Tag Archives: Culture

CORRIDA : La Tauromachie est désormais patrimoine culturel de la France

23 Avr

Le 22 avril sonnera désormais comme un jour noir pour les anti-corrida : la France a décidé d’inscrire la tauromachie au « patrimoine immatériel de la France », une opération initiée par le ministère de la culture et visant à protéger la Corrida et les autres pratiques tauromachiques de toute velléité d’interdiction.

En reconnaissant la Corrida pour ce qu’elle est, un art et une tradition culturelle française, la France adopte une position courageuse à l’égard de tous les empécheurs de toréer en rond. Et de tous les obscurantistes qui entendent condamner une culture patrimoniale de tout premier plan, une pratique symbolique qui exprime le lien fort qui relie l’homme à ses origines.

La France, en intégrant la Corrida à son patrimoine, fait oeuvre de salut public. Elle devient ainsi le premier pays au monde à affirmer son attachement à ce patrimoine culturel de l’humanité. Souhaitons que cela fasse signal à l’Espagne et au Mexique, autres grands pays de l’art, afin qu’ils suivent son exemple, à l’heure où les nationalistes catalans, par pur calcul politique, tentent d’éradiquer la Corrida.

Une décision symbolique puissante, qui prouve que lorsque une volonté politique existe de protéger la culture des innombrables atteintes qu’elle subit partout dans le monde, un pays peut se poser en garant de l’expression des peuples.

Un grand jour pour les défenseurs de l’Art et un moment historique pour l’Humanité.

Antonio Sanz

ENGAGEONS-NOUS :Allons plus loin et coupons court aux tentatives des intégristes anti-corrida en protégeant définitivement l’art tauromachique Demandons l’inscription de la Tauromachie au Patrimoine Mondial de l’Humanité Pétition UNESCO

photo Valérie Farine
Plus : La Tauromachie Patrimoine immatériel de la France

FORUM D’AVIGNON : L’artiste africain et le « géant mondial »

11 Nov

C’est un Davos de la culture et des médias où les décideurs viennent du monde entier, se reconnaissent et se font la bise. 400 personnes qui influent sur les industries culturelles, dont trois ministres français – Frédéric Mitterrand, Nathalie Kosciusko-Morizet et Christine Lagarde -, étaient réunies, du 4 au 6 novembre, dans le majestueux Palais des papes d’Avignon. Ils ont planché sur la question : est-ce que l’Internet et le numérique peuvent favoriser l’accès de chacun à la culture ?

A quinze minutes l’intervention, c’est plus le lieu de la synthèse, de l’autopromotion ou de la formule qui fait mouche que de la révélation. C’est aussi le règne du Powerpoint sur écran géant. Prenons Philippe Dauman, le PDG de Viacom. Ce bonhomme jovial règne sur un géant américain (Paramount, MTV, 140 chaînes de télévision, 40 000 salariés). Vendredi, il a branché Avignon sur Viacom, à coups de poncifs : « La technologie est-elle un bienfait ou une malédiction ? », « Facebook, en nombre d’abonnés, serait le troisième pays au monde », « on est passé d’une économie de l’industrie à une économie de la connaissance », « la génération qui a grandi en ligne s’envoie plus de 100 textos par jour », « la liberté, c’est le juste prix des choses ».

Et puis le cinéaste malien Souleymane Cissé, costume chocolat, a été invité à s’asseoir face à M. Dauman. L’auteur de Yeelen n’avait pas de Powerpoint. Il se demandait un peu ce qu’il faisait là : « Je me sens noyé », a-t-il dit. Il a évoqué son dernier film, tourné en numérique, « qui a émerveillé Bamako, ce fut un moment fort ». Et puis il a lancé : « Mais ce film, avant même d’être fini, était piraté et visible dans les rues, en cassette vidéo. »

Programmes ethniques
Ce qu’il n’a pas dit, c’est que son film Min Ye, dévoilé à Cannes en 2009, et qui traite de la polygamie, n’est pas sorti en salles. Ni en Europe ni ailleurs. Il l’a dit autrement : « Nous voulons ici la culture pour chacun. Pour moi, ça veut dire que la création de tous puisse circuler dans le monde entier. Internet est juste une technique. L’argent n’est qu’un moyen. Ce dont on a besoin, ce sont des salles en Afrique et des quotas ailleurs pour que nos films puissent être vus. Il faut que nos jeunes aient la possibilité d’être émerveillés par des films qu’on voit peu. Là, je peux au moins en débattre avec vous. En Afrique, c’est impossible. »

Maurice Lévy, président du directoire de Publicis et modérateur du débat, a salué « ce témoignage des tripes, du coeur et de l’expérience ». Mais comment faire dialoguer « le géant mondial et l’artiste » ? M. Cissé a lancé une question à M. Dauman : « Ça fait dix ans que je demande des quotas en Europe et personne ne m’écoute. Est-il possible de le faire aux Etats-Unis ? » Réponse du patron de Viacom : « Pas besoin, puisque nous avons une grande diversité de télévisions, des programmes ethniques, destinés à des segments précis de populations dans le monde. »

Michel Guerrin – LE MONDE – Article paru dans l’édition du 09.11.10

LE COUTEAU DANS L’OS : la « Fabrique », future factory des désillusions

7 Oct

(Josef Nadj, Les Corbeaux. Festival d’Avignon 2010)
LE COUTEAU DANS L’OS, la rubrique d’Antonio Sanz.

En Espagnol, « ilusion » est le terme correspondant au Bonheur français. Intéressant rapprochement pour le sujet qui nous occupe aujourd’hui, cette fameuse « Fabrique » du Festival d’Avignon voulue par son couple directeur et par Marie-José Roig, soutenus par les collectivités et l’Etat.

De cette « Fabrique », l’on retiendra d’abord qu’elle a vocation d’occuper ce qui fut un collège public, en plein Montclar, et que l’on a détruit pour raison « de vétusté », sachant qu’ainsi, on privait tout un quartier d’un outil éducatif de proximité. Avec pour conséquences immédiates, la migration de nos valeureux collégiens de zone urbaine défavorisée dans des établissements avignonnais absolument ravis de les accueillir…
En lieu et place donc de cet équipement d’utilité publique, voilà qu »on » nous construit un atelier de création théâtrale destiné à des artistes estivaux dont on peut présager sans beaucoup se tromper qu’ils seront enchantés de devoir travailler en banlieue glauque, avec pour toile de fond les barres ignobles de ce no-man’s land avignonnais, désormais déserté du minimum d’animation collégienne.

Nous attendons avec gourmandise les premières « résidences » de ces athlètes de la culture étatique, lorsqu’ils se seront frottés à la nuit monclarienne, au sortir d’une séance de travail épuisante… Comment pourront-ils affronter la frustration légitime de gamins exclus doublement, par la ghettoisation forcée propre à cette ville coupée en deux, qui relègue à la périphérie ses populations « dérangeantes » (Maghrébins en quartiers Sud, Gitans en Courtine, etc.), et par le déni de leur droit à une scolarité accessible, dans leur propre périmètre de vie ?

Bon courage donc à nos artistes qui vont pouvoir goûter de près la « qualité » des quartiers de relégation avignonnais, avec la bénédiction de leur maire et de tous les décideurs, politiques et culturels, et ainsi enrichir leur pratique d’un contact viril avec une réalité dont, pour la plupart, ils sont largement ignorants. Si l’objectif de la « Fabrique » est d’initier une politique nouvelle de conflit inter-classes, alors gageons que ce pari est en voie de réussite absolue. Bon vent donc à nos futurs heureux bénéficiaires de ce dispositif décidément « novateur et original ».

Antonio Sanz

LE BILLET D’ANGELINA : Festival, le Py(re) est à venir….

26 Sep


(Le Soulier de Satin dans la version filmée de Manuel de Olivera)

Si l’on en croit Fabien Bonnieux (La Provence), ce serait donc Olivier Py qui serait favori sur les listes de son ami et ministre Frédéric Mitterrand. Bon, pourquoi pas, lorsqu’on voit le casting de rêve qui nous était proposé : Ainsi d’Olivier Poivre-d’Arvor, frère de, mais qui s’est surtout illustré par son goût prononcé du faste « diplomatique », exprimant une envie irrépressible de prendre la direction de la Villa Medicis à Rome, poste qu’il doit encore regretter, tant le prestige de la Villa et ses réceptions « républicaines » lui auraient plus.

Autre challenger sur les rangs, l’horrible et horripilant Jean-Michel Ribes, pur produit du théâtre privé parisien, dont la notoriété usurpée n’a d’égale que la suffisance et le mépris qu’il affiche avec ostentation dans les salles de spectacles (notamment avignonnaises), allant jusqu’à se permettre de téléphoner à ses amis au cours des représentations auxquelles il est convié… Un modèle de professionnalisme, de courtoisie et de savoir-vivre !

Enfin, dernière sur cette brillante pré-sélection, toujours selon La Provence, Laure Adler, à la limite notre préférée dans cette « liste » uniquement soumise aux diktats de la coterie parisianniste, nonobstant les qualités réelles de ses « lauréats ». En réalité simple répertoire courtisan, cette compilation d’heureux distingués n’a d’autre raison d’être que la satisfaction immédiate des appétits de pouvoir d’un ministre qui s’est surtout fait remarquer, jusqu’à présent, par les nominations à des postes essentiels de ses innombrables « amis », tous recrutés dans la même sphère bling-bling : Montpellier, Toulon, bientôt La Criée… Ce catalogue des « amitiés » du ministre ne cesse de se remplir de ces petites gens à qui l’on accorde des fonctions et privilèges auxquels ils ne peuvent décemment prétendre. Ainsi va la République…

Pour en revenir à notre présumé lauréat, je suppose que sa promptitude à s’immerger dans un certain répertoire bien « français » doit complaire à ses complimenteurs : Claudel, par exemple, dont le chef-d’oeuvre d’ennui qu’est le Soulier de Satin lui a valu une pluie d’éloges des bien-pensants, lecteurs assidus de Télérama ou simples nostalgiques d’un Théââtre Français. Et ne parlons pas de ses choix pour Grimm ou Offenbach (!)… Certes, Py, souvent invité de ce festival, a eu le bon goût de commettre voici quelques années en Avignon son hommage de bon aloi à Vilar, avec une préscience toute politique…

Selon certains, un metteur-en-scène, même mauvais, démago, convenu comme l’est Olivier Py, serait préférable à un quelconque technocrate. Je n’en suis pas sûre. Au moins les technocrates ont-ils le bon goût de laisser parler les artistes, et de ne pas leur piquer la place sur le devant de la scène… Mais tout cela n’est que conjectures, partialité, mauvais procès, comme dirait l’Autre… Attendons pour voir, effectivement, sachant tout de même qu’en Sarkosie, le pire est toujours à venir.

Angelina Vivaldi

Budget de la culture : panne sèche dans les départements

26 Sep

Françoise Benhamou / En pleine culture

Qui finance la culture ? Bien entendu et avant tout, ce sont les Français, à hauteur de près de 40 milliards d’euros chaque année, soit 3,5% de la consommation totale des ménages.

L’Etat, c’est-à-dire le ministère de la Culture mais aussi les autres ministères (Education, Affaires étrangères, et d’autres encore), participent au financement de la culture ; il faut ajouter la redevance et diverses autres taxes dites affectées, telle, pour n’en citer qu’une, celle que nous payons lorsque nous achetons une place de cinéma ou un billet pour un spectacle de variétés.

Toutes ces ressources publiques se montent à quelque 11,2 milliards d’euros, soit 3,6% du budget de l’Etat.

Un maillon essentiel et méconnu du financement de la culture

Ce n’est pas fini : les collectivités territoriales sont des financeurs essentiels de la culture. Les dernières données disponibles datent un peu, de 2006, mais elles sont un indicateur : les villes de plus de 10 000 habitants dépensent 4,357 milliards d’euros, et les régions 556 millions.

En 2006, les départements dépensaient 1,292 milliard pour la culture. S’ils ont peu d’obligations, ils sont essentiels à la vie culturelle :

•ils assument les responsabilités en matière d’archives et de bibliothèques départementales, qui leur ont été transférées dans le cadre des lois de décentralisation de 1982-1983 ;
•ils ont la charge des musées départementaux et du soutien au patrimoine non protégé des communes, majoritairement rurales ;
•ils soutiennent surtout des associations ou des communes pour leurs interventions en matière d’expression artistique et d’action culturelle. Sans cette aide, nombre d’activités de proximité disparaîtraient.
Hausse des dépenses, gel des dotations : la culture menacée ?
En moins de dix années, les dépenses générales des départements ont considérablement augmenté du fait de l’élargissement de l’intervention des conseils généraux dans le domaine de l’aide sociale, de l’enseignement, et des réseaux et infrastructures. Avec la crise, une part de ces dépenses s’accroît très vite.

D’un côté, le gouvernement annonce le gel des dotations aux collectivités locales, et de l’autre, les dépenses d’action sociale à la charge des conseils généraux se sont accrues de 6,3% en 2009 selon l’enquête annuelle de l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée. Cela signifie une augmentation de 28,7 milliards d’euros dont 21,5 à la charge des départements.

Un exemple : la mise en place progressive du revenu de solidarité active (RSA) a provoqué une hausse de 310 millions d’euros pour les départements due, pour partie, à l’augmentation (de 12%) du nombre des allocataires.

Dans ce contexte difficile, la culture devient une variable d’ajustement du budget. C’est d’autant plus inquiétant que la réforme en cours limite les financements croisés qui permettent à plusieurs collectivités de s’associer pour assumer des projets lourds. En effet, la disparition de ce que l’on appelle la clause de compétence générale conduit à la spécialisation de chaque niveau de collectivité.

Malaise chez les professionnels, révolte du côté des politiques
Deux pétitions circulent :

•D’un côté, plusieurs syndicats, parmi lesquels le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), s’inquiètent de l’absence de marge de manœuvre des collectivités locales si le fonds de compensation de la taxe professionnelle disparaît après 2010.
•D’un autre côté, en Seine-Saint-Denis, une pétition a été lancée pour dénoncer « la culture en danger ». 58 présidents des conseils généraux à majorité de gauche doivent se rencontrer en Seine-Saint-Denis pour manifester leur soutien au « budget de révolte » voté en déséquilibre par le conseil général dirigé par Claude Bartolone.
Budget en révolte et même en déroute pour la culture. La promotion de la diversité, le travail associatif, qui allient l’effort en matière d’aide à la création et l’action sociale et urbaine en particulier en direction des publics défavorisés et des jeunes, sont sans nul doute les plus fragiles et les plus menacés

BARCELONE : La culture, un rempart contre la crise

19 Sep

Les ventes de livres de poche et la fréquentation des bibliothèques et des théâtres connaissent un essor étonnant dans un pays durement frappé par la récession. Tour d’horizon à Barcelone.

05.03.2009 | Josep Massot | La Vanguardia republié par Courrier International

De quoi sommes-nous prêts à nous passer en temps de crise ? Pas d’une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”, disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu’en Espagne aussi la culture n’est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.
Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation, l’adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même “franchement bien”, reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions DeBolsillo au sein du groupe Random House Mondadori. “En janvier, les ventes de livres de poche ont augmenté de 17 % en Espagne”, souligne-t-elle. L’éditrice est à la tête d’une collection qui représente 40 % du marché espagnol du livre de poche. DeBolsillo ne change rien à son programme : 280 titres par an, des prix oscillant entre 5,95 et 9,95 euros, des tirages de l’ordre de 50 000 à 100 000 exemplaires et un catalogue mêlant best-sellers, ouvrages de développement personnel et littérature de qualité.

Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste attend qu’il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n’ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d’avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. “Le livre ne connaît pas de grandes oscillations”, assure Antonio María Avila, directeur de l’Association professionnelle des éditeurs. “Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22 % à 37 %.”

Plus la situation s’aggrave, plus les gens lisent

De fait, certaines librairies s’en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d’établissement qui se porte bien. “On craignait le pire”, commente Antonio Ramírez, son directeur. “En novembre, il ne venait presque personne, mais, à la mi-décembre, tout a changé et les ventes ont augmenté de 7 %. Nous avons terminé l’année sur une hausse de 4 % à 5 %. Et, en janvier, nous avons progressé de 1 %.”

“Si le livre résiste bien à la crise, poursuit-il, c’est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s’en veulent d’avoir gaspillé, d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants.” Quant au prix, il revêt aujourd’hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d’art ont chuté de 15 %. “Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramírez, et je crains qu’il n’y ait un appauvrissement en termes de qualité.” Le secret de La Central ? “Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu’ici il ne trouvera que du bon.” Un pronostic ? “Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus.” Des chan­gements d’orientation du fait de la crise ? “Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu’aux nouveautés.”

Autre conséquence directe de la crise : les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11 % en 2008, pour atteindre 5,7 millions d’usagers, et les prêts de livres de 12 %.

De quoi sommes-nous prêts à nous passer en temps de crise ? Pas d’une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. “La culture est ce qui reste quand on a tout oublié”, disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu’en Espagne aussi la culture n’est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.

Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l’espace pour l’imagination, l’innovation, l’adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même “franchement bien”, reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions DeBolsillo au sein du groupe Random House Mondadori. “En janvier, les ventes de livres de poche ont augmenté de 17 % en Espagne”, souligne-t-elle. L’éditrice est à la tête d’une collection qui représente 40 % du marché espagnol du livre de poche. DeBolsillo ne change rien à son programme : 280 titres par an, des prix oscillant entre 5,95 et 9,95 euros, des tirages de l’ordre de 50 000 à 100 000 exemplaires et un catalogue mêlant best-sellers, ouvrages de développement personnel et littérature de qualité.

Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste attend qu’il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n’ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d’avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. “Le livre ne connaît pas de grandes oscillations”, assure Antonio María Avila, directeur de l’Association professionnelle des éditeurs. “Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22 % à 37 %.”
Plus la situation s’aggrave, plus les gens lisent

De fait, certaines librairies s’en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d’établissement qui se porte bien. “On craignait le pire”, commente Antonio Ramírez, son directeur. “En novembre, il ne venait presque personne, mais, à la mi-décembre, tout a changé et les ventes ont augmenté de 7 %. Nous avons terminé l’année sur une hausse de 4 % à 5 %. Et, en janvier, nous avons progressé de 1 %.”

“Si le livre résiste bien à la crise, poursuit-il, c’est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s’en veulent d’avoir gaspillé, d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants.” Quant au prix, il revêt aujourd’hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d’art ont chuté de 15 %. “Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramírez, et je crains qu’il n’y ait un appauvrissement en termes de qualité.” Le secret de La Central ? “Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu’ici il ne trouvera que du bon.” Un pronostic ? “Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus.” Des chan­gements d’orientation du fait de la crise ? “Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu’aux nouveautés.”

Autre conséquence directe de la crise : les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11 % en 2008, pour atteindre 5,7 millions d’usagers, et les prêts de livres de 12 %.

Le secteur le plus dynamique est le théâtre. Daniel Martínez, directeur du groupe Focus, déborde d’enthousiasme. “L’année dernière, se réjouit-il, la fréquentation théâtrale a augmenté de 20 %, grâce aux comédies musicales, et le public des salles alternatives de 30 %.” En 2008, plus de 2,6 millions de spectateurs se sont rendus dans les salles conventionnelles, soit 400 000 de plus qu’en 2007. Focus compte 212 salariés et emploie au total 400 personnes en comptant les emplois temporaires. “Contrairement au cinéma ou à la mu­sique, rappelle-t-il, le théâtre est une représentation unique et irremplaçable. Loin de souffrir des innovations technologiques, il en bénéficie.” Les 35-55 ans constituent 70 % du public. Pour l’instant, les prix n’ont pas baissé et l’amateur de théâtre semble épargné par le chômage.

Les musées connaissent une nouvelle jeunesse

En ce qui concerne l’art, le musée d’Art contemporain de Barcelone (Macba) est parmi ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Il a terminé l’année 2008 avec une hausse de la fréquentation de 15 %, alors que d’autres musées pâtissaient de la nette diminution du tourisme. Bartomeu Marí, son directeur, attribue cette hausse au succès des programmes éducatifs et constate que “le public s’est habitué à visiter le musée”. Pour cette année 2009, il s’attend encore à une croissance en hausse. Sa recette ? Entre autres, “fidéliser le public par des expositions plus attrayantes et des visites guidées”.

Le cinéma, en revanche, est avec la musique le secteur en proie aux plus grandes difficultés financières, en raison de la concurrence des DVD et du déséquilibre entre le cinéma américain et le cinéma européen. En temps de crise, les producteurs sont moins enclins à prendre des risques. Parmi les différents festivals de films qu’orga­nise le Centre de culture contempo­raine de Barcelone (CCCB), l’Alternativa est celui qui rencontre le plus de succès. Il en est à sa quinzième édition et attire un public qui déserte les salles moins exigeantes. Le secret de son succès, selon sa directrice, Margarita Maguregui, tient à ses critères de sélection : sur 2 400 films proposés, seuls 79 sont retenus.

Jordi Martí, responsable de l’Institut culturel de Barcelone (ICUB), qui dépend de la municipalité, souligne que son budget a été revu à la hausse en 2009 (+ 11 %) pour tenir compte des dotations destinées à des projets qui vont souffrir de la crise ou de la désertion des mécènes privés. “La consommation culturelle augmente, affirme-t-il, parce que la culture est devenue indispensable à beaucoup de gens.”

AVIGNON : EXISTE T-IL UNE OFFRE CULTURELLE APRES LE FESTIVAL ?

18 Sep


(Carré d’Art, un musée d’art contemporain, tel qu’il manque à Avignon)

Bonne question, peut-être mal posée, mais qui mérite que l’on s’y attarde. Hors-Festival, cette ville de 100 000 habitants ne tient pas le choc de la comparaison avec ses voisines, parfois plus petites, souvent plus volontaristes… Avignon, malgré ou à cause de tous les a-priori, n’est pas vraiment une ville culturelle, quoique l’on en dise. Nous le regrettons, bien sûr. Mais ce constat n’est pas anodin : si ses voisines, parfois de taille liliputienne sont bien plus éveillées que notre « capitale » préfectorale, c’est bien par le volonté de leurs édiles (toutes appartenances politiques d’ailleurs), qui conduisent pour leur cité une politique culturelle résolue, engagée, conscients du rayonnement que cela induit, en termes de retombées économiques, politiques, sociales… et de communication politique.

Marie-José Roig, hélas, n’est guère de cette trempe-là. Son ambition se limite à des projets irréalistes du type « Opéra-Sydney » en pleine zone innondable, que le contribuable aurait mis des siècles à financer. De toutes façons, sa légèreté à l’égard de sa charge de députée obère considérablement la légitimité de sa voix d’élue locale, censée représenter les intérêts de la population. Ses « projets » ont donc peu de chances d’être soutenus par l’Etat, son assuidité au Parlement et son influence dans les cénacles du pouvoir étant plutôt limitées…

Dans tous les cas, une politique culturelle digne de ce nom ne s’improvise pas. Il y faut de la volonté, du courage, un véritable engagement, en deux mots une réelle implication. Surtout, il ne suffit pas d’avoir des idées, encore faut-il les confier à un personnel compétent, et l’abonder de manière significative. Losqu’on songe que notre Mairesse est prête à contribuer à hauteur de 4 millions d’euros à l’agrandissement d’un stade de foot, au seul bénéfice d’une équipe qui par miracle restera une année en 1ère division, l’on serait en droit d’attendre de ses adjoints avertis qu’ils budgétisent autre chose que les malheureuses poignées d’euros dont ils saupoudrent les acteurs culturels locaux…

Si l’on reprend la comparaison avec les villes voisines, force est de constater que bien d’entre-elles ont beaucoup plus à proposer en termes de vie culturelle. Arles, par exemple, pourtant deux fois moins habitée, possède de nombreux équipements culturels de grande qualité : musées, théâtre de plein air, salles de concerts et surtout plusieurs manifestations d’envergure qui en font toute l’année un centre vivant et attractif. Nîmes également, avec son Musée d’Art Contemporain, construit par Norman Foster, joue le jeu d’une véritable capitale régionale, proposant une offre pointue en matière d’art (musée, galeries, oeuvres dans l’espace urbain), d’architecture (Foster, Nouvel… ont construit ici), musiques (festival de Flamenco, nombreux concerts de qualité internationale)… Même de petites cités comme Martigues, avec sa Scène Nationale, son Musée d’art contemporain, ses festivals et manifestations toute l’année fait figure de « riche »…

Hors Festival, quelle vie culturelle à l’intérieur des remparts ? Du théâtre, certes, avec ses cinq scènes permanentes, auxquelles il convient d’ajouter quelques compagnies de qualité. Mais après tout, rien que de très normal pour une ville qui axe sa communication sur cette discipline. Encore faut-il regretter l’absence d’une scène nationale, qui revivifierait certainement l’offre théâtrale en insufflant un peu de contemporanéité et d’audace…
L’Art ? Bien sûr, il y a la Collection Lambert, initiative privée rappelons-le, une fenêtre indispensable sur l’art contemporain, sinon cruellement absent de la ville. Le Petit Palais, qui propose une des plus belles collections européennes de Primitifs italiens. Mais la ville manque singulièrement d’un Centre d’Art ou d’un Musée ouvert sur la modernité. Quant aux galeries dignes de ce nom, il n’y en a tout simplement pas.
La musique, elle, est le véritable parent pauvre de la cité. Une salle alternative, Les Passagers, et point barre. Si l’on veut écouter les musiques actuelles, il faut s’expatrier dans d’autres départements… Un grand équipement serait pourtant indispensable, et pas situé à côté de l’aéroport ou coincé entre deux centres commerciaux. Quant à l’Opéra, sa programmation d’oeuvres lyriques est si chiche, comparativement aux niaiseries et autres opérettes de pacotille, que l’on se demande s’il n’usurpe pas son appellation d’Opéra-Théâtre… Heureusement la danse est-elle un peu mieux lotie, avec ses Hivernales, mais pour combien de temps encore ?

Bref, Avignon reste une ville de 100 000 habitants avec une offre de bourgade de province, où l’on s’ennuie ferme durant l’année, et d’où il faut régulièrement s’extraire pour goûter une véritable programmation culturelle, ouverte sur la modernité… De quoi inciter à méditer sur ce qui pourrait transformer cette ville un peu trop reposée sur ses lauriers en un véritable carrefour culturel vivant, au rayonnement régional. Beau sujet de réflexion pour une opposition qui serait bien inspirée d’amener quelques propositions bien-pensées pour les prochaines échéances municipales. La Culture est aussi un acteur économique de tout premier plan, et un excellent vecteur de notoriété, profitable à tous, formations politiques comprises.

Angelina Vivaldi

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