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IDEE 2011 : Pour éliminer la pauvreté, il faut payer les pauvres !

6 Jan

Le Brésil a-t-il inventé la méthode la plus efficace pour vaincre la pauvreté? La célèbre journaliste du New York Times Tina Rosenberg, qui a obtenu le prix Pulitzer pour son livre The Haunted Land (Le territoire hanté), en est convaincue. Dans les pages opinions du New York Times, elle met en avant la capacité du Brésil à partager la richesse nouvelle créée au cours des dernières années, au contraire des Etats-Unis.

Et le Brésil vient de loin. La ville de Rio de Janeiro doit notamment «sa réputation infamante au fait qu’on peut d’une baraque dans un favela misérable pratiquement voir à travers les fenêtres d’un luxueux condominium… Une partie du Brésil ressemble au sud de la Californie et une autre à Haïti».

Tina Rosenberg ajoute qu’encore très récemment le Brésil était le pays le plus inégalitaire au monde. Mais que ces inégalités se sont réduites au cours des dernières années plus vite que dans aucun autre pays au monde. Le revenu moyen des pauvres au Brésil au augmenté entre 2003 et 2009 sept fois plus vite que celui des riches. Durant cette même période, la part de la population considérée comme pauvre est tombée de 22% à 7%.

Et cette révolution est surtout la conséquence d’un programme social que le président Lula a étendu à une grande échelle, la fameuse Bolsa Familia (bourse familiale). Il s’agit d’une pension versée aux familles pauvres sous certaines conditions, notamment d’envoyer les enfants à l’école, de leur faire passer des visites médicales, de suivre des programmes d’aide sanitaire… Les paiements sont presque toujours attribués aux femmes compte tenu du fait qu’il y a beaucoup plus de chances qu’elles dépensent cet argent pour leur famille. Une famille au Brésil vivant dans l’extrême pauvreté double ainsi ses revenus avec la Bolsa Familia.

Pour Tina Rosenberg, le succès de la Bolsa Familia est de deux ordres. Immédiat, en apportant de l’argent à ceux qui en ont le plus besoin. «Cela marche. Et non, l’argent n’est pas volé ou récupéré par des personnes en ayant moins besoin…» Et à plus long terme, en donnant aux enfants une meilleure éducation et une meilleure santé.

Au rythme où va le Brésil, les Etats-Unis seront bientôt plus inégalitaires. L’article du New York Times souligne qu’entre 1980 et 2005, les quatre cinquième de l’augmentation des revenus aux Etats-Unis sont allés au 1% des Américains les plus riches…

Publié par SLATE le 04/01/11

BRESIL : l’élection en déchantant

31 Oct


CHANTAL RAYES / SAO PAULO / publié par LIBERATION.FR

L’héritière de Lula est assurée d’être élue dimanche, mais au terme d’une campagne décevante.

Ce ne sera peut-être pas la «raclée» électorale promise par le président Lula. Mais sa dauphine et ex-chef de cabinet, Dilma Rousseff, candidate du Parti des travailleurs (PT, gauche), est assurée de se faire élire ce dimanche à la tête du Brésil. Ancienne guérillera du temps de la dictature militaire, cette technocrate qui n’avait jamais disputé jusqu’ici la moindre élection devance largement José Serra, son adversaire à la longue carrière politique comme parlementaire, ministre, maire de São Paulo, puis gouverneur de l’Etat éponyme.

«Dilma», comme on l’appelle, est créditée de 49 à 52% des intentions de vote, selon les sondages, contre 38 à 40% pour Serra. L’élection présidentielle n’aura pas été la simple formalité que laissait présager la popularité inégalée de Lula (plus de 80% d’opinions favorables). «Beaucoup aiment le Président mais pas sa candidate, résume le politologue Jairo Nicolau. Dilma n’inspire ni confiance ni sympathie. Mais Lula lui-même n’a jamais été élu au premier tour. Il y a encore une forte résistance à la gauche.»

Ballottage. La candidate du PT est certes arrivée en tête du premier tour, le 3 octobre, avec 47% des voix (14 points d’avance sur Serra). Mais la surprise est venue de la troisième postulante, l’écologiste Marina Silva, une déçue du «lulisme» qui a raflé près de 20% des suffrages. Cette ancienne femme de ménage connue pour son intégrité et son combat pour l’Amazonie est la digne héritière du Lula d’avant, pas du manœuvrier qu’il est devenu. Elle a séduit les couches moyennes, sensibles à la cause écologique et lasses de la corruption. D’autant qu’à la veille du scrutin, un scandale de trafic d’influence est venu mettre en cause l’ex-bras droit de Dilma Rousseff, qui lui a succédé au poste de chef de cabinet de Lula.

La mise en ballottage de la candidate du PT l’a obligée à sortir un peu de l’ombre de son mentor. José Serra a obtenu pour sa part un sursis. Le candidat de l’opposition de centre droit s’est même pris à croire à un renversement de tendance. C’est sur lui en effet que devrait se reporter le gros des 20 millions de voix de Marina Silva. Il y a dix jours, l’écart avec sa rivale n’était plus que de cinq points, selon certains sondages.

Mais Dilma a regagné du terrain. La polémique sur l’avortement, qui l’a mise sur la défensive, est en effet retombée. Dans un Brésil croyant et conservateur, ses prises de position en faveur de la dépénalisation de l’IVG sont impopulaires et ont déchaîné contre elle une partie du clergé catholique et évangéliste. La candidate a dû s’engager par écrit à ne pas prendre l’initiative d’un amendement de la législation sur l’avortement si elle est élue. José Serra, qui l’accusait d’avoir «changé d’avis pour des raisons électoralistes», a lui-même abandonné ce filon quand la presse a révélé que sa propre épouse s’était fait avorter.

Ainsi, le bien-être social qui a marqué les deux mandats de Lula – en huit ans, 21 millions de Brésiliens ont quitté la misère tandis que 29 millions sont entrés dans la classe moyenne – redevient le facteur déterminant du scrutin. Du moins dans le nord-est déshérité, où Dilma a 37 points d’avance sur José Serra… contre 4 seulement dans le sud-est prospère, premier collège électoral.

A vrai dire, l’un et l’autre manquent de charisme et ne suscitent pas l’enthousiasme. Dilma a pour elle le désir de continuité de la majorité et Serra, son expérience. Le candidat de l’opposition serait «le mieux préparé pour la fonction». Il promet de maintenir les politiques sociales de Lula s’il est élu, mais critique le «noyautage de l’Etat par le PT». Pour le reste, la campagne n’aura pas beaucoup éclairé les électeurs. Aucun des deux candidats n’a évoqué les grands enjeux comme les mesures à prendre pour maintenir le rythme de la croissance (7% prévus cette année) ou la refonte d’une fiscalité qui pèse lourdement sur les pauvres.

Retenue. Le chef de l’Etat sortant, pour sa part, ne sort pas grandi de la campagne. Il s’est investi outre mesure auprès de sa protégée, au mépris de la retenue qui sied à sa fonction. Si Dilma l’emporte, quel sera le rôle de Lula ? Sera-t-il un président de l’ombre pour le tandem Medvedev-Poutine en Russie ? Certains le croient. D’autres craignent déjà un enracinement du PT au pouvoir à la manière du Parti révolutionnaire institutionnel au Mexique. On prête en effet à Lula, à qui la Constitution interdisait de briguer un troisième mandat consécutif, l’intention de revenir aux affaires en 2014.

BRESIL : Des riches plus riches, des pauvres toujours pauvres

30 Sep

Malgré les politiques sociales mises en place par le gouvernement, les inégalités se creusent, rappelle un célèbre éditorialiste brésilien.

30.09.2010 | Clovis Rossi* | Público republié par Courrier International

Le Brésil, depuis l’investiture de Lula en 2003, a connu une incontestable réussite. 19 millions de Brésiliens ont pu accéder à la classe moyenne depuis lors. 22 % des Brésiliens vivent en dessous du seuil de pauvreté (contre 35 % il y a huit ans). La croissance du pays reste soutenue (8,8 % pour 2010, selon Reuters), les aides aux plus démunis ont augmenté (le programme Bolsa Familia concerne 12 millions de foyers). On observe également une hausse du salaire minimum, passé en 2009 à 510 réaux (210 euros), soit une augmentation de 9,68 %. Le chômage touche moins de 7 % de la population active et l’inflation ne dépasse pas les 4,5 % par an. Le Brésil demeure toutefois en tête des pays émergents pour l’écart entre riches et pauvres.

S’il est un mythe qui a la vie dure à propos du Brésil de Lula, c’est bien celui de la diminution des inégalités. Le pays est depuis toujours celui des inégalités sociales les plus obscènes, mais la propagande officielle soutenue par certains universitaires spécialistes de la question veut nous faire croire à une fable selon laquelle les inégalités seraient en diminution, ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Pur mythe ! Certes, les inégalités salariales ont diminué, mais pas celles entre le capital et le revenu du travail. L’abîme qui sépare le capital et le travail atteint précisément le comble de l’obscénité. “Les revenus de la catégorie des plus nantis proviennent moins du travail que d’autres sources liées à la propriété (terres, actions, titres financiers)”, rappelle Marcio Pochmann, le président de l’Institut de recherches économiques appliquées (IPEA).

Cela ne change pas. Pendant ce temps, le programme Bolsa Familia [sorte de RSA local], dont le gouvernement Lula a considérablement étendu la portée, constitue le pivot de l’immense popularité du président brésilien. La Bolsa Familia bénéficie aujourd’hui à 12,6 millions de familles, pour un coût annuel de 13,1 milliards de reais [5,8 milliards d’euros]. Mais, parallèlement, les intérêts versés aux détenteurs de titres de la dette publique se sont élevés en 2009 à la somme astronomique de 380 milliards de reais, soit l’équivalent de 36 % du budget brésilien. Si, comme l’affirme João Sicsú, un autre économiste de premier plan de l’IPEA, 80 % de l’amortissement de la dette ne profitent qu’à 20 000 familles, celles-ci ont dû percevoir de l’Etat en 2009 une somme dont le montant est 23 fois supérieur à celui versé aux 12,6 millions de familles démunies.

Le mythe de la réduction des inégalités est également battu en brèche par une étude des Nations unies sur l’emploi et le développement humain au Brésil. Elle montre que “les intérêts, les revenus locatifs et les bénéfices constituent la part des revenus brésiliens qui a connu la plus forte croissance au cours de la décennie écoulée. Ceux-ci ont dépassé les revenus provenant du travail. En 1990, les gains financiers représentaient 38,4 % du revenu national, l’une des composantes du produit intérieur brut (PIB). Ils ont atteint en 2003 un pic de 51,7 %. La rémunération des personnes actives affiche la tendance inverse. Elle est passée de 53,5 % à 42,9 %.” Les données de cette étude s’arrêtent à 2003, exactement l’année où Lula est arrivé à la présidence de la République. Mais les chiffres des années suivantes, dont se servent les économistes, indiquent clairement que la situation n’a pas – ou guère – changé. L’ONU conclut que “les bénéfices de la croissance du PIB et ceux des entreprises brésiliennes obtenus grâce aux avancées de la technologie n’ont sans doute pas été répercutés dans les mêmes proportions vers les travailleurs”.

Face à cette évidence statistique, on ne peut que s’interroger sur les raisons de la persistance de ce mythe tenace de la diminution des inégalités. L’explication en est simple : l’indice [ou coefficient] de Gini, l’indicateur le plus communément utilisé pour mesurer les inégalités, prend en compte les revenus d’une classe sociale en y incluant non seulement les salaires, mais aussi toutes les aides sociales dont elle bénéficie, comme la Bolsa Familia, et même les retraites. De plus, au Brésil, les chercheurs n’ont pas accès aux revenus du capital des classes les plus riches. “Dans quelques mois, le recensement de 2010 montrera que nos inégalités en matière de salaires et de revenus restent à un niveau très élevé. Mais, tout comme moi, la majorité de ceux qui auront répondu à ce rapide questionnaire auront omis (intentionnellement ou non) les revenus autres que ceux du travail”, explique le Pr Cláudio Dedecca de l’université de Campinhas.

Parions donc qu’il existe au Brésil un niveau d’inégalités bien supérieur à celui qu’indiquent les statistiques. Mais cela ne signifie pas que l’existence de nos compatriotes ne s’est pas améliorée, bien au contraire. On vit mieux parce que les salaires ont connu une forte hausse, parce que la population active est plus nombreuse et parce que le crédit – qui était une utopie en période d’inflation – est désormais accessible à la plupart des gens. Bien sûr, comme souvent, les classes les plus aisées ont vu croître leur niveau de vie. Et, comme il en est de même pour les plus démunis, ceux-ci ne semblent pas soucieux de faire les comptes pour voir si leur vie s’est améliorée dans une plus faible ou une plus grande proportion que celle des riches. Ce qui les intéresse est de posséder un nouveau réfrigérateur, une nouvelle voiture, et de manger plus – et mieux – à table. C’est la raison pour laquelle la candidate de Lula à la présidence, Dilma Rousseff, a de très grandes chances de l’emporter dès le premier tour, le 3 octobre 2010, bien qu’elle n’ait jamais participé à la moindre élection.

Note : * Editorialiste au quotidien Folha de Saõ Paulo.

REPÈRES Statistiques économiques
En cinq ans, 32 millions de Brésiliens ont bénéficié de l’ascenseur social ; 19 millions de Brésiliens ont pu accéder à la classe moyenne. Il y a huit ans, 35 % de la population
vivait au-dessous du seuil de pauvreté ; ce taux est aujourd’hui de 22 %. L’ancienne
classe moyenne inférieure, appelée «classe C», représente désormais la moitié de la
population du pays. Ainsi, près de 90 millions de Brésiliens bénéficient-ils aujourd’hui d’un revenu familial mensuel compris entre 482 et 2 077 euros. Ils constituent une force si puissante que certains spécialistes considèrent déjà la classe C comme la classe dominante au sens économique

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