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PATTI SMITH : A cheval sur l’actualité

16 Jan

Jesus died for somebody’s sins but not mine. » (« Jésus est mort pour les péchés de quelqu’un, mais pas pour les miens. ») La voix un peu rauque et très bravache de Patti Smith ouvrait ainsi avec la chanson Gloria son premier album, Horses, sorti en 1975, sans se douter que ce vers – texte mis sur la musique du classique du rock du groupe Them – deviendrait l’un des plus célèbres incipits de l’histoire du rock.

Avec cette provocation, l’Américaine, alors âgée de 29 ans, affichait une « déclaration d’existence, le serment d’assumer (s) es propres actes ». Malgré les éclipses et les deuils, la poète-chanteuse, peintre et photographe, n’a cessé, depuis, de confirmer cet engagement. La Cité de la musique et la Salle Pleyel, à Paris, lui consacrent, un cycle, du 17 au 22 janvier (projection de film, lecture de poèmes et concerts). A cette occasion, Patti Smith, 64 ans, rejouera l’intégralité d’Horses, samedi 22 janvier, Salle Pleyel, avec des complices de toujours – le guitariste Lenny Kaye, le batteur Jay Dee Daugherty – et de nouveaux musiciens – Jack Petruzzelli (guitare), Tony Shanahan (basse). Sans surprise, c’est pour ce concert consacré à ce disque fondateur que les places se sont arrachées le plus rapidement.

SENSUALITÉ ANDROGYNE
En 1975, le choc est autant musical que visuel. Alors que la plupart des pochettes de l’époque rivalisent d’esthétique boursouflée, celle d’Horses tranche par la sobriété de la photo noir et blanc de Robert Mapplethorpe, saisissant la sensualité androgyne de celle qui fut sa compagne. « Je portais mes vêtements de tous les jours, se souvenait la chanteuse pour Le Monde, en 1996. Une chemise blanche, un pantalon, une cravate, une veste noires, ce que j’imaginais être une tenue baudelairienne. Robert a pris quinze photos, pas plus. La maison de disques était furieuse. A l’époque, les chanteuses se devaient d’être maquillées et glamour. Je n’étais même pas peignée. »

Mal peignées également, ces chansons turbulentes cherchant à marier l’éloquence poétique et la fièvre primitive du rock. Tendant un pont entre les idéaux passés et l’urgence rageuse du punk balbutiant « Horses est apparu à un moment où le rock s’était perdu dans le professionnalisme, la compétence technique, insiste Lenny Kaye, qui demeure aussi un historien de la musique populaire. Ce disque a représenté, soudain, un espoir, un manifeste pour que chacun libère sa propre force créatrice. » Nombre de chanteuses, mais aussi des groupes comme R.E.M. ou U2, considéreront cet album comme un moment-clé de leur vocation.

Au milieu des années 1970, Patti Smith est une chanteuse débutante. Fuyant l’étroitesse du New Jersey de son enfance, elle a débarqué à New York en 1967, fascinée par le rayonnement de sa vie de bohème. Elle s’essaie au théâtre, à la peinture, à la photographie, au journalisme rock, trouve sa voie dans la poésie et les performances. Pour illustrer en musique l’une de ses lectures, elle réquisitionne Lenny Kaye. « Je voulais insuffler dans le mot écrit l’immédiateté et l’attaque frontale du rock’n’roll », écrit-elle dans le passionnant Just Kids (Denoël, 327 p., 20 €), récent ouvrage de souvenirs contant ses premières années new-yorkaises et sa relation avec Robert Mapplethorpe.

La déclamation poétique s’oriente petit à petit vers le chant, et les lectures vers de vrais concerts avec Lenny Kaye, accompagnés d’abord d’un clavier, Richard Sohl, puis d’un second guitariste, Ivan Kral, et enfin du batteur, Jay Dee Daugherty. Une nouvelle vague rock commence à secouer l’underground local avec des personnalités comme Richard Hell ou Tom Verlaine, du groupe Television.

Très impressionnée par ces derniers, Patti Smith invite Tom Verlaine à jouer sur un premier single, Piss Factory, autoproduit avec de l’argent avancé par Mapplethorpe. Essai concluant. La compagnie Arista se montre intéressée. Quelques jours après avoir signé son contrat, en mai 1975, le Patti Smith Group enregistre au studio Electric Lady, jadis étrenné par Jimi Hendrix.

MÉLANGE DE LYRISME ET D’ÂPRETÉ
A l’écoute de l’album aujourd’hui, on est frappé par la fougue et la verdeur de la production, son mélange de lyrisme et d’âpreté. « Nous étions un tout jeune groupe, précise Lenny Kaye. Le batteur ne nous avait rejoints que deux mois avant, nous n’avions aucune expérience des studios. Nous apprenions encore ce que nous voulions devenir. »

Le groupe a demandé à John Cale de produire l’album. Ancien bassiste et altiste du Velvet Underground – une inspiration majeure de Patti Smith -, producteur, en 1969, du premier album des Stooges avec Iggy Pop, le Gallois se révèle plus rétif que prévu. John Cale « était dans sa phase très orchestrale, se souvient Kaye. Il avait envie de construire l’album instrument après instrument. Or, nous voulions des ambiances live. Il nous a mis au défi de prouver que nous en étions capables, nous encourageant finalement à l’improvisation comme dans Bird-land, devenu un morceau de dix minutes alors qu’il en faisait trois. »

Imprégnés de multiples références à la littérature (« Go Rimbaud go Rimbaud » dans Land) et au cinéma français, les textes invoquent aussi les mannes des héros du rock (Van Morrison, l’ancien chanteur de Them, Jimi Hendrix, Jim Morrison…). « C’était un hommage, mais nous avions aussi la conviction que nous pouvions devenir l’un d’eux », se souvient le guitariste. De fait, l’accueil critique d’Horses sera dithyrambique, et le succès commercial satisfaisant, même s’il faudra attendre le troisième album (Easter) et le quatrième (Wave) pour que le groupe triomphe vraiment.

En 2005, un double CD est sorti pour fêter les 30 ans d’Horses. La réédition de l’album original est accompagnée d’une version en concert enregistrée en juin 2005. Toujours aussi ardente, mais meilleure chanteuse qu’en 1975, Patti Smith y rayonne plus que jamais. « A l’époque, nous l’appelions notre field marshal, rigole Lenny Kaye. Aujourd’hui, elle est toujours notre commandeur, une artiste multiple qui s’est épanouie avec le temps. »

Stéphane Davet

Au programme :
Spectacles Patti Smith : Dream of Life, film de Steven Sebring, dont la projection sera suivie d’une rencontre avec la chanteuse. Cité de la musique, le 17 janvier, à 20 heures. 8 € ;
« Picturing Robert », poèmes et musiques en souvenir de Robert Mapplethorpe. Cité de la musique, le 18 janvier, à 20 heures. 30 € ;
« Unplugged Dreams », concert acoustique de Patti Smith. Cité de la musique, le 20 janvier, à 20 heures. 39 € ;
Patti Smith et Philip Glass rendent hommage à Allen Ginsberg, poète américain et membre fondateur de la Beat Generation. Salle Pleyel, le 21 janvier, à 20 heures. De 45 € à 60 € ;
Patti Smith joue Horses. Salle Pleyel, le 22 janvier, à 20 heures, de 30 € à 45 €.
Lieux Cité de la musique.
211, avenue Jean-Jaurès, Paris 19e. Tél. : 01-44-84-44-84.
Salle Pleyel. 252, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e.
Tél. : 01-44-84-45-78.

Titre original : Patti Smith fait revivre « Horses » sur scène
LE MONDE.FR | 15.01.11 | 14h18 •

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