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MOYEN-ORIENT : Et si l’on s’intéressait un peu au sort des femmes ?

30 Sep

Le conflit entre sunnites et chiites ne cesse de prendre des dimensions alarmantes en Irak, au Koweït, mais aussi au Liban, à Bahreïn et dans d’autres pays du Golfe. L’insulte faite à Aicha, l’épouse de Mahomet, par un clerc chiite a failli mettre le feu aux poudres. Réaction outrée du quotidien koweïtien Al-Watan.

Al Watan / republié par Courrier International

Pourquoi les musulmans ne peuvent-ils développer d’autres formes de protestation pour défendre l’honneur d’Aïcha [épouse du Prophète, elle est considérée comme la « Mère des croyants » par les sunnites, mais honnie par les chiites en raison de son attitude hostile à Ali, le quatrième calife, considéré comme le père du chiisme] ? La défense d’Aïcha justifie-t-elle vraiment l’explosion de tensions confessionnelles qui en est découlée au Koweït et ailleurs ? Au lieu de préparer le terrain pour des agressions et attentats entre sunnites et chiites dans certains pays de la région, on aurait pu se saisir de l’occasion pour attirer l’attention sur le sort des Aïcha contemporaines. Ainsi, l’Aïcha afghane, dont le magazine Time a fait sa fameuse une et à laquelle sa famille a coupé le nez. Dans ce même pays, les talibans mènent une guerre sans merci contre l’enseignement des filles : ils ont détruit, selon différents rapports, des dizaines d’écoles et ont menacé les familles qui continuaient de vouloir donner une éducation scolaire à leurs filles.

Pourquoi les musulmans ne s’intéressent-ils pas au phénomène du « tourisme marital » [du tourisme sexuel sous couvert de mariages « à terme », notamment de Saoudiens en Egypte et en Syrie], ni aux mariages arrangés avec des mineures, ni au sort des femmes répudiées et à leurs enfants ? Pour eux, le scandale, ce sont des mots, des discours, des symboles. Au lieu de défendre les millions de femmes du monde musulman qui vivent dans la misère absolue et subissent des injustices, ils réagissent à la question du voile en Grande-Bretagne, en Allemagne, à New York ou à Paris.
Les musulmans affirment que l’islam protège mieux la femme que le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l’hindouisme, le zoroastrisme, le bahaïsme et que sais-je encore. Pourquoi ne s’appliquent-ils pas à traduire ce discours dans la réalité ? Pourquoi ne font-ils rien pour que le monde musulman change ? Au lieu de quoi, on organise de bruyantes manifestations pour défendre « l’honneur » et « la dignité » d’une députée turque qui voulait porter le voile, pour clamer le droit de porter le niqab en France et pour dénoncer l’assassinat d’une musulmane en plein procès, dans un tribunal, en Allemagne.

Tout le monde sait que ces manifestations obéissent à des considérations partisanes, à des calculs politiques et à l’objectif de déstabiliser les régimes en place. Aucune organisation musulmane n’a fait part de sa colère contre les talibans. Aucune n’a annoncé un programme de mesures destinées à libérer la femme de sa triste condition. Au contraire, ces groupes ont réussi à priver les femmes du peu de droits et de libertés qu’elles avaient réussi à obtenir et continuent de pourchasser les femmes éduquées, les femmes qui travaillent, les femmes qui refusent d’être soumises.
De l’avant, Koweïtiennes, Arabes, musulmanes ! Dépassons ces symptômes d’une époque de fanatisme brouillon. Construisons l’avenir… radieux pour les femmes. Sauvons des millions d’Aïcha bien réelles, bien vivantes, bien de nos jours, qui continuent de subir violences et affronts.

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Des vacances dans les quartiers nord de Marseille !

21 Sep


Le temps d’un week-end, cinq habitants des quartiers du nord de Marseille ont accueilli des touristes désireux de s’aventurer hors des sentiers battus, une expérience d’échanges originale destinée à aboutir à la création de 50 chambres d’hôtes d’ici 2013.

20 SEPTEMBRE 2010 / libé-voyages
photos: Elvire R / texte: afp

Le pari, un peu fou, dans ces quartiers réputés défavorisés, avait été jugé avec scepticisme par certains. « Dans les cités, ça a pas mal ricané, mais finalement toutes les chambres ont été réservées », raconte Pascale Reynier, adjointe à la culture de la mairie du huitième secteur (XVe et XVIe arrondissements) et présidente de la Commission patrimoniale qui pilote le projet « Hôtel du Nord ».

Derrière ce succès, elle voit l' »envie d’aller de l’autre côté du miroir, de vivre une expérience unique, comme aller dans Harlem et le Bronx à New York, toutes proportions gardées ».

Bastides, maisonnettes d’ouvriers et HLM : différentes formes d’habitat ont été sélectionnées pour donner une image représentative de l’architecture de ce territoire. Le tout sous la houlette de maîtres de maison « tous engagés dans le patrimoine de leur quartier, d’une manière ou d’une autre », explique Christine Breton, conservatrice du patrimoine à l’origine de l’initiative.

Prix du séjour : de 135 à 165 euros (dont 60 à 70 euros sont reversés aux hôtes) pour deux nuits avec petit déjeuner, deux repas, des balades pour explorer les quartiers, une carte de bus et une enveloppe de bienvenue (programmes culturels, savon, CD de paroles d’habitants, ouvrage).

En créant « des lieux d’hospitalité » dans ces arrondissements qui comptent très peu de structures d’hébergement pour une population de près de 100.000 habitants, « le but du projet – qui s’inscrit dans le cadre de la Convention de Faro du Conseil de l’Europe -, c’est que les habitants se réapproprient la force économique que représente le patrimoine », note Mme Breton.

Christiane Martinez, « fière et émue d’accueillir » la Parisienne Michèle Jolé, sociologue de profession, dans son modeste appartement en rez-de-chaussée de la cité de la Visitation, aspire elle à « changer l’image de son quartier », tout comme Zohra Adda Attou, qui veut faire découvrir sa cité du Plan d’Aou « de l’intérieur ».

Les convives, venus de la capitale, de Suisse ou de Vitrolles, à une vingtaine de kilomètres de là seulement, ne sont pas des touristes ordinaires, « mais des gens curieux, qui veulent voyager différemment », selon Marie Duhammel, de l’association de tourisme solidaire Taddart.

Au tourisme en banlieue, qui peut être perçu comme du voyeurisme ou un concept de bobos, « Hôtel du Nord » préfère en effet la notion de « voyage », souligne Prosper Wanner, chargé de mettre sur pied la société coopérative gérant le label « Hôtel du Nord » (hoteldunord.coop).

Car « voyager, c’est rencontrer la diversité et avoir un rapport différent au monde, alors que le touriste consomme non-stop et passe à côté de tout ce qui est rencontre ».

M. Wanner évoque aussi une « forte demande des acteurs économiques » – comme la Savonnerie du Midi qui a logé par ce biais des partenaires maliens -, « des acteurs culturels qui ont des artistes en résidence et du réseau d’associations travaillant sur le Maghreb ». Ensuite, pourquoi ne pas attirer quelques-uns des nombreux croisiéristes qui font halte à Marseille et le personnel de bord ?

Le bilan de ce premier séjour test, lancé à l’occasion des vingt-septième Journées du Patrimoine, sera dressé en octobre. Objectif : parvenir à « 50 chambres, 50 itinéraires et 50 hôtes formés en 2013 », année où Marseille-Provence sera capitale européenne de la culture

BARCELONE : La culture, un rempart contre la crise

19 Sep

Les ventes de livres de poche et la fréquentation des bibliothèques et des théâtres connaissent un essor étonnant dans un pays durement frappé par la récession. Tour d’horizon à Barcelone.

05.03.2009 | Josep Massot | La Vanguardia republié par Courrier International

De quoi sommes-nous prêts à nous passer en temps de crise ? Pas d’une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”, disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu’en Espagne aussi la culture n’est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.
Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation, l’adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même “franchement bien”, reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions DeBolsillo au sein du groupe Random House Mondadori. “En janvier, les ventes de livres de poche ont augmenté de 17 % en Espagne”, souligne-t-elle. L’éditrice est à la tête d’une collection qui représente 40 % du marché espagnol du livre de poche. DeBolsillo ne change rien à son programme : 280 titres par an, des prix oscillant entre 5,95 et 9,95 euros, des tirages de l’ordre de 50 000 à 100 000 exemplaires et un catalogue mêlant best-sellers, ouvrages de développement personnel et littérature de qualité.

Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste attend qu’il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n’ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d’avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. “Le livre ne connaît pas de grandes oscillations”, assure Antonio María Avila, directeur de l’Association professionnelle des éditeurs. “Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22 % à 37 %.”

Plus la situation s’aggrave, plus les gens lisent

De fait, certaines librairies s’en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d’établissement qui se porte bien. “On craignait le pire”, commente Antonio Ramírez, son directeur. “En novembre, il ne venait presque personne, mais, à la mi-décembre, tout a changé et les ventes ont augmenté de 7 %. Nous avons terminé l’année sur une hausse de 4 % à 5 %. Et, en janvier, nous avons progressé de 1 %.”

“Si le livre résiste bien à la crise, poursuit-il, c’est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s’en veulent d’avoir gaspillé, d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants.” Quant au prix, il revêt aujourd’hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d’art ont chuté de 15 %. “Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramírez, et je crains qu’il n’y ait un appauvrissement en termes de qualité.” Le secret de La Central ? “Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu’ici il ne trouvera que du bon.” Un pronostic ? “Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus.” Des chan­gements d’orientation du fait de la crise ? “Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu’aux nouveautés.”

Autre conséquence directe de la crise : les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11 % en 2008, pour atteindre 5,7 millions d’usagers, et les prêts de livres de 12 %.

De quoi sommes-nous prêts à nous passer en temps de crise ? Pas d’une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”, disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu’en Espagne aussi la culture n’est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.

Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation, l’adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même “franchement bien”, reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions DeBolsillo au sein du groupe Random House Mondadori. “En janvier, les ventes de livres de poche ont augmenté de 17 % en Espagne”, souligne-t-elle. L’éditrice est à la tête d’une collection qui représente 40 % du marché espagnol du livre de poche. DeBolsillo ne change rien à son programme : 280 titres par an, des prix oscillant entre 5,95 et 9,95 euros, des tirages de l’ordre de 50 000 à 100 000 exemplaires et un catalogue mêlant best-sellers, ouvrages de développement personnel et littérature de qualité.

Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste attend qu’il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n’ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d’avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. “Le livre ne connaît pas de grandes oscillations”, assure Antonio María Avila, directeur de l’Association professionnelle des éditeurs. “Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22 % à 37 %.”
Plus la situation s’aggrave, plus les gens lisent

De fait, certaines librairies s’en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d’établissement qui se porte bien. “On craignait le pire”, commente Antonio Ramírez, son directeur. “En novembre, il ne venait presque personne, mais, à la mi-décembre, tout a changé et les ventes ont augmenté de 7 %. Nous avons terminé l’année sur une hausse de 4 % à 5 %. Et, en janvier, nous avons progressé de 1 %.”

“Si le livre résiste bien à la crise, poursuit-il, c’est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s’en veulent d’avoir gaspillé, d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants.” Quant au prix, il revêt aujourd’hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d’art ont chuté de 15 %. “Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramírez, et je crains qu’il n’y ait un appauvrissement en termes de qualité.” Le secret de La Central ? “Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu’ici il ne trouvera que du bon.” Un pronostic ? “Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus.” Des chan­gements d’orientation du fait de la crise ? “Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu’aux nouveautés.”

Autre conséquence directe de la crise : les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11 % en 2008, pour atteindre 5,7 millions d’usagers, et les prêts de livres de 12 %.

Le secteur le plus dynamique est le théâtre. Daniel Martínez, directeur du groupe Focus, déborde d’enthousiasme. “L’année dernière, se réjouit-il, la fréquentation théâtrale a augmenté de 20 %, grâce aux comédies musicales, et le public des salles alternatives de 30 %.” En 2008, plus de 2,6 millions de spectateurs se sont rendus dans les salles conventionnelles, soit 400 000 de plus qu’en 2007. Focus compte 212 salariés et emploie au total 400 personnes en comptant les emplois temporaires. “Contrairement au cinéma ou à la mu­sique, rappelle-t-il, le théâtre est une représentation unique et irremplaçable. Loin de souffrir des innovations technologiques, il en bénéficie.” Les 35-55 ans constituent 70 % du public. Pour l’instant, les prix n’ont pas baissé et l’amateur de théâtre semble épargné par le chômage.

Les musées connaissent une nouvelle jeunesse

En ce qui concerne l’art, le musée d’Art contemporain de Barcelone (Macba) est parmi ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Il a terminé l’année 2008 avec une hausse de la fréquentation de 15 %, alors que d’autres musées pâtissaient de la nette diminution du tourisme. Bartomeu Marí, son directeur, attribue cette hausse au succès des programmes éducatifs et constate que “le public s’est habitué à visiter le musée”. Pour cette année 2009, il s’attend encore à une croissance en hausse. Sa recette ? Entre autres, “fidéliser le public par des expositions plus attrayantes et des visites guidées”.

Le cinéma, en revanche, est avec la musique le secteur en proie aux plus grandes difficultés financières, en raison de la concurrence des DVD et du déséquilibre entre le cinéma américain et le cinéma européen. En temps de crise, les producteurs sont moins enclins à prendre des risques. Parmi les différents festivals de films qu’orga­nise le Centre de culture contempo­raine de Barcelone (CCCB), l’Alternativa est celui qui rencontre le plus de succès. Il en est à sa quinzième édition et attire un public qui déserte les salles moins exigeantes. Le secret de son succès, selon sa directrice, Margarita Maguregui, tient à ses critères de sélection : sur 2 400 films proposés, seuls 79 sont retenus.

Jordi Martí, responsable de l’Institut culturel de Barcelone (ICUB), qui dépend de la municipalité, souligne que son budget a été revu à la hausse en 2009 (+ 11 %) pour tenir compte des dotations destinées à des projets qui vont souffrir de la crise ou de la désertion des mécènes privés. “La consommation culturelle augmente, affirme-t-il, parce que la culture est devenue indispensable à beaucoup de gens.”

AILLEURS | Un référendum en forme de plébiscite pour l’AKP

14 Sep


Le parti gouvernemental est le grand vainqueur de ce scrutin. L’opposition et l’extrême droite en sortent affaiblies, ce qui fait les affaires de l’ambitieux Premier ministre Erdogan.

14.09.2010 | Rusen Cakir | Vatan | republié par Courrier International

Le résultat du référendum constitutionnel [58 % en faveur du oui, 42 % pour le non] est un succès pour le parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamiste modéré). Quoi qu’on en dise, ce scrutin était aussi considéré comme un vote de confiance vis-à-vis du gouvernement. Et la population a tranché en faveur de l’AKP. De ce point de vue, la stratégie adoptée par les partis d’opposition a été mauvaise. Le premier vainqueur de cette consultation populaire directe est donc sans conteste le Premier ministre Erdogan qui a pratiquement mené la campagne à lui tout seul. Dans ce contexte, sa détermination à devenir président de la République s’en trouve renforcée. Ce référendum était d’ailleurs pour lui en quelque sorte une répétition en vue de la présidentielle prévue en 2014.

Fethullah Gülen et sa communauté [néo-confrérie islamo-moderniste disposant d’importants relais médiatiques et de réseaux scolaires] peuvent également être considérés comme faisant partie des vainqueurs de ce scrutin. Pour la première fois sans doute, Fethullah Gülen [qui vit aux Etats-Unis] a pris le risque à la veille d’une élection/référendum de s’engager publiquement et de façon délibérée en faveur d’une des parties en présence. Bien que cet engagement ait provoqué des réactions très négatives de la part de l’opposition et malgré la sortie d’un livre événement écrit par un haut responsable de la police accusant cette communauté d’avoir précisément colonisé le ministère de l’Intérieur, il semble que le résultat de ce référendum soit tout profit pour Gülen. Le Premier ministre Erdogan a d’ailleurs réalisé un acte inédit en remerciant publiquement de façon allusive mais claire Fethullah Gülen lors de l’allocution qui a suivi l’annonce des résultats.

Si le Parti républicain du peuple [CHP, kémaliste, favorable au non] n’a pas répondu aux attentes suscitées par l’arrivée à sa tête d’un nouveau secrétaire général, Kemal Kiliçdaroglu, ce qui ne va pas manquer de raviver les dissensions au sein de ce parti, le grand perdant du scrutin est sans nul doute le Parti d’action nationaliste [MHP, extrême droite]. En analysant les résultats du référendum région par région, on constate en effet que le MHP et son leader Devlet Bahçeli n’ont pas réussi à convaincre les électeurs de voter non, en particulier dans ses bastions de la mer Noire, du centre et de l’est de l’Anatolie. Toute la stratégie de ce parti reposait sur une critique de l’“ouverture kurde” lancée par le gouvernement et l’AKP. Lorsqu’on regarde en détail les résultats, on voit ainsi que l’électeur du MHP, dont la sensibilité nationaliste turque est pourtant très forte, n’a pas pris au sérieux les accusations [de collusion avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)] portées contre l’AKP, ou bien a considéré qu’elles n’avaient rien à voir avec le projet de révision constitutionnelle.

L’appel au boycott lancé par le Parti pour la paix et la démocratie (BDP, héritier de différents partis prokurdes interdits] a été un succès qui a permis à ce parti de montrer la solidité de son ancrage régional. Désormais, plus personne ne peut nier que dans les régions du sud-est anatolien où les combats entre le PKK et l’armée turque ont été les plus intenses, le BDP (et par conséquent le PKK) dispose d’une base populaire très forte. Par ailleurs, le fait que les électeurs kurdes qui se sont rendus aux urnes ont voté massivement en faveur du oui montre que ce boycott était dirigé contre le oui dans une région où l’AKP constitue actuellement le seul rival du BDP. Toutefois, l’effet de ce boycott doit être relativisé dans la mesure où il n’a pas réussi à influencer le résultat d’ensemble de cette consultation.

Finalement, ce référendum montre que l’AKP se retrouve en position de force tant dans les régions où le nationalisme turc est puissant que dans celles où le nationalisme kurde est solidement ancré. Dans ces conditions, et malgré les critiques contradictoires qui émanent et du courant nationaliste turc et de son pendant kurde, les obstacles empêchant l’AKP de poursuivre son “ouverture kurde”, qui était au point mort, semblent être levés. Dans un contexte où les nationalismes turc et kurde se nourrissent l’un de l’autre, la défaite du parti nationaliste turc et le succès très relatif du parti incarnant la mouvance prokurde à l’occasion de ce référendum brisent cet “équilibre” et pourraient avoir des conséquences politiques non négligeables.

Dans ces conditions, plus rien en principe ne s’oppose à ce que le Premier ministre tienne sa promesse sur l’adoption d’une “nouvelle Constitution civile”, projet qui constituera très certainement le principal slogan de campagne de l’AKP pour les prochaines élections législatives prévues en juillet 2011.

ALGER, LE PARFUM DES FLEURS D’ORANGER

14 Sep

Par Célia Héron | libé-voyages

13 SEPTEMBRE 2010
PHOTOS: CC TOUFIK LERARI

Le premier cahier était le plus épais. Le temps avait jauni ses feuilles trop fines. C´était sa trace à elle dans l’Histoire, une trace d’encre, pour effacer les traces de sang. Celle de sa mère. Au hasard des pages, le papier glisse sous ses doigts. Un jour, elles avaient senti la fleur d’oranger. Je m’envole.

12 avril 1959

Aujourd’hui, j’ai tué le poisson de Mme Bompard. Je ne voulais pas. Mais c’est arrivé. C’était l’heure du déjeuner. Dans le réfectoire, bruits de couverts, chahut discret, odeurs collantes de fritures. Chaleur dorée d’Alger. «Silence !» Mme Bompard a surgi dans le réfectoire. Elle a traversé la salle, raide comme le silence. Son doigt s’est pointé sur mon visage, trop foncé pour me rendre anonyme. J’ai 14 ans mais je ne suis pas bête.

«Vous. Levez-vous ! Prenez l’assiette à déchets. Là. Mangez.»

Quelques rires étouffés, des froissements de voix blondes, puis de nouveau, le silence. Dans l’assiette, arêtes et peaux grisâtres, morceaux de pain trempés de sauce orange, restes de macédoine multicolore. J’ai mangé. Sans lever les yeux de cette assiette. Un vrai tableau qui s’appauvrissait au fur et à mesure que j’avalais. Je pensais à maman, à son regard grave : «Ne réponds jamais ! Même si on te frappe, tu n’as rien à rendre. Répète après mois : « Je n’ai rien à vous rendre. »» Je répétais, je répétais, même quand elle n’était plus là pour m’observer, même aujourd’hui dans mon silence.

La sonnerie nous a libérées. Je me suis dirigée vers son bureau, à l’entrée du lycée. Sur le meuble noir trônait son aquarium, sa fierté : le poisson rouge. Je l’ai saisi pour l’écrabouiller. Il s’est échappé et s’est mis à rebondir, petite balle ridicule. Qu’il crève. «Qui a commis ce crime ? Qui est l’assassin ?» Elle souffrait. Je scrutais le sol, attentive et muette. Une seule question : Va-t-elle pleurer ? Est-ce que les Français pleurent, eux aussi ?

23 juillet 1961

Ne rien ressentir, ne rien montrer, surtout pas la peur. Moi, je n’ai rien montré aux soldats du check-point cet après-midi. Le bus scolaire s’est arrêté. Les camarades de classe ont commencé à chanter : «Non… Rien de rien… Non… Je ne regrette rien.» De plus en plus fort.

A la fin, ils hurlaient, les pieds-noirs. «Je ne regrette riieeennn.» Et nous, les quatre Arabes du lycée français, tassées au maximum sur nos sièges, le regard vide. On n’a rien dit. On n’a pas baissé les yeux. La guerre va finir. Toutes les guerres finissent, Maman me le répète chaque soir. Il faut juste ne pas mourir avant la fin.

19 mars 1962

Ce matin au lycée, Mme Bompard, n’a pas hurlé pour nous mettre en rang. Les filles parlaient entre elles en nous regardant : on était exclues du complot qui se tramait. Derrière les murs du lycée, des bruits étranges, une agitation confuse, puis une rumeur dans la rue qui brusquement s’est amplifiée. «Al-gé-rie fran-çaise !»

La haine est un conducteur puissant. La cour s’est électrisée. La porte du lycée a-t-elle cédé sous la pression ou a-t-elle été ouverte ? L’espace n’était plus qu’un cri : «Al-gé-rie fran-çaise !» Instinctivement, on s’est rassemblées dans le seul coin de la cour qui avait une issue possible : la loge du concierge. M. Matthieu a senti le danger. Il est venu se placer à quelques mètres de nous. Quand la masse hurlante a voulu s’approcher, il a ouvert les bras. Le message était clair. «Vous passerez d’abord sur mon corps.» Il nous a regardées. Son pauvre sourire disait «courage». Une dizaine de soldats français et quelques civils arabes sont arrivés sur les lieux, ils ont formé un cordon et nous sommes sorties de ce guêpier par le logement de la directrice. Chacune d’entre nous a été raccompagnée chez elle.

2 août 1980

C’est de pire en pire les restrictions d’eau à Alger. Plus qu’une heure pour tout remplir : baignoire, bassines, casseroles. J’ai fait la vaisselle et le parterre. Rageusement. Sans réussir à échapper au muezzin. «Allah est le plus grand !» Des fois je sens mon corps m’échapper, je n’ai plus de centre. Les minarets, les haut-parleurs qui s’invitent chez moi, les réveils glacés en pleine nuit, avec ce cri qui me vrille les tympans et l’âme. «Allah est le plus grand !»

Que veulent-ils ? Je ne sais même pas quand est-ce que tout cela a commencé. Conséquences des prêches de Khomeiny ? Frustration d’une population asphyxiée par la corruption des «grands» ? Et le vitriol jeté sur la face des «impies» ! Vengeance des hommes sur les femmes… ? Enfin voilées, enfin soumises ! «Aslam, taslam» : «Soumets-toi, tu seras sauvé»… Je préfère mourir.

Se rincer, sentir l’eau tiède essuyer les gouttelettes de sueur, échapper à la chaleur du ciel et au harcèlement des «frères». Fatigue.

14 juin 1981

Les moteurs font mousser l’eau de la baie. La ville est déjà loin. Partout, la mer. Les sentiments s’entrechoquent comme notre vaisselle dans la soute. C’est fini, la peur au ventre.

23 novembre 1982

J’ouvre la fenêtre. Grande bouffée d’air parisien. Je cherche du travail. Quelque chose qui me fasse vivre. Pas survivre.

Imprimé en moi, le désir maladif, non négociable, d’être une femme libre. Quel qu’en soit le prix. Je sens l’absolue nécessité de communiquer avec d’autres pour VIVRE. Briser le silence. Dominer les peurs. C’est ce que je veux pour moi et c’est ce que je veux partager.

17 janvier 1989

Ce matin, au cours de français, la chaise de M. Emre était vide. L’inquiétude s’est vite installée parmi mes élèves. Les accents, les couleurs, les âges, et l’envie d’apprendre se mélangent sur ces visages d’exilés. Ils me regardent. Tout un monde réuni dans les 30 mètres carrés du centre social. Deux coups frappés et la porte s’est ouverte sur M. Emre, son sourire a éclairé la pièce. Il a bien ménagé son effet de surprise. «J’ai réussi ! Je suis allé à la banque. J’ai rempli mon chèque comme on a appris avec Zakiya. Je l’ai donné à la dame. J’ai signé. Elle m’a donné l’argent. Regardez ! Elle m’a donné l’argent !» Il avait dans le regard la fierté d’un enfant qui a surmonté l’obstacle.

Je les aide à conquérir une parcelle de liberté, ils me renforcent dans le sentiment que la vie peut avoir du sens. Même dans le gris et la pluie. Même dans le manque de parler sa langue maternelle.

Quand la vie sans parents n’a plus aucun sens

14 Sep

AILLEURS

14.09.2010 | Expreso | COURRIER INTERNATIONAL


Depuis 2005, 58 enfants ont mis fin à leurs jours dans le sud de la province de Chimborazo [centre du pays]. Ces suicides seraient en rapport avec le taux élevé de migration de leurs parents
.

La jeune fille avait 17 ans lorsqu’elle a mis fin à ses jours en ingérant une forte dose de mort-aux-rats. Quelques jours auparavant, elle avait été humiliée publiquement, accusée d’avoir volé des vêtements dans l’une des petites boutiques de l’étroite rue Simón-Bolívar, axe principal du bourg de Chunchi, dans la province de Chimborazo.

Avant sa mort, Lourdes del Rocío a rédigé une lettre, qui a été lue ensuite dans son lycée, pour justifier son acte. Elle y écrit que ses parents, partis avec les “coyotes” [passeurs] après sa naissance, lui ont toujours manqué. Elle a été élevée par ses sœurs qui, au fil des ans, ont fondé leur propre foyer et l’ont hébergée tour à tour.

Depuis 2005, 58 enfants, tous fils de migrants, ont mis fin à leurs jours dans cette région du centre du pays. Alors que cette zone connaît déjà un déclin démographique, la mort d’un si grand nombre d’enfants multiplie les problèmes.

Le maire, Walter Narváez, relate avoir rencontré une communauté de 4 500 personnes originaires de Chunchi lors de sa dernière visite aux États-Unis, alors que dans le canton de Riobamba, où se trouve Chunchi, 780 enfants vivent désormais sans parents. Désormais, dans ce bourg d’environ 7 000 habitants, on ne croise plus que des grands-parents et des petits-enfants.

La mairie a dû intervenir pour pallier ces abandons. Une fois identifié les 205 cas les plus complexes de la zone, le conseil municipal a mis en place un plan incluant alimentation, devoirs dirigés, activités sportives et culturelles pour que les enfants de migrants emploient leur temps libre de la meilleure manière qui soit. Dans le canton de Chunchi, on ne trouve personne dont un membre de la famille ne se soit aventuré un jour sur la route des “coyotes”. Leurs récits sont terrifiants et leurs échecs de plus en plus nombreux. Le maire résume le problème par cette formule crue : “L’une de nos ambulances sert plus à ramasser les cadavres qu’à emmener les malades de la commune à l’hôpital.”

Pourtant, le village de Tauri, à cinq minutes à peine de Chunchi, semble revivre grâce à l’argent envoyé par ceux qui ont émigré. De grands immeubles achevés et d’autres en finition émaillent ce paysage de montagne escarpé. Beaucoup de façades sont ornées de l’image de la Vierge de Guadalupe [sainte patronne du Mexique], témoignage de la reconnaissance des voyageurs qui ont traversé le Mexique à pied et franchi la frontière avec succès.

Margarita Chomborazo Guamán, 39 ans, habite avec ses quatre enfants dans les hauteurs du village. Son dernier-né, deux ans à peine, a la citoyenneté américaine, car Margarita a vécu huit ans à New York, où elle travaillait comme femme de ménage. Mais elle s’est retrouvée au chômage après la crise et a décidé de retourner au pays. A son retour, son fils cadet de 17 ans, Telmo Leonidas, la supplie de l’aider à partir. “Il m’a reproché de ne rien faire pour lui. Je lui ai dit que là-bas rien n’est facile et qu’on souffre beaucoup. Il n’a pas voulu m’écouter : ils – les “coyotes” – sont venus nous voir et nous avons fixé le prix du voyage à 11 000 dollars [8 590 €]. Il est parti le 15 juillet”.

Mais le 26 août, elle a reçu un appel de son ex-mari, Telmo, qui réside aux Etats-Unis. Il l’a informée que “le passeur l’avait appelé pour lui dire que leur fils figurait sur la liste des 72 massacrés” [voir cet article sur le sujet].

Elle s’était engagée à verser à l’un des “coyotes” 2 000 dollars quand son fils arriverait au Guatemala, et le reste dès son arrivée au Texas. Mais les choses ne se sont pas passées comme ça. Pour cette mère, le fait que personne ne lui réclame l’argent est le signe évident qu’il n’arrivera pas à destination.

Elle garde cependant l’espoir que Telmo soit parti avec un autre groupe et qu’il se dirige maintenant vers Los Angeles, où résident d’autres proches.

Le Senami [Secrétariat national des migrants] lui a conseillé de ne rien dire aux médias, assurant que la démarche serait inutile pour ce genre de problèmes. Alors Margarita se contente d’attendre des nouvelles de son fils, tandis que les jours passent dans cette région où le temps semble s’être suspend

Afghanistan / Ne sacrifiez pas les femmes !

3 Août

Les Etats-Unis et l’OTAN semblent privilégier une stratégie de réconciliation avec les talibans. Mais les femmes craignent un retour à une privation totale de leurs droits et alertent sur les menaces et meurtres commis dans les régions encore contrôlées par les rebelles.

29.07.2010 | Patrick Cockburn | The Independent
Cet article a été traduit et republié par Courrier International :

En Afghanistan, dans les zones tenues par les talibans, les femmes se disent à nouveau inquiétées par les rebelles. Elles reçoivent des lettres les menaçant de mort si elles continuent à exercer librement leur profession. Les défenseurs des droits de l’homme craignent qu’un accord avec les rebelles [tel celui évoqué lors de la Conférence internationale de Kaboul, qui s’est tenue le 20 juillet] ne sacrifie les droits des femmes du pays. Beaucoup pensent qu’elles seront à nouveau réduites à une condition proche de l’esclavage, comme entre 1996 et 2001, lorsque les talibans régnaient sur une grande partie du pays. La guerre se trouve aujourd’hui dans une impasse et les dirigeants afghans et étrangers préparent le terrain pour des pourparlers avec les talibans. Ils assurent que ceux-ci sont plus modérés et pragmatiques que ceux qui ont été chassés en 2001. Le général Graeme Lamb, à la tête du programme de désarmement des talibans, a déclaré : « Ces talibans sont des gens du coin. L’immense majorité d’entre eux combattent pour gagner leur vie et non pour des raisons idéologiques. »

Pourtant, ce que vivent les femmes dans les zones tenues par les talibans contredit l’idée que les rebelles d’aujourd’hui leur seraient moins hostiles que ceux d’antan. Selon un rapport inédit de Human Rights Watch (HRW), réalisé à partir d’entretiens menés avec 90 femmes dans quatre provinces du pays, les femmes de ces régions sont privées de tout droit. Intitulé « Le taliban à 10 dollars et les droits des femmes : les femmes afghanes et les risques de la réintégration et de la réconciliation », ce rapport publié le 13 juillet démonte le concept du « taliban à 10 dollars », qui ne combattrait que pour de l’argent. Cette idée est mise en avant par les Etats-Unis et l’OTAN afin de faire accepter plus facilement l’idée d’un partage du pouvoir avec les talibans aux opinions occidentales, qui s’étaient auparavant entendu dire qu’ils étaient l’ennemi à abattre.

Le 13 avril 2010, Hossai, 22 ans, qui travaillait au service d’une organisation américaine d’aide au développement, s’est fait tirer dessus alors qu’elle sortait du travail. Elle est morte le lendemain. Elle avait été menacée par les talibans la semaine précédente. Les menaces sont souvent formulées par écrit, dans des lettres qui sont déposées la nuit devant la porte de l’intéressée – les « lettres de nuit »– ou à la mosquée du coin. Peu après l’assassinat de Hossai, Nadia, embauchée par une ONG internationale, a reçu une lettre lui ordonnant de ne plus travailler pour des infidèles. « De même que nous avons tué Hossai hier, dont le nom était sur notre liste, ton nom et celui d’autres femmes sont sur notre liste », ajoutait le courrier. Fin 2009, dans la province de Kapissa, à l’est de Kaboul, les femmes ont reçu l’ordre de ne plus téléphoner aux stations de radio pour demander que soient diffusées leurs chansons préférées sous peine de se faire décapiter ou asperger d’acide. Les écoles de filles, qui avaient refait leur apparition après 2001, reçoivent une fois de plus l’ordre de fermer. Dans la province de Kunduz, dans le nord, le chef des talibans locaux a ordonné que les filles n’aillent plus à l’école après la puberté. Le rapport de HRW demande que les femmes soient impliquées dans les négociations avec les talibans pour pouvoir défendre leurs intérêts. On voit mal comment ce serait possible, déclare une députée : « Les talibans préfèrent laisser une femme mourir dans la rue plutôt que de lui permettre d’entrer dans un restaurant où des hommes sont attablés. Voilà le genre de personnages à qui nous avons affaire. »

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