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BON PLAN : Les très bons comptes de l’immigration

13 Déc

Les immigrés sont une excellente affaire pour l’Etat français : ils rapportent une grosse douzaine de milliards d’euros par an et paient nos retraites.

Les immigrés sont une très bonne affaire pour l’économie française : ils reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros, mais ils reversent 60,3 milliards. Autant dire un solde positif de 12,4 milliards d’euros pour les finances publiques, qui ne représente pourtant que la part monétaire de transferts bien plus importants. Dans ce pays de 64,7 millions d’habitants, 6,5 millions de Français comptent au moins un immigré dans leur famille. Les chiffres de l’immigration légale sont très fluctuants. En France, on recense environ 5,3 millions de résidents étrangers avec leurs familles.

Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction du Pr Xavier Chojnicki, a réalisé pour le compte du ministère des Affaires sociales une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Travaillant sur des chiffres officiels, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort un solde très positif. Les chercheurs ont remis leur rapport en 2009, au terme de trois ans d’études. Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards.

De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros.

A ce solde positif de quelque 12,4 milliards d’euros il faut ajouter d’autres revenus pas toujours monétaires, mais d’une grande importance sociale et économique : les immigrés occupent l’immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas, et 90 % des autoroutes ont été et sont construites et entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. Sans immigrés, les prix à la consommation (produits agricoles et autres) seraient bien plus élevés, la main-d’œuvre étrangère étant bien moins payée.

La comptabilité réalisée par les chercheurs de l’université de Lille fait ressortir aussi de profonds changements sociaux. Majoritairement jeunes, les immigrés sont de grands consommateurs : comme nous venons de le voir, ils versent environ 18,4 milliards d’euros à l’Etat sur leurs dépenses personnelles, notamment en TVA. Les immigrés ont modifié en profondeur le sport et les arts populaires français : la grande majorité des footballeurs de haut niveau sont issus de l’immigration, et les artistes d’origine immigrée, noirs et maghrébins, peuplent le Top 50 de la chanson populaire.

Parallèlement, de nombreux métiers, en particulier dans les services, ne fonctionnent en France que grâce à l’immigration. Plus de la moitié des médecins hospitaliers dans les banlieues sont étrangers ou d’origine étrangère. Pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés. Plus de 60 % des ateliers de mécanique automobile de Paris et de la région parisienne appartiennent à des mécaniciens et petits entrepreneurs d’origine étrangère.

Dans un domaine aussi crucial que l’avenir du système des retraites, les immigrés jouent un rôle des plus favorables. Le très officiel Comité d’orientation des retraites est parvenu à cette conclusion : “L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites.”

Xavier Chojnicki commente ces résultats en ces termes : “Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques.”

Juan Pedro Quiñonero | ABC (republié par Courrier International)

TAUROMACHIE : La banderille catalane atteindra t-elle le Sud ?

17 Nov

Plusieurs dizaines de milliers d’aficionados dans les arènes, un million de personnes dans les rues. Que resterait-il de Nîmes sans ses spectacles tauromachiques ? photo archives FRTauromachie. L’interdiction des corridas, votée par le Parlement catalan, reste incomprise dans notre région. Un cartel de personnalités du mundillo taurin a subitement réagi.

La Catalogne piquée à vif. Mercredi (27 juillet), son Parlement régional a voté à 68 voix pour, 55 suffrages contre et 9 abstentions l’interdiction des corridas. Une seconde banderille dans la péninsule après une mesure similaire dans l’archipel des Canaries en 1991.
De l’autre côté des Pyrénées, sur le pourtour méditerranéen, à Béziers, à Nîmes ou en Arles, trois des plazas les plus populaires de l’hexagone, l’actualité suscite bien des réactions.

Dans le Gard où l’on dénombre 33 clubs taurins, dont 18 rien qu’à Nîmes, on relativise. Car l’hypothétique retrait de cette culture revient depuis des lustres sur le devant de la scène : « Avant la guerre 14-18, il s’écrivait déjà les mêmes lignes dans la presse. Il faut respecter la liberté d’opinion. Si l’aficion veut aller aux arènes c’est son droit. Il s’agit d’un spectacle très dur et très tolérant qui engendre des réactions passionnelles. De là à l’interdire… Le seul aspect qui pourrait apporter de l’eau au moulin des antis, c’est de tomber dans la médiocrité des spectacles, comme ce fut le cas ces dernières années » pense Alberto Garcia, président du club taurin A las cinco de la tarde et cofondateur de la coordination des clubs taurins. Ville de culture et de tradition, la préfecture gardoise ne peut imaginer ce scénario.

Daniel-Jean Valade, adjoint au maire UMP délégué à la tauromachie n’y va pas avec le dos de la cuillère. « L’interdiction de la corrida en Catalogne est un déni d’intelligence, une insupportable censure intellectuelle puisqu’elle vise le domaine culturel. Une telle chose est impossible en France. On ne parviendra jamais, ni d’en haut, ni d’en bas à museler nos racines. Il faut résister à la bêtise et aux choses ineptes. Avignon a le théâtre, Aix l’opéra, à Nîmes les deux festivals sont les ferias. La tauromachie est si vaste culturellement. Tous les arts y sont représentés ».

Economiquement, ce serait un fardeau pour Nîmes ou Béziers où plus d’un million de festaïres cohabitent, mangent, dorment, boivent, achètent des souvenirs, visitent les expos,…
En Arles également. Hervé Schiavetti, maire communiste, président de l’Union des villes taurines de France, avait lui aussi rappelé, au printemps lors d’un déplacement au Parlement de Catalogne, toute « l’importance économique induite par ces traditions qui s’intègrent aux fêtes populaires dans le Sud de la France ». Son empresa, Luc Jalabert, rappelant même chez notre confrère du Monde que « la tauromachie est un phénomène identitaire très fort, rappelant aussi que la pratique a compté de nombreux adeptes comme Ernest Hémingway ou Pablo Picasso ».

Pour autant, l’Alliance anticorrida, présidée par Claire Starozinski, veut se saisir de cette nouvelle faille pour inscrire à l’ordre du jour du parlement la proposition de loi « Marland-Gaillard », déjà cosignée par 58 députés de toutes sensibilités politiques. « La tendance s’inverse de manière perceptible depuis 3 ans en France et cette interdiction en Catalogne n’est donc une surprise pour personne. Il faut prolonger notre action à commencer par un grand rendez-vous le 11 septembre prochain à Nîmes où un millier de personnes est attendu. Quand les premières cartes du château tombent, le reste suit. J’ai bon espoir qu’on en finisse également en France avec les corridas dans les dix prochaines années ».
C’est certainement aller vite en besogne…

Fabrice Rougier – publié par LA MARSEILLAISE – 30 juillet 2010

Robert Margé : « Au contraire, ça va renforcer la corrida »
Robert Margé est directeur des arènes de Béziers et éleveur de toros bravos aux confins de l’Aude et de l’Hérault. Entretien.

Quelles conséquences va avoir selon vous en France le vote catalan qui interdit les corridas ?
Aucune. C’est un vote orchestré par les autonomistes catalans qui veulent se démarquer du reste de l’Espagne et faire parler d’eux. La corrida n’est pas leur souci. S’ils s’intéressaient vraiment à la cause animale, ils dénonceraient les toros à la corde, les toros de fuego… Ce n’est qu’une manigance de basse politique contre cette fête nationale qu’est la corrida en Espagne.
Vous ne pensez pas que ça peut influencer par exemple le parlement européen ?
Certes les anti-corridas et notamment les Français jubilent, mais les quatre régions concernées en France par les corridas et l’élevage de toros se portent bien et sont protégées au niveau national comme au niveau européen par l’exception culturelle. Les deux députés, un UMP et un PS qui se bougent contre les corridas font du clientélisme. Ils sont même prêts à faire passer des lois qui mettent l’animal à égalité avec l’humain. C’est dire. Et puis au niveau européen, il y a quelques années, il y a eu un vote à Bruxelles où 70% ont été d’accord pour maintenir la corrida.
Vous n’avez donc aucune inquiétude pour la Feria de Béziers qui s’annonce ?
Ni pour la Feria de Béziers, ni pour les vingt ans à venir. Les Ferias sont devenues des forces économiques. Sans celle de Béziers entre vingt et trente petites entreprises déposeraient leur bilan. La corrida est créatrice de richesses et d’emplois. Ici nous avons un cœur, une intelligence, une culture. Je suis très confiant pour l’avenir à condition que nous restions vigilants. Mais pour le moment, je pense même qu’en croyant faire du mal à la tauromachie, les Catalans vont finalement lui faire du bien car l’Espagne entière s’indigne de ce qui vient de se passer. Et ça renforcera la corrida en Espagne, en France et au Portugal.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE MENRAS

LE MUSEE DE L’HISTOIRE RANCE

16 Oct

Patrimoine. La Maison de l’histoire de France est une vitrine du débat sur l’identité nationale.

NICOLAS OFFENSTADT Maître de conférences à l’université de Paris-I. – Libération.fr – 15/10/2010

«La promotion de notre identité nationale doit être placée au cœur de votre action.» C’est ainsi que Nicolas Sarkozy et François Fillon définissent une des tâches centrales du nouveau ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de ladite identité, pour Eric Besson, dans la lettre de mission qui lui est adressée le 31 mars 2009.

Dans le paragraphe qui suit, il est demandé au ministre de prendre part «au côté du ministre chargé de la Culture à la mise en place du Musée de l’histoire de France, qui contribuera à faire vivre notre identité nationale auprès du grand public». Ainsi le projet culturel phare du quinquennat s’inscrit-il d’emblée dans l’offensive idéologique de retour au roman national d’exaltation des racines qui marque les discours sur l’histoire tenus par et autour du Président. Il devient en quelque sorte la vitrine historique du douteux débat sur la si incertaine notion d’«identité nationale». Faut-il espérer, quand même, avec Roger Chartier, moderniste et professeur au Collège de France, que le projet puisse développer une «autonomie relative» par rapport aux intentions idéologiques qui le guident au départ ?

L’idée d’une «Maison de l’histoire de France» est née, pendant la campagne électorale de 2007, de la convergence idéologique entre les grands discours de Nicolas Sarkozy sur le passé du pays et les inquiétudes politiques d’un conservateur du patrimoine, Hervé Lemoine. Les deux sont en phase pour diagnostiquer une «crise identitaire» de la France et dénoncer les menaces du «lobbying mémoriel», celui des groupes et communautés qui cherchent une reconnaissance publique à un passé souvent douloureux.

Désarroi. Une fois élu, le nouveau président demande à Hervé Lemoine de réfléchir à un centre «dédié à l’histoire civile et militaire» du pays. Deux rapports successifs du conservateur envisagent de l’installer aux Invalides (2008), avant que la question du lieu d’implantation ne s’élargisse (rapport Rioux, en 2009, et Hébert, en 2010). Les discussions portent notamment sur les châteaux de Vincennes et de Fontainebleau. En janvier 2009, le président de la République annonce officiellement la création du musée pour «renforcer l’identité» et répondre au «besoin de sens» du pays. Là encore, les objectifs sont clairs. La prise en main du dossier par le nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand (juin 2009), qui en fait son affaire, conduit au choix des Archives nationales pour accueillir le projet. A leur grand désarroi, car l’institution manque cruellement de place.

Une intersyndicale s’y oppose. Le bâtiment est toujours occupé. A trop discuter du lieu, le risque pointe de considérer le projet d’un musée d’histoire de France au XXIe siècle comme naturel. Dès la publication des premiers rapports, plusieurs historiens se sont inquiétés du périmètre du projet, de son contenu idéologique et de ses ambitions, aussi, à régenter la recherche. Faut-il vraiment une Maison de l’histoire de France ? Et d’abord, pourquoi la limiter à la France ?

Pour Christophe Charle, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris-I, un «débat public productif» sur l’histoire de France doit se situer «dans un cadre non national et européen, voire plus vaste». Il faut renouer avec un regard universel ou universalisable «à mesure que la France s’intègre dans l’Europe et doit intégrer des populations venues du monde entier». Jean-Pierre Rioux, inspecteur général honoraire de l’Education nationale, auteur du rapport sur les sites possibles d’implantation, trouve toujours pertinent le cadre national pour réfléchir à «l’art du vivre ensemble et de se présenter au monde». Il ajoute : «Le cadre national n’a pas disparu de l’horizon de l’histoire de l’humanité.»

Roger Chartier ne voit pas les choses ainsi : le cadre de l’Etat-nation pour appréhender l’ensemble de l’histoire est «une projection rétrospective sur de longues périodes» où il se révèle sans pertinence. C’est créer un isolat qui tient trop peu compte des multiples liens qui tissent les mouvements de l’histoire. Le musée néglige les tendances actuelles de l’historiographie. Tout cela «sonne» décidément son «XIXe siècle», dit encore Chartier. Le médiéviste Jacques Le Goff n’est guère enthousiaste, non plus, pour un tel projet. Autant l’historien se réjouit des politiques du patrimoine qui ont permis de découvrir et partager des héritages communs, autant il ne voit pas l’intérêt d’une maison propre à l’histoire de France, avec les risques nationalistes toujours possibles.

Amiral. L’enjeu dépasse d’ailleurs la mise en scène de l’histoire nationale, car le projet exposé dans les derniers rapports entend embrasser de multiples tâches : mise en réseau des musées d’histoire, activités pédagogiques, soutien à la recherche. La maison de l’histoire pourrait ainsi devenir le navire amiral de la muséographie historique, voire de programmes historiens. Tout cela pour «promouvoir» l’«identité nationale» ? On comprend dès lors que les tenants du projet ne sont guère enclins à ouvrir le débat. Il faut la lutte actuelle du personnel des Archives pour réveiller les enjeux de fond.

Dernier ouvrage paru : «14-18 aujourd’hui, la Grande Guerre dans la France contemporaine», éditions Odile Jacob, 2010.

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