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NUIT : « Faire la lune » en loucedé, seul avec les toros sous les étoiles

25 Fév


Toréer en cachette hors des arènes, geste romanesque ou braconnage ?

Ils appellent ça «hacer la luna». Faire la lune, profiter de sa lueur. Pour toréer à la dure en douce. Les toreros furtivos vont braconner des passes à des vaches, voire des toros, la nuit, en cachette. Vieille lune. Dans ses Mémoires, Juan Belmonte raconte comment, les nuits de pleine lune, il se déshabillait pour traverser le Guadalquivir à la nage et, avec son veston, toréer nu des toros dans les élevages proches de Séville. Dans les années 50, El Cordobés fera de même du côté de Cordoue. Chez l’éleveur Félix Moreno, il estoquera un étalon avec une vieille baïonnette.

A cause de ce braconnage délictueux, Curro Romero a connu le cachot à Badajoz en 1970. Lors d’une corrida, il avait refusé un toro jugé par lui intoréable. Il avait vu qu’il avait été movido, déjà toréé. Paco Ojeda, à la fin des années 70, a forgé dans l’exercice son esthétique du toreo collé au toro : il fallait garder l’animal dans le petit périmètre de lumière, qu’on le voie charger sans le laisser filer dans le noir. Queues coupées. En janvier, des ganaderias d’Estrémadure et de Castille-et-Léon ont reçu la visite de ces furtivos dans ce que José Luis Castro Jañez, président de l’Association des mayorales, appelle «une vague de vandalisme».

Dans la propriété Fuente Santa, près de Cáceres, des furtivos ont réussi à isoler 18 vaches dans la plaza de tienta pour s’en servir. Dans celle d’El Madroñal, ils ont pu enfermer trois toros dans la petite arène et leur ont coupé le bout des cornes après usage. A Sanlúcar de Barrameda, dans les années 70 et 80, les toreros de la nuit profitaient de la proximité, dans les marismas, de l’élevage Sayalero y Brandes pour affronter des vaches bravas. Ils leur coupaient la queue pour signaler à l’éleveur qu’elles avaient été «touchées». Selon José Luis Castro Jañez, ces rôdeurs taurins de janvier «ne sont pas des pratiquants de la tauromachie classique» mais plutôt des jeunes recortadores. Des adeptes, professionnels ou pas, de ce jeu taurin en vogue dans le nord de l’Espagne (Castille-et-León, Navarre, Pays basque), dans la région de Valencia et en Catalogne sud. Castro : «Pour eux c’est une façon de s’amuser en hiver quand il n’y a pas de festivals taurins». Il n’exclut pas cependant que des novilleros, sans appuis pour être invités à des tientas par exemple, viennent la nuit tirer quelques passes afin de satisfaire leur désir de toréer et se faire la main.

Dans les années 70, «El Lobo», médiocre torero diurne, s’est fait autour de Salamanque une redoutable réputation de torero noctambule. La création en 1977 des écoles de tauromachie a un peu asséché cette tradition, dénoncée par les éleveurs. Qui sont maintenant en contact avec les écoles, fournissent du bétail pour les élèves, les accueillent dans les tientas. En France, ce braconnage a existé. Parfois avec du bétail de Camargue. Epines. Ce toreo clandestin, chargé de la vertu romanesque de l’interdit, est devenu une image d’Epinal. Dans le roman éponyme de Pérez Lugín et dans ses adaptations cinématographiques, Currito de la Cruz s’y adonnait. Dans Tú solo, film de Teo Escamilla (1983) sur l’école de tauromachie de Madrid, les jeunes Joselito, Bote, Sevillita et Carretero vont, imitant Belmonte, toréer à poil la nuit. Dans la Carmen de Bizet mise en scène par Calixto Bieito à Barcelone en octobre dernier, un danseur nu interprétait un torero furtivo. La réalité est plus âpre. Le novillero andalou Camarena «El Loco de Torreblanca», familier de l’exercice, le reconnaissait en 1984.

Hacer la luna dans les marais ? «Un calvaire. Il y a le froid et la boue en hiver, les moustiques en été, les gardes armés en toute saison qui te tirent dessus, les buissons pleins d’épines où tu te planques et ces saloperies de vaches qui te piétinent sous la lune.» Autre problème : le galop du toro ou de la vache ralenti sur l’herbe rend l’acte de toréer plus compliqué, moins fluide. Mêmes réserves chez ce torero pratiquant occasionnel du furtivo et qui veut garder l’anonymat : «Quand tu arrives, le troupeau se casse. Isoler une vache ou un veau c’est pas facile, ça fait du bruit, les chiens aboient. D’ailleurs tu toréée très peu. Tu voles trois passes, c’est ridicule. Penser qu’on peut toréer toute la nuit, comme Belmonte le raconte, ça me paraît suspect.Maintenant, il arrive que des ganaderos invitent à toréer de nuit, pour le fun.Mais surle toreo furtivo, on fait beaucoup de roman.»

Noir parfois, le roman. La nuit du 1er décembre 1990, les novilleros El Loren, 25 ans, Andrés Panduro Jiménez, 22 ans, et Juan Carlos Rumbo, 20 ans, arrosent l’anniversaire d’Andrés dans les bars d’Albacete. A la sortie d’une boîte, ils décident d’aller toréer à Charco Lentisco, la ganaderia de Manuel Costa à Cieza. Costa qui a fait fortune dans le papier d’imprimerie s’est offert un élevage. Il a aussi été apoderado d’El Loren et lui avait offert un habit de lumières. Des histoires d’argent les ont brouillés. A Charco Lentisco on constate régulièrement la visite des braconniers toreros. Les vachers s’en plaignent: les furtivos laissent les portes ouvertes, le bétail s’enfuit. Supplications. Cette nuit-là, pleine lune. Manuel Costa et deux de ses vaqueros s’attendent à de la visite. Vers 3 heures du matin ils se rendent à la ganaderia, surprennent les trois novilleros, les poursuivent, les coincent dans un champ d’amandiers, les tuent à coups de fusil malgré leurs supplications. Quatorze coups de feu dans les bras, la bouche la tête et tirés de haut en bas. Les victimes étaient couchées ou à genoux. Le ganadero et un vacher seront condamnés à 162 ans de prison. Un autre tireur n’a jamais été identifié. Des toreros viendront porter les cercueils des novilleros assassinés. Sur chacun d’eux, on avait sculpté une muleta et une épée.

JACQUES DURAND
Publié sur Libération. Titre original : Passes volées au clair de lune

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UN EXEMPLE A SUIVRE : «Taxez-nous plus!», le cri de millionnaires américains

29 Nov

Ils sont riches, très riches, et veulent être soumis à un impôt plus fort: des millionnaires américains demandent à l’administration Obama de les taxer plus dans l’espoir d’aider à résorber l’abyssal fossé qui les sépare de leurs compatriotes moins bien lotis.

Quarante-cinq millionnaires ont lancé une pétition à cet effet. Au nom de la «santé fiscale de notre nation et du bien-être de nos concitoyens», ils demandent l’abandon d’allègements fiscaux accordés depuis 2001 aux contribuables dont les revenus annuels excèdent le million de dollars.

Le moment n’a pas été choisi au hasard: ces allégements fiscaux, approuvés sous George W. Bush, arrivent à expiration à la fin de l’année. Et les démocrates, sortis affaiblis des législatives au début du mois, souhaitent contre l’avis des républicains réserver à l’avenir ce dispositif aux familles gagnant moins de 250.000 dollars par an.
Parmi les signataires on trouve Ben Cohen, fondateur des crèmes glacées Ben & Jerry’s, le directeur de fonds spéculatifs Michael Steinhardt ou encore un avocat de Californie à la retraite Guy Saperstein.

«Nos taux d’imposition sont parmi les plus bas des pays industrialisés»

Ce dernier a expliqué avoir été envahi par un sentiment de «frustration» lorsque le président Barack Obama a récemment évoqué la possibilité d’une extension provisoire des allègements pour les plus riches en échange d’une pérennisation des allègements pour les autres.
«Je pense que notre pays va mal», dit Guy Saperstein. «Lorsque les temps sont durs, les plus riches doivent se serrer un peu la ceinture. Et ce n’est pas un gros sacrifice. Nos taux d’imposition sont parmi les plus bas des pays industrialisés», lance-t-il.

Selon Guy Saperstein, 1.500 personnes ont apporté leur soutien à la pétition dont il est à l’origine avec d’autres. Philippe Villers, un homme d’affaires d’origine française, fondateur de Computervision et dirigeant de Grain Pro, compte parmi eux. La raison en est simple: «je ne pense pas que (proroger les allègements fiscaux pour les plus riches, ndlr) soit juste ou que cela permette de fortifier l’économie», explique-t-il.

Autre initiative lancée par Wealth for Common Good (la fortune pour le bien commun), une association rassemblant des foyers aisés et de hommes d’affaires: 410 Américains aux revenus très confortables ont signé une pétition , qui appelle Washington à cesser ses cadeaux fiscaux à leurs concitoyens gagnant plus de 250.000 dollars par an.

Demande d’une répartition plus juste de l’imposition

«J’ai gagné pas mal d’argent ces dernières années. Il est évident que d’autres que moi méritent désormais d’en profiter un peu», explique Jeffrey Hayes, président de l’entreprise de conseils Stratalys. Et même le milliardaire Warren Buffett y est allé de son couplet.
«Je pense que les gens qui se situent en haut de la pyramide – les gens comme moi – devraient payer beaucoup plus d’impôts. Nous nous portons mieux que jamais», a-t-il récemment assuré lors d’un entretien accordé à la chaîne ABC News.

Mike Lapham de l’association «Pour une économie plus juste» a lui réussi à réunir 700 Américains aux revenus élevés prêts à revendiquer une répartition plus juste de l’imposition. Il se dit «ravi d’en entendre certains clamer: « taxez-moi plus! »», car «nombreux sont ceux qui pensent que le gouvernement fédéral aurait dû en faire plus pour La Nouvelle-Orléans (après le passage de l’ouragan Katrina en 2005, ndlr) ou lors de la marée noire dans le golfe du Mexique. Mais à la vérité, le gouvernement a dû réduire de très nombreux postes de dépenses».

(Source AFP) Liberation.fr / Monde / 29/11/2010 à 11h11

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