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MILAN : Le doigt d’honneur de la Bourse exaspère grave

19 Fév


LE COUTEAU DANS L’OS, une chronique d’Antonio Sanz

Un doigt d’honneur dressé face à la Bourse de Milan. L’oeuvre du sculpteur Maurizio Cattelan (1960) provoque encore une fois des aigreurs. La sculpture en marbre de onze mètres de haut, intitulée L.O.V.E., représente une main aux doigts coupés, à l’exception du majeur. Et elle siège sur la Piazza Affari, face au Palais de la Bourse – depuis le 24 septembre 2010 – à l’occasion de l’exposition personnelle de Cattelan au Palazzo Reale.

Artiste sans limites, Maurizio Cattelan avait déjà choqué l’Italie avec la statue du pape pape Jean Paul II renversé par une météorite (La nona ora) ou celle d’Hitler en train de prier à genoux. Celle-ci a plutôt provoqué un certain enthousiasme chez les Milanais, qui n’hésitent pas à se faire photographier devant. Fort de ce succès, la mairie a décidé qu’elle trônera encore jusqu’au 30 septembre, alors qu’elle devait être retirée le 4 janvier.

Mais cette prolongation n’est pas du goût, du tout, de Giu­seppe Vegas, le nouveau président de la ­Consob – l’autorité boursière. Contrairement à l’artiste, il n’y voit pas chez elle un «acte d’amour». D’ailleurs, il a menacé jeudi d’organiser dans une autre ville d’Italie la grand messe annuelle de l’institution – la première de sa présidence – si le «doigt» n’était pas retiré. En revanche, Cattelan a proposé de l’offrir à la ville si elle restait en place.

Dominique Poiret

Plus : Cf aussi notre article sur l’Art contemporain en Berlusconie

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ITALIE : Chefs-d’oeuvres en péril

11 Nov

L’effondrement de la Caserne des gladiateurs, à Pompéi, n’est que le prélude d’une longue série à venir. De nombreux édifices antiques sont en effet menacés de disparition, en raison d’une mauvaise gestion du patrimoine depuis de nombreuses années.

La Caserne des gladiateurs s’est effondrée, Pompéi, 6 novembre 2010.
Ne parlons pas de toutes les domus qui, à Pompéi, attendent depuis on ne sait combien de temps des travaux d’entretien et de restauration : elles sont évidemment en danger, se désagrégeant de minute en minute. Et pourtant, parmi ces ruines antiques, les édifices qui menacent le plus de s’écrouler sont finalement ceux qui ont déjà été restaurés, mais en dépit du bon sens. C’est exactement ce qui est arrivé à la Caserne des gladiateurs, qui s’est misérablement effondrée le 6 novembre. Dans le cas de plusieurs domus fragiles de Pompéi, on a cru bon d’intervenir avec du béton armé. Eh oui, comme s’il s’agissait de robustes structures modernes ! Ce matériau a été utilisé aussi bien pour les toits des domus et des édifices que pour leurs poutres, plus ou moins portantes.

Il suffit de jeter un œil au temple d’Apollon pour comprendre de quoi nous parlons. Ce dernier, à proximité du forum, fait partie des édifices les plus visités parmi les ruines antiques inscrites au Patrimoine de l’humanité de l’UNESCO. Le fer, resté un moment encastré dans le béton, est désormais à nu ; quant au béton, il s’est effrité sur la tête des touristes. Le même scénario et le même problème se reproduisent dans la très célèbre maison du Faune, mais également dans celle du Poète tragique, qui doit sa célébrité à la fameuse mosaïque Cave canem [Attention au chien] qu’elle renferme. Il va sans dire que, là aussi, ce n’est pas tant du chien qu’il faut se méfier que du fer et du béton armé, dont les structures antiques et fragiles de Pompéi ne supportent pas la pression, pas plus qu’elles ne supportent celle des terre-pleins et des serres floricoles. Autrement dit, tout ce qui pèse sur les fondations flageolantes de ces constructions vulnérables pose problème, puisqu’elles existaient déjà avant la naissance du Christ. Voici donc la liste d’autres risques d’effondrement dans ce site antique le plus célèbre du monde. Sur plus de 200 mètres, dans la rue de l’Abondance, non loin de l’endroit où s’est effondrée la Caserne des gladiateurs, le terre-plein sur lequel reposent les maisons n’est pas capable de contenir l’écoulement des eaux pluviales.

La partie antérieure de la maison de Julius Polybius, construite dans la région IX, est exposée à ce même risque et cela met en danger tous les édifices alentour, surtout à la saison des pluies. Subissent le même sort les domus et les structures de la rue de Stabies, qui donne dans la voie de l’Abondance et se trouve encore plus près du forum, donc facilement accessible pour les touristes. Dans cette rue, où l’on peut admirer les thermes centraux et les thermes de Stabies, la maison de Cecilius Jucundus ou encore celle du Cithariste, le problème, c’est le poids des serres. Elles aussi pèsent sur les constructions. Personne ne s’en est jamais soucié. D’ailleurs personne ne s’est jamais soucié d’aucun des nombreux problèmes à résoudre à Pompéi. Et, quand ce fut le cas, le plus souvent, la situation n’a fait qu’empirer. Ainsi, à 30 mètres de la Caserne des gladiateurs qui s’est écroulée, un auvent a récemment été construit, un petit balcon avec des poutres fichées en terre et accolées au terre-plein. Or il ne faut pas mettre de fer ni de béton armé dans la brique de Pompéi, c’est dangereux ; ce qu’il faudrait, en revanche, c’est du bois lamellé. Se promener à travers les ruines de cette merveille de l’Antiquité, c’est comme se mouvoir dans une cristallerie. Et pourtant, cet été, lorsqu’on a donné le feu vert aux travaux de restauration du Grand Théâtre, on n’a pas hésité à faire entrer excavatrices, pelleteuses et marteaux-piqueurs, comme s’il s’était agi d’un chantier à ciel ouvert pour un immeuble d’habitation.

10.11.2010 | Alessandra Arachi | Corriere della Sera

ITALIE : Dernières passes pour Silvio Berlusconi

8 Nov

La dernière révérence de Silvio ? Silvio Berlusconi est de nouveau au coeur d’un scandale sexuel. Trop c’est trop. L’événement doit signer définitivement la fin de l’ère berlusconienne, estime l’éditorialiste de La Repubblica.

02.11.2010 |  Eugenio Scalfari | La Repubblica

Les dernières chroniques de l’Italie berlusconienne, frasques d’un genre baptisé désormais « bunga bunga » (ou « crac crac » en référence à une blague fétiche de Berlusconi sur les pratiques sexuelles présumées des cannibales), m’ont laissé tout à la fois indifférent et stupéfait [le président du Conseil italien est au centre d’un nouveau scandale à la suite de révélations de la presse sur la présence d’une mineure marocaine, Ruby, à des soirées privées organisées dans sa villa de Lombardie. Berlusconi aurait également fait pression sur la police pour obtenir la libération de la jeune fille de 17 ans accusée de vol].

L’indifférence vient du fait que je connais Silvio Berlusconi depuis trente ans et qu’il y a bien longtemps que j’en suis arrivé à la conclusion que notre président du Conseil représente, par bien des aspects, l’Italien typique avec ses vices latents et ses qualités. Nous somme travailleurs, patients, accommodants, accueillants. Mais aussi fourbes, pleurnichards, vantards, rebelles, allergiques aux règlements, hypocrites. Égoïsme et générosité s’affrontent tout comme la versatilité et la cohérence, le mépris des institutions et les sentiments patriotiques. Berlusconi a réussi l’exploit de refléter les pires instincts du pays. Les vices latents sont remontés à la surface et ont pollué toute la société italienne, en enfouissant au plus profond le meilleur de nous-mêmes.

Cela fait trente ans qu’on observe un véritable processus d’abrutissement des masses qui s’inspire des techniques modernes de communication pour altérer la mentalité des gens et le fonctionnement des institutions. Ce scandale  » bunga bunga » n’est que l’énième confirmation de cette pédagogie inversée. Depuis dix ans, l’institution « gouvernement » a eu pour unique objectif de défendre la personne de Berlusconi contre les mesures de justice liées aux nombreux délits que lui ou ses entreprises ont commis avant et après ses débuts en politique. Parallèlement, l’institution « Parlement » a été asservie au pouvoir exécutif, tandis que le pouvoir judiciaire était quotidiennement bombardé d’insultes, de pressions et de menaces, lesquelles se sont également abattues sur la Cour constitutionnelle, le Conseil supérieur de la magistrature et le Chef de l’État. Le « chef » et ses vassaux ont tenté et tentent de construire une constitution basée sur le présupposé que le chef tient son autorité du suffrage populaire et par conséquent régit tous les pouvoirs de contrôle et de garantie.

Cette situation a été maintenue par une Italie que l’abrutissement massif avait privé de tout discernement critique et qui voyait dans le « chef » l’exemple à imiter et à soutenir. Le court-circuit que cela a provoqué dans le pays a permis à Berlusconi d’exhiber ses vices, sa richesse, la violation systématique des règles institutionnelles et même les règles du bon goût et de la bonne éducation. Il ne se passe pas un jour sans qu’il se vante de son comportement, de sa richesse, du nombre de ses villas, de son amour pour les femmes jeunes et belles, des festins qu’il organise pour « se détendre », des insultes et des menaces qu’il lance à tous ceux qui ne souscrivent pas à sa politique. Et il ne se passe pas un jour sans que cette Italie dont il parle et qu’il régente l’acclame et lui renouvelle sa confiance.

Mais il paraît désormais évident pour tous les Italiens normaux dotés d’un minimum de jugeote, dont le nombre est heureusement en train d’augmenter, que cette situation ne peut continuer. Dans n’importe quel autre pays démocratique occidental, une décision étatique y aurait mis fin depuis longtemps. Mais ici, il en va autrement. Au point où nous en sommes, il revient à tous ceux qui estiment nécessaire et urgent de mettre un terme à ce « bunga bunga » politique, constitutionnel et institutionnel, de secouer le cocotier. De présenter une motion de défiance qui ait la fonction qu’en Allemagne on qualifierait de « défiance constructive ». Le principe de cette motion pourrait se résumer ainsi : 1/ signaler au Président de la République l’existence d’une majorité alternative qui lui permet de nommer un nouveau gouvernement, comme le prévoit la Constitution. 2/ Faire la liste de quelques points de programme, à commencer par la restauration de la constitution, indispensable après le massacre qui a eu lieu ces dernières années.

Il ne s’agit pas d’instrumentaliser le scandale de cette mineure marocaine à des fins politiques. Il s’agit au contraire de mettre un terme à une gestion gouvernementale ruineuse basée sur « l’absence d’action » et la « mauvaise action », et enfin de démanteler la « clique » (Silvio Berlusconi et certains de ses collaborateurs, eux aussi touchés par des scandales sexuelles ou politico-judiciaires) qui ne fait que se renforcer depuis quinze ans en se moquant des naïfs avec le récit d’une fable improbable qui se finit bien. Au cours de son histoire, l’Italie a connu nombre de « cliques » similaires à sa tête, et à chaque fois, la fable s’est toujours mal voire très mal terminée. Cette expérience devrait nous aider à interrompre ce parcours au bout duquel se trouve immanquablement ruine sociale et perversion morale.

BIENVENUE AU CLUB : La droite la plus crade du monde

29 Oct

LE BILLET D’ANGELINA

La Droite. Cet amalgame de parvenus et de thuriféraires du Marché, la droite française n’en finit plus de plonger dans des abysses de vulgarité et d’obscénité. Il suffit d’écouter trois minutes le « patron » de l’UMP pour s’en convaincre : Comment un être aussi insipide et suffisant que Xavier Bertrand , aux ordres aveugles de son « mentor », peut-il s’autoriser sur tous les medias à asséner ses « leçons » de savoir-vivre citoyen et de « responsabilité », lorsque lui-même se répand tous les jours dans les pires des abjections, comme celle par exemple, qui lui fait défendre -au côté de Marine Le Pen, Bruno Goldnish, excusez du peu- ce papy flingueur de fillettes de l’Héraut, dont les victimes Roms avaient respectivement 11 et 13 ans, tirées à bout portant et « achevées » à coups de crosse ? Tout ça au nom du « droit à l’autodéfense », un concept cher jadis à la droite extrême des milices de l’Action Française et autres nauséabonds, revendication judicieusement remise au goût du jour par la bonne parole UMP.

Naguère, la Droite française, même si l’on ne partageait pas ses options, avait au moins le sens de quelques valeurs : la République, l’égalité républicaine, une certaine idée du progrès social, le respect de ses adversaires, de De Gaulle à Chirac, la Droite se respectait un minimum. Depuis Sarkosy et ses marionnettes propagandistes, ses amis du Fouquet’s et ses Bigart à vomir, où sont passées ces valeurs ? Ce n’est plus que république des copains, oligarchie digne de la Russie de Poutine, affichage Rolex et loi du plus fort (du plus truand ?), prébendes et passe-droits, bref, l’arsenal complet d’une caste de riches sûrs d’eux au service unique de l’intérêt des potes, de plus en plus riches eux aussi. Une « république » de voyous qui se vautre avec complaisance dans l’abjection la plus totale : mépris du peuple, course aux profits personnels, cynisme et arrogance… Bienvenue au Club envié des prédateurs de démocratie, dont les co-présidents Berlusconi et Poutine peuvent se réjouir.

D’ailleurs, à voir notre inestimable président se casser les reins en graciles courbettes devant un des pires autocrates de la planète, ce cher Nazarbaïev, dictateur du Kazhastan, dont même les patrons du Kremkin se méfient, au prétexte de contrats juteux pour ses potes de l’armement et de l’industrie, nous ne pouvons qu’écoeurés, souhaiter un tsunami de force 10 pour balayer en 2012 ce président et son parterre obligé de fossoyeurs de la droite, de la République et de la Démocratie tout à la fois.

Angelina Vivaldi

*A signaler la sortie de l’excellent film documentaire de Sabina Guzzanti « Draquila », qui démonte la farce berlusconienne avec humour et brio.

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