche ». Entretien.

Rue89 : Appeler à l’indignation, un terme qui se place sur le terrain moral, est-ce la meilleure approche pour changer les choses ? N’est-il pas plus efficace de dire « raisonnez ! » ou « révoltez-vous ! » ?

Susan George : Hessel est sur le registre des valeurs, pas sur celui de l’analyse des dossiers économiques ou géopolitiques. Il appelle à l’indignation comme prélude à l’action. Il dit : rejoignez quelque chose. Et il s’adresse particulièrement aux jeunes. Fort de son passé, c’est vrai, il ne veut pas se résigner.

Moi, ce que je sens très fort, c’est l’attaque contre les Lumières. Et ça me désole : à la fois sur le plan philosophique et sur le plan de l’action, je trouve que c’est une très grande conquête de l’humanité.
Le libéralisme politique – tel qu’il était entendu au XVIIIe siècle, ce mouvement européen qui commence avec Locke et qui continue avec les encyclopédistes français – est à la base de la constitution américaine, il est à la base des libertés – politiques, religieuses, de la presse, de l’opinion…

Des gens sont morts pour cela, et la démocratie vient de cette époque-là. Eh bien, j’ai l’impression que ces Lumières font aujourd’hui l’objet d’une très grande attaque idéologique.
J’essaye de me placer dans cette tradition-là, qui vaut la peine d’être défendue.

Les jeunes générations se résignent-elles davantage face à cette attaque ?

L’Europe est un peu K.-O. Tout cela est allé très très vite. En 2009, quand j’étais à Londres pour le contre-G20, il y avait une réaction. On était 35 000 à Hyde Park. Les médias, le lendemain, étaient avec nous ; même Gordon Brown, alors premier ministre britannique, s’empressait de dire qu’il était de notre côté. Le monde était alors à un cheveu de la catastrophe.

Le G20 a parlé des paradis fiscaux, de l’emprise des marchés financiers, de l’emploi, de l’environnement, etc. Et puis une fois que les banques ont été sauvées, tout cela a complètement disparu. Le G20 et le G8 bricolent des solutions pour sauver les banques une deuxième fois. Et puis rien.

Pourquoi cette résignation ? Les gens pensent peut-être que leurs dirigeants sont en train de sauver la Grèce ou l’Espagne. C’est complètement faux, ils sont en train de sauver les banques qui ont acheté de la dette grecque ou de la dette espagnole… Il ne s’agit pas de faire quoi que ce soit pour les peuples.

Non seulement on sauve les banques une seconde fois, mais qui le fait ? Ce sont les peuples, par l’amputation de leur retraite, la baisse de leur salaire, la mise à pied de fonctionnaires. Pourquoi les gens aujourd’hui n’arrivent-ils pas à se regrouper ? En France, on est focalisés sur les élections de 2012, qui sont vraiment secondaires.

La crise qu’on vient de vivre n’a-t-elle pas débloqué quelque chose, dans la réflexion sur l’économie ?

Les gens ont vu que cela ne marchait pas, que le néolibéralisme ne fonctionnait pas. Mais ils continuent comme si cela fonctionnait… La mayonnaise de la contestation ne prend pas.

Il faudrait que les gens fassent des alliances, comme nous essayons de le faire à Attac : on a par exemple des partenariats sur les taxes financières avec des syndicats et diverses organisations – Secours catholique, Comité catholique contre la faim et pour le développement, Oxfam, Les Amis de la Terre…

On essaye de fédérer le monde syndical, caritatif, associatif, écologique. C’est la bonne piste, personne n’est en mesure de gagner seul.

Dans un scénario optimiste, le changement que vous souhaitez, par où commencer ?

Apprendre. Il faut commencer par apprendre. Aujourd’hui, la politique est devenue bien plus compliquée. C’est bien de s’indigner, mais il faut d’abord comprendre pourquoi cela ne marche plus.

Quand j’ai commencé à militer, on disait « Les Etats-Unis hors du Vietnam ! » Les gens étaient d’accord ou pas, mais ils comprenaient ce que cela voulait dire. Quand on disait « Arrêtez l’apartheid », on n’avait pas besoin d’un long discours. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

J’ai fait une longue campagne contre l’AGCS [Accord général sur le commerce des services, ndlr], personne ne savait ce que c’était : une OPA sur les services publics et les services de proximité.

Si on ne sait pas comment ça se passe, ce qui est voté, à quel moment, on ne peut agir. Ça ne sert à rien d’être « contre » si on ne peut ni l’expliquer à d’autres, ni taper au bon endroit. Autant se taper la tête contre les murs. Donc il faut apprendre, aider d’autres à apprendre, organiser, faire des alliances.

Et communiquer : on a de plus en plus besoin de choses visibles, qui intéressent les médias. Et ça, on le fait très mal. Il faut sortir des rituels. Faire une manif, c’est comme si je vous demandais de vous intéresser à la messe de 10 heures. Ça fait des années que je dis qu’avec 30 personnes, on peut faire quelque chose de visible, de drôle, et qui appuie là où ça fait mal.

Je propose ainsi depuis longtemps qu’on fasse non pas des « sittings », mais des « laughings » [to laugh= rire, ndlr] : aller rigoler devant tel ministère, ou devant le Medef… Car ce qu’en France on craint le plus au monde, et surtout chez les hommes politiques, c’est le ridicule.

Il y a eu des initiatives de ce genre, comme Sauvons les riches. Ou l’opération Cantona, pour retirer son argent de la banque le même jour. Qu’en avez-vous pensé ?

C’était amusant, mais aussi une fausse bonne idée. Il ne comprenait pas comment fonctionnent les circuits financiers.

Nous travaillons sur une autre approche : « Pour changer la banque, changez de banque. » Mais nous n’avons pas demandé tout de suite aux gens de le faire, parce que la seule banque vers laquelle on conseillerait d’aller aujourd’hui est la Nef, qui n’a que 60 employés, aucune surface.

Ce ne serait pas sérieux. Mais cela peut changer : la Nef se rapproche aujourd’hui de la Banca Etica [une plus grosse banque en Italie, ndlr] et d’autres banques européennes.

Dans les initiatives à prendre, vous ne parlez pas du vote. Et vous considérez 2012 comme une préoccupation « secondaire ». Pourquoi ?

Pour moi, ces primaires au PS, c’est une énergie politique qui se perd. Je ne comprends pas la notion de primaire pour ce parti. C’est une idée importée des Etats-Unis, qui se comprend là-bas, mais qui n’a pas beaucoup de sens ici.

Mais ne peut-on pas aussi faire pression sur les grands partis à la veille d’une élection importante ? C’est ce qu’a fait Nicolas Hulot en 2007, par exemple…

Je me méfie des ambitions personnelles qui peuvent naître. Au sein des organisations comme Attac, on l’a déjà vu. Mais infléchir les programmes, ça oui, c’est notre vocation. C’est plus facile avec des célébrités comme Hulot… Nous organisons des réunions, en province notamment, dans lesquelles des partis de gauche sont présents.

Pour un pouvoir politique, quelle serait la première décision à prendre ?

Prendre le contrôle des marchés financiers, des banques. Ça crève les yeux. Ils font la pluie et le beau temps : il faut les mettre sous tutelle.

Est-ce réaliste de commencer dans un seul pays ?

[Silence] Question difficile. Je ne l’ai pas creusée, à ma grande honte.

Je laisserais les banques échanger des devises, mais elles seraient taxées sur les transactions. J’interdirais l’accès à la plus grande partie des dérivés, ce marécage. Certains dérivés servent d’assurance, très bien. Mais je suis très hostile aux dérivés « nus », qui permettent de s’assurer pour quelque chose qu’on ne possède pas. C’est un peu comme si je prenais une police d’assurance-incendie sur votre maison. J’aurais alors intérêt à la brûler…

C’est un peu ce qu’a fait Goldman Sachs…

Et d’autres ! Ce marché est colossal. C’est 600 000 milliards par an. L’investissement va dans les produits financiers sans passer par l’économie réelle. Il faut instaurer une loi Glass-Steagall [adoptée aux Etats-Unis après la crise de 1929, ndlr] pour les banques, pour séparer les activités de crédit et d’investissement.

Dans un pays, on peut aussi dire aux banques : « Vous allez prêter en priorité aux PME-PMI, surtout celles qui ont un projet écologique ou social. » C’est un contrôle du crédit, dans le sens où il y aurait des bénéficiaires prioritaires ; mais on ne va pas nationaliser toute l’économie.

Pourquoi encadrer le crédit de façon rigide ? On peut aussi imaginer des bonifications de crédit pour les PME.

Pourquoi pas, il faut étudier les meilleures suggestions, je ne suis pas économiste.

Y a-t-il des solutions internationales ?

Pour les paradis fiscaux, oui. Si on peut interdire à la Société Générale d’y avoir recours dans un seul pays, est-ce qu’en droit, on peut l’obliger à fermer sa succursale de Jersey ? Je ne suis pas sûre.

Je me suis demandé s’il était possible d’interdire aux agences de notation de noter les Etats. Mais aux Etats-Unis, la Cour suprême a estimé que le premier amendement les protégeait, au nom de la liberté d’expression.

Le G20 est-il un espace qui pourrait servir à quelque chose ?

Le G20 est illégitime. Il ne représente que les grands joueurs du système. Où est le G172 ?

Et l’Europe ?

Imposer une solution néolibérale d’une telle ampleur à la Grèce est une faillite politique et morale de l’Europe. On punit le peuple. C’est un sujet d’indignation.

Certains proposent aujourd’hui d’abandonner l’euro.

Il faut garder l’euro mais en le changeant. Je ne prendrai jamais la responsabilité de dire « sortons de l’euro », ce serait une catastrophe. Je crois qu’il faut plus de solidarité. Aujourd’hui, c’est classe contre classe, pas pays contre pays.

Emmanuel Todd défend la solution protectionniste…

Bien sûr qu’il faut du protectionnisme mais au niveau européen, pas au niveau français. Cette doctrine, le libre-échange, a été lancée à une époque où le marché, le territoire, le droit et le capital avaient les mêmes limites. Mais plaquez ce système dans un monde où le capital va à sa propre vitesse et où le droit est inexistant et vous mettez tous les travailleurs en concurrence. Je suis favorable à un protectionnisme raisonné.

Vous vous déclarez hostile aux milliardaires philanthropes….

Ce que fait Bill Gates contre le sida, c’est sans doute très bien, mais sa révolution verte [un programme controversé d’aide aux agriculteurs africains, ndlr] risque d’être une catastrophe en Afrique. Un milliardaire n’a pas à décider ce qu’il y a de mieux pour les peuples.

Si un milliardaire veut faire don de sa fortune, ça doit se faire en concertation avec des spécialistes locaux.

Ces milliardaires – Bill Gates, George Soros, ou Warren Buffet – peuvent-ils avoir un rôle utile dans la société ?

J’ai demandé à un ami américain qui a un pied dans ces milieux-là si lui ou quelqu’un d’autre pouvait enfin dire à Bill Gates que sa révolution verte serait une catastrophe. Il m’a répondu : « Nobody can say anything to Bill Gates » [« Personne ne peut dire quoi que ce soit à Bill Gates », ndlr].

Warren Buffet est un cas à part, il représente la vieille tradition. Dans ma ville, je me souviens que dès 10-12 ans, on devait faire des choses pour la communauté quand on était un privilégié. Aujourd’hui, l’exacerbation de l’intérêt individuel grandit.

J’ai parlé des Lumières justement parce que cet esprit-là se perd. Au sujet de l’importance de la cohésion sociale, le livre de Richard Wilkinson et Kate Pickett montre justement à quel point l’inégalité est mauvaise pour la société, à quelle point elle coûte cher. Les banlieues, les SDF, les gamins qui ne savent pas compter et écrire, ça coûte cher à la société. Il faut s’attaquer aux causes.

Vous proposez un curieux ordre des « chevaliers de l’environnement ».

C’est de la fantaisie. Il y a longtemps que je me demande comment mobiliser les riches pour quelque chose d’utile. Par exemple, on pourrait les encourager à être plus verts que leur voisin, plutôt qu’à se concurrencer sur le montant de leur fortune. Un ordre très fermé, très prestigieux récompenserait le plus vert. Une sorte de Nobel.

J’ai demandé à quelqu’un en Angleterre qui connaît le prince Charles si on pouvait réunir les têtes couronnées, ou leurs enfants, pour se réunir et remettre un prix de ce type-là dans le domaine écologique. Il m’a tout à fait découragée en me répondant que ces gens avaient des calendriers infernaux. C’était une idée comme ça.

Fitzgerald disait : « Les riches ne sont pas comme toi et moi » ; si on ne peut pas les prendre du côté de l’honneur et de la reconnaissance, que pouvons-nous leur donner d’autre ?

Avez-vous l’impression que votre pensée change ?

Je change de sujet mais je travaille toujours sur la même chose, le pouvoir. Ce qui m’a intéressée, au départ, c’est l’expression du pouvoir dans le Nord et ses relations avec le Sud.

J’ai changé de secteur après dix ans sur l’agriculture pour me tourner vers la dette. De fil en aiguille, après les effets du néolibéralisme, j’ai élargi mon centre d’intérêt, jusqu’à travailler sur les causes de cette doctrine complètement folle. C’est une religion, ou plutôt une secte : c’est la scientologie.

Je n’ai pas l’impression de radoter. Parfois, comme les autres, je désespère. Mais il faut agir contre ce sentiment.

Dans votre livre, vous écrivez ne pas croire à la révolution. Vous y avez cru ?

[Silence] Je ne sais pas si j’y ai cru. Autour de moi, on y a cru. En tout cas, j’ai toujours été non-violente. A Gênes et ailleurs, je trouvais que pour les mouvements altermondialistes, il était stratégiquement stupide de se confronter avec l’Etat là où il est le plus fort [lors du sommet de 2001, Carlo Giuliani, un manifestant, avait été tué, ndlr].

Peut-être que la révolution a encore du sens dans les pays où la démocratie n’existe pas. En Tunisie, s’ils arrivent à faire autre chose qu’une révolte, je dis bravo.

(Photo : J.M. Rozier)

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OPPOSITION : Une gauche molle, ou la défaite annoncée

12 Jan

LE MOT DE TAÏEB


Au risque d’aggraver notre cas -mais ça n’est pas un souci, l’Esprit ces derniers temps est une cible commode- un petit bilan de « l’opposition » avignonnaise (de gauche donc), à l’heure où notre inestimable François Hollande vient courageusement (!) en défendre les supporters… Une opposition en forme de tableau à la Dali : molle, désespérément molle.

Soyons clair : En face, c’est à dire à droite, qu’avons-nous ? Un club de notables plus ou moins installés, plus ou moins parvenus, plus ou moins cathos, bref la clique bien-pensante et libérale, habituelle des petites villes de province : commerçants, « entrepreneurs », et autres professions « respectables », toutes ancrées dans la glaise et le terroir, amateurs de bons vins, de prébendes et de notoriété. Un vrai Chabrol en plus criant de vérité. L’exemple le plus parlant étant ce délégué au tourisme, dont l’entreprise fleurit au gré (et aux flux) de la communication municipale, toujours prompte à relayer ce parfait parangon de « réussite » professionnelle.

Ces gens-là ont plus d’un atout, néanmoins : forts en gueule, sans scrupules (cf Mansour), prêts à toutes les compromissions, y compris avec leurs cousins de la droite extrême (cf Mariani), ils bénéficient de surcroît du soutien indéfectible des cadors de l’UMP, voient leurs propos et actions gentiment relayés au quotidien -avec complaisance- par les médias locaux, et de plus disposent d’une sympathie certaine au sein de la bourgeoisie locale (et bien sûr du milieu des « affaires »).

De l’autre côté, qu’avons-nous pour nous soutenir dans nos « indignations » ? Hélas, mille fois hélas, un « club » de gauche archaïque, particulièrement aphone, incapable de susciter la moindre des oppositions (ne parlons pas de combat ou de virulence) parmi ses concitoyens. Une gauche locale endormie depuis semble t-il des siècles, (en réalité depuis 1976), juste bonne à se déchirer sur de petits chipotages de pouvoir. Vrai miroir, finalement, de la Gauche française, et de ses appareils nationaux.

Dans le détail : Le PS ? A l’image de ses représentantes, gentil. Gentil PS inexistant et singulièrement absent de tous les combats d’importance, comme on a pu le constater pour les retraites l’an passé. Le PC ? Castelli est un homme sympathique, mais son problème est le même qu’au PS : un manque cruel d’acuité et de mordant. Sans compter sa position fort peu commode de Conseiller Général, difficilement compatible avec la critique radicale du système, et ses rivalités avouées ou non avec l’autre gauche. Celle de Max Rieux, par exemple : un blog mal-foutu, des indignations tout de même mesurées et une totale absence de charisme font que le compagnon de Mélenchon est bien loin d’espérer un jour obtenir localement, l’équivalent de l’audience de son maître à penser. Reste un NPA en déroute, depuis son coup de foulard plus que déplacé, et des Verts exangues…

Soit une suite de personnes fort estimables au demeurant, mais bien mal armées pour prétendre à une quelconque succession du système UMP redoutablement efficace, mis en place par la bonne maire d’Avignon et ses amis beaucoup moins regardants.

Marie-Jo et ses affidés n’ont guère de souci à se faire. Face à une telle absence de figures -et de combativité- soyons quasi-certains de la réélection de ses amis. Et de la défaite de tous les Avignonnais.

Taïeb El Baradeï.
Photo : S. Dali, « Persistance de la mémoire »

IDEE 2011 : Pour éliminer la pauvreté, il faut payer les pauvres !

6 Jan

Le Brésil a-t-il inventé la méthode la plus efficace pour vaincre la pauvreté? La célèbre journaliste du New York Times Tina Rosenberg, qui a obtenu le prix Pulitzer pour son livre The Haunted Land (Le territoire hanté), en est convaincue. Dans les pages opinions du New York Times, elle met en avant la capacité du Brésil à partager la richesse nouvelle créée au cours des dernières années, au contraire des Etats-Unis.

Et le Brésil vient de loin. La ville de Rio de Janeiro doit notamment «sa réputation infamante au fait qu’on peut d’une baraque dans un favela misérable pratiquement voir à travers les fenêtres d’un luxueux condominium… Une partie du Brésil ressemble au sud de la Californie et une autre à Haïti».

Tina Rosenberg ajoute qu’encore très récemment le Brésil était le pays le plus inégalitaire au monde. Mais que ces inégalités se sont réduites au cours des dernières années plus vite que dans aucun autre pays au monde. Le revenu moyen des pauvres au Brésil au augmenté entre 2003 et 2009 sept fois plus vite que celui des riches. Durant cette même période, la part de la population considérée comme pauvre est tombée de 22% à 7%.

Et cette révolution est surtout la conséquence d’un programme social que le président Lula a étendu à une grande échelle, la fameuse Bolsa Familia (bourse familiale). Il s’agit d’une pension versée aux familles pauvres sous certaines conditions, notamment d’envoyer les enfants à l’école, de leur faire passer des visites médicales, de suivre des programmes d’aide sanitaire… Les paiements sont presque toujours attribués aux femmes compte tenu du fait qu’il y a beaucoup plus de chances qu’elles dépensent cet argent pour leur famille. Une famille au Brésil vivant dans l’extrême pauvreté double ainsi ses revenus avec la Bolsa Familia.

Pour Tina Rosenberg, le succès de la Bolsa Familia est de deux ordres. Immédiat, en apportant de l’argent à ceux qui en ont le plus besoin. «Cela marche. Et non, l’argent n’est pas volé ou récupéré par des personnes en ayant moins besoin…» Et à plus long terme, en donnant aux enfants une meilleure éducation et une meilleure santé.

Au rythme où va le Brésil, les Etats-Unis seront bientôt plus inégalitaires. L’article du New York Times souligne qu’entre 1980 et 2005, les quatre cinquième de l’augmentation des revenus aux Etats-Unis sont allés au 1% des Américains les plus riches…

Publié par SLATE le 04/01/11

BON PLAN : Les très bons comptes de l’immigration

13 Déc

Les immigrés sont une excellente affaire pour l’Etat français : ils rapportent une grosse douzaine de milliards d’euros par an et paient nos retraites.

Les immigrés sont une très bonne affaire pour l’économie française : ils reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros, mais ils reversent 60,3 milliards. Autant dire un solde positif de 12,4 milliards d’euros pour les finances publiques, qui ne représente pourtant que la part monétaire de transferts bien plus importants. Dans ce pays de 64,7 millions d’habitants, 6,5 millions de Français comptent au moins un immigré dans leur famille. Les chiffres de l’immigration légale sont très fluctuants. En France, on recense environ 5,3 millions de résidents étrangers avec leurs familles.

Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction du Pr Xavier Chojnicki, a réalisé pour le compte du ministère des Affaires sociales une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Travaillant sur des chiffres officiels, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort un solde très positif. Les chercheurs ont remis leur rapport en 2009, au terme de trois ans d’études. Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards.

De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros.

A ce solde positif de quelque 12,4 milliards d’euros il faut ajouter d’autres revenus pas toujours monétaires, mais d’une grande importance sociale et économique : les immigrés occupent l’immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas, et 90 % des autoroutes ont été et sont construites et entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. Sans immigrés, les prix à la consommation (produits agricoles et autres) seraient bien plus élevés, la main-d’œuvre étrangère étant bien moins payée.

La comptabilité réalisée par les chercheurs de l’université de Lille fait ressortir aussi de profonds changements sociaux. Majoritairement jeunes, les immigrés sont de grands consommateurs : comme nous venons de le voir, ils versent environ 18,4 milliards d’euros à l’Etat sur leurs dépenses personnelles, notamment en TVA. Les immigrés ont modifié en profondeur le sport et les arts populaires français : la grande majorité des footballeurs de haut niveau sont issus de l’immigration, et les artistes d’origine immigrée, noirs et maghrébins, peuplent le Top 50 de la chanson populaire.

Parallèlement, de nombreux métiers, en particulier dans les services, ne fonctionnent en France que grâce à l’immigration. Plus de la moitié des médecins hospitaliers dans les banlieues sont étrangers ou d’origine étrangère. Pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés. Plus de 60 % des ateliers de mécanique automobile de Paris et de la région parisienne appartiennent à des mécaniciens et petits entrepreneurs d’origine étrangère.

Dans un domaine aussi crucial que l’avenir du système des retraites, les immigrés jouent un rôle des plus favorables. Le très officiel Comité d’orientation des retraites est parvenu à cette conclusion : “L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites.”

Xavier Chojnicki commente ces résultats en ces termes : “Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques.”

Juan Pedro Quiñonero | ABC (republié par Courrier International)

EN ACTES : LES DESOBEISSEURS du service public

8 Déc

Ils sont postiers, profs ou électriciens et ils refusent d’appliquer certaines mesures au nom de la défense de l’intérêt général.

«Quand quelque chose est légal mais ne nous paraît pas légitime, il faut savoir désobéir. Comme sous Vichy, dont nous n’avons pas reconnu la légalité, même si vos objectifs sont, bien sûr, autres.» Stéphane Hessel, ancien résistant et ambassadeur de France, était venu conclure samedi (4 décembre), à Paris, le premier Forum des résistances dans les services publics. Il a reçu un accueil passionné de la salle, une centaine de «désobéisseurs» de tous horizons – profs, infirmiers, agents forestiers…

A l’origine de ce forum, le Réseau des enseignants du primaire en résistance, les premiers désobéisseurs à s’être organisés. Il rassemble 3 000 professeurs des écoles ayant signé une charte proclamant qu’ils n’appliqueraient pas certaines réformes jugées nuisibles – plusieurs chefs de file ont d’ailleurs été sanctionnés par des retraits de salaires ou des rétrogradations. Avec ce forum, l’objectif était de nouer des liens, voire de créer un réseau entre tous ces résistants qui ont en commun de vouloir sauver un service public attaqué.

Ce nouveau type de contestation – non-violente, civique et éthique – reste très minoritaire. Il est ainsi raillé par le ministère de l’Education, qui le rapporte au million de profs. Il est pourtant symptomatique d’un mouvement de fond. L’action syndicale classique ne suffit plus. Pour être efficace et défendre des principes bafoués, il faut s’engager concrètement, chacun à son niveau.

«Lors de mon enquête, j’ai été frappée de voir que les résistants d’un secteur ignoraient ce qui se passait ailleurs, souligne Elisabeth Weissman (1), invitée du forum. Il y a aussi ceux qui ne disent rien mais qui enrayent la machine, comme ces conseillers de Pôle emploi qui refusent de ne passer que quatre minutes au téléphone avec les chômeurs ou qui rusent pour ne pas les radier.»

(1) La Désobéissance éthique (Stock).

VÉRONIQUE SOULÉ / LIBERATION.FR

TAUROMACHIE : La banderille catalane atteindra t-elle le Sud ?

17 Nov

Plusieurs dizaines de milliers d’aficionados dans les arènes, un million de personnes dans les rues. Que resterait-il de Nîmes sans ses spectacles tauromachiques ? photo archives FRTauromachie. L’interdiction des corridas, votée par le Parlement catalan, reste incomprise dans notre région. Un cartel de personnalités du mundillo taurin a subitement réagi.

La Catalogne piquée à vif. Mercredi (27 juillet), son Parlement régional a voté à 68 voix pour, 55 suffrages contre et 9 abstentions l’interdiction des corridas. Une seconde banderille dans la péninsule après une mesure similaire dans l’archipel des Canaries en 1991.
De l’autre côté des Pyrénées, sur le pourtour méditerranéen, à Béziers, à Nîmes ou en Arles, trois des plazas les plus populaires de l’hexagone, l’actualité suscite bien des réactions.

Dans le Gard où l’on dénombre 33 clubs taurins, dont 18 rien qu’à Nîmes, on relativise. Car l’hypothétique retrait de cette culture revient depuis des lustres sur le devant de la scène : « Avant la guerre 14-18, il s’écrivait déjà les mêmes lignes dans la presse. Il faut respecter la liberté d’opinion. Si l’aficion veut aller aux arènes c’est son droit. Il s’agit d’un spectacle très dur et très tolérant qui engendre des réactions passionnelles. De là à l’interdire… Le seul aspect qui pourrait apporter de l’eau au moulin des antis, c’est de tomber dans la médiocrité des spectacles, comme ce fut le cas ces dernières années » pense Alberto Garcia, président du club taurin A las cinco de la tarde et cofondateur de la coordination des clubs taurins. Ville de culture et de tradition, la préfecture gardoise ne peut imaginer ce scénario.

Daniel-Jean Valade, adjoint au maire UMP délégué à la tauromachie n’y va pas avec le dos de la cuillère. « L’interdiction de la corrida en Catalogne est un déni d’intelligence, une insupportable censure intellectuelle puisqu’elle vise le domaine culturel. Une telle chose est impossible en France. On ne parviendra jamais, ni d’en haut, ni d’en bas à museler nos racines. Il faut résister à la bêtise et aux choses ineptes. Avignon a le théâtre, Aix l’opéra, à Nîmes les deux festivals sont les ferias. La tauromachie est si vaste culturellement. Tous les arts y sont représentés ».

Economiquement, ce serait un fardeau pour Nîmes ou Béziers où plus d’un million de festaïres cohabitent, mangent, dorment, boivent, achètent des souvenirs, visitent les expos,…
En Arles également. Hervé Schiavetti, maire communiste, président de l’Union des villes taurines de France, avait lui aussi rappelé, au printemps lors d’un déplacement au Parlement de Catalogne, toute « l’importance économique induite par ces traditions qui s’intègrent aux fêtes populaires dans le Sud de la France ». Son empresa, Luc Jalabert, rappelant même chez notre confrère du Monde que « la tauromachie est un phénomène identitaire très fort, rappelant aussi que la pratique a compté de nombreux adeptes comme Ernest Hémingway ou Pablo Picasso ».

Pour autant, l’Alliance anticorrida, présidée par Claire Starozinski, veut se saisir de cette nouvelle faille pour inscrire à l’ordre du jour du parlement la proposition de loi « Marland-Gaillard », déjà cosignée par 58 députés de toutes sensibilités politiques. « La tendance s’inverse de manière perceptible depuis 3 ans en France et cette interdiction en Catalogne n’est donc une surprise pour personne. Il faut prolonger notre action à commencer par un grand rendez-vous le 11 septembre prochain à Nîmes où un millier de personnes est attendu. Quand les premières cartes du château tombent, le reste suit. J’ai bon espoir qu’on en finisse également en France avec les corridas dans les dix prochaines années ».
C’est certainement aller vite en besogne…

Fabrice Rougier – publié par LA MARSEILLAISE – 30 juillet 2010

Robert Margé : « Au contraire, ça va renforcer la corrida »
Robert Margé est directeur des arènes de Béziers et éleveur de toros bravos aux confins de l’Aude et de l’Hérault. Entretien.

Quelles conséquences va avoir selon vous en France le vote catalan qui interdit les corridas ?
Aucune. C’est un vote orchestré par les autonomistes catalans qui veulent se démarquer du reste de l’Espagne et faire parler d’eux. La corrida n’est pas leur souci. S’ils s’intéressaient vraiment à la cause animale, ils dénonceraient les toros à la corde, les toros de fuego… Ce n’est qu’une manigance de basse politique contre cette fête nationale qu’est la corrida en Espagne.
Vous ne pensez pas que ça peut influencer par exemple le parlement européen ?
Certes les anti-corridas et notamment les Français jubilent, mais les quatre régions concernées en France par les corridas et l’élevage de toros se portent bien et sont protégées au niveau national comme au niveau européen par l’exception culturelle. Les deux députés, un UMP et un PS qui se bougent contre les corridas font du clientélisme. Ils sont même prêts à faire passer des lois qui mettent l’animal à égalité avec l’humain. C’est dire. Et puis au niveau européen, il y a quelques années, il y a eu un vote à Bruxelles où 70% ont été d’accord pour maintenir la corrida.
Vous n’avez donc aucune inquiétude pour la Feria de Béziers qui s’annonce ?
Ni pour la Feria de Béziers, ni pour les vingt ans à venir. Les Ferias sont devenues des forces économiques. Sans celle de Béziers entre vingt et trente petites entreprises déposeraient leur bilan. La corrida est créatrice de richesses et d’emplois. Ici nous avons un cœur, une intelligence, une culture. Je suis très confiant pour l’avenir à condition que nous restions vigilants. Mais pour le moment, je pense même qu’en croyant faire du mal à la tauromachie, les Catalans vont finalement lui faire du bien car l’Espagne entière s’indigne de ce qui vient de se passer. Et ça renforcera la corrida en Espagne, en France et au Portugal.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE MENRAS

ROMS : UN PEU D’HISTOIRE… Des faits, pas des fantasmes.

24 Oct

LE COUTEAU DANS L’OS / Lydie Fournier / Scienceshumaines.com

Roms, Tsiganes, Gitans, « gens du voyage »…De qui parle-t-on ?

Ceux que l’on appelait autrefois les « Bohémiens » ou les « Romanichels » sont aujourd’hui définis par les termes génériques de « Tsiganes » ou de « Roms ». Dans le langage commun comme scientifique, ces nouvelles appellations désignent l’ensemble des populations présentes en Europe et originaires du Nord de l’Inde, qu’elles ont quitté vers le Xe siècle pour migrer lentement vers l’Europe occidentale. Leur présence est attestée pour la première fois dans l’Hexagone en 1419. Par des emprunts linguistiques, culturels et religieux dans les pays d’installation, ces populations sont définies en différents groupes : Roms, Manouches, Yéniches, Gitans et Sintis. En 1971, des membres de ces différents groupes ont choisi le terme générique de Roms pour s’autodéfinir comme mouvement politique au sein de l’Union internationale romani. Le choix du terme « Rom » s’explique par la référence à leur langue, le romani, dérivé du sanskrit, et par le rejet de la connotation péjorative du terme « tsigane ». Au sens sociologique cependant, les Roms ne représentent qu’un « sous-groupe » des Tsiganes – le plus important certes – et présent essentiellement en Europe centrale et orientale. C’est ce sens sociologique que nous retiendrons ici pour le terme « Rom ». Parmi les autres Tsiganes, les Gitans se sont durablement installés dans la péninsule ibérique, puis dans les villes du Sud de la France. Originaires des pays germaniques, les Manouches, Yéniches et Sintis sont, à l’instar des Roms, plus présents dans l’Est de la France et en région parisienne. L’ensemble de ces appartenances ethniques ne doit pas être confondu avec l’expression « gens du voyage », laquelle ne constitue qu’une catégorisation administrative. D’origines ethniques diverses, les « gens du voyage » sont souvent semi-sédentaires, leurs déplacements s’effectuant surtout pour des raisons professionnelles et des fêtes familiales et religieuses. Beaucoup sont des forains ou des commerçants ambulants, qui utilisent les aires d’accueil dont chaque commune de plus de 5 000 habitants a obligation de disposer depuis la loi Besson de juillet 2000. Une très large majorité a la nationalité française et parle français. En 2002, on recensait 156 000 « gens du voyage » de plus de 16 ans. Une catégorie qui inclut une part non négligeable de Tsiganes, mais aussi tout autre citoyen dont le mode de vie consiste à loger en caravane. Le langage courant assimile fréquemment ces « gens du voyage » aux « Roms ». Ces derniers sont pourtant très majoritairement sédentaires, mais ont été poussés à la migration par des conditions de vie difficiles dans leur pays d’origine. Les Roms se sont sédentarisés en France par vagues successives d’immigration entre les années 1920 et 1990, sans jamais poser de problèmes. Mais ceux arrivés à partir des années 1990 connaissent des problèmes d’intégration sur le territoire national plus importants. Il s’agit de quelque 15 000 Roms, de nationalité essentiellement roumaine et bulgare, mais venus aussi de l’ex-Yougoslavie et de Hongrie, qui peuplent – parfois depuis plus de quinze ans – les squats et bidonvilles des friches des villes françaises. Ils sont aujourd’hui identifiés comme le problème politique numéro un par l’actuel gouvernement français, et devenus la cible d’un important dispositif de démantèlement de leurs camps et de reconduites à la frontière. La circulaire du 5 août 2010 émanant du ministère de l’Intérieur, adressée aux préfets, stipulait que « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms ».

Les Tsiganes : première minorité ethnique en Europe ?

Environ dix millions de Tsiganes estimés en Europe, dont la moitié n’aurait pas 20 ans. Sur le million et demi présent en Europe occidentale, 400 000 personnes se trouvent en France et 720 000 en Espagne. Les populations tsiganes vivent donc principalement dans les pays d’Europe centrale et orientale : la Roumanie et la Turquie en comptent chacune près de deux millions, la Bulgarie et l’ex-Yougoslavie chacune près d’un million, et la Hongrie 700 000. Les Tsiganes constituent dès lors la minorité ethnoculturelle la plus nombreuse d’Europe. Mais face à la diversité culturelle qu’elle recouvre, peut-on vraiment parler d’une « communauté rom » ou « tsigane » ? Prenons pour exemple la composition de la population tsigane de Seine-Saint-Denis. Qu’ont en commun les migrants roms des pays de l’Est, errant au rythme des démantèlements de leurs habitats de fortune, avec les Gitans et Manouches venus respectivement du Sud et de l’Est de l’Europe il y a plus d’un siècle ? Mais la distance est également importante entre ces migrants roumains et bulgares, d’une part, et les Roms arrivés des pays de l’Est dans les années 1920-1930, puis 1960-1970 et fuyant l’ex-Yougoslavie. À l’instar des Tsiganes arrivés avant les années 1990 en France, ces derniers ont généralement la nationalité française, parlent le français, et résident fréquemment en habitat « standard » (appartement ou maison).

Source : Dossier d’actualité de la Veille scientifique et technologique, n° 30, octobre 2007

L.F

Chronologie
Fin XIIIe-début XIVe siècle : Les premiers Tsiganes arrivent en Europe depuis Byzance.
1419 – Arrivée en France des premières familles de « Bohémiens ». Une appellation due au fait qu’ils étaient porteurs de lettres de recommandation du roi de Bohème, leur région d’origine.
1749 – Rafle des Gitans en Espagne : 10 000 à 12 000 Gitans sont internés au simple motif de leur tsiganité.
1850 – Après cinq siècles d’esclavage, les Roms de Moldavie et de Valachie commencent à être affranchis.
1895 - Premier recensement des « Bohémiens et nomades » en France. 25 000 Bohémiens et 400 000 nomades sont dénombrés.
1907 – Vote d’un ordre du jour sur l’interdiction du pays aux Romanichels par la Chambre des députés français.
1912 – Adoption du carnet anthropométrique pour les professions ambulantes et les nomades à partir de 13 ans révolus. Conçu sur la méthode de fichage des criminels, il recense la composition de la famille, les empreintes digitales, les caractéristiques anthropomorphiques, des photos de face et de profil. Il devait être validé à chaque déplacement. Supprimé en 1969, il a été remplacé par un « titre de circulation » 1939-1945 – Au moins 300 000 Tsiganes périssent au cours du génocide nazi.
1940-1946 – Le 6 avril 1940, les Tsiganes, soupçonnés d’espionnage, sont assignés à résidence. Puis sont internés dans près de 30 camps en France, dont celui de Montreuil-Bellay, le plus important.
1958 – Tous les États du bloc communiste interdisent le nomadisme et promulguent des lois antitsiganes.
1971 – Organisation du Premier Congrès international romani.
2000 – Adoption de la loi Besson relative à l’accueil des « gens du voyage ». 42 000 places sont jugées nécessaires sur les aires d’accueil des communes de plus de 5 000 habitants. En 2008, moins de la moitié d’entre elles ont été aménagées. 2010 – L’Église catholique, l’Onu et le Parlement européen condamnent la politique française de reconduite aux frontières des Roms. Entre janvier et septembre 2010, plus de 8 000 Roms sont concernés par ces procédures.

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