Tag Archives: Egypte

TUNISIE, EGYPTE, LIBYE : LA HONTE ISLAMISTE

24 Oct

Tout ça pour ça ? Les soi-disant révolutions arabes dont l’objectif affiché était l’accession à la « démocratie » ont accouché comme prévu d’un monstre peut-être pire encore que les dictateurs qu’elles ont dégagés : la montée de l’islamisme obscurantiste. Un résultat prévisible que nous avions d’ailleurs largement anticipé à L’ESPRIT lors des événements de ce début d’année (Cf nos articles).

Franchement, trouver un « progrès » dans l’installation triomphante des barbus analphabètes et liberticides à la tête des « nouveaux états démocratiques » relève d’un aveuglement total. Une victoire de l’obscurantisme sur le modèle démocratique auquel aspiraient les milliers de Libyens, Egyptiens et Tunisiens qui ont laissé leur sang et leur peau sur le carreau des rébellions arabes. Une trahison, dont devraient avoir honte les Tunisiens, qui hier en moutons fanatisés par les religieux, ont voté pour la mise aux fers de leur liberté et l’asservissement des femmes. Bravo !

Quant aux Libyens, le monde occidental devrait franchement s’interroger sur l’énorme arnaque idéologique qu’ils ont aidée à s’installer, au détriment des peuples. Comment le désastreux BHL va t-il désormais pouvoir justifier un tel revers, une telle claque à ses soi-disant idéaux démocratiques ? Et Sarkosy ? Les 300 millions d’euros qu’aura coûtée cette guerre du pétrole n’auront servi qu’a asseoir les pires des tyrans : des islamistes dont la Charia est la seule idéologie d’asservissement abjecte d’un peuple qui aspirait à la liberté. Trahison une fois encore.

Et pour l’Egypte, dont les élections arrivent, on sait tous que les assassins de la confrérie des Frères Musulmans -qui se sont bien gardés d’intervenir lors du soulèvement mais en tirent tous les bénéfices- seront dorénavant aux commandes et plongeront le pays dans la régression démocratique la pire qui soit : une théocratie, barbare, liberticide et intolérante quant aux autres religions (voir l’assassinat des Coptes qui a déjà commencé).

Bref, un succès absolu ! Tunisiens, Egyptiens, Libyens, votre aveuglement et votre bêtise n’ont pas d’excuses. Comment avez-vous pu vous battre contre les tyrans sanguinaires pour leur substituer ce qu’il y a de pire pour l’organisation d’une société : des religieux ultra-rétrogades qui vont vous replonger à l’âge des cavernes. Honte à vous.

On le sait tous, et vous devriez le savoir plus que d’autres : l’Islam est un poison violent, comme toute les religions, quelles qu’elles soient. L’Islam n’est pas soluble dans la démocratie, il en est son antithèse, comme toutes les religions. La barbarie islamiste est en marche, contre votre liberté. Vous allez le découvrir très vite. Tant pis pour vous.

Je regrette d’avoir cru en vous, et je ne suis pas le seul, loin de là. Vous ne le méritiez pas. Les peuples sont libres de leur destin, bien sûr. Mais vous avez choisi la nuit obscure et la régression contre l’unique chance que vous vous étiez donnée d’enfin entrer dans le monde éclairé. Ne venez plus jamais nous parler de liberté et de démocratie.

Antonio Sanz.

Publicités

EGYPTE : Et maintenant, la longue marche vers la démocratie

14 Fév


Depuis le Caire, le blog CRIS D’EGYPTE suit la révolution en direct.

Pour une démocratie universelle, participez!

Le Caire, 13 février 2011. Deux jours après la démission d’Hosni Moubarak… accélération. Les questions concernant l’avenir de l’Egypte fusent et s’entrechoquent. Les priorités soulevées par les uns, sont ensevelies par celles revendiquées par les autres.

Une priorité à ne pas oublier: des centaines de manifestants sont portés disparus. Nous devons savoir où ils se trouvent, comment ils se portent et quel est leur statut légal.

Chacun suit avec attention les déclarations de l’armée désormais au pouvoir, secondée par un gouvernement de transition nommé par Moubarak avant sa démission. Ce gouvernement, dont le premier ministre est Ahmed Shafik, est très loin d’emporter l’adhésion des manifestants qui demandent sa dissolution.

Le Conseil Supérieur des Forces Armées a fait plusieurs déclarations rassurantes:

– interdiction faite à tous les anciens ministres de quitter le territoire national
– la constitution actuelle est déclarée caduque et illégitime
– l’Assemblée du Peuple va être dissoute
– le Conseil d’Etat va être dissout
– l’Equipe Gouvernementalle actuelle va être maintenue

Le juge Zakaria Abdel Aziz et d’autres groupes et personnalités demandent la mise en place d’un Conseil Présidentiel représentatif, composé de plusieurs personnes issues de plusieurs courants politiques. Cette demande, pour l’instant, peine à se faire entendre.

Les efforts se poursuivent via Internet pour collecter les demandes exprimées par le peuple et les réunir afin que celles-ci soit soumises au gouvernement de transition. Une Coalition des jeunes à vu le jour. Des groupes sur Facebook également.

Le blogueur @Sandmonkey (Mahmoud Salem) propose de mettre en place un GoogleDoc qui permette à chacun de proposer ses idées. A peine le GoogleDoc mis en ligne, il reçoit une centaine de propositions, mais un saboteur visite la page et efface toutes les propositions.

En réponse, nous avons mis en ligne cette page et invitons les lecteurs de Libé à y déposer leurs idées avec le plus de concision possible. La langue dans laquelle vous vous exprimerez importe peu. Si vous écrivez l’arabe, ce serait bien sûr formidable. Et surtout, faites passer.

Pendant que les tweets reprennent de plus belle, la rue se vide. En fin de matinée, il n’y avait plus que quelques centaines de personnes dans cette place Tahrir complètement nettoyée par les manifestants, et dont les trottoirs ont été également reconstruits et repeints par des volontaires. Vers 12h00, un millier de personnes se dirige à nouveau vers la place. La cause? Une déclaration douteuse de l’armée sur le maintien du gouvernement actuel. Sur Twitter on se veut rassurant: «On sait maintenant comment se rendre à Tahrir et il y a un vendredi toutes les semaines» (en référence aux 3 vendredis précédents qui virent la mobilisation de millions de personnes).

A la télévision les langues se délient, mais la liberté de parole est encore un peu rouillée, les speakers se lancent puis s’auto-censurent. Beaucoup d’entre nous ont du mal à croire que la « vérité » se dit maintenant sur la première et la deuxième chaîne de la télévision nationale. Règlements de comptes, indignation. Ça balance pas mal à Cairo.

De tweets en tweets, on apprend que l’Iran se réveille et prépare une grande marche le 14 février 2011, qu’il y a 8 morts et 800 blessés en Algérie: : gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc. Amer déjà vu. La rue Yéménite demande la chute du système, Khadafi annonce qu’il se joindra aux manifestants libyens. La Syrie autorise enfin l’utilisation des réseaux sociaux.

A suivre.

EN DIRECT DU CAIRE : « Si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé »

3 Fév

CRIS D’EGYPTE : Nous continuons à publier les posts de CRIS D’EGYPTE, le blog d’un observateur Cairote au coeur de la révolution égyptienne.

Le Caire, 3 février 2011. Place Tahrir, depuis presque vingt longues heures, quelques milliers de manifestants pacifiques répondent à des attaques d’une rare violence. Comme prévu, des blessés. 1500 selon Al Jazeera. Il y a aussi des morts, 5 selon la même source.

Des médecins volontaires recousent des oreilles déchirées, des crânes ouverts, des cuisses déchiquetées. Ils sont sur place, par terre ou dans les quelques rares ambulances dépêchées sur place. Ils opèrent sous les pierres, les cocktails molotov et les tirs à balles réelles du gouvernement Moubarak.

Pendant toute la journée du 2, et dans la nuit du 2 au 3, les manifestants se relaient de l’arrière au front. Les figures sont épuisées, insensibles aux bruits des balles. Par centaines, des gueules cassées, des têtes gazées, des éclopés, des visages tordus de douleur. Un homme dans un mégaphone maintient sans relâche le moral des troupes. « Troupes », parce qu’il est maintenant clair que nous sommes en guerre, une guerre incivile.

Des hommes de main du gouvernement sont continuellement arrêtés par les manifestants qui les remettent aux militaires. Ceux-ci portent sur eux des cartes professionnelles qui indiquent qu’ils apparaiennent à la police d’état. Les cartes sont aussitôt saisies, photographiées et diffusées au monde entier.

Sur place, les mots pour décrire ce qui se passe appartiennent désormais à un autre registre: crime de guerre, crime contre l’humanité, terrorisme d’état, barbarie.

Toute la journée et toute la nuit les manifestants se déplacent en masse pour protéger tour à tour les accès menacés. Le front véritable est celui de la rue Abdel Moneim Riad qui conduit au musée du Caire. Le gouvernement nous attaque au sol, du toit de certains immeubles et du haut du Pont du 6 octobre.

De hautes barricades de fortune sont erigées pour protéger les manifestants qui n’ont rien d’autre pour se défendre que leur courage et les pierres qu’on leur prépare. Tous les pavés et trottoirs dans la zone du Musée du Caire ont été démontés et réduits à la taille de petites pierres. Munis de barres de métal, une quinzaine de volontaires ont cassé des pierres toute la nuit.

Entre les deux camps, un rideau de flammes et de voitures brûlées. Pour donner du courage aux manifestants, des femmes munies de bâtons jouent des rythmes sur les barrières métalliques de la place.

Vers minuit, l’armée déploie une trentaine d’hommes pour protéger le musée, mais ne s’interpose pas une seule fois dans les combats de la nuit qui se poursuivent encore ce matin 10h00.

Les campagnes de rumeurs et de désinformation sont continuellement nourries par la télévision d’état ou par des SMS envoyés à tous les abonnés Vodafone. Vers 1h00 du matin, on annonce aux Egyptiens dans leurs foyers que la place Tahrir a été vidée de ses manifestants et que la voirie est en train de la balayer.

La télévision d’état explique ensuite que les manifestants sont des agents étrangers, entraînés par le Mossad et payés, chacun, 5000 dollars.

Ce que Moubarak ignore
La détermination de ces manifestants est au delà de ce qu’il peut imaginer et pour une raison très simple. Ils préfèrent mourir, maintenant, sous les balles que, plus tard, sous la torture. Il est évident pour chacun des manifestants que, si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé.

Moubarak ne semble pas comprendre qui, au juste, mène le combat. Il pense encore que ce sont quelques milliers de pauvres gens, ceux qu’il a humilié dans ses prisons ou ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Moubarak pense qu’il sera facile, comme les fois précédentes, de les réduire au silence sans que quiconque ne s’en aperçoive. Mais Moubarak n’a pas mesuré la diversité sociale de ces manifestants unis et déterminés à le faire tomber. Il ne comprend pas que ses mensonges et ses manipulations n’ont, aujourd’hui, aucun effet sur l’opinion internationale ou sur les manifestants sur place. Des étudiants éclairés de familles modestes, des bourgeois, des égyptiens de l’étranger sont là, main dans la main. Certains parlent deux ou trois langues, s’adressent aux presses du monde entier et décryptent, minute par minute, ce qui se passe. Ils déjouent, un à un, les pièges de Moubarak susceptibles de tromper ceux qui nous regardent et qui s’interrogent sur l’avenir démocratique ou non de l’Egypte.

Ce que Moubarak a provisoirement réussiDepuis son allocution télévisée annonçant son départ dans 8 mois, des centaines de milliers d’Egyptiens, et sans doute des millions, ont été convaincu qu’il était maintenant légitime de mettre fin aux manifestations. De leur côté, les manifestants ne sont pas étonnés de cette réaction et ne cherchent même pas à les convaincre du contraire. Ils connaissent trop bien les effets du lavage de cerveau trentenaire et du bourrage de crâne dès la naissance. Ils connaissent aussi la nature profonde du peuple Egyptien. Un peuple qui pardonne toujours, même au pire de ses bourreaux. On entend: « Il est vieux, on ne peut pas l’humilier. Plus que quelques mois et on sera débarassés de lui. Rentrez chez vous maintenant. »

La question
La question de ce 3 février 2011 consiste à savoir si les Egyptiens, après une longue nuit de barbarie, vont enfin comprendre que leur « vieux » n’est pas digne de leur pitié ou, surtout, de leur confiance.

Une mesure efficace pour mettre fin à cette barbarieGeler les comptes bancaires étrangers du clan Moubarak et des dignitaires de son régime. Toute autre forme de pression risque de n’avoir aucun effet.

Pour les manifestants, chaque minute compte.

REVOLUTION EGYPTIENNE : Les « Frères » en embuscade…

2 Fév

Cela ne vous a pas échappé : le monde arabe fait son Printemps. En tout cas s’y emploie t-il, la foi chevillée au corps. Justement, la foi, parlons-en : au Caire hier ou aujourd’hui, curieusement, nulle manifestation intempestive de cette foi pourtant habituellement omniprésente dans la rue cairote… Pour ceux qui connaissent cette mégalopole de 20 millions d’habitants -dont la plupart réside dans les périphéries bidonvillaires dignes de l’Inde de Calcutta- livrée à l’obscurantisme des imams et au prosélytisme incessant des affidés de la « Confrérie », jusqu’au sein de la mosquée Al-Azhar pourtant réputée modérée, il est plutôt étonnant, en effet, que nos chers « Frères » musulmans -la première Confrérie islamiste du monde arabe, née en 1928- se fassent aussi discrets. C’est que, fins politiques, nos amis propagandistes du modèle islamique « révolutionnaire » et de la Charia, font le dos rond, sachant pertinemment combien le monde « démocratique » les observe et les attend au tournant…

Forts de 30% d’intentions de vote, sûrs de leurs 5 millions de sympathisants dans le pays (pour un total de 82 millions d’habitants), les Frères Musulmans s’abritent derrière la rue en colère et la poussée démocratique pour y installer durablement leur implantation, attendant le moment propice pour rafler la mise. Pour l’instant, ils se contentent de quelques actions « humanitaires » au quotidien, un peu comme le fait le Hamas en Palestine occupée. Petit à petit, pernicieusement, le poison islamiste radical se distille de cette manière « candide », peu suspecte de hérisser le monde occidental : on soigne gratos les blessés de la rue cairote, on nourrit tout aussi « bénévolement » les insurgés, on visite les veuves de fraîche date avec quelques billets bien glissés, on organise les milices d’autodéfense dans les quartiers défavorisés, où l’illettrisme et la pauvreté extrême font le terreau fertile de la propagande des Frères et de leurs imams dévoués…

C’est que l’Egypte n’est pas la Tunisie : majoritairement inéduqués ou sous-éduqués, affamés, exploités (le revenu moyen d’un ménage est de 120 euros), livrés à une dictature en apparence « soft » mais qui muselle ses opposants et contrôle l’information, abandonnés aux superstitions archaïques et à l’obscurantisme religieux, les Egyptiens des classes pauvres ne sont guère armés culturellement, intellectuellement, économiquement même, pour affronter la démocratie. En tout cas telle qu’on la conçoit ici en Occident. Pain bénit pour ces « embusqués » de la Confrérie, dont on voit bien qu’ils se préparent au « Grand jour ». Leur ruse de s’allier à El Baradeï, un laïque occidentalisé, ne trompe personne. Leur obsession de liquider Moubarak vaut toutes les alliances contre-nature. Ce Moubarak qui les emprisonne et les fait plier depuis trente ans, interdisant leur parti, harcelant leurs représentants, ils le veulent mort. Et ce n’est pas notre « respectable » représentant en Europe des Frères, ce Tariq Ramadan belle gueule et discours mielleux, qui va nous rassurer quant à l’innocuité de l’idéologie et des visées politiques de la Confrérie…

Tariq Ramadan, petit fils du fondateur des Frères au Caire, « universitaire » aux titres discutés, dont le frère anime l’antenne (officieuse) de la Confrérie à Genève, est un grand propagandiste d’un « Islam modéré » (tu parles, comme si on pouvait être modéré en religion…). Beau gosse sachant causer, nimbé d’une aura « d’intellectuel » religieux ouvert et pragmatique, cela lui vaut d’être invité par tous les médias et dans toutes les conférences touchant de près ou de loin à l’Islam… Souvent présenté comme un progressiste, en réalité dangereux prosélyte de la « révolution » islamique, ce Tariq Ramadan, sous des dehors policés et « acceptables », distille la même haine des valeurs du monde occidental que ses cousins du Hamas ou du Hezbollah. Ce Tariq Ramadan-là (qui considère que le Hamas ne devrait pas être qualifié d’organisation terroriste par l’Union Européenne…) incarne bien finalement la doctrine de la vision islamiste « moderne ». Il travaille avec talent et un certain charisme à l’avancée des idées de la Confrérie, représentant l’avant-garde « intellectuelle » des Frères Musulmans en Europe, leur ouvrant ainsi tous les auditoires sous le couvert d’une apparence « sérieuse » et « autorisée ». Sa posture « d’universitaire » rassurant tout le monde, y compris jusque dans les rangs de l’intelligentsia de « gauche », alter-mondialiste et pro-palestinienne…

Les religions, quelles qu’elles soient, ont toujours écrasé les peuples. Elles en sont les geôliers et les bourreaux. D’ailleurs, Démocratie est antinomique à Religion : que peut peser la parole du peuple face à celle, irrévocable, de Dieu ? Il n’existe pas de démocratie religieuse. Un pays comme la Turquie, par exemple, soi-disant tenant d’un « Islam modéré », est-il vraiment une démocratie, c’est à dire un territoire où le peuple peut s’exprimer librement et choisir sa destinée ? Allez demander aux Kurdes ce qu’ils en pensent… Historiquement liberticides, arbitraires et belliqueuses, les nations gouvernées au nom de Dieu ont produit les plus grands désastres. De l’Espagne d’Isabelle la Catholique à Israël, les exemples sont éloquents. Pourquoi l’Islam « modéré » des Frères serait-il différent ?

Danger que ce serpent « fraternel » tapi dans l’ombre, qui attend son heure. Ce moment tant espéré, où, le peuple égyptien ayant fait le boulot, mis à bas la dictature Moubarak, les Frères pourront enfin ramasser leur mise. 30 ans qu’ils rêvent de cet instant… Alors, la révolution islamique égyptienne est-elle déjà en marche ? Espérons que non. Faisons confiance aux Egyptiens (et aux Américains !) pour que ce ne soit jamais le cas.

Antonio Sanz

CRIS D’EGYPTE : « Nous sommes en enfer »

2 Fév

Nous continuons à publier les posts de CRIS D’EGYPTE, le blog d’un observateur Cairote au coeur de la révolution égyptienne.

NOUS SOMMES EN ENFER

Le Caire, 2 février 2011. Il est 23h00 environ quand le président Hosni Moubarak prononce les dernières paroles d’une allocution télévisée dont les conséquences seront tragiques. Il annonce que la situation est grave, qu’il a entendu et compris les demandes du peuple, qu’il restera au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat (septembre 2011), qu’il ne se représentera pas et qu’il mourra en terre d’Egypte.

Jusqu’à 23h00, le 1er février fut le plus beau jour de nos vies. Trois mots pour décrire le sentiment qui habite le cœur de tous les manifestants: liberté, égalité, fraternité.

Nous sommes privés d’Aljazeera en arabe depuis le 1er février et ce sont des appels de l’étranger qui nous préviennent du retour de la terreur à Alexandrie, au Caire et à Port Saïd. Des hommes de main du gouvernement, munis d’armes à feu, de bâtons et d’armes blanches se sont infiltrés dans les manifestations. A Alexandrie, l’armée présente sur les lieux pour assurer la protection des manifestants tente de s’interposer sans succès. Les coups de feu dissuasifs de l’armée n’ont aucun effet. L’armée se retire de la scène. Les hommes de main tirent sur les manifestants. Il y a des blessés, des morts, mais leur nombre reste encore inconnu.

Au même moment, dans les quartiers du Caire, les hommes et les adolescents qui assurent la sécurité et la propreté des quartiers sont ramassés de force par des hommes de main à bord de minibus banalisés.

Des coups de fils nous proviennent de toutes parts de nos amis qui habitent dans des zones isolées. Le compound de Wadi El Nakhil est attaqué à l’arme automatique par des hommes à bord d’une ambulance.

Vers 0h00, 1000 à 2000 hommes de main quittent Madinet Nasr, dans la périphérie du Caire, en direction de la place Tahrir. En chemin, des heurts violents avec les comités de sécurité populaires.

La télévision d’état poursuit une campagne de désinformation massive sans précédent. Des manifestations pro-Moubarak sont mises en scène. Les slogans révolutionnaires sont détournés un à un à la faveur du président. La dernière allocution du président Obama demandant à Moubarak de quitter le pouvoir sur le champ est diffusée et traduite sur la BBC en arabe. La télévision égyptienne d’état dit tout simplement : La traduction que vous avez entendue était fausse et mensongère. Obama n’a nullement demandé le départ immédiat du président Moubarak.

Les manipulations et la cruauté sans borne de ce régime sont, semble t-il, comprises du monde entier. La BBC a annoncé hier soir la mort de 300 égyptiens depuis mardi 25 janvier. Pour nous qui sommes sur place ce chiffre est très clairement sous-estimé et grimpe, heure après heure, en toute discrétion.

Le retour des forces de l’ordre et la propagation d’hommes de main armés dans toute la nation nous font craindre un bain de sang. Il a débuté hier soir.

Les manifestants ont confiance en l’armée et souhaitent que celle-ci se déploie et augmente substantiellement ses effectifs pour les protéger de la barbarie et de la folie sanguinaire de ce régime.

Propos recueillis par téléphone par Aya Wassef.

CRIS D’EGYPTE : « Le million, le million ! »

1 Fév

La suite des événements commentés par le blogueur Cairote de CRIS D’EGYPTE

1er février 13h30. … Pendant ce temps, la télé d’Etat continue de montrer des images d’un pont sur le Nil quasiment vide. «Hier, ils ont passé en boucle un groupe de faux supporters de Moubarak, devant le siège de la télé. Vraiment ridicule», témoigne Mohamed, 24 ans, croisé place Taalat Hard. Fraîchement diplômé en comptabilité, il n’a «évidemment pas de travail puisqu’il n’y en a pas». Aujourd’hui, vu l’ampleur des manifs depuis plusieurs jours, il en est certain: «Moubarak va partir. Et après? Qui va le remplacer?» A quoi ressemblera l’après-Moubarak? «Je ne vois personne venir», répond Mohamed (Libération)

Le Caire, 1er février 2011. Un million de manifestants sont attendus aujourd’hui dans les rues du Caire et des grandes villes d’Egypte. L’appel est passé sans Internet, sans SMS. Au Caire, à 11h15 nous sommes déjà entre 300 000 et 500 000 personnes selon la BBC.

Les produits de base se font rares. Les supermarchés ont été quasiment vidés de leurs stocks. Les banques sont fermées, la plupart des magasins aussi et rares sont ceux qui gagnent leur pain quotidien.

La rue, pourtant, ne désemplit pas, et se remplit au contraire davantage. Hier, 31 janvier, la place Tahrir, au centre-ville du Caire, était noire de monde. Une estimation circule : 100 000 personnes.

Les voix sont cassées. Ceux qui se servent d’un mégaphone se comptent sur les doigts de la main. Des manifestants ont élu domicile sur la pelouse centrale de la place Tahrir, inondée par un fichu robinet qui ne cesse de couler. Sur une petite tente minuscule on peut lire une pancarte: Hôtel de la liberté. Photos, éclats de rire. Des volontaires ramassent les ordures, balaient, distribuent de l’eau et de la nourriture.

L’humour est au rendez-vous de façon écrasante. Les slogans scandés, les pancartes et les banderoles suscitent l’hilarité. Un enfant tient à bout de bras une pancarte s’adressant à Moubarak: Allez quoi, dégage, j’ai super mal au bras. Un homme passe imperturbable. Il a la voix et la diction de Louis Jouvet : Nettoyez votre pays, jetez vos Moubaraks. Nettoyez votre pays, jetez vos Moubaraks. D’autres messages sont moins comiques. En milieu de journée une pancarte choc fait son apparition. On y voit Moubarak avec la coiffure et la moustache d’Adolf Hitler. La foule scande : Hitler le voilà ! Hitler le voilà !

Les messages d’unité populaire continuent de nourrir les discours. C’est une révolution populaire indépendante de tout parti, de toute religion, de tout mouvement. Un homme habillé d’une sorte de tablier blanc avec un bandeau sur la tête (façon jihad islamique) fait son apparition. Son passage glace les personnes autour de moi qui le suivent du regard. A l’heure de la prière des centaines de manifestants se recueillent. Les slogans et les darboukas reprennent sitôt après.

En ce 31 janvier, toute la société est représentée dans sa grande diversité. Les enfants, les familles, les étudiants, les barbus, les glabres, les gauchos, les voilées, les pas voilées, les bourgeois, les nassériens, les communistes, les laïques, les activistes.

Vers 1h00 du matin, on apprend une information majeure : l’armée égyptienne déclare solennellement qu’elle ne tirera pas sur les manifestants pendant la marche du 1er février. Tout le monde comprend, que pour Hosni Moubarak, c’est terminé. La réaction internationale est immédiate. Changement radical du discours. Deux ex-ambassadeurs américains en poste à Tel Aviv et au Caire s’expriment à la BBC World: Moubarak has to step down. Dans la langue de Sarkozy: casse-toi pov con.

La suite bientôt.

Propos recueillis par téléphone par Aya Wassef

LE CAIRE EN DIRECT : La rue en mouvement, ce samedi (vidéo)

29 Jan

%d blogueurs aiment cette page :