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PIQURE DE RAPPEL : L’Islam est incompatible avec les droits de l’homme

1 Mar


LA LANGUE DANS LA PLAIE / Antonio Sanz

A l’heure où les démocraties naissantes du « Printemps Arabe » se mettent difficilement en place, il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux. Oui, l’Islam est incompatible avec les droits de l’homme et la démocratie, comme toute autre religion dès lors qu’elle s’instaure comme système d’organisation politique. Oui, le danger islamiste est là, tapi avec ses vieilles haines rances de la liberté du peuple et des droits humains. Les Frères Musulmans en Egypte, Ennahda en Tunisie, sont les chantres d’une « révolution » religieuse qui passe par l’instauration de la charia, ce « code » de loi qui entend régir la « bonne conduite » de chacun dans son quotidien et son allégeance à un « dieu » fantasmé, en tout cas bien commode pour les pouvoirs des imams et autres ayatolahs. C’est une réalité, et n’en déplaise à certains « intellectuels » français, éditorialistes prolixes sur les plateaux télévisuels mais curieusement absents des « théâtres » de l’insurrection, toujours à la pointe de la « tolérance » et de l’empathie, il ne serait pas sain de l’oublier.

Nous republions donc cet entretien de 2005 avec Taslima Nasreen, écrivain et intellectuelle du Bangladesh, menacée de mort depuis 1994 par une « fatwa » lancée par quelques islamistes obscurantistes haineux, qui vit depuis sous la menace d’une exécution programmée pour ses seuls « délits » d’opinion. « Les femmes sont oppressées par toutes les religions ». Cette femme sait de quoi elle parle, lorsqu’elle accuse l’Islam, en tant que « système » de pensée et d’organisation du monde coercitif et liberticide, de déni absolu de la personne humaine, et d’incapacité « génétique » à laisser incuber l’ombre d’un embryon de démocratie. Nous assumons ses propos et les soutenons, au risque d’être taxés d’islamophobie, un terme bien commode pour les fascistes verts qui se tiennent en embuscade derrière les révolutions de ce Printemps arabe, prêts à toutes les récupérations, avec pour seul objectif l’islamisation complète et définitive de ces peuples assommés par 30 ou 40 ans de dictature sanglante. Qu’ils n’y croient pas : nous ne les laisserons pas faire. On écoute Taslima Nasreen :

Menacée de mort par une fatwa lancée par des fanatiques, Taslima Nasreen vit en exil depuis plus de dix ans. Symbole de la lutte pour la libération de la femme, l’écrivain bangladaise a reçu le 16 novembre dernier le prix Unesco-Singh 2004, doté de 100 000 dollars, pour la promotion de la tolérance et de la non-violence. Elle a fait du combat contre l’obscurantisme religieux et l’oppression des femmes sa raison de vivre. Entretien avec une femme rebelle.
Pour Taslima Nasreen, le Coran, comme toutes les autres écritures sacrées, est complètement dépassé. Car aujourd’hui, la vie en société ne peut être organisée que par un Etat et non par des versets écrits il y a mille quatre cents ans.

Quelle est la condition de la femme dans votre pays ?
Le Bangladesh est un pays de plus de 130 millions d’habitants, l’un des plus peuplés au monde. 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. 40% de femmes n’ont pas d’accès à l’éducation et aux soins et 80% d’entre elles sont toujours analphabètes ! Même si plus de femmes vont à l’école ou travaillent qu’auparavant, elles souffrent toujours du fondamentalisme islamiste. Les intégristes décrètent des fatwas contre elles, les terrorisent et les empêchent d’avoir accès à l’éducation. Les femmes qui travaillent sont menacées de représailles. Pour les fondamentalistes, la place de la femme est à la maison. Pire encore, le gouvernement bangladais soutient ce fondamentalisme. Il utilise l’islam pour obtenir des suffrages et récolter des voix auprès des personnes analphabètes manipulées par la religion.

Vous ne cessez de dénoncer la condition des femmes musulmanes partout dans le monde. En quoi l’islam serait-il une religion nuisible pour les femmes ?
Les femmes sont oppressées par toutes les religions, y compris l’islam. Les traditions culturelles et les coutumes les asservissent aussi. Je m’attaque à l’islam en particulier, parce que je suis née dans une famille musulmane et que j’ai vécu dans un pays qui applique la charia. J’ai donc personnellement vécu cette oppression et j’ai compris très jeune que l’islam était un outil pour faire perdurer un système patriarcal. Dans le Coran, les femmes ne sont pas traitées comme des êtres humains mais comme des êtres inférieurs et des objets sexuels, condamnés à la servilité. Elles sont réduites à l’esclavage dans un texte qui est vieux de 1 400 ans ! Elles n’ont pas les mêmes droits que les hommes : elles doivent porter le voile, peuvent être battues, n’ont aucun droit sur l’héritage ou encore subissent la polygamie et la répudiation. Si les femmes ne suivent pas les ordres de leurs maris, de leurs frères ou de leurs fils, elles peuvent être battues, lapidées ou rejetées par la société. Le Coran est un livre sacré, mais uniquement pour les hommes ! Il est dit, par exemple, que Dieu donne l’autorité aux hommes sur les femmes. Si les femmes n’obéissent pas à leurs maris, ils sont autorisés à les frapper ! Ce texte est une source d’injustice et de discrimination pour toutes les femmes.

Pensez-vous qu’il faille moderniser le Coran afin de donner plus de droits aux femmes ?
Vous ne pouvez pas réécrire un livre établi en l’an 651 de notre ère ! Les versets du Coran ne peuvent être reformulés, c’est ainsi… Par contre, ce livre doit être considéré comme un simple document historique, écrit il y a mille quatre cents ans. Je pense que le Coran, comme toutes les écritures sacrées, est complètement dépassé aujourd’hui. Nous n’en avons plus besoin pour vivre. A l’époque, ce texte servait de guide pour l’organisation de la société. Mais, aujourd’hui, dans une société moderne, c’est à l’Etat et non à l’Eglise de définir l’organisation de la vie en société. Le Coran doit rester du domaine privé et personnel. C’est pourquoi je me bats pour la sécularisation de la société et la séparation entre l’Eglise et l’Etat dans les pays où le Coran régit encore la vie quotidienne et les affaires personnelles. Le Coran est inutile dans le monde moderne.

Ne pensez-vous pas que la majorité des musulmans sont modérés et tolérants alors que les extrémistes ne représentent qu’une minorité ? Et que l’Islam peut être un mode de vie comme un autre ?
Je ne crois pas que les extrémistes soient une minorité. Au contraire, le fondamentalisme est en plein essor dans les pays islamistes. Les guerres menées en Afghanistan et en Irak sont en train de produire de nouveaux intégristes. Des musulmans qui étaient modérés hier basculent aujourd’hui dans le fondamentalisme en réaction à ce qui est perçu comme une guerre entre l’Occident et l’Orient. L’Ouest doit faire très attention dans sa manière de lutter contre le fondamentalisme. Les guerres ne font qu’amplifier les haines et les fondamentalismes. Pour sortir de l’obscurantisme, c’est de civilisation et d’éducation dont nous avons besoin. Le conflit aujourd’hui n’est pas un conflit entre l’Occident et l’Orient, mais entre le laïcisme et le fondamentalisme, entre l’innovation et la tradition, entre un monde moderne et rationnel et un monde de foi aveugle et irrationnel.

Que pensez-vous de la lutte contre le terrorisme conduite par l’actuelle administration américaine ?
Les Etats-Unis pratiquent aujourd’hui un terrorisme d’Etat. Selon moi, le terrorisme d’Etat est toujours la forme la plus dangereuse de terrorisme. La politique étrangère qu’ils mènent en Afghanistan ou en Irak ressemble à celle qu’ils ont pratiquée dans le passé au Nicaragua, au Chili ou encore aux Philippines.

L’avocate iranienne Shirin Ebadi a reçu le prix Nobel de la paix 2003 pour son action en faveur des droits de l’homme. Selon elle, l’islam est compatible avec les droits de l’homme. Que pensez-vous de sa position ?
Je respecte son opinion et son engagement humaniste. Notre objectif est le même : obtenir l’égalité et la justice pour les femmes. Simplement, nos moyens d’y parvenir sont différents. Pour moi, l’islam est incompatible avec les droits de l’homme et de la femme. Ce n’est pas de l’islam dont nous avons besoin pour lutter contre l’ignorance, mais d’un code civil basé sur l’égalité des sexes et d’une éducation laïque pour tous.

Vous prônez la sécularisation et la séparation de l’Eglise et de l’Etat pour sortir les femmes de la servitude. Seriez-vous favorable à une révolution laïque dans les pays musulmans ?
La grande tragédie de l’humanité, c’est le fait que la moralité ait été récupérée par la religion. Avant la création des religions, la moralité existait déjà. Nous n’avons pas besoin des religions pour être moral. Ma conscience est suffisante pour faire de moi une bonne personne. C’est pourquoi je milite pour une révolution laïque dans mon pays. Je me bats aussi pour toutes les femmes qui sont oppressées partout dans le monde.

Comment ressentez-vous la menace permanente de la mort et l’exil forcé ?
Je me sens en sécurité aujourd’hui. Je voyage beaucoup, entre Stockholm, Calcutta, New York et l’Europe. Quand je me rends dans l’Etat du Bengale-Occidental, en Inde, je bénéficie d’une protection policière. Cela fait maintenant plus de dix ans que je vis en exil. L’isolement, le déracinement culturel et la séparation familiale sont difficiles à vivre. Avec cet exil, j’ai tout perdu : ma famille, ma culture, ma langue, ma société… Je me sens comme une étrangère en Occident, et comme une étrangère dans mon propre pays. Je voudrais pouvoir m’engager dans mon pays pour faire avancer les choses, mais je suis complètement coupée du Bangladesh. J’ai alors réalisé que je devais continuer à écrire pour ne pas laisser les fondamentalistes me faire taire. Je poursuis aujourd’hui mon oeuvre autobiographique, j’écris des tribunes dans les journaux et je soutiens des mouvements pour les droits des femmes partout dans le monde. Mon prochain roman, qui sortira en octobre 2005 en France, portera justement sur les déchirements de l’exil.

Qu’allez-vous faire de votre prix ?Ce prix redouble mon engagement et ma détermination. Je compte aider les organisations non gouvernementales qui défendent les droits des femmes en Asie. L’espoir réside dans le combat de ces ONG pour donner une vie meilleure aux femmes et les sortir de la servitude. Seule l’éducation pourra changer la vie des femmes

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TUNISIE : Gaffe à la gueule de bois !

19 Jan

LE COUTEAU DANS L’OS

Moi, perso, j’adore les révolutions. Celle que nos amis Tunisiens ont actée et vécue ces derniers jours peut paraître en tous points exemplaire, à plus d’un titre : pour le monde arabe, un minuscule pays (en taille) comme la Tunisie, qui se débarrasse de son autocrate de cette manière-là, en « douceur » et sous l’odeur du Jasmin (quelle stupide idée de communicant que d’affubler cette révolution-là de ce vocable…), est effectivement appelé à devenir un modèle pour tous. Bouteflika, Kadhafi, Moubarak et autres sanguinaires, serrez les fesses ! Tel est le message que ce peuple courageux fait passer dans le Maghreb et au-delà, au sein de toute la « rue » arabe.

Certes, certes. A y regarder de plus près, cependant -et au risque de nous faire une fois de plus quelques ennemis- je ne serais pas si euphorique. C’est que quelques faits têtus me dérangent. D’abord, cette soi-disant fuite du dictateur, on ne peut plus surprenante. En réalité une « exfiltration » due à la « bienveillance » intéressée de ses forces armées, sous l’égide une fois de plus « altruiste » de leurs amis américains, formateurs en titre de l’armée tunisienne. Un couloir aérien libéré quelques heures fort opportunément pour permettre à notre dictateur de s’échapper sans trop de dommages collatéraux. Et sans démissionner officiellement…

Ensuite, cette reprise en main suspecte du RCD, parti présidentiel jusqu’à hier membre de l’Internationale Socialiste, dont les membres les plus influents -et ayant du sang sur les mains comme ce Abdallah Kallal, ex-ministre de l’intérieur de Ben Ali, tortionnaire avéré, dorénavant président de la Chambre des Conseillers- n’ont pas l’heur de vouloir quitter leurs si confortables fonctions, ni les avantages qui y sont liés. Là encore, la rue parle, et demande aujourd’hui leur éviction. Tant mieux mais…

La Tunisie s’est effectivement débarrassée de Ben Ali. Mais quid de son parti (2 millions de membres), de sa police, de ses fonctionnaires ? Et de ses innombrables obligés : Hommes d’affaires, membres d’une famille hyperboliquement ramifiée, ou simples quidams du peuple devant au dictateur, qui un logement, qui une bourse ou un travail ? 23 ans de gouvernance maffieuse basée sur la corruption, les avantages concédés et les petits arrangements laissent des traces. En réalité, chaque famille tunisienne est mouillée. Chacune doit quelque chose au système Ben Ali, d’une manière ou d’une autre. On ne se déprend pas aussi facilement d’un système corruptif et corrompu qui a su prospérer grâce à -ou à cause de- l’omerta, et de l’accord tacite de toute une partie de la population. Oui, je sais, c’est très désagréable à entendre.

Cependant, les Tunisiens nous ont montré -avec cette fulgurance poétique- combien ils avaient su avec courage se défaire soudainement de cette dictature déguisée, un étouffoir qui depuis un quart de siècle, avec la complicité des nations, les laissait sans voix, sans représentants politiques ou syndicaux, sans presse, sans liberté en un mot. Belle épopée, qui entrera dans la mythologie et l’inconscient collectif arabe, aux côtés de ses hérauts du nationalisme pan-arabe, des luttes pour la décolonisation, du combat palestinien, et autres grands moments de la geste héroïque de ces peuples trop souvent étouffés, opprimés, spoliés de leurs terres… et sacrifiés à d’obscures tractations avec le monde occidental.

Grâce soit donc rendue à la rue tunisienne et à ses martyrs. Pour autant, ne nous méprenons pas sur le sens véritable de cette révolution, et de ce qu’elle implique pour tous. De ce qu’elle nous oblige, en tant que citoyens du Monde. Surtout, ici ou ailleurs, Arabes ou pas, Tunisiens ou pas, soyons vigilants à ce qu’il va advenir de ce souffle de liberté sans précédent. Ne le laissons pas retomber comme un soufflet, une fois l’émotion passée.

Quelques signes désagréables n’augurent rien de bon, comme cette désertion des Tunisiens de la toile, au profit de la chaîne d’info pro-islamique Al-jazeera (Cf article sur Slate.fr). Ou l’empressement de certains partis ou personnages « investis » de la stature d’opposants à trop vite revendiquer le processus de « démocratisation », pour mieux s’installer dans les oripeaux du pouvoir. Toutes choses et tant d’autres qui devraient inciter chacun à tempérer son enthousiasme. Nous, pauvres Occidentaux donneurs de leçons, toujours prompts à nous enflammer pour une cause ou une autre, y compris.

Gare au réveil. Qu’il soit exempt, je l’espère de tout coeur, de gueule de bois et d’amertume. Ce que nous pouvons souhaiter de mieux, de plus beau à nos amis, je m’y associe ardemment : Longue vie à la Révolution Tunisienne !

Antonio Sanz

Plus d’info : lire l’article de l’écrivain et journaliste Taoufik Ben Brik : La révolution trahie.

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