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QU’ILS S’EN AILLENT TOUS ! Juppé, Alliot-Marie : le mensonge en doctrine d’Etat

3 Fév

LE BILLET D’ANGELINA

On vient de l’apprendre ce jeudi 3 février en fin d’après-midi : selon le parquet de Paris et les résultats de l’autopsie diligentée par son procureur, M. Marin, pourtant peu suspect de gauchisme, l’Etat Français, par la voix du ministre de la Défense, a menti : les deux otages Français de l’Aqmi sont bel et bien morts (cf notre papier du 11 janvier) du fait de l’intervention intempestive de nos chers militaires français, et non de la main de leurs ravisseurs.

Encore une fois, les membres du gouvernement Sarko sont pris en flagrant délit de mensonge. Hier, c’était la pitoyable Ben Alliot-Marie qui se défendait mollement de tout conflit d’intérêt dans l’affaire du jet privé d’un ami du dictateur tunisien. On savait déjà qu’elle voulait faire profiter Ben Ali du savoir-faire des forces de l’ordre françaises. Mais de là à s’afficher en pleine insurrection aux côtés de la canaille affairiste ! Deux solutions : ou elle est parfaitement conne et incompétente (ce qui me semble probable), et donc n’a rien à faire dans la fonction qu’elle occupe, ou elle fait montre d’un cynisme effroyable, ce que par charité, nous n’osons penser. Dans les deux cas, elle ment plusieurs fois en toute arrogance : Comment peut-elle ne pas se souvenir de la date du premier mort par immolation en Tunisie, soit le 17 décembre, alors qu’elle est ministre des Affaires Etrangères (entendu sur France 2 hier soir) ? Comment peut-elle feindre d’ignorer les événements tunisiens et programmer un voyage d’agrément (avec son compagnon ministre lui aussi) dans un pays en pleine insurrection, accepter le jet privé d’un suppôt du dictateur, le tout en soutenant qu’elle se trouvait là en tant que personne « privée »‘ ? Quand on est ministre des Affaires Etrangères, vacances ou pas, on représente les intérêts de la France. On en est son premier ambassadeur, fêtes de Noël ou non. Et surtout, on sait très bien quelle est la situation politique exacte du pays dans lequel on excursionne au moment T.

Quant au mensonge éhonté de Juppé sur la prise d’otages qui a viré au cauchemar, aux Etats-Unis par exemple, pourtant peu modèle de vertu démocratique, lorsqu’un ministre d’Etat ment aussi effrontément, il s’en va.

Il n’en est pas de même visiblement dans la « première » (auto-proclamée) démocratie au monde, qui, par la voix de son président, n’en finit plus de donner des leçons de bonne gouvernance au reste de la planète. Et dont les ministres continuent de bafouer pourtant les règles élémentaires de la République -ou de la justice comme ce Hortefeux et ses deux condamnations. De quoi conforter tous les Moubarak dans leur volonté coûte que coûte de s’accrocher à un pouvoir usurpé. Après tout, pourquoi se gêneraient-il ?

Angelina Vivaldi

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TUNISIE : Gaffe à la gueule de bois !

19 Jan

LE COUTEAU DANS L’OS

Moi, perso, j’adore les révolutions. Celle que nos amis Tunisiens ont actée et vécue ces derniers jours peut paraître en tous points exemplaire, à plus d’un titre : pour le monde arabe, un minuscule pays (en taille) comme la Tunisie, qui se débarrasse de son autocrate de cette manière-là, en « douceur » et sous l’odeur du Jasmin (quelle stupide idée de communicant que d’affubler cette révolution-là de ce vocable…), est effectivement appelé à devenir un modèle pour tous. Bouteflika, Kadhafi, Moubarak et autres sanguinaires, serrez les fesses ! Tel est le message que ce peuple courageux fait passer dans le Maghreb et au-delà, au sein de toute la « rue » arabe.

Certes, certes. A y regarder de plus près, cependant -et au risque de nous faire une fois de plus quelques ennemis- je ne serais pas si euphorique. C’est que quelques faits têtus me dérangent. D’abord, cette soi-disant fuite du dictateur, on ne peut plus surprenante. En réalité une « exfiltration » due à la « bienveillance » intéressée de ses forces armées, sous l’égide une fois de plus « altruiste » de leurs amis américains, formateurs en titre de l’armée tunisienne. Un couloir aérien libéré quelques heures fort opportunément pour permettre à notre dictateur de s’échapper sans trop de dommages collatéraux. Et sans démissionner officiellement…

Ensuite, cette reprise en main suspecte du RCD, parti présidentiel jusqu’à hier membre de l’Internationale Socialiste, dont les membres les plus influents -et ayant du sang sur les mains comme ce Abdallah Kallal, ex-ministre de l’intérieur de Ben Ali, tortionnaire avéré, dorénavant président de la Chambre des Conseillers- n’ont pas l’heur de vouloir quitter leurs si confortables fonctions, ni les avantages qui y sont liés. Là encore, la rue parle, et demande aujourd’hui leur éviction. Tant mieux mais…

La Tunisie s’est effectivement débarrassée de Ben Ali. Mais quid de son parti (2 millions de membres), de sa police, de ses fonctionnaires ? Et de ses innombrables obligés : Hommes d’affaires, membres d’une famille hyperboliquement ramifiée, ou simples quidams du peuple devant au dictateur, qui un logement, qui une bourse ou un travail ? 23 ans de gouvernance maffieuse basée sur la corruption, les avantages concédés et les petits arrangements laissent des traces. En réalité, chaque famille tunisienne est mouillée. Chacune doit quelque chose au système Ben Ali, d’une manière ou d’une autre. On ne se déprend pas aussi facilement d’un système corruptif et corrompu qui a su prospérer grâce à -ou à cause de- l’omerta, et de l’accord tacite de toute une partie de la population. Oui, je sais, c’est très désagréable à entendre.

Cependant, les Tunisiens nous ont montré -avec cette fulgurance poétique- combien ils avaient su avec courage se défaire soudainement de cette dictature déguisée, un étouffoir qui depuis un quart de siècle, avec la complicité des nations, les laissait sans voix, sans représentants politiques ou syndicaux, sans presse, sans liberté en un mot. Belle épopée, qui entrera dans la mythologie et l’inconscient collectif arabe, aux côtés de ses hérauts du nationalisme pan-arabe, des luttes pour la décolonisation, du combat palestinien, et autres grands moments de la geste héroïque de ces peuples trop souvent étouffés, opprimés, spoliés de leurs terres… et sacrifiés à d’obscures tractations avec le monde occidental.

Grâce soit donc rendue à la rue tunisienne et à ses martyrs. Pour autant, ne nous méprenons pas sur le sens véritable de cette révolution, et de ce qu’elle implique pour tous. De ce qu’elle nous oblige, en tant que citoyens du Monde. Surtout, ici ou ailleurs, Arabes ou pas, Tunisiens ou pas, soyons vigilants à ce qu’il va advenir de ce souffle de liberté sans précédent. Ne le laissons pas retomber comme un soufflet, une fois l’émotion passée.

Quelques signes désagréables n’augurent rien de bon, comme cette désertion des Tunisiens de la toile, au profit de la chaîne d’info pro-islamique Al-jazeera (Cf article sur Slate.fr). Ou l’empressement de certains partis ou personnages « investis » de la stature d’opposants à trop vite revendiquer le processus de « démocratisation », pour mieux s’installer dans les oripeaux du pouvoir. Toutes choses et tant d’autres qui devraient inciter chacun à tempérer son enthousiasme. Nous, pauvres Occidentaux donneurs de leçons, toujours prompts à nous enflammer pour une cause ou une autre, y compris.

Gare au réveil. Qu’il soit exempt, je l’espère de tout coeur, de gueule de bois et d’amertume. Ce que nous pouvons souhaiter de mieux, de plus beau à nos amis, je m’y associe ardemment : Longue vie à la Révolution Tunisienne !

Antonio Sanz

Plus d’info : lire l’article de l’écrivain et journaliste Taoufik Ben Brik : La révolution trahie.

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