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L’arène détrônée en Catalogne

23 Sep

LE COUTEAU DANS L’OS une chronique d’Antonio Sanz


(le torero Juan Bautista)

JACQUES DURAND publié sur Libération.fr Monde 29/07/2010 à 00h00

La région autonome affiche un désintérêt croissant pour la tauromachie depuis 1960.

En interdisant la corrida, le Parlement catalan a frappé un grand coup symbolique et donné le coup de grâce à une pratique en déshérence en Catalogne. Depuis plusieurs années, il n’y avait plus de corridas à Lleida, Tarragone, Figueras, Gérone, Sant Feliu de Guixols ou Olot, une des plus vieilles arènes de la Péninsule. Seule la Monumental de Barcelone continuait à en programmer : une quinzaine dans l’année. Elle voyait sa capacité, 19 582 places, faire le plein uniquement lorsque José Tomas y toréait : 2 fois l’an. Pour le reste, elle ne se remplissait qu’à 40% en moyenne. Dimanche, il y avait seulement 6 000 spectateurs pour voir toréer El Cid, El Fandi et Alejandro Talavante. Les aficionados, qui ont, en début de course, manifesté avec des drapeaux catalans au son de l’hymne de la province Els Segadors, menaient un combat désespéré.

A sa grande époque taurine, les années 40, 50, 60, deux plazas de toros y fonctionnaient en même temps et Barcelone proposait souvent plus de corridas que Madrid. Une programmation longtemps médiocre et tournée vers le tourisme, ainsi que la concurrence du football, l’essor dans les années 60 de la voiture Seat 600 conjugué à la proximité des plages, un prix élevé des places, le peu d’intérêt des nouvelles générations, la propagande catalaniste voyant dans la corrida un apport de l’Espagne honnie peuvent éclairer le lent détachement de Barcelone pour la Fiesta Brava. Malgré un léger renouveau ces quatre dernières années.

L’assaut animaliste imbriqué à des arrière-pensées nationalistes qui vient de poignarder la tauromachie n’est que le dernier avatar, local, d’une opposition séculaire. Au XVe siècle, Isabelle la Catholique voulait supprimer les jeux taurins. Ils tuaient trop de ses sujets. Un siècle plus tard Pie V les a proscrits : c’est péché pour un chrétien de mettre sa vie en jeu. En 1898, des intellectuels espagnols condamnent la corrida : les passions qu’elle déchaîne détournent le peuple de ses devoirs civiques à un moment où l’Espagne est en guerre contre les Etats-Unis. L’histoire est fameuse de cet écrivain qui se réjouit d’entendre sous ses fenêtres ses concitoyens crier «Guerra ! Guerra !» En fait, ils ovationnent le torero cordouan, Rafael Guerra.

L’Initiative législative populaire pour la suppression de la corrida qui est à l’origine du vote de mercredi fait des petits. A Madrid, les animalistes d’El Refugio ont recueilli les 50 000 signatures nécessaires pour imposer un débat au Parlement de la Comunidad madrilène. Les prohibitionnistes bougent aussi en Andalousie, dans la Comunidad de Valence. Des mouvements comme le Comité radicalement anti-corrida ou l’Alliance anti-corrida agissent aussi en France et se manifestent souvent devant les arènes comme à Céret (Pyrénées-orientales) le 10 juillet. Des initiatives politiques sont engagées au Parlement où existe aussi un groupe d’élus pro corrida. Le 9 juin, une proposition de loi visant à interdire les corridas et les combats de coqs a été déposée à l’Assemblée par les députées Muriel Marland Militello (UMP) et Geneviève Gaillard (PS). Elle n’est pas la première…

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