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LE MOT DE TAÏEB : Thierry Mariani, le Warrior du Vaucluse

28 Sep

Ce matin 28 septembre, voilà qu’à nouveau notre député de Vaucluse Thierry Mariani s’illustre par un « joli » coup médiatique. Cette fois, il a trouvé un truc bien gras propre à rassurer ses populations électorales du nord-Vaucluse, promptes à verser dans le vote FN, comme on l’a hélas souvent constaté. Pour « rattraper » cet électorat volatil, notre martial député a trouvé un truc : les malades étrangers qui abuseraient de notre généreux système d’assurance-maladie…

Le voici qui présente ce matin à l’Assemblée un texte dans le droit fil de la xénophobie ambiante relative aux Roms et aux populations étrangères en général, tarte-à-la crème de ce gouvernement décidément si peu sûr de lui qu’il lui faut user de toutes les grosses ficelles sécuritaires pour tenter de se rallier un électorat de la droite dure, méchamment tenté par le vote extrême, son électorat traditionnel commençant à se poser de sérieuses questions tout en se bouchant le nez.

Cette proposition de loi nauséabonde dit tout le désarroi de l’UMP devant la débandade annoncée. Il lui faut donc sans cesse inventer de nouvelles imprécations, remuer la boue xénophobe ou sécuritaire, et même user de la peur terroriste pour tenter de faire oublier au bon peuple d’en bas son bilan désastreux et ses atteintes réitérées aux droits sociaux.

L’UMP a ainsi trouvé en Thierry Mariani son Warrior sans peur et sans reproche, toujours partant pour affronter le Front National sur son propre terrain, n’hésitant pas pour cela à user des mêmes « arguments » ni des mêmes « idées ». Honneur de la France, restauration de la Nation, chasse aux étrangers, tout le répertoire du FN est largement pillé par le sieur Mariani, sans état d’âme. Qu’il fasse gaffe tout de même qu’aux prochaines échéances ses électeurs ne lui préfèrent l’original à sa minable copie.

Taëb El Baradeï

AVIGNON : EXISTE T-IL UNE OFFRE CULTURELLE APRES LE FESTIVAL ?

18 Sep


(Carré d’Art, un musée d’art contemporain, tel qu’il manque à Avignon)

Bonne question, peut-être mal posée, mais qui mérite que l’on s’y attarde. Hors-Festival, cette ville de 100 000 habitants ne tient pas le choc de la comparaison avec ses voisines, parfois plus petites, souvent plus volontaristes… Avignon, malgré ou à cause de tous les a-priori, n’est pas vraiment une ville culturelle, quoique l’on en dise. Nous le regrettons, bien sûr. Mais ce constat n’est pas anodin : si ses voisines, parfois de taille liliputienne sont bien plus éveillées que notre « capitale » préfectorale, c’est bien par le volonté de leurs édiles (toutes appartenances politiques d’ailleurs), qui conduisent pour leur cité une politique culturelle résolue, engagée, conscients du rayonnement que cela induit, en termes de retombées économiques, politiques, sociales… et de communication politique.

Marie-José Roig, hélas, n’est guère de cette trempe-là. Son ambition se limite à des projets irréalistes du type « Opéra-Sydney » en pleine zone innondable, que le contribuable aurait mis des siècles à financer. De toutes façons, sa légèreté à l’égard de sa charge de députée obère considérablement la légitimité de sa voix d’élue locale, censée représenter les intérêts de la population. Ses « projets » ont donc peu de chances d’être soutenus par l’Etat, son assuidité au Parlement et son influence dans les cénacles du pouvoir étant plutôt limitées…

Dans tous les cas, une politique culturelle digne de ce nom ne s’improvise pas. Il y faut de la volonté, du courage, un véritable engagement, en deux mots une réelle implication. Surtout, il ne suffit pas d’avoir des idées, encore faut-il les confier à un personnel compétent, et l’abonder de manière significative. Losqu’on songe que notre Mairesse est prête à contribuer à hauteur de 4 millions d’euros à l’agrandissement d’un stade de foot, au seul bénéfice d’une équipe qui par miracle restera une année en 1ère division, l’on serait en droit d’attendre de ses adjoints avertis qu’ils budgétisent autre chose que les malheureuses poignées d’euros dont ils saupoudrent les acteurs culturels locaux…

Si l’on reprend la comparaison avec les villes voisines, force est de constater que bien d’entre-elles ont beaucoup plus à proposer en termes de vie culturelle. Arles, par exemple, pourtant deux fois moins habitée, possède de nombreux équipements culturels de grande qualité : musées, théâtre de plein air, salles de concerts et surtout plusieurs manifestations d’envergure qui en font toute l’année un centre vivant et attractif. Nîmes également, avec son Musée d’Art Contemporain, construit par Norman Foster, joue le jeu d’une véritable capitale régionale, proposant une offre pointue en matière d’art (musée, galeries, oeuvres dans l’espace urbain), d’architecture (Foster, Nouvel… ont construit ici), musiques (festival de Flamenco, nombreux concerts de qualité internationale)… Même de petites cités comme Martigues, avec sa Scène Nationale, son Musée d’art contemporain, ses festivals et manifestations toute l’année fait figure de « riche »…

Hors Festival, quelle vie culturelle à l’intérieur des remparts ? Du théâtre, certes, avec ses cinq scènes permanentes, auxquelles il convient d’ajouter quelques compagnies de qualité. Mais après tout, rien que de très normal pour une ville qui axe sa communication sur cette discipline. Encore faut-il regretter l’absence d’une scène nationale, qui revivifierait certainement l’offre théâtrale en insufflant un peu de contemporanéité et d’audace…
L’Art ? Bien sûr, il y a la Collection Lambert, initiative privée rappelons-le, une fenêtre indispensable sur l’art contemporain, sinon cruellement absent de la ville. Le Petit Palais, qui propose une des plus belles collections européennes de Primitifs italiens. Mais la ville manque singulièrement d’un Centre d’Art ou d’un Musée ouvert sur la modernité. Quant aux galeries dignes de ce nom, il n’y en a tout simplement pas.
La musique, elle, est le véritable parent pauvre de la cité. Une salle alternative, Les Passagers, et point barre. Si l’on veut écouter les musiques actuelles, il faut s’expatrier dans d’autres départements… Un grand équipement serait pourtant indispensable, et pas situé à côté de l’aéroport ou coincé entre deux centres commerciaux. Quant à l’Opéra, sa programmation d’oeuvres lyriques est si chiche, comparativement aux niaiseries et autres opérettes de pacotille, que l’on se demande s’il n’usurpe pas son appellation d’Opéra-Théâtre… Heureusement la danse est-elle un peu mieux lotie, avec ses Hivernales, mais pour combien de temps encore ?

Bref, Avignon reste une ville de 100 000 habitants avec une offre de bourgade de province, où l’on s’ennuie ferme durant l’année, et d’où il faut régulièrement s’extraire pour goûter une véritable programmation culturelle, ouverte sur la modernité… De quoi inciter à méditer sur ce qui pourrait transformer cette ville un peu trop reposée sur ses lauriers en un véritable carrefour culturel vivant, au rayonnement régional. Beau sujet de réflexion pour une opposition qui serait bien inspirée d’amener quelques propositions bien-pensées pour les prochaines échéances municipales. La Culture est aussi un acteur économique de tout premier plan, et un excellent vecteur de notoriété, profitable à tous, formations politiques comprises.

Angelina Vivaldi

Sous les pattes : que fait la ville de ses Roms ?

9 Sep


(le danseur Israël Galvan)

Elle les parque. Et pas n’importe où, s’il vous plait : à deux doigts du centre-ville (mais pas dans, nuance), avec vue superbe sur le fleuve, proximité de la gare tgv et des voies rapides, environnement olfactif de premier choix… La ville d’Avignon sait soigner ses invités. Rien que de très ordinaire, hélas, Marie-José Roig ne se différenciant guère de la majorité de ses confrères, toutes tendances confondues. Le Rom fait peur, le Tsigane fait désordre. Voleur de poule, délinquant forcément présumé, mendiant éhonté ou profiteur de caf et rmi, les Gens du voyage comme partout ailleurs subissent les mêmes stygmatisations. Alors depuis que le Président en personne s’y est mis aussi, hein, pourquoi se gêner ? Etonnant même qu’on leur laisse occuper ces charmantes maisonnettes de béton nu que l’on leur a construites tout exprès en pleine Courtine, à côté du dépôt d’ordures. Après tout, ces gens là sont bien mieux dans leurs caravanes tractées par de superbes bolides Mercédes, non ?

En 1942, pas très loin d’ici, en pleine Camargue (à Salliers exactement), les autorités Françaises leur érigeaient déjà un magnifique camp de « transit » en rase campagne, au milieu des marais. On y entassa quelques milliers d’entre eux, avant de les expédier via les petits trains de la chanson de Catherine Ringer, dans la campagne charmante d’Auschwitz. Une plaque commémore l’endroit où était installée cette villégiature, seul vestige de cette déjà fièvre anti-Roms, si prompte à resurgir dans l’histoire de France.

Aujourd’hui, les Tsiganes (ou Gitans ou Roms ou Manouches, selon leur installation d’origine) sont chez nous dans l’immense majorité sédentarisés, souvent contraints de l’être d’ailleurs. La vie économique moderne, mais aussi les pressions des « honnêtes gens » les a conduits à rompre avec leur nomadisme insolent et souvent, avec leur sens de la tribu. Subsistent quelques poches de résistance. En Paca, c’est à Martigues, Port de Bouc ou Miramas que l’on retrouve ces Gitans d’Andalousie ou d’Algérie qui se consacrent à leur art Flamenco : musiciens, danseurs, ceux-là perpétuent la grande tradition gitane de la communion et du partage, par le truchement de leur art. Mieux tolérés parce qu’artistes et « folkloriques », ils subissent néanmoins les mêmes a-priori que leurs cousins Roms ou Manouches. Ainsi va le monde…

A Avignon, pendant que l’on parque honteusement les Gitans de Courtine dans leurs boites de béton sous les effluves de la déchetterie, le Festival invite leurs cousins dans les lieux prestigieux de la manifestation. Ainsi du grand danseur Israël Galvan, un immense artiste qui insuffle au Flamenco un sang neuf et une invention inégalée sur toutes les scènes du monde, de New York à Séville, de Sydney à Tokyo. Paradoxe avignonnais, ou simple coïncidence sociologique ? Allez savoir, l’inconscient collectif et nos sociétés modernes, volontiers oublieuses de l’Histoire et hermétiques à la souffrance du monde, produisent souvent de telles aberrations, parfois même à leur coeur défendant… Ainsi va le monde…

Antonio Sanz.

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