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GUILLAUME PEPY ET LA SNCF, N’OUBLIEZ PAS SALIERS ! 1942 en Camargue, le camp de la honte

25 Jan

« Monsieur le Maire d’Arles pourra du reste témoigner que de nombreux nomades qui mènent dans sa cité une vie sédentaire ne donnent lieu à aucune remarque désobligeante. »
Jacques Vam Migon, Architecte du gouvernement (Rapport pour l’établissement du camp des Gitans à Salier, Camargue, 8 août 1942)
‎ »Avant tout, le camp de Saliers doit être un argument de propagande gouvernementale. Cet argument a consisté à donner à un camp de concentration l’aspect d’un village et d’y permettre la vie familiale et le respect des coutumes et croyances des internés. » ( L’architecte du camp, 8 octobre 1942.)

Repentance ? Guillaume Pepy et la SNCF feraient bien de se souvenir aussi de Saliers: Entre 1942 et 1944, le camp de concentration de Saliers en Camargue a accueilli plusieurs centaines de Gitans (on parle d’un millier), en transit vers les camps de la mort. A l’heure où monsieur Pepy en est à manifester sa contrition -de fort intéressée manière, puisqu’il s’agit d’une clause impérative de son probable contrat ferroviaire avec les Etats-Unis- au nom de la SNCF et de ses sinistres wagons à bestiaux qui ont envoyé des centaines de milliers de « gêneurs » du régime nazi (Juifs, résistants, communistes, homosexuels et… Gitans) vers les camps d’Autchwitz, Treblinka et Dachau, il est bon de rappeler à ce monsieur et à sa hiérarchie l’abomination dont sa société « nationale » s’est rendue complice. Certes, la Résistance cheminote a fait sa part de sabotages, sauvetages et autres actions vitales, épargnant des centaines de personnes d’un sort cruel. Grâce soit rendue à ces justes d’entre les Justes. Cependant, nous ne devons pas oublier -enterrer vivants une nouvelle fois- nos compatriotes Gitans dont personne, ou presque, ne se souvient, d’autant que les archives du sinistre camp furent détruites en 1952.

(Antonio Sanz avec Gatonegro)

SALIERS, LE CAMP DE LA HONTE

1942, 700 Tsiganes sont internés en Camargue. Le photographe Mathieu Pernot a retrouvé des survivants et en a tiré un livre et une exposition passionnés.

Mathieu Pernot arpente la rizière noyée de lumière et battue par les vents. Il est photographe, vocation qu’il a su imposer après avoir musardé sur les traces d’un père ingénieur en travaux publics, après avoir cru aussi qu’il pourrait s’épanouir comme prof de judo. La photo était bien son univers, son langage intime: «J’avais grandi loin de cette culture et, franchement, je ne savais rien ou presque; l’école d’Arles représentait un rêve, quelque chose d’inaccessible.» Mathieu déambule en douceur dans ce grand champ camarguais, il vient d’avoir 30 ans, et ce territoire verdoyant et sauvage, carré anonyme en bordure de la départementale 37 qui file vers Albaron, face à la manade Thibaut, est une sorte de sanctuaire. Il franchit un minuscule pont bordé de joncs, écarte les ronces du pied pour débusquer quelques éclats de béton et de brique, désigne au loin un pylône électrique. C’est tout?

Petites maisons. Le silence, la lumière et la grande plaine de Camargue qui fuit vers les lignes sombres des Alpilles, à deux pas de Saint-Gilles, sur la commune d’Arles. C’est là, près du hameau de Saliers, que le gouvernement de Vichy construisit, en 1942, un camp d’internement pour nomades, où près de 700 personnes vécurent jusqu’en juillet 1944. Un camp surréaliste, «village de gitans» avec petites maisons de style camarguais (blanchies à la chaux, couvertes de sagne, le chaume cueilli dans les marais voisins), que la propagande vichyste voulait exhiber comme modèle d’art de vivre et de coutume locale.

Aujourd’hui, plus rien. Juste un champ silencieux et désert. Pas une stèle, pas une pierre pour évoquer ces heures sombres, pas un signe qui puisse suggérer le froid, la faim, l’isolement, la canicule, les moustiques, les maladies ou le dénuement de ces familles de nomades raflées et parquées ici sur de stricts critères racistes.

Mathieu Pernot a connu l’existence de ce camp oublié, au détour d’une lecture, où il apprit que Vichy avait ainsi interné près de 6 000 Tsiganes dans une trentaine de camps disséminés en France. Depuis plusieurs mois, il côtoyait des gitans d’Arles, surtout des Roms, et s’était peu à peu glissé dans leur quotidien. «Je n’avais rien prémédité: j’ai eu envie de les connaître, voilà, et j’ai peu à peu partagé leur vie.» Vraiment partagé, sans a priori. Il les a invités chez lui, ils ont rendu l’invitation, et il a pu les approcher librement, avec respect, discrétion et patience.

Intimité. Son premier livre, Tsiganes, publié en 1999 chez Actes Sud, témoigne de cette intimité, de cette pudeur où il a pu, lui le gadjo, transmettre, sans rien trahir ni maquiller, la vie telle quelle du peuple en marge. Ce n’était pas anecdotique. Mathieu le photographe, fils de bonne famille élevé sur la Côte d’Azur, qui ne savait rien des Tsiganes et qui aurait pu être ingénieur ou éducateur de la Fédération française de judo, a vécu là un authentique voyage initiatique. Il n’a pas volé d’images, on les lui a offertes, et ça se voit. Dans la foulée, il a fondé, avec des proches, «Yaka», une association arlésienne de soutien aux Tsiganes les plus démunis, et il est devenu parrain d’Ana, une fillette, 5 ans aujourd’hui. «J’ai essayé de leur rendre un peu de ce qu’ils m’avaient donné, peut-être parce que je crois aux valeurs de l’échange.»

Quand il a découvert qu’il y avait eu ce camp aux portes d’Arles, il a voulu en savoir plus. Et là, trou noir, ou page blanche, comme on voudra. Ses amis roms ignoraient tout de cette histoire, ses proches d’Arles aussi. Ne restait que le souvenir flou d’un campement plutôt coquet qui avait été fermé en 1944 et qui servit de cadre au village sud-américain du Salaire de la peur, le film tourné par Clouzot en 1951. Mathieu Pernot s’est obstiné à exhumer cette page d’histoire. Il a débusqué une thèse sur Saliers à la faculté d’Aix-en-Provence (de Francis Bertrand), écumé les publications spécialisées (dont Etudes tsiganes), retrouvé l’emplacement exact du camp, entre Saliers et Albaron, interrogé en vain les riverains (contactés par lettre, un seul a répondu), et s’est surtout immergé dans les archives départementales de Marseille. «Je découvrais peu à peu des bribes de l’histoire du camp. C’est le jour où j’ai pu consulter les carnets anthropométriques des internés de Saliers que j’ai compris que cette histoire pouvait avoir un sens, une cohérence.»

Deux ans de tâtonnements, d’archéologie, de découverte sur ce génocide des Tsiganes sciemment programmé par les nazis et qui reste largement méconnu: 250 000 morts au moins dans les camps d’extermination, dont 4 000 Tsiganes tués dans la seule nuit du 1er août 1944 à Auschwitz, des massacres systématiques en Croatie, Ukraine, Bohême, Autriche et surtout en Pologne, notamment dans les villages de Zabno ou de Szczurowa, des milliers de familles dispersées, spoliées.

Cibles des nazis. La France de Vichy, par décret d’avril 1940 (deux mois avant l’armistice), avait ordonné elle aussi le regroupement et l’internement des Tsiganes. Officiellement, il s’agissait de prévenir les risques d’espionnage. En fait, les camps de Vénissieux, de Compiègne, de Poitiers, de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), d’Argelès (Pyrénées-Orientales) ou Gurs, près de Pau, qui compta jusqu’à 13 000 internés, étaient destinés à regrouper et à surveiller les deux groupes «raciaux» pris pour cibles par le nazisme: les Juifs et les Tsiganes…

Qui s’en souvient? Ou qui veut s’en souvenir? Personne. Il y a pourtant eu une trentaine de camps d’internement pour nomades dans le pays, et dans le seul département du Gard, on retrouve la trace de quatre d’entre eux (Saint-Hippolyte-du-Fort, Langlade, Garrigues ou le Mas-Boulbon près de Nîmes) dont on a tout oublié. Une fois libérés, ou leurs morts enterrés, les Tsiganes, vieille habitude, ont repris la route en silence et rejoint les villages et banlieues où ils avaient été arrêtés, là où ils avaient abandonné tous ces biens qu’ils n’ont jamais récupérés. Qu’auraient-ils pu réclamer? Qui les aurait entendus? Mathieu Pernot n’a rien calculé. Il a voulu savoir. Pendant des mois, à partir de ces photos face-profil de carnets anthropométriques qui, jusqu’en 1965, ont permis de ficher tous les gens du voyage, il a retrouvé une vingtaine de survivants de Saliers, des témoins jusqu’alors ignorés et muets. «Mes amis Roms d’Arles ont cherché pour moi à travers des réseaux familiaux qu’ils sont seuls à pouvoir décrypter.» Il a voyagé, retrouvé des Manouches en Alsace, des Roms dans le Nord ou le Cen tre, des gitans espagnols dans le Sud-Ouest et, à la manière de négatifs peu à peu révélés, les internés de Saliers ont ressurgi de l’ombre, retrouvé un visage, une voix. Une identité.

Regards insistants. C’était bien cela le but du périple de Mathieu, le sens caché de sa quête. Et voilà pourquoi ce livre, Un camp pour les Bohémiens, dans sa sobriété, dans sa pudeur, est d’une rare violence. Au-delà même des témoignages des uns et des autres, il y a les regards de Jesus Gimenez, de Christine Schaenot, de Léonie et de Caroline Duville, de Paul Lopez et de Marie Espinas, de Roger Demetrio, d’Adolphe Weiss ou de Pilar Reyes, enfants ou jeunes gens internés à Saliers devenus vieux. Des regards insistants. Des regards interrogateurs. Noirs. Pourquoi? Pourquoi ce camp et les autres? A quoi auraient-ils donc servi en cas de victoire hitlérienne? Y aurait-il eu des convois de Tsiganes vers l’Allemagne, comme il y en eut à partir de Compiègne, de Vénissieux ou du camp belge de Malines? Combien de morts dans le seul camp de Saliers, morts d’épuisement, de maladies, de malnutrition? Et pourquoi, surtout, cet interminable silence, comme si tout cela n’avait pas existé?

«Ce camp établi selon les ordres du ministère de l’Intérieur, destiné à l’internement des nomades, a été situé sur un terrain de 4 hectares 72 ares 38 centiares […] près du hameau de Saliers, route d’Albaron. […] Bâti dans le style camarguais, le camp aura en même temps un aspect gitan qui séduira les visiteurs et les passants, et il sera aisé par le film de réfuter les allégations formulées actuellement à l’étranger contre les camps français (extrait du rapport de l’architecte du camp, le 8 octobre 1942).».

MAIGNE Jacques / LIBERATION (2001) / Livre: «Un camp pour les Bohémiens, mémoires du camp d’internement pour nomades de Saliers», de Mathieu Pernot, avec des textes des historiennes Henriette Asseo et Marie-Christine Hubert (Actes Sud, 2001).

L’INTERNEMENT DES TSIGANES ENTRE 1942 ET 1946 :
Selon l’historien Denis PESCHANSKI, environ 3 000 Tsiganes – vivant pour la plupart en France – ont été regroupés dans près de 30 camps d’internements entre 1940 et 1946.
Si le gouvernement de Vichy et les troupes d’occupation allemande portent la responsabilité des mesures prises à l’encontre de cette population, il faut cependant rappeler que celles-ci ont trouvé leurs justifications dans les lois votées dés le début du XXème siècle par les responsables politiques de la IIIème République.

Ainsi, le 16 juillet 1912, le gouvernement français promulgue une loi sur « l’exercice des professions ambulantes et la réglementation et la circulation des nomades ».
Destiné à contrôler plus efficacement et de manière systématique le déplacement des Tsiganes, ce texte leur impose la possession, dés l’âge de 13 ans, d’un carnet anthropométrique d’identité à faire viser, lors de chaque nouvelle installation sur une commune, par un représentant de la force publique.
Etat civil, empreintes digitales, données morphologiques sont quelques-unes des informations figurant sur ce sinistre document, réservé à l’origine à l’identification des criminels.

Objet de toutes les méfiances, étroitement surveillés durant la Grande Guerre, les Tsiganes sont soumis, lors du déclenchement du second conflit mondial, à de nouvelles vexations.

En effet, le 6 avril 1940 un décret-loi signé d’Albert Lebrun, dernier Président de la IIIème République, interdit la circulation des nomades sur l’ensemble du territoire métropolitain et les assigne à résidence.
Si l’invasion de la France en mai 1940 et la débâcle permettent à un bon nombre d’entre eux d’échapper à cette loi, les choses changent radicalement après l’armistice.

PLUS D’INFOS : Et aussi :


Un mémorial du Camp a enfin été dressé le 2 février 2006 sur les lieux du crime.

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INITIATIVE: Des photos pour les murs des villes qui excluent le peuple rom.

18 Jan

Un homme, une femme, un enfant, un vieux. L’important c’est d’être deux. Deux pour poser devant une porte cochère. Un Rom et un gadjo (un non rom) soutiennent une pancarte où est écrit Dosta, ce qui veut dire en langue romani : « ça suffit ».

Cet accouplement insolite et éphémère est saisi sur le vif par la photographe Noémie Michel qui, avec l’éditeur Tieri Briet, originaire d’Arles, a eu l’idée de monter le projet Dosta, pour montrer comment on peut riposter à l’indignation. Les photos de la taille des personnages seront tirées à plusieurs exemplaires pour être affichées dans les rues de Marseille et d’autres villes encore, avant d’être proposées à la vente dans des expositions ou des festivals. Le prochain Latcho Divano qui se déroulera au mois de mars/avril à Marseille donnera à voir ces images insolites. Portraits d’hommes et de femmes qui veulent au-delà de leur différence exprimer leur solidarité.

C’est dans le quartier de la Plaine que les auteurs sont partis avec leurs modèles à le recherche de belles portes pour figer sur la pellicule leurs couples insolites. « Une porte c’est ouvert ou c’est fermé », explique Tieri Briet, libre ensuite d’interpréter comme bon nous semble. Une porte s’ouvre pour laisser entrer l’autre. Les Roms n’ont jamais eu de portes. Les gadjos s’enferment à double tour. Faut-il y voir un autre symbole : une porte ouverte sur l’indignation. « Qu’est ce que l’on peut faire », interroge Tieri Briet qui s’intéresse à la cause des Roms depuis leur terrible histoire du mémorial de Saliers près d’Arles, où ils étaient internés durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce peuple qui a souffert est aussi un modèle de vie et de société. Il représente une alternative dans une société en crise. « Ce sont des Européens exemplaires. Pourtant aujourd’hui ils vivent un calvaire », accuse Tieri Briet.
L’idée de faire se rapprocher deux cultures était un pari osé. Anne, décoratrice habitant à Auriol, est venue « s’accoupler » avec Gigi d’Arles. Pour elle, c’était l’occasion d’exprimer sa révolte par rapport à tout ce qu’elle a entendu depuis l’été : ne plus accepter chez nous ceux qui pouvaient être différents. « J’aime la différence, je ne cherche pas à m’entourer de gens qui me ressemblent. »
Dans une ville où règne l’indifférence, Anne a apporté sa pierre à l’édifice. « Je n’ai pas grand chose d’autre à apporter que mon soutien », dira-t-elle avec modestie, après avoir accompli une grande œuvre.

CATHERINE WALGENWITZ / LA MARSEILLAISE / 17/01/2011
Titre original : « Dosta ! Des portraits géants sur les murs d’une ville qui exclut les Roms ». photo : Noémie Michel

A Avignon aussi, ville parqueuse de Roms en Courtine derrière la déchetterie, nous avons besoin de cette initiative. Soutenons-la ! :
Humanitarium des vivants sur les murs, 11, rue Jean-Racine à Arles. projet.dosta@gmail.

LOPPSI 2 : La chasse est ouverte…

12 Jan


L’article 32 Ter A fait l’unanimité… contre lui. Associations, militants, juristes… Tous tirent la sonnette d’alarme sur une loi qui use de l’arbitraire et de l’exception pour s’attaquer à la marge et aux plus démunis.

« Vivre dans des camions, yourtes, tipis, roulottes, tipis, cabanes… deviendra illicite. Le gouvernement demande la pénalisation et l’expulsion expéditive et arbitraire de squatters, de bidonvilles ou autres habitats choisis. Et cette loi va passer parce que personne n’est au courant. Renseignez-vous ! » C’est via internet que s’est organisée l’opposition à l’article 32 Ter A contenu dans la Loppsi II visant à donner tous pouvoirs aux préfets pour organiser dans l’urgence et sans la case justice, les expulsions de tout ce qui n’est pas habitat conventionnel. Sur la toile, des lettres type à envoyer aux députés pour demander l’abrogation de cet article ont déjà fait l’objet de plusieurs centaines de courriels.

Un fourre-tout de façade inapplicable

« C’est un outil supplémentaire pour organiser l’expulsion des Roms sans se faire taxer de racisme », analyse Philippe Dieudonné de la Ligne des droits de l’Homme Marseille. « Le fourre-tout de façade est inapplicable. On ne va pas virer toutes les yourtes de France ! En revanche, il est quasiment certain que cela va cibler prioritairement les Roms. Au lieu de régler la situation en faisant respecter la loi de Louis Besson de 2000 sur les aires d’accueil – la préfecture des Bouches-du-Rhône ayant déjà été condamnée à plusieurs reprises pour non application de cette loi – en reconnaissant la caravane comme un habitat à part entière pouvant bénéficier des mêmes droits que les autres, on sort cette loi. Cela va permettre d’em… tout le monde, de continuer tous les amalgames entre voyageurs, pour la plupart Français, Roms originaires de Bulgarie ou de Roumanie et Roms extra-communautaires. On met tout le monde dans le même panier pour éviter de respecter les droits les plus fondamentaux ».

« Ce n’est pas un texte sur des questions de logement mais sur les libertés fondamentales », confirme Fathi Bouaroua, directeur régional de la Fondation Abbé Pierre, « sur la possibilité de choisir sa vie que l’on entend bien enlever aux plus démunis. En fait, l’Etat organise la chasse de ceux qui sont à la marge, même s’ils le sont le plus souvent par défaut ». Et d’illustrer son propos par l’exemple récent des sinistrés des inondations du Var. « On a rencontré un nombre très important de personnes vivant dans des mobile homes. Ce ne sont pas des Roms. Mais, pour vivre dans le Var quand on est ouvrier ou saisonnier, on ne peut trouver qu’un mobile home dans une zone inondable. Et sans que personne ne dise rien… Jusqu’au moment où l’on voudra vous expulser ». Pour ce militant historique, l’heure est grave : « En s’attaquant aux pauvres sur leur droit en utilisant la répression, on glisse vers une segmentation de la société. Il y aura ceux qui auront des droits et ceux qui n’en auront pas et ces derniers seront criminalisés. Pire, comme on l’a déjà vu pour les sans papiers, cette loi organise aussi la criminalisation de ceux qui sont solidaires ». Et de s’en référer aux lois et obligations jamais respectées. « Si le Droit au logement opposable (DALO) fonctionnait correctement, si les mairies construisaient les logements sociaux dont on a besoin, si les systèmes d’attribution n’étaient pas pipés… On n’aurait pas besoin d’organiser solidairement un DALO de fait via les réquisitions ».

Le squat, un outil politique

Un point qui n’a pas échappé à Charles Hoareau, syndicaliste CGT et militant à Rouge Vif. En prévoyant peine d’emprisonnement et amende pour les squats, « cette loi est là pour contrer les militants du droit au logement ». Or, le squat peut s’avérer un outil politique précieux quand un rapport de force est nécessaire pour faire… appliquer le droit. « La CGT Chômeurs a soutenu 485 squats sur Marseille. Tous ont eu lieu après que toutes les voies légales aient été utilisées, toutes les demandes officielles réalisées. Mais il n’y a dans notre système, aucune place pour l’urgence. Mais ce qui est important, c’est que dans 480 cas, le squat s’est transformé en occupation légale sur le site. La preuve que la solution existait ». « Si l’Etat ne dispose pas de suffisamment de logements sociaux, d’assez de places en aires d’accueil, je crains que cette loi n’empêche les personnes de faire valoir leur droit », apprécie pour sa part Me Bourglan. « On sait que les procédures préfectorales sont plus expéditives que celles du tribunal judiciaire. Dans l’urgence, pourra-t-on faire respecter le droit au logement, qui est pourtant un principe à valeur constitutionnelle, et qui s’applique aux logements en dur comme aux autres ? » Et de mentionner, elle aussi, le DALO et la loi de 2000 sur les aires d’accueil pour gens du voyage : « Au lieu de faire respecter les lois existantes, on crée des procédures d’exception qui permette à l’Etat de se dédouaner de ses obligations. On souffle le chaud et le froid, mais le froid est souvent pour les plus démunis ».

Le droit à vivre autrement

En 2005 était créé Halem – Habitants de logements éphémères ou mobiles – qui depuis s’intéresse aux habitats alternatifs, « par conviction écologique ou par difficulté de se loger… ou les deux », précise Marie-Hélène, membre du réseau. Aujourd’hui, Halem a rejoint, lui aussi, le combat anti-Article 32 ter A, car « ces habitats, souvent légers, mobiles ou éphémères, respectueux de l’environnement, sont menacés par l’arbitraire de cet article ». Et de revendiquer la reconnaissance de ces habitats démontables, mobiles, réversibles… comme logements au même titre que le bâti conventionnel, « d’ajouter au droit au logement le droit de choisir son habitat », précise Marie-Hélène, « en respect des textes de loi qui pourtant prônent la diversité ».

Angélique Schaller / La Marseillaise / Publié le 14/12/2010
Titre original : « Organiser la chasse de ceux qui sont à la marge »

SUR-MESURE : Loppsi 2, une loi scélérate pour les Roms et les Sans-Abris !

13 Déc

Du 14 décembre au 21 décembre doit passer en seconde lecture la loi loppsi 2, dont l’article 32 terA est particulièrement orienté : « Vivre dans des camions, yourtes, tipis, roulottes, cabanes… deviendra illicite ! Une lettre sera envoyée à tous les maires et préfets qui seront redevables d’une amende de 3 700 € en cas de non-DENONCIATION !!! ». Voici la Sarkosie scélérate de nouveau à l’oeuvre : désormais, ami Rom, Sans-Abri, teufeur, baba en tout genre… tu ne pourras plus occuper ton camion ou ta caravane sans que la police de Hortefeux ne vienne t’en déloger. Pire, les maires seront obligés de se transformer en zélés délateurs de la République néo-vichyste de Sarko s’ils ne veulent pas écoper d’une amende…

Nous les appelons dès aujourd’hui à la désobéissance civile sans compromis, si par malheur la loi est adoptée en l’état. Cette horreur digne des pires périodes de l’histoire est non seulement une récession sans nom quant aux droits élémentaires, mais de plus, sera certainement illégale au regard de la législation européenne. N’empêche : mobilisons-nous en masse et faisons reculer cette ignominie digne des pires états totalitaires ! Loppsi 2 doit être retirée sans délai.

Antonio Sanz avec Gatonegro

Plus d’infos avec : LOPPSI 2.FR
ainsi que l’article de POLITIS

LA BELLE VIE : Une semaine dans la peau d’un Rom

27 Nov



Comment vivent les Roms en Roumanie, le pays où ils sont le plus nombreux ? Pour le savoir, un journaliste d’Adevărul s’est fait passer pour l’un d’entre eux. Il n’a pas ressenti de discrimination, mais une sorte de mépris généralisé.

Jamais les Tsiganes n’ont été aussi présents dans le débat public. Quelque 8 000 Tsiganes roumains ont été expulsés de France cette année, mais la moitié y sont déjà retournés. Quelles chances ont les Tsiganes d’être acceptés en Roumanie ? Je l’ai compris en revêtant pour une semaine l’habit de Tsigane: chapeau, chemise bigarrée, veste en cuir et pantalon de velours. Je me suis laissé pousser la moustache ; la peau basanée je la tiens du bon Dieu.

J’ai commencé Place de l’Université [à Bucarest]. Il y avait des étudiants ivres qui se sont moqués de moi et m’ont braillé ces mots archi-connus de la langue tsigane: « mucles » (ta gueule !), « bahtalo » (bonne chance !), « sokeres » (comment ça va ?). Un grand blond m’a pris en photo, puis a photographié les bouteilles posées sur le trottoir, les chiens et les mendiants. Sur son ordinateur, en Scandinavie, ma photo sera probablement classée dans le répertoire « Bucharest garbage ».

Des regards qui font plus mal que Nicolas Sarkozy

Plus tard dans la soirée, je suis allé voir une pièce au Théâtre National. Les gens autour de moi n’étaient pas enchantés de ma présence, mais ils n’ont rien dit. J’ai entendu à nouveau les mêmes rires de quelques jeunes. Il semblerait que ce soient eux les plus méchants et les plus perfides envers les Tsiganes. Et ils rient toujours dans le dos.

Peut-être même que leurs regards font plus mal que le mauvais oeil de Nicolas Sarkozy, le président français. Nous avons des campagnes pour l’intégration et l’alphabétisation des Tsiganes, mais pas de campagne pour empêcher les gens de rire lorsqu’ils voient un Tsigane bossu dans la rue.

Et pourtant, on peut appeler tout cela comme on veut, sauf discrimination. Personne ne m’a jeté hors d’un café ou d’un restaurant. Tant qu’ils encaissaient mon argent, ils m’accueillaient à bras ouverts. Ce ne sont pas les Tsiganes qui sont victimes de discrimination en Roumanie, ce sont plutôt les pauvres.

Nous voulons que les Tsiganes sentent bon, qu’ils aiment l’art, mais aucun employeur ne veut avoir un Tsigane près de lui. Et sans argent, soit le Tsigane plonge dans la misère, soit il cherche des moyens non conventionnels de gagner de l’argent.

J’ai essayé le conventionnel, j’ai cherché à me faire embaucher. J’ai cherché des annonces dans les journaux pour être ouvrier non qualifié, laveur de voitures, ou démembrer des voitures pour les pièces détachées. Au téléphone, on m’a dit qu’il restait des places.

Arrivé devant les employeurs, certains m’ont chassé honnêtement – « Va-t-en, Tsigane ! », d’autres par des insultes – « Ben voilà, pour l’instant on n’embauche plus ! ».

Même les éboueurs m’ont rejeté. La fille du personnel m’a regardé par-dessous ses lunettes et m’a dit: « On n’embauche pas. On ne l’a jamais fait ». Ce qui signifie sans doute que les éboueurs qui tournoyaient dans la cour héritent de la profession de père en fils.

S’ils restent seuls, les Tsiganes meurent

Je pensais qu’il existait une solidarité, sinon entre les gens, du moins entre les automobilistes. Dans la périphérie de Bucarest, j’ai crevé un pneu, plus ou moins intentionnellement. J’ai passé plus de trois heures au bord de la route, faisant des signes de la main aux voitures qui passaient.

Pour certains je pouvais lire les injures sur leurs lèvres, d’autres me klaxonnaient en souriant, un a fait mine de me rouler dessus. J’étais complètement seul; des centaines de personnes sont passées à côté de moi sans vouloir m’aider. Là, j’ai compris pourquoi les Tsiganes se déplaçaient en tribu. S’ils restent seuls, ils meurent !

Et enfin, une vieille Skoda Octavia est apparue, d’où est descendu un malheureux, la cinquantaine, à la salopette sale. Dans les deux minutes nécessaires pour le changement de roue, il m’a ouvert son cœur : « Je t’ai vu quand tu me faisais signe, il y a deux heures. Je t’ai regardé dans le rétroviseur et j’ai regretté de ne pas m’être arrêté. Et je me suis dit que si tu étais encore là à mon retour, je m’arrêterais. Alors, j’ai fait une bonne action ou pas ? ». Je lui ai répondu la tête baissée : « Oui, monsieur ».

En repartant pour Bucarest, je me suis arrêté pour prendre de l’essence. Une employée de la station service est sortie un peu paniquée et m’a demandé : « Tu t’es servi à la pompe 5 ? » Non, j’avais pris de l’essence à la pompe 4. A la pompe 5, ce sont des Tsiganes dans une voiture à plaques jaunes [plaques temporaires pour les voitures achetées en Allemagne, difficiles voire impossibles à tracer] qui avaient pris de l’essence. J’ai appris qu’ils avaient fait le plein et oublié de payer. J’ai préféré me dire que, peut-être, eux aussi étaient en train de faire une expérience journalistique inédite.

Presque circulaire, l’article finit à quelques pas de l’endroit où il a commencé, Place de l’Université. Je pense n’avoir rien accompli, ni apporté de solution au problème des Roms. Qu’est-ce que la société veut qu’il advienne d’eux ?

Après avoir été traité comme un Tsigane pendant sept jour, j’ose dire que la réponse est affichée sur une vieille maison où un fanatique religieux a écrit un verset de la Bible: Jean 3:7 – « Jésus a dit : Il faut que vous naissiez de nouveau ». Et là, il n’y a aucune métaphore

Cristian Delcea / 10 novembre 2010 / Adevărul Bucarest

ROMS : UN PEU D’HISTOIRE… Des faits, pas des fantasmes.

24 Oct

LE COUTEAU DANS L’OS / Lydie Fournier / Scienceshumaines.com

Roms, Tsiganes, Gitans, « gens du voyage »…De qui parle-t-on ?

Ceux que l’on appelait autrefois les « Bohémiens » ou les « Romanichels » sont aujourd’hui définis par les termes génériques de « Tsiganes » ou de « Roms ». Dans le langage commun comme scientifique, ces nouvelles appellations désignent l’ensemble des populations présentes en Europe et originaires du Nord de l’Inde, qu’elles ont quitté vers le Xe siècle pour migrer lentement vers l’Europe occidentale. Leur présence est attestée pour la première fois dans l’Hexagone en 1419. Par des emprunts linguistiques, culturels et religieux dans les pays d’installation, ces populations sont définies en différents groupes : Roms, Manouches, Yéniches, Gitans et Sintis. En 1971, des membres de ces différents groupes ont choisi le terme générique de Roms pour s’autodéfinir comme mouvement politique au sein de l’Union internationale romani. Le choix du terme « Rom » s’explique par la référence à leur langue, le romani, dérivé du sanskrit, et par le rejet de la connotation péjorative du terme « tsigane ». Au sens sociologique cependant, les Roms ne représentent qu’un « sous-groupe » des Tsiganes – le plus important certes – et présent essentiellement en Europe centrale et orientale. C’est ce sens sociologique que nous retiendrons ici pour le terme « Rom ». Parmi les autres Tsiganes, les Gitans se sont durablement installés dans la péninsule ibérique, puis dans les villes du Sud de la France. Originaires des pays germaniques, les Manouches, Yéniches et Sintis sont, à l’instar des Roms, plus présents dans l’Est de la France et en région parisienne. L’ensemble de ces appartenances ethniques ne doit pas être confondu avec l’expression « gens du voyage », laquelle ne constitue qu’une catégorisation administrative. D’origines ethniques diverses, les « gens du voyage » sont souvent semi-sédentaires, leurs déplacements s’effectuant surtout pour des raisons professionnelles et des fêtes familiales et religieuses. Beaucoup sont des forains ou des commerçants ambulants, qui utilisent les aires d’accueil dont chaque commune de plus de 5 000 habitants a obligation de disposer depuis la loi Besson de juillet 2000. Une très large majorité a la nationalité française et parle français. En 2002, on recensait 156 000 « gens du voyage » de plus de 16 ans. Une catégorie qui inclut une part non négligeable de Tsiganes, mais aussi tout autre citoyen dont le mode de vie consiste à loger en caravane. Le langage courant assimile fréquemment ces « gens du voyage » aux « Roms ». Ces derniers sont pourtant très majoritairement sédentaires, mais ont été poussés à la migration par des conditions de vie difficiles dans leur pays d’origine. Les Roms se sont sédentarisés en France par vagues successives d’immigration entre les années 1920 et 1990, sans jamais poser de problèmes. Mais ceux arrivés à partir des années 1990 connaissent des problèmes d’intégration sur le territoire national plus importants. Il s’agit de quelque 15 000 Roms, de nationalité essentiellement roumaine et bulgare, mais venus aussi de l’ex-Yougoslavie et de Hongrie, qui peuplent – parfois depuis plus de quinze ans – les squats et bidonvilles des friches des villes françaises. Ils sont aujourd’hui identifiés comme le problème politique numéro un par l’actuel gouvernement français, et devenus la cible d’un important dispositif de démantèlement de leurs camps et de reconduites à la frontière. La circulaire du 5 août 2010 émanant du ministère de l’Intérieur, adressée aux préfets, stipulait que « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms ».

Les Tsiganes : première minorité ethnique en Europe ?

Environ dix millions de Tsiganes estimés en Europe, dont la moitié n’aurait pas 20 ans. Sur le million et demi présent en Europe occidentale, 400 000 personnes se trouvent en France et 720 000 en Espagne. Les populations tsiganes vivent donc principalement dans les pays d’Europe centrale et orientale : la Roumanie et la Turquie en comptent chacune près de deux millions, la Bulgarie et l’ex-Yougoslavie chacune près d’un million, et la Hongrie 700 000. Les Tsiganes constituent dès lors la minorité ethnoculturelle la plus nombreuse d’Europe. Mais face à la diversité culturelle qu’elle recouvre, peut-on vraiment parler d’une « communauté rom » ou « tsigane » ? Prenons pour exemple la composition de la population tsigane de Seine-Saint-Denis. Qu’ont en commun les migrants roms des pays de l’Est, errant au rythme des démantèlements de leurs habitats de fortune, avec les Gitans et Manouches venus respectivement du Sud et de l’Est de l’Europe il y a plus d’un siècle ? Mais la distance est également importante entre ces migrants roumains et bulgares, d’une part, et les Roms arrivés des pays de l’Est dans les années 1920-1930, puis 1960-1970 et fuyant l’ex-Yougoslavie. À l’instar des Tsiganes arrivés avant les années 1990 en France, ces derniers ont généralement la nationalité française, parlent le français, et résident fréquemment en habitat « standard » (appartement ou maison).

Source : Dossier d’actualité de la Veille scientifique et technologique, n° 30, octobre 2007

L.F

Chronologie
Fin XIIIe-début XIVe siècle : Les premiers Tsiganes arrivent en Europe depuis Byzance.
1419 – Arrivée en France des premières familles de « Bohémiens ». Une appellation due au fait qu’ils étaient porteurs de lettres de recommandation du roi de Bohème, leur région d’origine.
1749 – Rafle des Gitans en Espagne : 10 000 à 12 000 Gitans sont internés au simple motif de leur tsiganité.
1850 – Après cinq siècles d’esclavage, les Roms de Moldavie et de Valachie commencent à être affranchis.
1895 - Premier recensement des « Bohémiens et nomades » en France. 25 000 Bohémiens et 400 000 nomades sont dénombrés.
1907 – Vote d’un ordre du jour sur l’interdiction du pays aux Romanichels par la Chambre des députés français.
1912 – Adoption du carnet anthropométrique pour les professions ambulantes et les nomades à partir de 13 ans révolus. Conçu sur la méthode de fichage des criminels, il recense la composition de la famille, les empreintes digitales, les caractéristiques anthropomorphiques, des photos de face et de profil. Il devait être validé à chaque déplacement. Supprimé en 1969, il a été remplacé par un « titre de circulation » 1939-1945 – Au moins 300 000 Tsiganes périssent au cours du génocide nazi.
1940-1946 – Le 6 avril 1940, les Tsiganes, soupçonnés d’espionnage, sont assignés à résidence. Puis sont internés dans près de 30 camps en France, dont celui de Montreuil-Bellay, le plus important.
1958 – Tous les États du bloc communiste interdisent le nomadisme et promulguent des lois antitsiganes.
1971 – Organisation du Premier Congrès international romani.
2000 – Adoption de la loi Besson relative à l’accueil des « gens du voyage ». 42 000 places sont jugées nécessaires sur les aires d’accueil des communes de plus de 5 000 habitants. En 2008, moins de la moitié d’entre elles ont été aménagées. 2010 – L’Église catholique, l’Onu et le Parlement européen condamnent la politique française de reconduite aux frontières des Roms. Entre janvier et septembre 2010, plus de 8 000 Roms sont concernés par ces procédures.

Sous les pattes : que fait la ville de ses Roms ?

9 Sep


(le danseur Israël Galvan)

Elle les parque. Et pas n’importe où, s’il vous plait : à deux doigts du centre-ville (mais pas dans, nuance), avec vue superbe sur le fleuve, proximité de la gare tgv et des voies rapides, environnement olfactif de premier choix… La ville d’Avignon sait soigner ses invités. Rien que de très ordinaire, hélas, Marie-José Roig ne se différenciant guère de la majorité de ses confrères, toutes tendances confondues. Le Rom fait peur, le Tsigane fait désordre. Voleur de poule, délinquant forcément présumé, mendiant éhonté ou profiteur de caf et rmi, les Gens du voyage comme partout ailleurs subissent les mêmes stygmatisations. Alors depuis que le Président en personne s’y est mis aussi, hein, pourquoi se gêner ? Etonnant même qu’on leur laisse occuper ces charmantes maisonnettes de béton nu que l’on leur a construites tout exprès en pleine Courtine, à côté du dépôt d’ordures. Après tout, ces gens là sont bien mieux dans leurs caravanes tractées par de superbes bolides Mercédes, non ?

En 1942, pas très loin d’ici, en pleine Camargue (à Salliers exactement), les autorités Françaises leur érigeaient déjà un magnifique camp de « transit » en rase campagne, au milieu des marais. On y entassa quelques milliers d’entre eux, avant de les expédier via les petits trains de la chanson de Catherine Ringer, dans la campagne charmante d’Auschwitz. Une plaque commémore l’endroit où était installée cette villégiature, seul vestige de cette déjà fièvre anti-Roms, si prompte à resurgir dans l’histoire de France.

Aujourd’hui, les Tsiganes (ou Gitans ou Roms ou Manouches, selon leur installation d’origine) sont chez nous dans l’immense majorité sédentarisés, souvent contraints de l’être d’ailleurs. La vie économique moderne, mais aussi les pressions des « honnêtes gens » les a conduits à rompre avec leur nomadisme insolent et souvent, avec leur sens de la tribu. Subsistent quelques poches de résistance. En Paca, c’est à Martigues, Port de Bouc ou Miramas que l’on retrouve ces Gitans d’Andalousie ou d’Algérie qui se consacrent à leur art Flamenco : musiciens, danseurs, ceux-là perpétuent la grande tradition gitane de la communion et du partage, par le truchement de leur art. Mieux tolérés parce qu’artistes et « folkloriques », ils subissent néanmoins les mêmes a-priori que leurs cousins Roms ou Manouches. Ainsi va le monde…

A Avignon, pendant que l’on parque honteusement les Gitans de Courtine dans leurs boites de béton sous les effluves de la déchetterie, le Festival invite leurs cousins dans les lieux prestigieux de la manifestation. Ainsi du grand danseur Israël Galvan, un immense artiste qui insuffle au Flamenco un sang neuf et une invention inégalée sur toutes les scènes du monde, de New York à Séville, de Sydney à Tokyo. Paradoxe avignonnais, ou simple coïncidence sociologique ? Allez savoir, l’inconscient collectif et nos sociétés modernes, volontiers oublieuses de l’Histoire et hermétiques à la souffrance du monde, produisent souvent de telles aberrations, parfois même à leur coeur défendant… Ainsi va le monde…

Antonio Sanz.

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