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FESTIVAL D’AVIGNON 2011 : Ce qui nous fait envie de son programme

24 Mar

Ce mercredi 24 mars, l’équipe du Festival présentait l’avant-programme de la manifestation, avec semble t-il quelques innovations dans les propositions « parallèles », comme cette séquence « Poster » voulue par l’artiste invité de cette 65e édition, le chorégraphe Boris Charmatz. En voici une petite pré-sélection tout à fait subjective :

L’excellente nouvelle, comme nous vous l’avions annoncé, est bien évidemment le retour de Romeo Castellucci ( à l’origine pour un diptyque, qui jusqu’à présent portait le nom de code de « J », et désormais pour une seule oeuvre). « Sul concetto di volto nel figlio di dio », créée fin 2010, sera jouée pour la première fois en France du 20 au 26 juillet, à l’Opéra-Théâtre. On aime Castellucci.

Autre grand moment, l’invitation faite à Angelica Liddell, cette performeuse madrilène dont nous avions particulièrement apprécié sa « Casa de la fuerza » ovationnée l’an passé au Cloître des Carmes. Elle nous revient avec une création attendue, « Maldito sea el hombre que confia en el hombre », un titre de circonstance en ces moments fiévreux… Ce sera du 8 au 13 juillet à la salle de Montfavet et il ne faudra pas la rater.

Belle perspective également que cette invitation au remuant, furieux même Vincent Macaigne, pour une création qu’il répètera in situ au Cloître des Carmes, adaptation du Hamlet fort joliment nommée « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre ». Elle se donnera au même Cloître du 9 au 19 juillet (relâche le 14). Indispensable.

Wajdi Mouawad est de retour lui-aussi. Tant mieux. Nous irons découvrir son triptyque « Des femmes », librement inspiré des héroines de Sophocle, à la Carrière Boulbon, du 20 au 25 juillet… Même si la polémique qu’il a suscitée autour de l’affaire Trintignant n’était pas du meilleur goût, franchement. D’ailleurs, il semble qu’une partie de la troupe d’origine ait déserté la distribution à la suite de ce mauvais coup de com…

Guy Cassiers sera de la partie également. On pourra donc apprécier sa créa 2011 en néerlandais surtitré dans la Cour d’Honneur. « Sang et roses, le chant de Jeanne et Gilles », d’après les vies sanglantes de Gilles de Rais et Jeanne d’Arc, donc, sera donné du 22 au 26 juillet. Autre proposition intéressante, le « Sun » de Cyril Teste, création 2011, sera joué à la Salle Benoit XII du 7 au 13 juillet. A voir sans doute.

Hommage sera rendu à Lucien Attoun et les 40 ans de son « Théâtre Ouvert » en la Chapelle des Pénitents blancs, où Jean-Pierre Vincent et ses confrères en notoriété confronteront des textes de jeunes auteurs à leur idée de la mise-en-scène. Du 8 au 24 juillet.

Dommage que Frédéric Fisbach ait avalisé la proposition que lui faisait l’équipe du Festival de recruter la désastreuse et insupportable Juliette Binoche aux côtés de l’exceptionnel Nicolas Bouchaud pour son adaptation du  » Mademoiselle Julie » de Strindberg… Nous n’irons pas voir pareille hérésie.

Pour la danse, signalons l’excellent Xavier Le Roy, dont nous vous avions déjà parlé, pour ses « Low pieces », création 2011, à découvrir au Gymnase Mistral du 19 au 25 juillet. Et bien sûr l’incontournable Anne Teresa de Keersmaeker, habituée du Festival, qui créera pour cette édition une oeuvre dans la Cour d’Honneur, du 16 au 19 juillet…

En revanche, céder à la démagogie qui consiste à produire dans la Cour qui plus est un « concert » d’Etienne Daho avec Jeanne Moreau, sous le prétexte d’une lecture de Genet, relève du plus parfait parisiannisme. Sans doute est-ce là une concession à quelque financeur public, chagriné par « l’élitisme » de la programmation… Mauvaise idée.

Bonne idée, par contre, que d’inviter le grand sculpteur Land-Art Richard Long, pour une installation à la Chapelle St Charles, fomentée par le Conseil Général de Vaucluse…

Enfin, n’oublions pas les riches heures que constituent les programmes « La 25e heure », « Sujets à Vif » ou encore « Poster », qui certainement amèneront leur lot de (bonnes) surprises et de découvertes…

MR / (article réactualisé le 15 juin)

COULISSES : En marge de cette conférence de presse qui fait habituellement événement pour la ville d’Avignon, tout le monde aura remarqué l’absence de Marie-José Roig, rappelons-le également déléguée nationale au spectacle vivant pour l’UMP ! Remplacée in-extremis par son adjoint Bissière, semble-il prévenu au dernier moment, et arrivé en retard à Benoit XII pour s’être présenté d’abord à l’Opéra… Sans commentaire.

Photo : la performeuse Angelica Liddell

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« SEULS » : Wajdi Mouawad, retour d’origine

9 Fév

THEATRE : Wajdi Mouawad / Scène Nationale de Cavaillon

En cette fin d’hiver, long et froid, Wajdi Mouawad revient près d’Avignon avec «Seuls», spectacle intimiste dans lequel l’auteur se met en scène et déjà présenté au Festival 2008.

Jeune metteur en scène né au Liban, Wajdi Mouawad, après avoir passé son adolescence en France, s’installe au Québec où il obtient un diplôme d’interprétation de l’Ecole nationale de théâtre du Canada à Montréal. Très vite il dirige ses recherches vers l’écriture et la mise en scène. Les Avignonnais le découvrent plus précisément lors de l’édition 2009 du Festival pour lequel il est nommé Artiste associé. Il présentera alors son quatuor «Le Sang des Promesses» avec «Littoral, Incendies, Forêts et Ciels».

Harwan, jeune homme d’origine libanaise, étudiant d’une université du Québec, termine l’écriture de sa thèse sur un célèbre auteur de théâtre contemporain et ne parvient pas à trouver de conclusion. De coups de pinceaux, toujours légers, teintés d’humour, en situations plus dramatiques, tiraillé par sa soif de liberté et par l’Amour d’un père trop présent, victime d’un coma profond, Harwan se retrouvera bien malgré lui à Saint-Pétersbourg face au tableau de Rembrandt « Le retour du fils prodigue » …

Après nous avoir éblouis par le quatuor présenté au Festival, épopée à la fois sombre, drôle et poétique, ou tout simplement humaine, Wajdi Mouawad revient avec une pièce d’apparence plus intimiste mais qui fait néanmoins vibrer les mêmes cordes, celles de l’origine, de sa recherche, du rapport à la descendance, familiale ou culturelle, à l’oubli des mots, du langage, à la recherche du moi perdu.

Nul besoin de proposer un pitch trop linéaire. L’intrigue de cette pièce, qui est vue par certains comme une performance tant l’auteur/acteur est proche du rôle, est bien plus profonde, Wajdi Mouawad étant sans cesse à la recherche d’une enfance libanaise idéalisée. Liban terre de guerre mais surtout terre de couleurs, de familles, de rires, de chants retrouvés dans un Québec immaculé et froid, où seuls semblent se rencontrer les flocons de neige dans des rues désertes dépourvues des couleurs chaudes de l’enfance. Notions élémentaires et fondamentales si proches de l’œuvre de Rembrandt.

D’apparence moins poétique dans l’écriture que le Quatuor, «Seuls» met en scène de simples moments intimistes entre un père, bien sûr toujours trop présent, et un fils en quête d’indépendance, une sœur, presque mère, une thèse en devenir, géniale, entêtante, monument mort-né, un mentor, une idole virevoltante, inaccessible se jouant d’Harwan, de son rêve ou de son cauchemar.

Ce chemin sinueux nous mènera vers nos propres fantasmes de joies et plaisirs d’enfance retrouvée, oscillant entre le désir de mort ou à une renaissance, celle d’une Homme, Harwan ou Wajdi, peut être enfin apaisé. Nous en doutons. La « soi-disant » performance offerte aux spectateurs par l’acteur, un peu longue pour certains, simplement intense selon nous, n’a pas pour seul but dans sa durée de vider jusqu’à la lie les pots de peintures. Elle nous permet aussi de nous immerger dans ses flots de couleurs, chaudes, puissantes. Nous avons nous aussi envie d’être baignés par la chaleur des pigments, de caresser le chien, pieds nus dans l’herbe, de compter les étoiles d’une soirée d’été libanaise, de sentir simplement le regard bienveillant d’une mère, d’un père. Mais ne sont-ils pas aussi tous là, juste à coté de nous, ceux imaginés ou rêvés ? Simplement là, bien réels, tout aussi aimants, tout aussi représentants de nos origines complexes et souvent oubliées.

Pierre Salles

« Seuls » de, par, avec Wajdi Mouawad s’est joué Scène Nationale de Cavaillon les 2,3 et 4 février 2011

Ciels – Wajdi Mouawad

29 Nov


Magic Purée : un extrait du Ciels de Wajdi Mouawad, en attendant le retour à Avignon du passeur d’Incendie…

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