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OLIVIER PY : La chute augurée d’un festival

15 Avr

La nouvelle est arrivée jeudi 14 avril : le ministre Mitterrand aurait proposé, conjointement avec la maire d’Avignon, la nomination d’Olivier Py à la direction du Festival d’Avignon dès 2013. Une très mauvaise nouvelle pour cette manifestation d’excellence, à la réputation internationale retrouvée grâce au duo dirigeant actuel, Vincent Baudriller et Hortense Archambault.

Car Olivier Py, s’il est un metteur en scène « people », est loin de convenir à la fonction que le ministre de la culture entend lui confier. Exécrable dans ses choix rétrogades de mise en scène, il est de surcroît le représentant d’une « école » conformiste et conservatrice à la Française, que l’on croyait pourtant remisée aux oubliettes de l’histoire. Confier à ce diacre de la convenance le pilotage d’une institution qui a accueilli toute l’excellence du théâtre européen ces dix dernières années, des Jan Fabre, Castellucci, Guy Cassiers et autres Angelica Liddell est une faute politique. Qui se double d’une faute esthétique et intellectuelle, le Festival devant rester ce laboratoire bouillonnant, créatif et très peu consensuel qu’il avait su devenir grâce au courage des programmateurs de l’actuelle direction.

Une catastrophe annoncée, qui, je l’espère, n’adviendra pas, l’actuel ministre étant, comme chacun le sait en sursis jusqu’au printemps 2012. Pour autant, ne baissons pas les bras. Frédéric Mitterrand et madame Roig doivent revenir sur ce choix inapproprié, et le plus vite possible. Avant que la fronde n’enfle et ne condamne ce détestable Py à trouver refuge en des contrées plus hospitalières pour son théâtre d’arrière-garde. En Libye, pourquoi pas ?

Antonio Sanz

REACTUALISATION du 30 avril 2011 : Selon nos infos, le CA du Festival d’Avignon pour entériner la proposition du ministre de nommer Py à la tête du festival, ne se tiendra pas avant fin 2012. Dont acte. Nous avons donc largement le temps de nous mobiliser !

UNE PETITION vient d’ouvrir sur Facebook : Si, comme nous, vous ne voulez surtout pas d’Olivier Py à la tête du festival d’Avignon, signez nombreux en cliquant « j’aime » sur PAS DE PY POUR AVIGNON

CYRIL TESTE / RESET : La mémoire de l’Art

2 Avr

Cyril Teste donnait son Reset sur le plateau de la Scène Nationale de Cavaillon. Une oeuvre étrange, construite comme une effraction dans les connections de nos cerveaux. Un palimpseste que l’effacement conduit, métaphore formelle d’un récit de l’amnésie.

Ainsi paradoxalement, ce poème visuel qui s’est donné comme sujet la perte -d’identité, de repères, de mémoire- fait-il résurger tout un pan de la mémoire de nos images collectives. Un travail de mise à jour que l’Art contemporain s’obsède à opérer depuis les années 80, avec ses artistes de la photographie « mise-en-scène » (tiens !) et autres vidéo-intallateurs…

Bien sûr que Cyril Teste a beaucoup regardé ces artistes qui oeuvrent dans l’infra-mince de l’interstice, entre réalité et arrangement, entre fiction et non-fiction. Des photographes comme Jeff Wall ou Karen Knorr ont exploré ces territoires où le réel est recomposé en artefact du réel, plus criant de vérité encore que la banale évidence d’un monde désormais trop « joué » d’avance.

En faisant émerger cet archétype du monde intérieur, puisant dans l’inconscient et la typologie du rêve, le metteur-en-scène produit un objet hybride, un « théâtre d’ombre » qui glisse doucement sur une pente sensible. En ce sens, le choix d’une esthétique résolument cinématographique, avec ses champs/contrechamps, ses panoramiques et ses travellings opérés par la scénographie en mouvement, est-il raccord avec son objet.

On pense bien sûr à David Lynch, qui sait si bien déplacer les cadres, brouiller les séquences et habiter les passages. On y pense d’autant pour cette atmosphère si particulière de Reset, récit en suspension, en apesanteur, dont émergent quelques bribes vite emportées, un éclat de voix ou un ballon qui roule. Ectoplasmique.

Ce jeu d’apparitions, au sens fort du terme, façonne le récit qui s’étire dans un temps suspendu. Le cadre dans le cadre du dispositif scénographique -une boite blanche, évocation implicite ou explicite du « white cube » de l’art contemporain- est un plateau scénique dans le plateau, qui nous signifie la mise en abîme. En se déplaçant en permanence, comme l’objectif d’une caméra, ce dispositif est un acteur à part entière, qui participe à la narration à la manière du récitant de la scène antique. Il nous donne à voir les angles multiples de ce qui se joue, opérant travellings et focus, cadrages et décadrages. Un ballet cinématographique qui ne néglige pas les hors-champs, que Cyril Teste sait utiliser.

Les acteurs alors ne sont plus que les fantômes d’un récit qui leur échappe, tout comme le réel leur échappe. Errant dans ces tableaux à peine évoqués, effleurés même, ils glissent doucement d’un cadre à l’autre, d’une narration à l’autre, éperdument seuls. Le travail remarquable du son -voix off, nappes sonores organiques- enrobe le récit flottant d’un surcroît de distance, un halo d’étrangeté directement connecté à nos vortex.

Une maîtrise de l’espace, des images et du mouvement qui n’exclue pas cependant quelques interrogations. Si Cyril Teste réussit avec virtuosité ce poème onirique, le piège réside peut-être dans le lissage esthétique absolu, certes nécessaire au déploiement du récit, mais dont la perfection formelle même peut s’avérer mortelle. Un piège que le metteur-en-scène a pour l’instant évité, en retenant son objet toujours sur le fil, borderline. Suspendu, en somme.

Reste que Reset est une oeuvre à la beauté formelle certaine, qui se joue des territoires formatés de l’art avec brio et un sens affûté de l’introspection. Une séquence mémorielle qui vient puiser dans nos angoisses et nos mal-êtres pour nous hanter durablement. En ce sens, elle nous oblige.

Marc Roudier

Reset de Cyril Teste,s’est joué vendredi 1er avril à la Scène Nationale de Cavaillon.
Cyril Teste sera présent pour la 65e édition du Festival d’Avignon avec une création « Sun », donnée du 7 au 13 juillet à Benoît XII. A retenir.

VINCENT MACAIGNE : L’ Idiot vu de dos (extrait)

28 Mar


Invité de la 65e édition du Festival d’Avignon pour une création d’après Hamlet, sobrement intitulée « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre », qu’il répétera et présentera au Cloître des Carmes, le turbulent Vincent Macaigne ici pour un extrait vidéo de l’Idiot… Un avant goût de la fureur toute shakespearienne du metteur en scène. « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre » du 9 au 19 juillet prochains.

FESTIVAL D’AVIGNON 2011 : Ce qui nous fait envie de son programme

24 Mar

Ce mercredi 24 mars, l’équipe du Festival présentait l’avant-programme de la manifestation, avec semble t-il quelques innovations dans les propositions « parallèles », comme cette séquence « Poster » voulue par l’artiste invité de cette 65e édition, le chorégraphe Boris Charmatz. En voici une petite pré-sélection tout à fait subjective :

L’excellente nouvelle, comme nous vous l’avions annoncé, est bien évidemment le retour de Romeo Castellucci ( à l’origine pour un diptyque, qui jusqu’à présent portait le nom de code de « J », et désormais pour une seule oeuvre). « Sul concetto di volto nel figlio di dio », créée fin 2010, sera jouée pour la première fois en France du 20 au 26 juillet, à l’Opéra-Théâtre. On aime Castellucci.

Autre grand moment, l’invitation faite à Angelica Liddell, cette performeuse madrilène dont nous avions particulièrement apprécié sa « Casa de la fuerza » ovationnée l’an passé au Cloître des Carmes. Elle nous revient avec une création attendue, « Maldito sea el hombre que confia en el hombre », un titre de circonstance en ces moments fiévreux… Ce sera du 8 au 13 juillet à la salle de Montfavet et il ne faudra pas la rater.

Belle perspective également que cette invitation au remuant, furieux même Vincent Macaigne, pour une création qu’il répètera in situ au Cloître des Carmes, adaptation du Hamlet fort joliment nommée « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre ». Elle se donnera au même Cloître du 9 au 19 juillet (relâche le 14). Indispensable.

Wajdi Mouawad est de retour lui-aussi. Tant mieux. Nous irons découvrir son triptyque « Des femmes », librement inspiré des héroines de Sophocle, à la Carrière Boulbon, du 20 au 25 juillet… Même si la polémique qu’il a suscitée autour de l’affaire Trintignant n’était pas du meilleur goût, franchement. D’ailleurs, il semble qu’une partie de la troupe d’origine ait déserté la distribution à la suite de ce mauvais coup de com…

Guy Cassiers sera de la partie également. On pourra donc apprécier sa créa 2011 en néerlandais surtitré dans la Cour d’Honneur. « Sang et roses, le chant de Jeanne et Gilles », d’après les vies sanglantes de Gilles de Rais et Jeanne d’Arc, donc, sera donné du 22 au 26 juillet. Autre proposition intéressante, le « Sun » de Cyril Teste, création 2011, sera joué à la Salle Benoit XII du 7 au 13 juillet. A voir sans doute.

Hommage sera rendu à Lucien Attoun et les 40 ans de son « Théâtre Ouvert » en la Chapelle des Pénitents blancs, où Jean-Pierre Vincent et ses confrères en notoriété confronteront des textes de jeunes auteurs à leur idée de la mise-en-scène. Du 8 au 24 juillet.

Dommage que Frédéric Fisbach ait avalisé la proposition que lui faisait l’équipe du Festival de recruter la désastreuse et insupportable Juliette Binoche aux côtés de l’exceptionnel Nicolas Bouchaud pour son adaptation du  » Mademoiselle Julie » de Strindberg… Nous n’irons pas voir pareille hérésie.

Pour la danse, signalons l’excellent Xavier Le Roy, dont nous vous avions déjà parlé, pour ses « Low pieces », création 2011, à découvrir au Gymnase Mistral du 19 au 25 juillet. Et bien sûr l’incontournable Anne Teresa de Keersmaeker, habituée du Festival, qui créera pour cette édition une oeuvre dans la Cour d’Honneur, du 16 au 19 juillet…

En revanche, céder à la démagogie qui consiste à produire dans la Cour qui plus est un « concert » d’Etienne Daho avec Jeanne Moreau, sous le prétexte d’une lecture de Genet, relève du plus parfait parisiannisme. Sans doute est-ce là une concession à quelque financeur public, chagriné par « l’élitisme » de la programmation… Mauvaise idée.

Bonne idée, par contre, que d’inviter le grand sculpteur Land-Art Richard Long, pour une installation à la Chapelle St Charles, fomentée par le Conseil Général de Vaucluse…

Enfin, n’oublions pas les riches heures que constituent les programmes « La 25e heure », « Sujets à Vif » ou encore « Poster », qui certainement amèneront leur lot de (bonnes) surprises et de découvertes…

MR / (article réactualisé le 15 juin)

COULISSES : En marge de cette conférence de presse qui fait habituellement événement pour la ville d’Avignon, tout le monde aura remarqué l’absence de Marie-José Roig, rappelons-le également déléguée nationale au spectacle vivant pour l’UMP ! Remplacée in-extremis par son adjoint Bissière, semble-il prévenu au dernier moment, et arrivé en retard à Benoit XII pour s’être présenté d’abord à l’Opéra… Sans commentaire.

Photo : la performeuse Angelica Liddell

ECOUTER : Romeo Castellucci au travail

16 Mar

LE VOILE NOIR DU PASTEUR, création au TNB le 17 mars, en attendant le Festival d’Avignon 2011…

Cette semaine, France Culture a consacré l’heure entière des Mercredis du théâtre à Romeo Castellucci, artiste italien qui crée, ces jours ci à Rennes, au TNB, « Le Voile Noir du pasteur »,d’après la nouvelle de Nathaniel Hawthorne. Pourquoi un portrait de Castellucci au travail, à l’œuvre dans le chantier monumental de cette nouvelle création ?

Parce que ce séduisant quadragénaire a, depuis son apparition en France à la fin des années 90, totalement subjugué les spectateurs ou à l’inverse, il les a radicalement éloignés. Avec lui, les possibles s’ouvrent sur les scènes de théâtre, tous les possibles, le plateau lève le voile sur les mystères de la vie, les vertiges de l’âme, les bas fonds innommables de l’humanité. Ce théâtre méditatif, profondément troublant et souvent très perturbant, se déroule dans des ambiances quasi religieuses, voire diaboliques, où le théâtre devient cérémonie païenne, et où l’acteur livre son corps à une dépossession qui n’est pas sans rappeler les états de transes recherchées par Artaud.

C’est un théâtre traversé d’une beauté magistrale, fulgurant. Un théâtre qui en appelle aux arts plastiques, aux grands peintres des siècles passés, à la musique, à la vidéo, à la danse, à l’ancien et au moderne. Un théâtre « total » mais pas totalitaire. Car, dans ce portrait de Castellucci, ce qui étonne et stupéfie, c’est surtout l’extraordinaire humilité d’un homme fragile, en proie à l’épuisement et, qui ne sait pas combien de temps encore, il pourra continuer à fabriquer son théâtre », lui qui ne sait pas davantage s’il est, ou pas, un artiste ».

Ecouter le reportage

Joëlle Gayot

FESTIVAL D’AVIGNON 2011 : Romeo Castellucci y sera, avec deux spectacles

7 Mar

Du 18 au 26 juillet, Romeo Castellucci et sa Societas Raffaello Sanzio, sont de nouveau invités pour la prochaine édition du Festival d’Avignon avec deux spectacles : « On the Concept of the Face, regarding the Son of God », oeuvre conçue et mise-en-scène par Castellucci sur une musique de Scott Gibbons avec une dizaine de performers; du 18 au 25 juillet prochains ; et du 20 au 26 juillet, « Le voile Noir du pasteur » d’après une nouvelle de Nathaniel Hawthorne, entre autes coproduit par le TNB de Rennes qui le crée en mars. Un récit qui est, pour Romeo Castellucci, l’occasion de s’interroger sur le rapport immémorial entre représentation et négation du paraître qui, depuis la tragédie attique jusqu’à aujourd’hui, soutient tout notre rapport à l’image. On a hâte de retrouver le dérangeant mais sublime Castellucci dans nos murs. Extrait du premier :

François-Michel PESENTI en der de der avec « A SEC »

17 Fév


THEATRE

Avec « A sec », François-Michel Pesenti, de retour sur un plateau marseillais après 7 ans d’exportations, propose « de ne pas tuer les autres tout de suite, mais de patienter encore un peu »…

« François-Michel Pesenti, un artiste sans concession dont la démarche pourtant essentielle est trop peu vue à Marseille, bien qu’il soit implanté dans cette ville depuis 1984. » C’est ainsi que les équipes associées de la Friche Belle de Mai et du Merlan-scène nationale annoncent le « come-back » du patron du théâtre du Point aveugle plus d’un septennat après son controversé Jardin des délices, « décommandé » par le Festival de Marseille et présenté finalement dans le cadre du Festival Mimi, déjà à la Friche.

Pendant ce temps, Pesenti n’a pourtant pas chômé : une Phèdre de Racine en version trilingue (slovène, arabe et japonais pour des créations à Ljubjana, Zagreb, Damas ou Tokyo), un texte de Kleist et des variations autour de textes de Shakespeare, Tchékhov, Sophocle, Euripide ou Eschyle (Knock on heaven’s door, Sympathy for the devil…), toujours vers ces contrées orientales, ont semble-t-il rempli son agenda et comblé ses désirs théâtraux.

FM, pas en grandes ondes
« J’aurais aimé venir en France avec ces spectacles conçus à l’étranger, mais, conçus souvent avec des comédiens de troupes permanentes, parfois jusqu’à une vingtaine, c’était difficile, très coûteux », explique le metteur en scène. « Mon absence, au-delà des relations un peu « tendues » avec les institutions théâtrales de cette ville, s’explique surtout par des difficultés économiques de la compagnie, une accumulation de dettes qui mettait en danger le futur de l’équipe, d’autant que mes spectacles ne peuvent être montés que dans le cadre de coproductions, parce qu’ils ne sont pas facilement « distribuables ». »

Entendez : « FM » Pensenti n’est pas franchement prêt à se caler sur grandes ondes dans sa démarche artistique effectivement « sans concession » : « Ne vous méprenez pas : je suis plutôt un artiste qui fonctionne bien quand il s’agit de répondre à une « commande » ; en Slovénie, un de mes spectacles a raflé 5 prix à l’équivalent de nos Molières. La seule chose, c’est je ne veux pas passer tout mon temps à négocier, à parler de cofinancement ; je ne suis pas un vendeur de produit. » On pousse la logique : et si demain la Comédie Française vous demande de monter un Marivaux, c’est oui ? « J’ai fait une Fausse suivante pour le Deutsches theater de Berlin en 2001… Pas sûr que la Comédie Française m’appelle, mais si c’est le cas nous verrons », affiche-t-il dans un sourire mesuré.

Une chose est sûre : ce n’est pas avec A sec, opus qui sera créé demain à la Friche Belle de Mai (avant de nouvelles extraditions, en particulier au Japon, pour un Hamlet), que Pesenti deviendra mainstream. Et si le nom de Tchékhov apparaît encore sur le dossier de presse, « on a tellement caviardé dedans qu’il doit rester quelques « quelle heure est-il ? », tout au plus », coupe-t-il avec malice. Didier Da Silva est également mentionné, « avec deux beaux monologues, « Paradise lost », construits sur un concassage de paroles de chansons rock, et que l’on n’avait pas utilisé sur la précédente pièce. Je trouvais ça dommage… » Mais, même à la veille de la première, rien n’est figé concernant cette pièce placée sous l’égide de Deleuze et de sa notion d’« épuisement des possibles » développée au sujet de Beckett : « Je me suis réveillé ce matin avec la conviction qu’il fallait tout changer dans la deuxième partie… »

« La séduction, je m’en fous »
« Le principe, c’est d’être imprévisible ; le désir de travailler avec ces acteurs que je connais depuis longtemps -pour certains plus de 20 ans- n’implique pas qu’il y ait des « traces » des précédents spectacles. Je voulais simplement que ce soit la dernière fois, et que l’on interroge, à partir de ce « point final décidé », cette question du « jamais plus », de la disparition, de ce qui vient quand on sait qu’on ne sera plus ensemble. Le reste, le texte, les personnages, la durée, les lumières, le « spectaculaire », la séduction, je m’en fous ; même la musique -au départ, je voulais qu’on entende les Stones-, j’ai laissé tomber. Ici les lois sont intérieures, elles convoquent des valeurs de défaillances, des corps peu glorieux, des histoires pas toujours propres, des fragilités avouées. A l’opposé du chœur antique, ceux qui sont là se foutent de tout. La loi, c’est qu’ils soient là, et en soi c’est déjà du théâtre. Peu importent les systèmes relationnels ou les « figures ». »

Face à ce qu’il affiche lui-même comme « un objet mal identifié », Pesenti risque, une fois de plus, d’énerver le spectateur : « La provocation que les spectateurs croient que je leur adresse est inexistante ; mais effectivement, j’essaye de perturber ce qu’il se passe dans la salle, de placer le public face à ce qu’il croit être venu chercher, face à ce qu’il n’accepte pas, face à ses déceptions. Bien sûr, être poussé comme ça à « témoigner d’eux-mêmes », ce n’est pas très confortable… » Parés pour l’inconfort ?

PROPOS RECUEILLIS PAR DENIS BONNEVILLE / La Marseillaise

« A sec », de François-Michel Pesenti,avec des extraits de textes de Tchekhov et de Didier Da Silva, avec Marcelle Basso, Eric Feldman, Marianne Houspie, Boris Lemant, Henriette Palazzi, Pierre Palmi et Emmanuèle Stochl, du 17 au 20 et du 22 au 24/2 à 20h30 à la Cartonnerie, Friche Belle de Mai, 41, rue Jobin, Marseille 3e. Infos 04.95.04.95.04 et lafriche.org Réservations auprès du Merlan-scène nationale, 04.91.11.19.20 et merlan.org
photo Francis Blaise

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